Sût ■' * c . X » î ♦ . ^ y f *\ RECHERCHES SUR LES OSSEMENS FOSSILES. RECHERCHES SUR LES OSSEMENS FOSSILES, OÎJ L’ON RÉTABLIT LES caractères de PLUSIEURS ANIMAUX DORT LES RÉVOLUTIONS DU GLOBE ONT DÉTRUIT LES ESPÈCES; Par M. le G. CUYIER, Ollicier de la Légion d’honneur, Conseiller ordinaire au Conseil d’État et au Conseil royal de l’Instruction publique , l’un des quarante de l’Académie Françoise, Secrétaire perpétuel de celle des Sciences , membre des Académies et Sociétés royales des Sciences de Londres, de Berlin, de Pétersbourg , de Stockholm, de Turin, de Gottingue , de Copenhague, de Munich , de la Société’ géologique de Londres, do la Société asiatique de Calcutta, etc. NOUVELLE ÉDITION, ENTIÈREMENT REFONDUE, ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTEE. Triomphante des eaux, du trépas et du temps , La terre a cru revoir ses premiers liabitans. Delille. TOME PREMIER, CONTENANT LE DISCOURS PRÉLIMINAIRE, ET l’hISTOIRE DES ÉLÉPHANS , DES MASTODONTES ET DES HIPPOPOTAMES FOSSILES. PARIS, CHEZ G. DUFOUR ET E. D’OCAGNE, LIBRAIRES, QUAI VOLTAIRE, N°. l3. ET A AMSTERDAM CHEZ LES MÊMES. 1821. A MONSIEUR LE MARQUIS DE LA PLACE, PAIR DE FRANCE, GRAND OFFICIER DE LA LÉGION D’HONNEUR, l’DN Des quarante de l’académie Françoise, MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES ET DU BUREAU DES LONGITUDES, etc- Mon cher et illustre Confrère ^ Ce fat à bien des titres que je empressai de vous faire hommage de mon livre dès sa première publication. Lorsque, jeune encore, je vous en communiquai les pre- mières idées , vous nv" engageâtes à les suivre ; admis depuis à m’asseoir à côté de mes maîtres , fai trouvé, dans la Classe des Sciences de l’ Institut , conseils , en- cour agemens , secours de tous les genres ^ j’ai pu surtout m’y pénétrer de cet esprit sévère fruit de l heureuse asso- ciation établie dans son sein entre les Mathématiciens elles Naturalistes» Vous y Monsieur, qui^ après açoir achevé de soumettre le delà la Géométrie , V avez appli- quée avec tant de bonheur aux phénomènes terrestres , vous contribuez plus que personne à entretenir cet esprit. Ce sera donc dans tous les temps pour moi, un grand honneur de voir votre nom à la tête de mon livre , et je suis d'autant plus heureux aujourd' hui de Vy inscrire une seconde fois, que je nai cessé d'avoir de nouveaux motifs pour vous ojf 'rir ce témoignage de ma respectueuse admiration et de mon dévouement. G. Cuvier. AVERTISSEMENT. La première édition de cet ouvrage, publiée en 1812, n’est qu’un recueil des Mémoires insérés successivement par l’auteur dans les Annales du Muséum d’Histoire Naturelle , auxquels il a cherché seulement à donner quelque liaison au moyen d’articles supplémentaires et qu’il a fait précéder par une introduction. Ce mode de publication a fait que divers chapitres sont demeurés incom- plets , que d’autres se trouvent composés de plusieurs fragmens écrits à des époques différentes et en contradiction les uns avec les autres , et qu’il n’a pas été possible de les disposer tous dans un ordre suffisamment méthodique. Cependant cette édition a été promptement épuisée; quelques-unes de ses parties ont été traduites en diverses langues avec des commentaires et des ad- ditions des traducteurs. 11 existe, par exemple, quatre éditions angloises du discours préliminaire , suivies d’extraits du reste de l’ouvrage et de notes inté- ressantes de l’éditeur, M. Jameson, professeur de Géologie à Edimbourg. -Un savant naturaliste américain , M. le docteur Mitchill , en a donné à New- York une édition qu’il a enrichie d’observations précieuses sur la Géologie des Etats-Unis. La science des fossiles a fait d’ailleurs de grands progrès en Europe depuis l’époque de cette première édition. Des savans célèbres ont recueilli les fossiles de leur pays , et en ont publié des figures et des descriptions excellentes. Tels ont ete surtout le bai'onnet sir Everard Home à Londres, le conseiller privé M. de Sœmmei’ing à Munich, M. le conseiller Cortesi à Plaisance, M. le professeur Buckland à Oxford, M. le président de Schlotheim à Gotha, M. le professeur Nesti à Florence, M. le conseiller aulique de Fischer à Moscou , et divers autres géologistes ou anatomistes dont les ouvrages et les correspou dances ont fourni à l’auteur des matériaux abondans. Il a lui-même continué avec une ardeur soutenue ses recherches en France, et il a fait des voy ages en Italie , en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, principalement dans la vue de recueillir des fossiles, de décrire ceux qui ~avoientete rassemblés dans les Cabinets publics ou particuliers, et d’observer ^ AVERTISSEMENT. avec attention les gîtes où ils se sont trouve's. Partout il a été accueilli avec une complaisance infinie par les personnes à portée de l’instruire ou de lu fournir des objets: les observateurs établis en difiérens lieux de la France et de l’étranger n’ont pas mis moins de zèle à le seconder, en lui faisant part de leurs découvertes; et il s’est vu ainsi en état de déposer au Cabinet du Roi, à Paris, une quantité considérable de richesses nouvelles, ou de réunir dans son portefeuille un grand nombre de dessins intéressans qui vont former les matériaux de la présente édition. Non-seulement, au moyen de tous ces secoum, beaucoup d’objets déjà connus ont pu être étudiés avec plus de soin , mais une infinité d’objets nouveaux se joi- gnent à ceux que l’on connolseoitj- dèscemomentlenombredeshippopotames fossiles est porté à quatre ; celui des rhinocéros également à quatre ; celui des crocodiles à six ou sept, sans parler du nouveau genre desichtyo-saurus. Autour de Paris seulement deux genres et peut-être dix ou douze espèces nouvelles viendront augmenter le catalogue des êtres perdus. L’histoire des couches dans lesquelles les os fossiles sont renfermés , des minéraux, des coquilles et des autres productions animales et végétales qui les accompagnent , a reçu aussi depuis 1812, de grands et d importails pei fec— tionnemens. 11 s’est formé en divers pays des sociétés savantes , uniquement dans le but d’éclaircir cette partie de l’histoire du globe. La société géologique de Londres a déjà publié plusieurs volumes in-4"- de ses Mémoires ; son président, M. Greenough, plusieurs de ses membres les plus distingués ont parcouru les lies britanniques et les principales contrées de l’Eui'ope. Déjà il est résulté de leurs recherches une superbe carte géologique de 1 Angleterre , qui montre l’analogie et la liaison des couches de ce pays avec celles du nôtre. Nos géologistes françois ne sont point restés étrangers a ce giand mou- vement; un ami et un collègue de l’auteur, M. Rrongniart, membre de l’Académie des Sciences , qui avolt pris une part principale à l’examen des terrains des environs de Paris , s’occupant d’un traité général de géologie po-- sitive , a visité dans le plus grand détail l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et la plus grande partie de la France , pour en étudier les couches. Le plus inté- ressant des terrains de nos environs , celui que MM. Brongniart et Cuvier ont nommé terrain d’eau douce , a été suivi en Angleterre par M. Webster , en France par MM. Beudant et deFerussac, et par ce dernier jusqu’aux exlré- AVERTISSEMENT. 3 mites de l’Espagne et de la Silésie. On s’est assuré qu’en une infinité d’endroits il est recouvert par des terrains d’origine purement marine, ce qui ne laisse plus de doute sur ce grand fait non moins important pour l’iiisloire des hommes que pour celle de la terre , qu’à une certaine époque les continens terrestres , aupai’avant habités par des quadrupèdes et des oiseaux, couverts de végétaux et arrosés par des eaux douces , ont été envahis par les eaux de la mer. L’autre science auxiliaire de celle des os fossiles , l’ostéologie des animaux n’a pas reçu des accroissemens moins importans que celle des couches du globe ; les efforts qu’a faits constamment l’auteur pour augmenter la grande collection des squelettes qu’il a forme'e au Muséum d’PIistoire Natui-elle , ont été vivement secondés par les voyageurs envoyés récemment par le Roi dans toutes les parties du monde , tels que MM. Leschenault de la Tour , Milbert , Lesueur, de Lalande, Auguste de St. -Hilaire, Dlard, Duvaucel, etc. C’est ainsi qu’il a obtenu des squelettes de plusieurs espèces ou variétés de rhino- céros, de tapirs, de tigres, d’hyènes, decliiens, d’ours, de cerfs, de four- miliers qui lui manquoient lors de ses premiers travaux, et qu’il s’est procuré sur les os de presque tous ces animaux , aux différentes époques de leur accrois- sement, des notions sans lesquelles ses résultats n’aurolent pu acquérir une entière solidité. Pendant qu’il travailloit à la rédaction de ce premier volume, M. de Lalande a apporté du cap de Bonne-Espérance les squelettes complets de l’hippopo- tame, du rhinocéros bicorne, de l’oryctérope, et de plusieurs autres espèces importantes pour cet ouvrage. En même temps MM. Dlard et Duvaucel ont envoyé de Batavia le squelette d’une espèce nouvelle de rhinocéros , propre à l’île de Java, celui de cette grande et belle espèce de tapir qu’ils ont dé- couverte en Asie , et quelques autres non moins inconnus. Les travaux de plusieurs anatomistes qui se sont occupés de l’étude philo- sophique de l’ostéologle comparée , comme MM. Geoffroy St. -Hilaire , Spix , Olen , Bojanus , Ulrich , Tiedeman , etc. , ont aussi fait connoître ou ont engagé à examiner de plus près des os et des parties d’os de divers ani- maux dont il a été possible de tirer un grand parti pour l’explication des os fossiles. L’étude approfondie des dents des quadrupèdes faite par M. Frédéric Cuvier et les objets de comparaison qui en sont résultés, n’ont pas été moins utiles , 4 AVERTISSEMENT. surtout par la facilité que l’on en a tirée de reconnoitre chaque quadrupède en quelque sorte par une seule dent. Enfin l’histoire des anciens peuples^ base si nécessaire de toute opinion positive sur l’histoire du globe lui-même , n’a pas laissé que d’obtenir aussi quelques éclaircissemens dans ces dernières années par les études de plusieurs savans allemands et françois , et par les extraits que des savans anglois nous ont donnés des livres sacrés des Indous , ou plutôt ces méditations , ces ex- traits ont montré de plus en plus combien tous ces peuples , sans exception , étoient nouvellement établis à l’époque où l’histoire commença d’en parler, et combien sont vaines et fabuleuses celles de leurs traditions qui multiplient pour eux les siècles et les dynasties. Tout s’accorde donc chaque jour davantage pour démontrer la vérité d’une grande catastrophe qui a changé la face des continens , détruit des races vivantes , transporté à de grandes distances les foibles restes de celles qu’elle a épargnées , et pour nous faire suivre les traces de plusieurs catastrophes du même genre qui avoient précédé celle-là . C’est avec ces nombreux matériaux que l’auteur a entrepris cette édition nouvelle. Il y fera connoitre tout ce qu’il a rassemblé et tout ce que d’autres auteurs ont décrit depuis 1812 de relatif soit aux os fossiles, soit à l’ostéo- logie des espèces vivantes voisines de celles d’où proviennent ces os. Ne se bornant point aux quadrupèdes ovipares et vivipares, il s’occupera aussi des cétacés , et il espère donner sur l’ostéologie de cette famille , si im- portante à bien connoitre, beaucoup de faits qui paroitront encore nouveaux après les ouvrages récens de Camper et d’Albers. L’auteur s’est efforcé d’ailleurs de mettre tout l’ouvrage dans un meilleur ordre , et d’empêcher qu’il ne se ressente de la manière fragmentaire et suc- cessive dont avoient été rédigés les Mémoires qui composoient la première édition j chaque fait, chaque idée y sera à sa place, et on pourra le lire et l’étudier de suite, sans être obligé de revenir sur les premiers Mémoires, et de les rectifier au moyen des idées nouvelles et des suppléraens contenus dans les Mémoires suivans. 11 aurolt voulu pouvoir mettre le même ordre dans les figures, et qu’elles se suivissent sur les planches comme elles sont mentionnées dans le texte ; mais il aurolt fallu pour cela regraver toutes les anciennes planches, ce qui AVERTISSEMENT. 5 auroit exigé des dépenses qui n’auroient pas eu de proportion avec les avan- tages de cette nouvelle ordonnance. Peut-être même la nécessité de chercliei' ces figures dans les planches où elles sont éparses , obligera-t-elle à plus d’at- tention ; et d’ailleurs il sera aisé à chaque lecteur de les calquer , pour les arranger de la manièx’C qui lui paroitra la plus favorable à son étude. Enfin l’auteur, depuis huit ans , n’a pas cessé de revoir , de compléter et de coordonner son travail, et il espère que cet ouvrage , sous sa nouvelle forme , ne sera pas trouvé moins digne de l’attention des savans et des personnes qui s’occupent avec quelque intérêt des grandes questions qui y sont traitées. Au Jardin du Roi, A Paris. Juillet 1821. FAUTES A CORRIGER AVANT LA LECTURE. Page i3, ligne 2 , au lieu rfe pl. X Usez pl. XII. 26 i6 pl. XI pl. II. 54 24 M. Coxe M. Corse. <39 7 pl. VII pl. II. 189 22 fig. i3 fig. i3 bis. 189 29 lig. i5, 16 fig. i5 , i6 et 17. 193 9 %. 8, 9 et 10 fig- 7 ) 8 , 9 et 10. 219 3o delerre déterrer. 244 21 , apres, le diamètre de sa tête est de o,i8, ajoutez fig. 5 . ^ 7- 258 3o , au lieu de fig. 8 lisez fig. 7. 285 5 {d, fig. 2) {d, fig. 1). 287 3o faires laires. / RECHERCHES SUR LES « OSSEMENS FOSSILES DE QUADRUPÈDES. DISCOURS PRÉLIMINAIRE. J 'a I essayé dans cet ouvrage de parcourir une route où l’on n'avoit encore hasardé que quelques pas , et de faire connoître un genre de monumens presque toujours négligé. Antiquaire d’une espèce nou- velle , il m’a fallu apprendre à déchiffrer et à restaurer ces monumens j à reconnoître et à rapprocher dans leur ordre primitif les fragmens épars dont ils se composent ; à reconstruire les êtres antiques aux- quels ces fragmens appartenoient 5 à les reproduire avec leurs pro- portions et leurs caractères 5 à les comparer enfin à ceux qui vivent aujourd’hui à la surface du globe : art presque inconnu, et qui sup- posoit une science à peine effleurée auparavant , celle des lois qui president aux coexistences des formes des diverses parties dans les êtres organisés. J’ai donc dù me préparer à ces recherches, par des recherches bien plus longues sur les animaux existans 5 une revue presque générale de la création actuelle pouvoit seule donner un caractère de démonstration à mes résultats sur cette création ancienne ; mais elle me donnoit en même temps un grand ensemble de règles et de rapports non moins démontrés , et le règne entier des animaux T. I. a II DISCOURS se trouvoit en quelque sorte soumis à des lois nouvelles, à l’occa- sion de cet essai sur une petite partie de la théorie de la terre (i). L’importance de ces vérités qui se développoient à mesure que j’avauçois dans mon travail, n’a pas moins contribué k soutenir mes efforts que la nouveauté de mes résultats principaux : puisse-t-elle avoir un effet semblable sur la constance du lecteur, et l’engager à me suivre, sans trop d’ennui, dans les sentiers pénibles où je suis contraint de l’engager! Je l’espère d’autant plus, que l’histoire ancienne du globe, terme définitif vers lequel tendent toutes ces recherches, est par elle-même l’un des objets les plus curieux qui puissent fixer l’attention des hommes éclairés. S’ils mettent de l’intérêt à suivre dans l’enfance de notre espèce les traces presque effacées de tant de nations éteintes , ils en trouveront sans doute aussi à recueillir dans les ténèbres de l’enfance de la terre les traces de révolutions antérieures k l’existence de toutes les nations. Nous admirons la force par laquelle l’esprit humain a mesuré les mouvemens de globes que la nature sembloit avoir soustraits pour jamais k notre vue; le génie et la science ont franchi les limites de l’espace ; quelques observations développées par le raisonnement ont dévoilé le mécanisme du monde ; n’y auroit-il pas aussi quelque gloire pour l’homme k savoir franchir les limites du temps, et k retrouver au moyen de quelques observations l’histoire' de ce monde , et une succession d’événeraens qui ont précédé la naissance du genre humain? Sans doute les astronomes ont marché plus vite que les naturalistes, et l’époque où se trouve aujourd’hui la théorie de la terre, ressemble un peu k celle où quelques philosophes croyoient le ciel de pierres de taille, et la lune grande comme le Péloponèse ; mais, après les Anaxagoras, il (i) C’est ce que l’on verra dans ma grande Anatomie comparée, à laquelle je travaille depuis plus de vingt-cinq ans , et dont je me propose de commencer incessamment la publi- cation. PRÉLIMINAIRE. m est venu des Copernic et des Kepler , qui ont frayé la route à Newton ; et pourquoi l’histoire naturelle n’auroit-elle pas aussi un jour son Newton? Les faits que je fais connoître aujourd’hui ne forment qu’une bien petite partie de ceux dont cette antique histoire devra se composer ; mais ces faits sont importans : plusieurs d’entre eux sont décisifs, et j’espère que la manière rigoureuse dont j’ai procédé à leur détermi- nation permettra de les regarder comme des points définitwement fixés, dont il ne sera plus permis de s’écarter. Quand cet espoir ne se justifieroit que par rapport à quelquesuns, jemecroirois assez récom- pensé de mes peines. Je présenterai dans ce Discours préliminaire l’ensemble des ré- sultats auxquels il me paroît que la théorie de la terre est arrivée jusqu’à présent. Je montrerai quels rapports lient à ces résultats l’histoire des os fossiles d’animaux terrestres, et quels motifs donnent à cette histoire une importance particulière. Je développerai les principes sur lesquels repose l’art de déterminer ces os, ou, en d’autres termes, de reconnoître un genre, et de distinguer une espèce par un seul fragment d’os, art de la certitude duquel dépend celle de tout l’ouvrage. J’exposerai d’une manière rapide le produit des recherches qui composent l’ouvrage, les espèces nouvelles, les genres auparavant inconnus que ces recherches m’ont fait découvrir , les diverses sortes de terrains qui les recèlent ; et, comme la dilférence entre ces espèces et celles d’aujourd’hui ne va pas au-delà de certaines limites , je montrerai que ces limites dépassent de beaucoup celles qui distinguent aujourdhui les variétés d’une même espèce : je' ferai donc connoître jusqu’où ces variétés peuvent aller, soit par rinfli^^nce du temps, soit par celle du climat, soit enfin par celle de la domesticité. Je me mettrai par là en état de conclure et d’engager mes lecteurs à conclure avec moi qu’il a fallu de grands événemens poiir amener ces différences majeures que j’ai reconnues j je développerai donc Exposition a IV DISCOURS les modifications particulières que mon ouvrage doit introduire dans les opinions reçues jusqu’à ce jour sur l’iiistoire primitive du globe; enfin j’examinerai jusqu’à quel point l’histoire civile et religieuse des peuples s’accorde avec les résultats de l’observation sur Thistoire physique de la terre, et avec les probabilités qne ces observations donnent touchant l’époc[ue où les sociétés humaines ont pu trouver des demeures fixes et des champs susceptibles de culture et où par conséquent elles ont pu prendre une forme durable. Première Lorsque le voyageur parcourt ces plaines fécondes où des eaux apparence de la eutretienueut par le»*" cours régulier une végétation abondante, et dont le sol, foulé par un peuple nombreux, orné de villages florissans, de riches cités, de monumens superbes, n’est jamais troublé que par les ravages de la guerre ou par l’oppression des hommes puissans, il n’est pas tenté de croire que la natux’e ait eu aussi ses guerres intestines, et que la surface du globe ait été bouleversée par des révolutions successives et des catastrophes di- verses ; mais ses idées changent dès qu’il cherche à creuser ce sol aujourd’hui si paisible, ou qu’il s’élève aux collines qui bordent la jdaine ; elles se développent pour ainsi dire avec sa vue , elles commencent à embrasser l’étendue et la grandeur de ces événemens antiques dès qu’il gravit les chaînes plus élevées dont ces collines couvrent le pied, ou qu’eu suivant les lits des torrens qui descendent de ces chaînes il pénètre dans leur intérieur. Premières Les terrains les plus bas, les plus unis, excavés jusqu’à de très- preuves de révo- profondeurs, ne montrent que des couches horizontales de matières variées, enveloppant prescfue toutes d’innombrables pro- duits de la mer. Des couches pareilles, des produits semblables, composent les collines jusqu’à de grandes hauteurs. Quelquefois les coquilles sont si nombreuses, qu’elles forment à elles seules toute la masse du sol. Presque partout elles sont si bien conservées , que les plus petites d’entre elles gardent leurs parties les plus délicates, PRÉLIMINAIRE. ^ leurs crêtes les plus subtiles, leurs pointes les plus déliées. Elles s’élèvent à des hauteurs supérieures au niveau de toutes les mers , et où nulle mer ne pourroit être portée aujourd’hui par des causes existantes. Elles ne sont pas seulement enveloppées dans des sables mobiles, mais les pierres les plus dures les incrustent souvent et eu sont pénétrées de toute part. Toutes les parties du monde , tous les hémisphères , tous les continens , toutes les îles un peu considérajales présentent le même phénomène. On est donc bientôt disposé à croire, non-seuleniCllt que la mer a envahi toutes nos plaines, mais -quelle y a séjourné long-temps et paisiblement pour y former des dépôts si étendus, si épais, en partie si solides, et contenant des dé- pouilles si bien conservées. Le temps n’est plus où l’ignorance pou- voir soutenir que ces restes de corps organisés étoient de simples jeux de la nature , des produits conçus dans le sein de la terre par ses forces créatrices. Une comparaison scrupuleuse de leurs formes, de leur tissu, souvent même de leur composition chimique , ne montre pas la moindre différence entre ces coquilles et celles que la nier nourrit 5 elles ont donc vécu dans la mer; elles ont été déposées par la mer : la mer existoit donc dans les lieux où elle les a laissées ; le bassin des mers a donc éprouvé au moins un changement, soit en étendue, soit en situation. Voilà ce cjui résulte déjà des premières fouilles, et de l’observation la plus superficielle. Les traces de révolutions deviennent plus imposantes quand on s élève un peu plus haut, quand on se rapproche davantage du pied des grandes chaînes. Il y a bien encore des bancs coquilliers ; on en aperçoit même de pliis épais, de plus solides : les coquilles y sont tout aussi nom- breuses, tout aussi bien conservées; mais ce ne sont plus les mêmes especes ; les couches qui les contiennent ne sont plus aussi généra- lement hoiizontales. Elles se redressent obliquement, quelquefois presque verticalement. Au lieu que, dans les plaines et les collines DISCOURS planes, il falloit creuser profondément pour connoître la succession des bancs, on les volt ici par leur flanc, en suivant les vallées pro- duites par leurs déchiremens. D’immenses amas de leurs débris forment au pied de leurs escarpemens des collines arrondies , dont chaque dégel et chaque orage augmentent la hauteur. Et ces bancs redressés qui forment les crêtes des montagnes secon- daires , ne sont pas posés sur les bancs horizontaux des collines qui leur servent de premiers échelons j ils s enfoncent au contraire sous eux. Ces collines sont appuyées sur leurs pentes. Quand on perce les couches horizontales dans le voisinage des couches obliques , on retrouve celles-ci dans la profondeur: quelquefois même, quand les couches obliques ne sont pas trop élevées, leur sommet est cou- ronné par des couches horizontales. Les couches obliques sont donc plus anciennes que les couches horizontales 5 et, comme il est im- possible quelles n’aient pas été formées horizontalement, il est évi- dent qu’ elles ont été relevées j qu’elles l’ont été avant que les autres s’appuyassent sur elles. Ainsi la mer, avant de former les couches horizontales, en avoit formé d’autres, qu’une cause quelconque avoit brisées, redressées, bouleversées de mille manières. Il y a donc eu aussi aumoins un chan- gement dans le sein de cette mer qui avoit précédé la nêtre ; elle a éprouvé aussi au moins une catastrophe; et, comme plusieurs de ces bancs obliques qu’elle avoit formés les premiers s’élèvent au- dessus de ces couches horizontales qui leur ont succédé, et qui les entourent, cette catastrophe, en rendant ces bancs obliques, les avoit aussi fait saillir au-dessus du niveau de la mer , et en avoit fait des îles , ou au moins des écueils et des inégalités , soit qu ils eussent été relevés par rme extrémité , ou que l’affaissement de 1 extrémité opposée eût fait baisser les eaux ; second résultat non moins clair , non moins démontré que le premier , pour quiconque se donnera la peine d’étudier les monumens qui l’appuient. PRÉLIMINAIRE. vu Mais si Y on compare entre elles, avec plus de détail, les diverses Preuves que ‘couches, et les produits de la vie quelles recèlent, on ap^rçoit bientôt des différences encore plus nombreuses , qui indiquent des ses. changemens d’état encore plus multipliés. Cette mer n’a point cons- tamment déposé des pierres semblables entre elles. 11 s’est fait une succession régulière dans la nature de ses depots ^ et plus les couches sont anciennes , plus chacune d’elle est uniforme dans une grande étendue ; nouvelles, plus elles sont limitées , plus elles sont sujettes avarier à de petites distances. Ainsi les grandes cata- strophes qui produisoient des révolutions dans le bassin des mers , étoient précédées, accompagnées et suivies de changemens dans la nature du liquide et des matières qu’il tenoit en dissolution ; et , lorsque la surface des mers eût été divisée par des îles, par deschaînes saillantes, il y eut des changemens différens dans chaque bassin parti- culier. Lorsque de pareils changemens s’opéroient dans la nature du liquide général , il étoit bien difficile que les mêmes animaux continuassent à y vivre. Aussi ne le firent-ils point. Leurs espèces, leurs genres même, changent avec les couches 5 et, quoiqu’il y ait quelques retours d’es- pèces à de petites distances, il est vrai de dire, en général, que les coquilles des couches anciennes ont des formes qui leur sont propres; qu’elles disparoissent graduellement, pour ne plus se montrer dans les couches récentes, encore moins dans les mers actuelles, où l’on ne découvre jamais leurs analogues d’espèces, où plusieurs de leurs geni’es eux-mêmes ne se retrouvent pas ; que les coquilles des couches récentes au contraire ressemblent, pour le genre, à celles qui vivent dans les mers, et que dans les dernières et les plus meubles de ces couches, il y a quelques espèces que l’oeil le plus exercé ne pourroit distinguer de celles que nourrit l’Océan. Il y a donc eu dans la nature animale une succession de variations correspondantes à celles de la nature chimique du liquide; et. VIII DISCOURS lorsque la mer a quitté nos contiuens pour la dernière fois, ses lia- bitans ne différoient pas beaucoup de ceux quelle alimente encore aujourd’hui. Enfin, si l’on examine avec encore plus de soin ces débris des êtres organiques, on parvient à découvrir au milieu des couches marines, même les plus anciennes, des couches remplies de productions ani- males ou végétales de la terre et de l’eau douce; et, parmi les couches les plus récentes, c’est-à-dire, les plus superficielles, il en est où des animaux terrestres sont ensevelis sous des amas de productions de la mer. Ainsi les diverses catastrophes de notre planète n’ont pas seule- ment fait sortir par degrés du sein de l’onde les diverses parties de nos coniinens, mais il est arrivé aussi plusieurs fois que des terrains mis à sec ont été recouverts par les eaux, soit qu’ils aient été abîmés, ou que les eaux aient été seulement portées au-dessus d’eux; et le sol particulier que la mer a laissé libre dans sa dernière retraite, avoit déjà été desséché une fois, et avoit nourri alors des quadru- pèdes, des oiseaux, des plantes, et des productions terrestres de tous les genres; il avoit donc été envahi par cette mer, qui l’a quitté depuis. Les changemens arrivés dans les productions des couches coquil- lières n’ont donc pas seulement dépendu d’une retraite graduelle et générale des eaux , mais de diverses irruptions et retraites successives, dont le résultat définitif a été cependant une diminution universelle de niveau. Preuves que Et ces irruptions , ces retraites répétées , n’ont point été lentes , ont étrsubit°T point faites par degrés ; la plupart des catastrophes qui les ont amenées ont été subites; et cela est surtout facile à prouver pour la dernière de toutes, celle dont les traces sont le plus à découvert. • Elle a laissé encore, dans les pays du Nord, des cadavres de grands quadrupèdes que la glace a saisis , et qui se sont conservés jusqu’à nos jours avec leur peau, leur poil, et leur chair. S’ils n’eussent été gelés PRÉLIMINAIRE. ix aussitôt que tués, la putréfaction les auroit décomposés. Or cette gelée éternelle n’a pu s’emparer des lieux où ces animaux vivoient que par lit même cause cjui les a détruits : cette cause a donc ete subite comme son effet. Les déchiremens, les bouleversemens de couches arrivés dans les catastrophes antérieures, montrent assez qu elles étoient subites et violentes comme la dernière 5 et des amas de débris et de cailloux roulés, placés en plusieurs endroits entre les couches solides , attestent la foi’ce des mouvemens que ces boulever- semens excitoient dans la masse des eaux. La vie a donc souvent été troublée sur cette terre par des évenemens terribles ; calamites qui, dans les commencemens, ont peut-être remué dans une grande épaisseur l’enveloppe entière de la planète, mais c]ui depuis sont tou- jours devenues moins profondes et moins générales. Des êtres vivans sans nombre ont été les victimes de ces catastrophes j les uns ont été détruits par des déluges, les autres ont été mis à sec avec le fond des mers subitement relevé; leurs races même ont fini pour jamais, et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnoissables pour le naturaliste. Telles sont les conséc[uences où conduisent nécessairement les objets que nous rencontrons à chaque pas, que nouspouvons vérifier à chaque instant dans presque tous les pays. Ces grands et terribles événemens sont clairement empreints partout pour l’oeil qui sait en lire l’histoire dans leurs monumens. Mais ce qui étonne davantage encore , et ce qui n’est pas moins certain , c’est que la vie n’a pas toujours existé sur le globe , et qu il est facile à l’observateur de reconnoître le point où elle a commence à déposer ses produits. Elevons-nous encore; avançons vers les grandes crêtes, vers les preuves qu’il sommets élevés des grandes chaînes : bientôt ces débris d’animaux y aeudes révo- marins, ces innombrables coquilles, deviendront plus rares, et dis- ^ pexistence paroîtront tout-à-fait; nous arriverons à des couches d’une autre na- des êtres vivans. T. I. b X DISCOURS ture, qui ne contiendront point de vestiges d’êtres vivans. Cependant, elles montreront par leur cristallisation, et par leur stratification même , qu’elles ont aussi été formées dans un liquide ; par leur situa- tion oblique, par leurs escarpemens, quelles ont aussi été boule- versées; par la manière dont elles s’enfoncent obliquement sous les couches coquillières, cju’elles ont été formées avant elles; enfin, par la hauteur dont leurs pics hérissés et nus s’élèvent au-dessus de toutes les couches coquillières, que leurs sommets n’ont pas été recou- verts par la mer depuis que leur redressement les eu a fait sortir. Telles sont ces fameuses montagnes primitives ou primordiales c£ui traversent nos continens en différentes directions, s’élèvent au-dessus des nuages, séparent les bassins des fleuves, tiennent dans leurs neiges perpétuelles les réservoirs qui en alimentent les sources, et forment en quelque sorte le squelette, et comme la grosse charpente de la terre. D’une grande distance l’œil aperçoit dans les dentelures dont leur crête est déchirée , dans les pics aigus C[ui la hérissent, des signes de la manière violente dont elles ont été élevées: bien différentes de ces montagnes arrondies, de ces collines à longues surfaces plates , dont la masse récente est toujours demeurée dans la situation où elle avoit été tranquillement déposée par les dernières mers. Ces signes deviennent plus manifestes à mesure cjue l’on approche. Les vallées n’ont plus ces flancs en pente douce, ces angles saillans, et rentrant vis-à-vis l’un de l’autre , qui semblent indiquer les lits de quelques anciens courans : elles s’élargissent et se rétrécissent sans aucune règle ; leurs eaux tantôt s’étendent en lacs, tantôt se préci- pitent en torrens ; quelquefois leurs rochers , se rapprochant subite- ment j forment des digues transversales, d’où ces mêmes eaux tombent eu cataractes. Les couches déchirées, et montrant d’un côté leur tranchant à pic, présentent de l’autre obliquement de grandes por- tions de leur surface : elles ne correspondent point pour leur hauteur; XI PRÉLIMINAIRE, mais celles qui? d’un côté, forment le sommet de Tescarpement^ sont souvent enfoncées de 1 autre, de manière à disparoître. Cependant, au milieu de tout ce désordre, quelques naturalistes ont cru apercevoir quil règne encore un certain ordre, et que ces bancs immenses, tout brisés et renversés qu’ils sont, observent entre eux une succession qui est à peu près la même dans toutes les chaînes. Le granit, disent-ils, qui dépassé tout, s’enfonce aussi sous tout le reste ; c’est la plus ancienne des pierres qu’il nous ait été donné de voir dans la place que lui assigna la nature. Les crêtes centrales de la plupart des chaînes en sont composées ; des roches feuilletées s’ap- puient sur ses flancs, et forment lescretes latérales ^ des schistes, des grès, des roches talqueuses se melent à leurs couches 5 enfin des mar- bres à grain salin, et autres calcaires sans coquilles, s’appuyant sur les schistes , forment les crêtes extérieures, et sont le dernier ouvrage par lequel cette mer sanshabitans sembloit se préparer à la productif de ses couches cocjuillières (i). Et toutes les fois que l’on parvient, même dans des cantons éloi- gnés des grandes chaînes, à percer les couches récentes, et à pénétrer un peu profondément dans l’épaisseur de l’enveloppe du globe, on retrouve à peu près le même ordre de stratification ; les marbres salins ne recouvrent jamais les couches coquillières j les granits en masse ne. reposent jamais sur les mai’bres salins, si ce n’est en un petit nombre de lieux, où ü paroît s’être formé du granit à plusieurs époques : en un mot, tout cet arrangement semble général, et doit tenir par con- sécjuent à des causes générales, c[ui ont exercé chaque fois leur in- fluence d’une extrémité à l’autre de la terre. Ainsi, on ne peut le nier : les eaux ont recouvert long-temps les masses qui forment aujourd’hui nos plushautosmontagnes jlong-temps ces eauxn ont point alimenté de corps vivans; ce n’est pas seulement (0 Pallas, Mémoire sur la formation des montagnes. h* DISCOURS après la uaissance de la vie qu il s’y est exercé des changeraens de • nature et des révolutions nombreuses: les niasses formées auparavant ont varié, aussi bien que celles cjui se sont formées depuis ; elles ont éprouvé de même des changemens violens dans leui position, et une partie de ces changemens avoit eu lieu dès le temps où ces masses existoient seules, et n’étoient point recouvertes par les masses coquil- lières : on en a la preuve dans les renversemens, dans les déchire- mens, dans les fissures qui s’observent dans leurs couches, aussibien que dans celles des terrains postérieurs , qui même y sont en plus grand nombre, et plus marqués. Mais ces mêmes masses primitives ont encore éprouvé d’autres révolutions depuis la formation des terrains secondaires , et ont peut- être occasioné ou du moins partagé quelques unes de celles que ces terrains eux-mêmes ont éprouvées. Il y a en effet des portions consi- dérables de terrains primitils a nu, quoique dans une situation plus basse que beaucoup de terrains secondaires^ comment ceux-ci ne les auroient-ils pas recouvertes, si elles ne se fussent montrées depuis qu’ils se sont formés? On trouve des blocs nombreux et volumineux de substances primitives, répandus en certains pays à la surface de terrains secondaires séparés par des vallées profondes , des pics ou des crêtes, d’où ces blocs peuvent être venus : il faut ou que des éruptions les y aient lancés , ou que les vallées qui eussent arrêté leur cours n’existassent pas alepoque de leur trans- port (i). Voilà un ensemble de faits, une suite d’époques antérieures au temps présent , dont la succession peut se vérifier sans incertitude , quoique la durée de leurs intervalles ne puisse se définir avec pré- cision; ce sont autant de points qui serviront de règle et de direction à cette antique chronologie. fi) Les Voyages de Saussure et de Dehc présentent une foule de ces sortes de faits PRÉLIMINAIRE. XIII Examinons maintenant ce qui se passe aujourd’hui sur le globe; analysons les causes qui agissent encore à sa surface, et déterminons l’étendue possible de leurs effets. C’est une partie de l’histoire de la terre d’autant plus importante, que l’on a cru long-temps pouvoir expliquer, par ces causes actuelles, les révolutions antérieures, comme on explique aisément dans l’histoire politique les événemens passés, quand on connoît bien les passions et les intrigues de nos jours. Mais nous allons voir que malheureusement il n’en est pas ainsi dans l’his- toire physique : le fil des opérations est rompu 5 la marche de la nature est changée; et aucun des agens quelle emploie aujourd’hui ne lui auroit suffi pour produire ses anciens ouvrages. Il existe maintenant quatre causes actives qui contribuent à altérer la surface de nos continens : les pluies et les dégels qui dégradent les montagnes escarpees, et en jettent les débris à leurs pieds ; les eaux courantes qui entraînent ces débris, et vont les déposer dans les lieux où leur cours se ralentit ; la mer qui sappe le pied des côtes élevées, pour y former des falaises, et qui rejette sur les côtes basses des monticules de sables; enfin les volcans qui percent les couches solides, et y élèvent ou y répandent les amas de leurs déjections. Examen des causes qui agis- sent encore au- jourd’hui à la surface du globe. Partout où les couches brisées offrent leurs tranchans sur des faces Éboulemens. abrujDtes, il tombe à leur pied, à chaque printemps, et même à chaque orage, des fragmens de leurs matériaux, qui s’arrondissent en roulant les uns sur les autres, et dont l’amas prend une inclinaison déterminée par les lois de la cohésion , pour former ainsi au pied de 1 escarpement une croupe plus ou moins élevée, selon que les chutes de débris sont plus ou moins abondantes ; ces croupes forment les flancs des vallées dans toutes les hautes montagnes, et se couvrent d une liche végétation quand les éboulemens supérieurs commencent a devenir moins fréquens ; mais leur définit de solidité les rend sujettes a s ébouler elles-mêmes cjuand elles sont minées par les ruis- «'eaux ; et c’est alors que des villes, que des caillons riches et peuplés XIV DISCOURS Alluvions. se trouvent ensevelis sous la chute d’une montagne ; que le cours des rivières est intercepté ; qu’il se forme des lacs dans des lieux au- paravant fertiles et rians. Mais ces grandes chutes heureusement sont rares, et la principale influence de ces collines de débris, c’est de fournir des matériaux pour les ravages des torrens. Les eaux qui tombent sur les crêtes et les sommets des montagnes , ou les vapeurs qui s’y condensent, ou les neiges qui s’y liquéfient , descendent par une infinité de filets le long de leurs pentes ; elles en enlèvent quelques parcelles, et y marcjuent leur passage par des sillons légers. Bientôt ces filets se réunissent dans les creux plus marqués dont la surface des montagnes est labourée; ils s’écoulent par les vallées profondes qui en entament le pied, et vont former ainsi les rivières et les fleuves qui reportent à la mer les eaux que la mer avoit données à l’atmosphère. A la fonte des neiges, ou lorsqu’il survient un orage, le volume de ces eaux des montagnes subitement aug- menté, se précipite avec une vitesse proportionnée aux pentes; elles vont heurter avec violence le pied de ces croupes de débris qui cou- vrent les flancs de toutes les hautes vallées; elles entraînent avec elles les fragraensdéjà arrondis qui les composent; elles les émous- sent, les polissent encore par le frottement ; mais, à mesure quelles arrivent à des vallées plus unies où leur chute diminue , ou dans des bassins plus larges où il leur est permis de s’épandre, elles jettent sur la plage les plus grosses de ces pierres qu’ elles rouloient ; les débris plus petits sont déposés plus bas ; et il n’arrive guère au grand canal de la rivière que les parcelles les plus menues, ou le limon le plus imperceptible. Souvent même le cours de ces eaux, avant de former le grand fleuve inférieur, est obligé de traverser un lac vaste et pro- fond, où leur limon se dépose , et d’où elles ressortent limpides. Mais les fleuves inférieurs, et tous les ruisseaux qui naissent des mon- tagnes plus basses, ou des collines, produisent aussi, dans les terrains ([u’ils parcourent, des effets plus ou> moins analogues à ceux des PRÉLIMINAIRE. XV torrens des montagnes. Lorsqu’ils sont gonflés par de grandes pluies, ils attaquent le pied des collines terreuses ou sableuses qu’ils rencontrent dans leur cours , et en portent les débris sur les terrains bas qu’ils mondent, et que chaque inondation élève d’une quantité quelconque : enfin, lorsque les fleuves arrivent aux grands lacs ou à la mer, et que cette rapidité qui entraînoitles parcelles de limon vient à cesser tout-à- fait, ces parcelles se déposent aux côtés de l’embouchure j elles finissent par y former des terrains cjui prolongent la côte 5 et, si cette côte est telle que la mer y jette de son côté du sable, et con- tribue h cet accroissement, il se crée ainsi des provinces, des royaumes entiers, ordinairement les plus fertiles, et bientôt les plus riches du monde, si les gouvernemens laissent l’industrie s’y exercer en paix. Les effets que la mer produit sans le concours des fleuves sont beaucoup moins heureux. Lorsque la côte est basse et le fond sablon- neux, les vagues poussent ce sable vers le bord j à chaque reflux il s’en dessèche un peu, et le vent qui souffle presque toujours de la mer en jette sur la plage. Ainsi se forment les dunes, ces monticules sablonneux qui, si 1 industrie de -l’homme ne parvient à les fixer par des végétaux convenables, marchent lentement mais invariablement vers l’intérieur des terres, et y couvrent les champs et les habita- tions, parce que le même vent qui élève le sable du rivage sur la dune, jette celui du sommet de la dune à son revers opposé à la mer. Quand, au contraire, la côte est élevée, la mer, qui n’y peut rien rejeter, y exerce une action destructive. Ses vagues en rongent le pied et en escarpent toute la hauteur en falaise, parce que les parties plus élevées, se trouvant sans appui, tombent dans l’eau; elles y sont agitées dans les flots jusqu’à ce que les parcelles les plus molles, les plus déliées, disparoissent. Les portions plus dures, à force d’être roulees en sens contraires par les vagues , forment ces galets arrondis, ou celte greve qui finit par s’accumuler assez pour servir de rempart pied de la falaise. Dunes. Falaises. XVI ' DISCOURS Telle est raction des eaux sur la terre ferme; et l’on voit qu’elle ne consiste presque qu’en nivellemens, et en nivellemens qui ne sont pas indéfinis. Les débris des grandes crêtes charriés dans les val- lons; leurs particules, celles des collines et des plaines, portées jus- qu’à la mer ; des alluvions étendant les côtes aux dépens des hau- - leurs, sont des effets bornés, auxquels la végétation met en général un terme, qui supposent d’ailleurs la préexistence des montagnes, celle des vallées, celle des plaines, en un mot, toutes les inégalités du globe, et qui ne peuvent, par conséquent, avoir donné naissance à ces inégalités. Les dunes sont un phénomène plus limité encore , et pour la hauteur, et pour l’étendue horizontale; elles n’ont point de rapport avec ces énormes masses dont la géologie cherche l origine. Quant à l’action que les eaux exercent dans leur propre sein , quoiqu’on ne puisse la connoître aussi bien, il est possible cependant d’en déterminer jusqu’à un certain point les limites. Dépôts sous les Les lacs , les étangs , les marais , les ports de mer où il tombe des eaux. ruisseaux, surtout quand ceux-ci descendent de coteaux voisins et escarpés, déposent sur leur fond des amas de limon qui finiroient par les combler, si l’on ne prenoit le soin de les nettoyer. La mer jette également dans les ports, dansles anses, dans tous les lieux où ses eaux sont plus tranquilles, des vases et dessédimens. Les courans amassent entre eux , ou jettent sur leurs côtés le sable qu’ils arrachent au fond de la mer , et en composent des bancs et des bas-fonds. Stalactites. Certaines eaux, après avoir dissous des substances calcaires au moyen de l’acide carbonique surabondant dont elles sont imprégnées, les laissent cristalliser quand cet acide peut s’évaporer, et en forment des stalactites et d’autres concrétions. Il existe des couches cristallisées confusément dans l’eau douce, assez étendues pour être comparables à quelques unes de celles qu’a laissées l’ancienne mer. Ljtopîiytes. Dans la zone torride , OÙ les litophytes sont nombreux en espèces, et se propagent avec une grande force, leurs troncs pierreux s’en- PRÉLIMINAIRE. trelacent en rochers^ en récifs, et, s’élevant jusqu’à fleur d’eau , fer- ment l’entrée des ports , tendent des pièges terribles aux navigateurs. Lanier, jetant des sables et du limon sur le haut de ces écueils, en élève quelquefois la surface au-dessus de son propre niveau , et en forme des îles qu’une riche végétation vient bientôt vivifier (i). Il est possible aussi que, dans quelques endroits, les animaux à Incrustations, coquillages laissent en mourant leurs dépouilles pierreuses, et que, liees par des vases plus ou moins concrètes, ou par d’autres cimens, elles forment des depots étendus, ou des espèces de bancs coquiJliers; mais nous n’avons aucune preuve que la mer puisse aujourd’hui incruster ces coquilles d’une pâte aussi compacte que les marbres , que les grès , ni même que le calcaire grossier dont nous voyons les coquilles de nos couches enveloppées. Encore moins trouvons-nous qu’elle précipite nulle part de ces couches plus solides , plus sili- ceuses qui ont précédé la formation des bancs coquilliers. Enfin toutes ces causes réunies ne releveroient pas une seule couche , ne produiroient pas le moindre monticule , ne changeroient pas d une quantité appréciable le niveau de la mer. On a bien soutenu que la mer éprouve une diminution générale , et que Ion en a fait l’observation dans quelques lieux des bords de la Baltique; mais quelle que soit la cause de cette apparence, il est certain qu on n’a rien observé de semblable surnos côtes, et qu’il n’y a point d abaissement général des eaux. Les plus anciens ports de mer ont encore leurs quais, et tous leurs ouvrages à la même hauteur au-dessus du niveau de la mer, qu’à l’époque de leur construction. On a bien suppose aussi des mouvemens généraux de la mer d orient en occident, ou en d autres directions ; mais on n’a pu nulle part en estimer les effets avec quelque précision. L action des volcans est plus bornée , plus locale encore que Volcans (i) Voyez les Observations faites dans la mer du Sud , par R. Forster T. I. c XVIII DISCOURS Causes noTnl(£ues tantes. toutes celles dont nous venons de parler. Quoique nous n’ayons au- cune idée nette des moyens par lesquels la nature entretient à de si grandes profondeurs ces violens foyers, nous jugeons clairement par leurs effets des changemens qu’ils peuvent avoir produits à la surface du globe. Lorsqu’un volcan se déclare , après quelques secousses , quel- ques tremblemens de terre, il se fait une ouverture. Des pierres, des cendres sont lancées au loin ; des laves sont vomies ; leur partie la plus fluide s’écoule en longues traînées j celle qui l’est moins s’arrête aux bords de l’ouverture , en élève le contour , y forme un cône terminé par un cratère. Ainsi les volcans accumulent sur la surface, après les avoir modifiées , des matières auparavant ensevelies dans la profondeur ; ils forment des montagnes; ils en ont couvert autrefois quelques parties de nos continens ; ils ont fait naître subitement des îles au milieu des mers; mais c etoit toujours de laves que ces mon- tagnes , ces îles étoient composées ; tous leurs matériaux avoient subi l’action du feu. Les volcans ne soulèvent donc ni ne culbutent les couches que traverse leur soupirail ; et ils n’ont point contribué à l’élévation des grandes montagnes non volcaniques. Ainsi, nous le répétons, c’est en vain que l’on cherche, dans les forces qui agissent maintenant à la surface de la terre, des causes suffisantes pour produire les révolutions et les catastrophes dont son enveloppe nous montre les traces; et, si l’on veut recourir aux forces extérieures constantes connues jusqu’à présent, l’on n’y trouve pas plus de res- sources. asiro- pôle de la terre se meut dans un cercle autour du pôle de cons- l’écliptique ; son axe s’incline plus ou moins sur le plan de cette même écliptique ; mais ces deux mouvemens, dont les causes sont aujourd’hui appréciées, ne passent point certaines limites, et ces limites sont trop étroites pour les effets que nous avons reconnus. D’ailleurs ces mouvemeus, d’une lenteur excessive, ne peuvent expliquer des cata- strophes qui nécessairement ont dû être subites. PRÉLIMINAIRE. XIX, Le même raisonnement s’applique à toutes les actions lentes que l’on a imaginées, sans doute dans l’espoir qu’on ne pourroit en nier l’existence , parce qu’il seroit toujours facile de soutenir que leur len- teur meme les rend imperceptibles. Vraies ou non , peu importe j elles u expliquent rien , puisque aucune cause lente ne peut avoir produit des effets subits. Y eût-il donc une diminution graduelle des eaux, la mer transportât-elle dans tous les sens des matières solides, la température du globe diminuât ou augmentât-elle; ce n’est rien de tout cela qui a renversé nos couches, qui a revêtu de glace de grands quadrupèdes avec leur chair et leur peau , qui a mis à sec des coquillages encore aussi bien conservés que si on les eût pêchés vivans , cjui a détruit enfin des espèces et des genres entiers. Ces argumens ont frappé le plus grand nombre des naturalistes ; et, parmi ceux qui ont cherché à expliquer fétat actuel du globe , il n’en est presque aucun qui l’ait attribué en entier à des causes lentes, encore moins à des causes agissant sous nos yeux. Cette nécessité où ils se sont vus de chercher des causes différentes de celles que nous voyons agir aujourd’hui, est même ce qui leur a fait imaginer tant de suppositions extraordinaires, et les a fait errer et se perdre en tant de sens contraires, que le nom même de leur science, ainsi que je 1 ai dit ailleurs, en est presque devenu ridicule pour quelques personnes prévenues, qui n’y voient que les systèmes qu’elle a fait éclore, et C[ui oublient la longue et importante série des faits certains qu’elle a fait connoître (i). Pendant long-temps on n’admit que deux événemens, que deux Anciens sys- époques de mutations sur le globe : la création et le déluge; et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel , en ima- (l) Lorsque j ai dit cela, j’ai énoncé un fait dont on est chaque jour témoin ; mais je n’ai pas prêter! u exprimer ma propre opinion, comme des géologistes estimables ont jiaru le croire. Si quelque équivoque dans ma phrase a été la cause de leur erreur, je leur en fais *ci mes excuses. C XX DISCOURS ginant un certain état primitif, modifié ensuite par le déluge , dont chacun imaginoit aussi , à sa manière , les causes , l’action , et les effets. Ainsi , selon l’un (i) , la terre avoit reçu d’abord une croûte égaie et légère qui recouvroit Tabîme des mers , et qui se creva pour pro- duire le déluge; ses débris fonnèrentles montagnes. Selon l’autre (2), le déluge futoccasionépar une suspension momentanée de la cohésion dans les minéraux ; toute la masse du globe fut dissoute , et la pâte en fut pénétrée par les coquilles. Selon un troisième (3) , Dieu sou- leva les montagnes pour faire écouler les eaux du déluge, et les prit dans les endroits où il y avoit le plus de pierres, parce qu autrement elles n’auroient pu se soutenir. Un quatrième (4) créa la terre avec l’atmosphère d’une comète, et la fit inonder par la queue d’une autre ; la chaleur qui lui restoit de sa première origine , fut ce qui excita tous les êtres vivans au péché; aussi furent-ils tous noyés, excepté les poissons, qui av oient apparemment les passions moins vives. On voit que , tout en se retranchant dans les limites fixées par la Genèse , les naturalistes se donnoient encore une carrière assez vaste : ils se trouvèrent bientôt à l’étroit ; et, quand ils eurent réussi à faire envisager les six jours de la création comme autant de périodes in- définies, les siècles ne leur coûtant plus rien, leurs systèmes prirent un essor proportionné aux espaces dont ils purent disposer. Le grand Leibnitz lui-même s’amusa à faire , comme Descartes , de la terre un soleil éteint (5), un globe vitrifié, sur lequel les va- peurs, étant retombées lors de son refroidissement, formèrent des mers, et déposèrent ensuite les terrains calcaires. (i) Burnet, Telluris Theoria sacra, Lond. i68i. (a) TVoodward , Essay towards tbe tiatural history of the Earth, Lond, I-JOT., (3) Scheuchzer , Méni. de l’Acad. , iyo8. (4) TVhiston, A New Tlieory oftlie Earth, Lond. 1708. ,5) Ledmitz , Protogæa. act. Lips. , l683 ; Gott. , 1749 PRÉLIMINAIRE. Demaillet couvrit le globe entier d’eau pendant des milliers d’an- nées j il fit retii’er les eaux graduellement 5 tous les animaux ter- restres avoient d’abord été marins ; l’homme lui-même avoit com- mencé par être poisson ; et l’auteur assure qu’il n’est, pas rare de rencontrer dans l’Océan des poissons qui ne sont encore devenus hommes qu’à moitié, mais dont la race le deviendra tout-à-fait quelque jour (i). Le système de BulFon n’est guère qu’un développement de celui de Leibnitz, avec 1 addition seulement d’une comète qui a fait sortir du soleil, par un choc violent, la masse liquéfiée de la terre, en même temps que celle de toutes les planètes ; d’où il résulte des dates positives j car, par la température actuelle de la terre, on peut savoir depuis combien de temps elle se refroidit; et, puisque les autres planètes sont sorties du soleil en même temps qu’elle , ôn peut calculer combien les grandes ont encore de siècles à refroidir , et jusqu’à quel point les petites sont déjà glacées (2). De nos jours, des esprits plus libres que jamais ont aussi voulu Systèmes plus s exercer sur ce grand sujet. Quelques écrivains ont reproduit et prodigieusement etendu les idées de Demaillet; ils disent que tout fut liquide dans 1 origine; que le liquide engendra des animaux d’abord tres-simples, tels que des monades ou autres espèces infusoires et microscopiques ; que , par suite des temps, et en prenant des habi- tudes diverses, les races animales se compliquèrent, et se diver- sifièrent au point où nous les voyons aujourd’hui. Ce sont toutes ces races d animaux qui ont converti par degrés l’eau de la mer en terre calcaire ; les végétaux , sur l’origine et les métamoi’phoses desquels on ne nous dit rien , ont converti de leur côté cette eau en argile; mais ces deux terres, à force d’être dépouillées des caractères que la vie leur avoit imjirimés , se résolvent, en der- (1) Â ^GlllOTHCd f -^Dist0rd,j (2) Théorie de la terre, 1,43; et Époques de la nature, XXII DISCOURS nière analyse , en silice ; et voilà pourquoi les plus anciennes montagnes sont plus siliceuses que les autres. Toutes les parties so- lides de la terre doivent donc leur naissance à la vie , et , sans la vie , le globe seroit encore entièrement liquide (i). D’autres écrivains ont donné la préférence aux idées de Kepler : comme ce grand astronome , ils accordent au globe lui-mème les facultés vitales; un fluide, selon eux, y ch’cule; une assimilation s’y fait aussi bien que dans les corps animés ; chacune de ses parties est vivante ; il n’est pas jusqu’aux molécules les plus élémentaires qui n’aient un instinct, une volonté 5 qui ne s’attirent et ne se repoussent d’après des antipathies et des sympathies ; chaque sorte de minéral peut convertir des masses immenses en sa propre nature, comme nous convertissons nos alimens en chair et en sang ; les montagnes sont les organes de la respiration du globe , et les schistes ses organes sécrétoires ; c’est par ceux-ci qu’il décompose l’eau de la mer pour engendrer les déjections volcaniques; les filons enfin sont des caries, des abcès du règne minéral, et les métaux un produit de pourriture et de maladie : voilà pourquoi ils sentent presque tous si mauvais (2). Il faut convenir cependant que nous avons choisi là des exemples extrêmes, et que tous les géologistes n’ont pas porté la hardiesse des conceptions aussi loin que ceux que nous venons de citer; mais, parmi ceux qui ont procédé avec le plus de réserve, et qui n’ont point cherché leurs moyens hors de la physique ou de la chimie or- dinaire , combien ne règne-t-il pas encore de diversité et de contra- diction ! Divergences Q^gz l’un, tout est précipité successivement, tout s’est déposé à peu de tous les sys- tèmes. " (1) Voyez la Physique de Rod/g, p. 106, Leipsig, 1801 ; et la page 169 du deuxième tome de Telliamed, ainsi qu’une infinité de nouveaux ouvrages allemands. M. de Lamarck est celui qui a développé dans ces derniers temps ce système en France avec le plus de suite et la sagacité la plus soutenue dans son Hydrogéologie et dans sa Philosophie zoologique. (2) Feu M. Patriu a mis beaucoup d’esprit à soutenir cette manière de voir dans plusieurs articles du Nouveau Dictionnaire d’Histoirn naturelle. PRÉLIMINAIRE. ^xiii près comme il est encore j mais la mer, qui couvroit tout, s’est retirée par degrés (i)' Chez l’autre , les matériaux des montagnes sont sans cesse dégradés et entraînés par les rivières, pour aller au fond des mers se faire échauffer sous une énorme pression , et former des couches que la chaleur qui les durcit relèvera un jour avec violence (2). Un troisième suppose le liquide divisé en une multitude de lacs placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres, qui, après avoir déposé nos couches coquillières, ont rompu successivement leurs digues pour aller remplir le bassin de l’Océan (3). Chez un quatrième , des marées de sept à huit cents toises ont au contraire emporté de temps en temps le fond des mers, et font jetté en montagnes et en collines dans les vallées, ou sur les plaines primitives du continent (4). Un cinquième fait tomber successivement du ciel, comme les pierres météoriques, les divers fragmens dont la terre se compose , et qui portent dans 1 es êtres inconnus dont ils recèlent les dépouilles l’em- preinte de leur origine étrangère (5). Un sixième fait le globe creux , et y place un noyau d’aimant cjui se transporte, au gré des comètes, d’un pôle à l’autre, entraînant avec 1 ui le centre de gravité et la masse des mers , et noyant ainsi alter- nativement les deux hémisphères (6). Nous pourrions citer encore vingt autres systèmes tout aussi di- er^ens que ceux là ; et, que l’on ne s’y trompe pas, notre intention (i) M. DdameUerie admet la cristallisation comme cause principale dans sa Géologie. (3) Illustrations of the Huttonian Theory of the Earth, Edimb. 1802. autres «“droits du Journal de Physique, d’après Michaélis et plusieurs (4) Dolomieu, ibid. ^ ^ Recherches sur l’origine et le développement de l’ordre actuel du ■Monde, Giessen 1002. «cluci au («) M. Bertrand, Renouvellement périodique des Continens terrestres. Hambourg 1799. Causes de ces divergences. Nature et con- ditions du prO' blême. XXIV DISCOURS n’est pas d’en critiquer les auteurs : au contraire nous reconnois- sons que ces idées ont généralement été conçues par des hommes d’esprit et de science, qui n’ignoroient point les faits, dont plusieurs même avoient voyagé long-temps dans l’intention de les examiner. D’où peut donc venir une pareille opposition dans les solutions d’hommes qui partent des mêmes principes pour résoudre le même problème ? Ne seroit-ce point que les conditions du problème n’ont jamais été toutes prises en considération ; ce qui l’a fait rester, jusqu’à ce jour, indéterminé, et susceptible de plusieurs solutions , toutes éga- lement bonnes quand on fait abstraction de telle ou telle condition ; toutes également mauvaises , quand une nouvelle condition vient à se faire connoître,ouque l’attention se reporte vers quelque condition connue, mais négligée.? Pour quitter ce langage mathématique, nous dirons que presque tous les auteurs de ces systèmes, n’ayant eu égard qu’à certaines difficultés qui les frappoient plus que d’autres, se sont attachés à résoudre celles-là d’une manière plus ou moins probable, et en ont laissé de côté d’aussi nombreuses, d’aussi importantes. Tel n’a vu, par exemple , que la difficulté de faire changer le niveau des mers ; tel autre, que celle de faire dissoudre toutes les substances terrestres dans un seul et même liquide ; tel autre enfin, que celle de faire vivre sous la zône glaciale des animaux qu’il croyoit de la zone torride. Epui- sant sur ces questions les forces de leur esprit, ils croy oient avoir tout fait en imaginant un moyen quelconque d’y répondre : il y a plus , en négligeant ainsi tous les autres phénomènes , ils ne songeoient pas même toujours à déterminer avec précision la mesure et les limites de ceux qu’ils cherchoient à expliquer. Cela est vrai surtout pour les terrains secondaires , qui forment cependant la partie la plus importante et la plus difficile du pro- blème. On ne s’est presque jamais occupé de fixer avec soin les su- PRÉLIMINAIRE. perpositions de leurs couches , ni les rapports de ces couches avec les espèces d’animaux et de plantes dont elles renferment les restes. Y a-t-il des animaux, des plantes propres à certaines couches, et qui ne se trouvent pas dans les autres ? Quelles sont les espèces qui paroissent les premières , ou celles qui viennent après ? Ces deux sortes d espèces s’accompagnent-elles quelquefois ? Y a-t-il des alter- natives dans leur retour ; ou , en d’autres termes , les premières reviennent-elles une seconde fois , et alors les secondes disparoissent- elles Ces animaux , ces plantes , ont-ils vécu dans les lieux où l’on trouve leurs dépouilles, ou bien y ont-ils été transportés d’ailleurs? Vivent-ils encore tous aujourd’hui quelque part , ou bien ont-ils été détruits en tout ou en partie ? Y a-t-il un rapport constant entre 1 ancienneté des couches et la ressemblance ou la non ressemblance des fossiles avec les êtres vivans? Y en a-t-il un de climat entre les fos- siles et ceux des êtres vivans qui leur ressemblent le plus ? Peut- on en conclure c[ue les transports de ces êtres , s’il y en a eu , se soient faits du nord au sud, ou de l’est à l’ouest, ou par irradiation et mé- lange, et peut-on distinguer les époques de ces transports par les couches qui en portent les empreintes ? Que dire sur les causes de l’état actuel du globe, si l’on ne peut répondie à ces questions, si l’on n’a pas encore de motifs suffisans pour choisir entre 1 affirmative ou la négative ? Or il n’est que trop viai qu aucun de ces points n’est encore absolument hors de doute, qu a peine meme semble-t-on avoir songé qu’il seroit bon de les éclaircir avant de faire un système. On trouvera la raison de cette singularité, si l’on réfléchit que les Raison pour geologistes ont tous été, ou des naturalistes de cabinet, qui avoient les con- peu examiné par eux-mêmes la structure des montagnes; ondes miné- ralojjistes quin avoient pas étudié avec assez de détail les innombrables variétés des animaux, et la complication infinie de leurs diverses parties. Les premiers n’ont fait que des systèmes j les derniers ont rp T XXVI DISCOURS donné d’excellentes observations ; ils ont véritablement posé les bases , de la science : mais ils n’ont pu en achever l’édifice. Progrès (le la En eflfet, la partie purement minérale du grand problème de la géologie miné- tiiéorie de la terre a été étudiée avec un soin admirable par de Saus- sure, et portée depuis à un développement étonnant par Werner, et par les nombreux et savans élèves qu’il a formés. Le premier de ces hommes célèbres, parcourant péniblement pen- dant vingt années les cantons les plus inaccessibles, attaquant .en quelque sorte les Alpes par toutes leurs faces, par tous leuPs défilés, nous a dévoilé tout le désordre des terrains primitifs, et a tracé plus nettement la limite qui les distingue des terrains secondaires. Le second, profitant des nombreuses excavations faites dans le pays du inonde où sont les plus anciennes mines, a fixé les lois de succession des couches 5 il a montré leur ancienneté respective et poursuivi cha- cune d’elles dans toutes ses métamorphoses. C’est de lui, et de lui seulement, que datera la géologie positive, en ce qui concerne la nature minérale des couches j mais ni l’ün ni l’autre n’a donné à la détermination des espèces organisées fossiles, dans chaque genre de couche, la rigueur devenue nécessaire, depuis que les animaux connus s’élèvent à un nombre si prodigieux. D’autres savans étudioient, à la vérité, les débris fossiles des corps Iraportarce des fossiles en géo- logie. organisés 5 ils en recueilloient et en faisoient représenter par milliers; leurs ouvrages seront des collections précieuses de matériaux : mais, plus occupés des animaux ou des plantes, considérés comme tels, que de la théorie de la terre , ou regardant ces pétrifications ou ces fossiles comme des curiosités , plutôt que comme des documens historiques, ou bien enfin , se contentant d’explications partielles sur le gisement de chaque morceau, ils ont prescfue toujours négligé de rechercher les lois généralesdepositionouderapport dés fossiles avec les couches. Cependant l’idée de cette recherche étoit bien naturelle. Comment ne voyoit-on pas que c’est aux fossiles seuls qu’est due la naissance de PRÉLIMINAIRE, xxvii la théorie de la terre; que, sans eux, l’on n’auroit peut-être jamais songé qu’il y ait eu dans la formation du globe des époques succes- sives, et une série d’opérations différentes? Eux seuls, en effet, donnent la certitude que le globe n’a pas toujours eu la même enve- loppe, par la certitude où l’on est qu’ils ont dii vivre à la surface avant d’être ainsi ensevelis dans la profondeur. Ce n’est que par ana- logie que l’on a étendu aux terrains primitifs la conclusion que les fossiles fournissent directement pour les terrains secondaires ; et, s’il n’y avoit que des terrains sans fossiles, personne ne pourroit sou- tenir que ces terrains n’ont pas été formés tous ensemble. C’est encore par les fossiles, toute légère qu’est restée leur con- noissance, que nous avons reconnu le peu que nous savons sur la nature des révolutions du globe. Ils nous ont appris que les couches, au moins celles qui les recèlent, ont été déposées paisiblement dans un liquide; que leurs variations ont correspondu à celles du liquide; que leur mise à nu a été occasionnée par le transport de ce liquide ; que cette mise à nu a eu lieu plus d’une fois : rien de tout cela ne seroit certain sans les fossiles. L’étude de la partie minérale de la géologie, qui n’est pas moins Jiécessaire, qui même est pour les arts pratiques d’une utilité beau- coup plus grande, est cependant beaucoup moins instructive par rapport à l’objet dont il s’agit. Nous sommes dans l’ignorance la plus absolue sur les causes qui ont pu faire varier les substances dont les couches se composent ; nous ne connoissons pas même les agens qui ont pu tenir certaines d entre elles en dissolntion; et Ton dispute encore sur plusieurs, si «lies doivent leur origine à l’eau ou au feu. Au fond f on a pu voir ci-devant que l’on n’est d’accord que sur un seul point; savoir , que la mer a changé de place. Et comment le sait-on, si ce n est par les fossiles ? Les fossiles , qui ont donné naissance à la theorie de la terre , lui d* XXVIII DISCOURS rmportance spé- ciale des os fos- siles de quadru- pèdes. ont donc fourni en même temps ses principales lumières, les seules qui jusqu’ici aient été généralement reconnues. Cette idée est ce qui nous a encouragé à nous en occuper; mais ce champ est immense : un seul homme pourroit à peine en effleurer une foible partie. Il falloit donc faire un choix, et nous le fîmes bientôt. La classe de fossiles qui Ihit l’objet de cet ouvrage nous attacha dès le premier abord, parce que nous vîmes qu’elle est à la fois plus féconde en conséquences précises, et cependant moins connue, et plus riche en nouveaux sujets de recherches (i). Il est sensible en effet , que les ossemens de quadrupèdes peuvent conduire, par plusieurs raisons, à des résultats plus rigoureux qu’au- cune autre dépouille de corps organisés. Premièrement, ils caractérisent d’une manière plus nette les révo- luuons qui les ont affectés. Des cocjuilles annoncent bien que la mer existoit où elles se sont formées ; mais leurs changemens d’espèces pourroient à la rigueur provenir de changemens légers dans la nature ou seulement dans la température du liquide. Us pourroient encore avoir tenu k d’autres causes accidentelles. Rien ne nous assure que, dans le fond de la mer, certaines espèces, certains genres même, après avoii occupe plus ou moins long-temps des espaces déterminés, n aient pu etre chassés par d’autres. Ici , au contraire , tout est précis ; 1 apparition des os de quadrupèdes, surtout celle de leurs cadavres entiers dans les couches, annonce, ou que la couche même qui les porte étoit autrefois à sec , ou qu’il s’étoit au moins formé une terre sèche dans le voisinage. Leur disparition rend certain que cette couche avoit été inondée, ou que cette terre sèche avoit cessé d exister. C est donc par eux que nous apprenons, d’une manière (i) Cet ouvrage montre en effet à quel point cette matière étoit encore neuve , malgré les cxcellens travaux des Camper , des Pallas , des Blumenbach , des Merk , des Soemmerring, Faujas, des Home, et des autres savans dont j’ai eu ij P us granc soin de citer les ouvrages dans ceux de mes Chapitres auxquels ils se rapportent. PRÉLIMINAIRE. XXIX assurée, le fait important des irruptions répétées de la mer, dont les fossiles et autres produits marins à eux seuls ne nous auroient pas instruits; et c est par leur étude approfondie que nous pouvons esperer de reconnoitre le nombre et les époques de ces irruptions. Secondement, la nature des révolutions qui ont altéré la surface du globe a du exercer sur les quadrupèdes terrestres une action plus complète que sur les animaux marins. Comme ces révolutions ont, en grande partie, consisté en déplacemens du lit de la mer, et que les eaux dévoient détruire tous les quadrupèdes qu’elles atteignoient, si leur irruption a été générale, elle a pu faire périr la classe entière, ou, si elle n’a porté à la fois que sur certains continens, elle a pu anéantir au moins les espèces propres à ces continens, sans avoir la même influence sur les animaux marins. Au contraire, des millions d’individus aquatiques ont pu être laissés à sec, ou ensevelis sous des couches nouvelles, ou jetés avec violence h la côte, et leur race être cependant conservée dans quelques lieux plus paisibles, d’où elle se sera de nouveau propagée après que l’agitation des mers aura cessé. Troisièmement, cette action plus complète est aussi plus facile à saisir; il est jflus aisé d’en démontrer les effets, parce que le nombre es quadrupèdes étant borné, la plupart de leurs espèces, au moins es grandes, étant connues, on a plus de moyens de s’assurer si des appartiennent à lune d’elles, ou s’ils viennent d’une espèce pei ue. Comme nous sommes, au contraire, fort loin de con- noitre tous les coquillages et tous lespoissons de la mer ; comme nous ^gnorons probablement encore la plus grande partie de ceux qui vent dans la profondeur, il est impossible de savoir avec certitude SI une espece que l’on trouve fossile n’existe pas quelque part vivante. ussi voyons-nous des savans s’opiniâtrer à donner le nom de co- qui es p’ ajjiennes, c est-a-dire, de coquilles de la haute mer, aux elemmtes, aux cornes d’ammon, et aux autres dépouilles testacées qm n ont encore été vues que dans les couches anciennes, voulant dire Il y a peu d’es- pérance de dé- couvrir de nou- velles espèces de grands quadru- pèdes. XXX DISCOURS par là que , si on ne les a point encore découvertes dans l’état de vie , c’est qu elles habitent à des profondeurs inaccessibles pour nos filets. Sans doute les naturalistes n’ont pas encore traversé tous les con- tinens, et ne connoissent pas même tous les quadrupèdes qui ha- bitent les pays qu’ils ont traversés. On découvre de temps en temps des espèces nouvelles de cette classe; et ceux qui n’ont pas examiné avec attention toutes les circonstances de ces découvertes pourroient croire aussi que les quadrupèdes inconnus dont on trouve les os dans nos couches, sont restés jusqu’à présent cachés dans quelques lies qui n’ont pas été rencontrées- par des navigateurs, ou dans quelques uns des vastes déserts qui occupent le milieu de l’Asie, de l’Afrique, des deux Amériques et de la Nouvelle-Hollande. Cependant, que l’on examine bien quelles sortes de quadrupèdes l’on a découvertes récemment, et dans quelles circonstances on les a découvertes, et l’on verra qu’il reste peu d espoir de trouver un jour celles que nous n’avons encore vues que fossiles. Les îles d’étendue médiocre, et placées loin des grandes terres, ont très-peu de quadrupèdes, la plupart fort petits : quand elles en possèdent de grands, c’est qu’ils y ont été apportés d’ailleurs. Bou- gainville et Cook n’ont trouvé que des cochons et des chiens dans les îles de la mer du Sud. Les plus grands quadrupèdes des Antilles étoient les agoutis. A la vérité les grandes terres, comme l’Asie, l’Afrique, les deux Amériques et la Nouvelle- Hollande ont de grands quadrupèdes, et généralement des espèces propres à chacune d’elles ; en sorte que toutes les fois que l’on a découvert de ces terres que leur situation avoit tenues isolées du reste du monde, on y a trouvé la classe des quadrupèdes entièrement différente de ce qui existoit ailleurs. Ainsi, quand les Espagnols parcoururent pour la première fois l’Amérique méridionale, ils n’y trouvèrent pas un seul des quadrupèdes de l’Eu- rope , de l’Asie , ni de l’Afrique. Le puma, le jaguar, le tapir, le XXXI PRÉLIMINAIRE. cabiai, le lama, la vigogne, tous les sapajous, furent pour eux des êtres entièrement nouveaux , et dont ils n’avoient nulle idée. Le même phénomène s’est renouvelé de nos jours quand on a com- mencé à examiner les côtes de la Nouvelle -Hollande et les îles adjacentes. Les divers kanguroos, les phascolonies, les dasyures,les péramèles, les phalangers volans, les ornithorinques , les échidnés sont venus étonner les naturalistes par des conformations étranges qui rompoient toutes les règles, et échappoient à tous les systèmes. Si donc il restoit quelque grand continent à découvrir, on pourroit encore espérer de connoître de nouvelles espèces , parmi lesquelles il pourroit s’en trouver de plus ou moins semblables à celles dont les entrailles de la terre nous ont montré les dépouilles; mais il suffit de jeter un coup-d’œil sur la mappemonde, de voir les innombrables directions selon lesquelles les navigateurs ont sillonné l’Océan , pour juger qu il ne doit plus y avoir de grande terre, à moins qu’elle ne soit vers le pôle austral, où les glaces n’y laisseroient subsister aucun reste de vie. Ainsi ce n’est que de l’intérieur des grandes parties du monde que 1 on peut encore attendre des quadrupèdes inconnus. Or, avec un peu de réflexion, on ven’a bientôt que l’attente n’est guère plus fondée de ce côté cjue de celui des îles. Sans doute le voyageur européen ne parcourt pas aisément de vastes étendues de pays, désertes, ou nourrissant seulement des peuplades féroces ; et cela est surtout vrai à l’égard de l’Afrique : mais rien n -empêche les animaux de parcourir ces contrées en tout sens, et de se rendie vers les cotes. Quand il y auroit entre les côtes et les déserts de hnterieur de grandes chaînes de montagnes, elles seroient toujours interrompues à quelques endroits pour laisser passer les fleuves ; et, dans ces déserts brulans, les quadrupèdes suivent de préférence les bords des rivières. Les peuplades des côtes remontent aussi ces ri- vières, et prennent promptement conooissance , soit par elles-mêmes, XXXII DISCOURS soit par le commerce et la tradition des peuplades supérieures, de toutes les espèces remarquables qui vivent jusque vers les sources. Il n’a donc fallu h aucune époque un temps bien long pour que les nations civilisées qui ont fréquenté les côtes d’un grand pays en connussent assez bien les animaux considérables, ou frappans par leur configuration. Les faits connus répondent à ce raisonnement. Quoique les anciens n’aient point passé l’Imaüs et le Gange, en Asie, et qu’ils n’aient pas été fort loin en Africjue, au midi de l’Atlas, ils ont réellement connu tous les grands animaux de ces deux parties du monde; et, s’ils n’en ont pas distingué toutes les espèces, ce n’est point parce qu’ils n’avoient pu les voir, ou en entendre parler , mais parce que la res- semblance de ces espèces n’avoit pas permis d’en reconnoître les ca- ractères. La seule grande exception que l’on puisse m’opposer est le tapir asiatique, récemment envoyé des Indes par deux jeunes natu- ralistes de mes élèves, MM. Duvaucel et Diard, et qui forme eu effet l’une des plus belles découvertes dont l’histoire naturelle se soit en- richie dans ces derniers temps. Les anciens connoissoient très-bien l’éléphant , et l’histoire de ce quadrupède est plus exacte dans Aristote que dans Buffon. Ils n’ignoroient même pas une partie des différences qui distinguent les éléphans d’Afrique de ceux d’Asie (i). Ils connoissoient les rhinocéros à deux cornes que l’Europe mo- derne n’a point vus vivans. Domitien en montra à Rome, et en fit graver sur ses médailles. Pausanias les décrit fort bien. Le rhinocéros unicorne, tout éloignée qu’est sa patrie, leur étoit également connu. Pompée en fit voir un à Rome. Strabon en décrivit exactement un autre à Alexandrie (2). (1) Voyez mon Chapitre des Éléphans. (2) Voyez mon Chapitre des Rhinocéros. PRÉLIMINAIRE. xxxiii Le rhinocéros de Sumatra décrit par M. Bell, et celui de Java découvert et envoyé par MM. Duvaucel et Diard, ne paroissent point habiter le continent. Ainsi il n’est point étonnant que les anciens les ignorassent : d’ailleurs ils ne les auroient peut-être pas distingués. L hippopotame n’a pas été si bien décrit que les espèces précé- dentes 5 mais on en trouve des figures très-exactes sur les monumens laissés par les Romains, et représentant des choses relatives à l'Egypte, telles que la statue du Nil, la mosaïque de Palestrine, et un grand nombre de médaillés. En effet, les Romains en ont vu jilusieurs fois ÿ Scaurus, Auguste, Antonin, Commode, Héliogabale, Philippe et Carin (i) leur en montrèrent. Les deux espèces de chameaux, celle de Bactriane et celle d’A- rabie, sont déjà fort bien décrites et caractérisées par Aristote (2). Elles sont représentées dans les anciens monumens de l’Egypte. Les anciens ont connu la giraffe, ou chameau-léopard; on en a même vu une vivante à Rome, dans le cirque, sous la dictature de Jules-César, l’an de Rome 708 ; il y en avoit eu dix de rassemblées par Gordien III, qui furent tuées aux jeux séculaires de Philippe (3), ce qui doit etonner nos modernes qui n’en ont vu qu’une seule dans le quinzième siècle (4). Si on lit avec attention les descriptions de l’hippopotame, données par Hérodote et par Aristote , et que l’on croit empruntées d’Hé- catée de Milet, on trouvera quelles doivent avoir été composées avec celles de deux animaux différens, dont l’un étoit peut-être le véritable hippopotame, et dont l’autre étoit certainement le gnou {.Antilope gnu , Gmel. ), ce quadrupède dont nos naturalistes n’ont (1) ^oyez mon Chapitre de Y Hippopotame (2) Hist. Hb. H, cap. I. (3) Jul. Capitol., Gord. III, cap. XXIII. J Cap. (4) Celle que le Soudan d’Égypte envoya à Laurent de Médicis , et qui est peinte dans les •resques de Foggio-^Cajano^ T. I. XXXIV DISCOURS entendu parler qu’à la fin du dix-septième siècle. C’étoit le même animal dont on avoit des relations fabuleuses sous le nom de cato- hlepas ou de catablepon (i). Le sanglier d’Ethiopie d’Agatharchides , qui avoit des cornes, étoit bien notre sanglier d’Ethiopie d’aujourd’hui, dont les énormes dé- fenses méritent presque autant le nom de cornes que les défenses de l’éléphant (2). Le bubale, le nagor sont décrits par Pline (3); la gazelle, par Elien (4); l’oryx, par Oppien (5); l’axis l’étoit dès le temps de Cté- sias (6); l’algazel et la corine sont parfaitement représentés sur les monumens Egyptiens (7). Elien décrit fort bien le yak, ou bos-grunniens , sous le nom de bœuf dont la queue sert à faire des chasse-mouches (8). Le buffle n’a pas été domestique chez les anciens j mais le bœuf des Indes , dont parle Elien (9) , et qui avoit des cornes assez grandes pour tenir trois amphores, étoit bien la variété du buffle , appelée ami. Les anciens ont connu les bœufs sans cornes (10), les bœufs d’A- ' frique,dont les cornes attachées seulement à la peau se remuoient avec elle (i i) ; les bœufs des Indes, aussi rapides à la course que des chevaux (12); ceux qui ne surpassent pas un bouc en grandeur (i3) 5 (1) y oyez Pline, lib. VIII, cap. XXXII; et surtout Ælien, Hb. VII, cap. V. (2) , aiiiin., V, 27. (3) Pline , lib. VIII , cap. XV, et lib. XI , cap. XXXVII. (4) ÂElian., anim.,XIV, i4- (5) , Cyneg. , II, v. 44^ etsuiv. (6) Pline, lib. Vlll, cap. XXI. (7) Voyez le grand ouvrage sur VÈgj'pte : Antiq. , IV, pl- XLIX et pl. LXVI. (8) Ællan. , anim., XV, i4- (9) Idem , III , 34- (10) Idem, II, 53. I i) Idem , II , 20. (12) Idem, XV, 24. (13) Idem, ibid. f PRÉLIMINAIRE. xxxv les moutons à large queue (i); ceux des Indes, grands comme des ânes (3). Toutes mêlées de fables que sont les indications données par les anciens sur Tauroclis, sur le renne, et sur l’élan, elles prouvent tou- jours qu’ils en av oient quelque connoissance ; mais que cette con- naissance, fondée sur le rapport de peuples grossiers, n’avoit point encore été soumise à une critique judicieuse. L’ours blanc a été vu même en Egypte sous les Ptolomée (3). Les lions, les panthères, étoient communs à Rome dans les jeux : on les y voyoit par centaines ; on y a vu même quelques tigres ; l’hyène rayée, le crocodile du Nil y ont paru. Il y a dans les mo- saïques antiques, conservées à Rome, d’ excellons portraits des plus rares de ces espèces ; on voit entre autres l’hyène rayée, parfaitement représentée dans un morceau conservé au Muséum du Vatican ; et, pendant que j etois a Rome (en i8oq), on découvrit, dans un jardin du côté de l’arc de Galien , un pavé en mosaïque de pierres naturelles assorties à la manière de Florence, représentant quatre tigres de Ben- gale supérieurement rendus. Le Muséum du Vatican possède un crocodile en basalte, d’une exactitude presque parfaite (4). On ne peut guère douter que X hip- potigre ne fût le zèbre, qui ne vient cependant que des parties méri- dionales de l’Afrique (Ô). Il seroit facile de montrer que presque toutes les espèces un peu remarquables de singes ont été assez distinctement indiquées par les (0 Ællian. , anim. III, 3. , (2) Idem, IV, 32. ' (3) Athénée , Hl>. V. (4) h “y a d’erreur qu’un ongle de trop au pied de derrière. Auguste en avoit montré trente-six. Dion , lig. j_,y_ (5) Caracalla en tua un dans le cirque. Dion , lib- LXXVII. Conf. Gisb. Cuperi de Eleph. in nummis obvüs. ex. II , cap. VII. e XXXVI DISCOURS anciens, sous les noms depithèques, desphynx, de satyres, de cebus, de cynocéphales, de cercopithèques j(i). Ils ont connu et décrit jusqu’à d’assez petites espèces de rongeurs, quand elles avoient quelque conformation ou quelque propriété no- table (2). Mais les petites espèces ne nous importent point relative- ment à notre objet, et il nous suffit d’avoir montré que toutes les grandes especes remarquables par quelque caractère , que nous connoissous aujourd’hui en Europe , en Asie et en Afrique , étoient déjà connues des anciens, d’où nous pouvons aisément conclure que s’ils ne font pas mention des petites, ou s’ils ne distinguent point celles qui se ressemblent trop, comme les diverses gazelles et autres, ils eu ont été empêchés par le défaut d’attention et de méthode, plutôt que par les obstacles du climat. Nous conclurons également cjue si dix-huit ou vingt siècles, et la circumnavigation de l’Afrique et des Indes, nont rien ajoute en ce genre à ce que les anciens nous ont appris, il n’y a pas d’apparence que les siècles qui suivront appren- nent beaucoup à nos neveux. Mais peut-être quelqu’un fera-t-il un argument inverse, et dira que non-seulement les anciens, comme nous venons de le prouver, ont connu autant de grands animaux que nous, mais qu’ils en ont décrit plusieurs que nous n’avons pas ; que nous nous hâtons trop de regarder ces animaux comme fabuleux; que nous devons les chercher encore avant de croire avoir épuisé l’histoire de la création existante; enfin que parmi ces animaux prétendus fabuleux se trouveront peut- être , lorsqu’on les connoitra mieux, les originaux de nos ossemens d espèces inconnues. Quelques uns penseront même que ces monstres divers, orneniens essentiels de l’histoire héroïque de presque tous les (1) Voyez Lichtenstein, Comment, de Simiarum quotquot veteribus innotuerunt forrais. Hamburg. lygi. (2) La gerboise est gravée sur les médailles de Cyrène , et indiquée par Aristote sous le nom de rcit ci deux jjîeds PRÉLIMINAIRE. xxxvii peuples, sont précisément ces espèces qu’il a fallu détruire, pour per- niettre à la civilisation de s’établir. Ainsi les Thésée et les Belléro- phon auroient été plus heureux que tous nos peuples d’aujourd’hui, qui ont bien repoussé les animaux nuisibles, mais qui ne sont encore parvenus à en exterminer aucun. Il est facile de répondre à cette objection en examinant les descrip- tions de ces etres inconnus, et en remontant à leur origine. Lesplusnombreux ont une origine purement mythologique, etleurs descriptions en portent 1 empreinte irrécusable ÿ car on ne voit dans presque toutes que des parties d’animaux connus, réunies par une imagination sans frein, et contre toutes les lois de la nature. Ceux qu ont inventés ou arrangés les Grecs ont au moins de la grâce dans leur composition ; semblables à ces arabesques qui décorent quelques restes d’édifices antiques, et qu’a multipliés le pinceau fé- cond de Raphaël, les formes qui s’y marient, tout en répugnant à la raison, offrent à l’œil des contours agréables; ce sont des produits légers d heureux songes ; peut - être des emblèmes dans le goût oriental, ou Ion prétendoit voiler sous des images mystiques quelques propositions de métaphysique ou de morale. Pardonnons à ceux qui emploient leur temps à découvrir la sagesse cachée dans ■ e sphynx de Thèbes, ou dans le pégase de Thessalie, ou dans le mi- notaure de Crète, ou dans la chimère de l’Epire ; mais espérons que personne ne les cherchera sérieusement dans la nature : autant vaudrait y chercher les animaux de Daniel, ou la bète de l’apooa- lypse. y cherchons pas davantage les animaux mythologiques des erses, enfans d’une imagination encore plus exaltée; cette c 101 e ou destructeur d hommes , qui porte une tête humaine sur un corps de lion, terminé par une queue de scorpion fi) ; ce grijfon ou (l) Plin., VIII, 3l ; Arist., Hb II 21. ’ cap. ILl ^ Phot. , Bibl-, art. 7?, ; Ctes., Indic.; Ælian., XXXVIII DISCOURS gardeur de trésors, à moitié aigle, à moitié lion(i); ce carta-^ zonon (2) ou âne sauvage , dont le front est armé d’une longue corne. Ctésias , qui a donné ces animaux pour existans, a passé , chez beau- coup d’auteurs, pour un inventeur de fables, tandis qu’il n’avoit fait qu’attribuer de la réalité à des figures hiéroglyphiques. On a retrouvé ces compositions fantastiques sculptées dans les ruines de Persé- polis (3) j que signifioient-elles ? Nous ne le saurons probablement jamais; mais à coup sûr elles ne représentent pas des êtres réels. Agatharchides , cet autre fabricateur d’animaux, a voit proba- blement puisé à une source analogue ; lés raonumens de l’Egypte nous montrent encore des combinaisons nombreuses de parties d’es- pèces diverses : des hommes avec des têtes d’animaux, des animaux avec des tètes d’hommes, qui ont produit les cynocéphales, les sphynx et les satyres. [L’habitude d’y représenter dans un même tableau des hommes de tailles très-différentes, le roi ou le vainqueur gigantesque, les vaincus ou les sujets trois ou quatre fois plus petits, aura donné naissance à la fable des pygmées. C’est dans quelque recoin d’un de ces monumens c^\\ Agatharchides aura vu son tau- reau carnivore, dont la gueule, fendue jusqu’aux oreilles, n’épar- gnoit aucun autre animal (4) , mais qu’ assurément les naturalistes n’avoueront pas , car la nature 11e combine ni des pieds fourchus , ni des cornes, avec des dents tranchantes. 11 y aura peut-être eu bien d’autres figures tout aussi étranges, ou dans ceux de ces monumens qui n’ont pu résister au temps, ou dans les temples de l’Éthiopie et de l’Arabie , que les Mahométans et les (1) Ælian. , anim. ,IV, 27. (2) Æliati., anim., XYI, zo -, Photius , Bibl. , art. 72 ; Ctes. , Indic. (3) Voyez Corneille Lebrun, Voyage en Moscovie, en Perse et aux Indes , t. II; et l’ou- vrage allemand de M. Heeren , sur le commerce des anciens. (4) Photius, Bibl., art. a5o; Jffatharchid. , Excerpt.hist. , cap. XXXIX ; Ælian. , anim . , XVII , 45 ; Pim. , VIII , 2 1 . PRÉLIMINAIRE. ;^xxix Abyssins ont détruits par zèle religieux. Ceux de l’Inde en four- millent ; niais les combinaisons en sont trop extravagantes pour avoir trompé quelqu’un; des monstres à cent bras, à vingt têtes toutes dif- férentes, sont aussi par trop monstrueux. Il n’est pas jusqu’aux .Taponois et aux Chinois qui n’aient des ani- maux imaginaires qu’ils donnent comme réels , qu’ils représentent même dans leurs livres de religion. Les Mexicains en avoient. C’est l’habitude de tous les peuples, quand leur idolâtrie n’est point en- core raffinée. Mais qui oseroit prétendre trouver dans la nature ces enfans de l’ignorance et de la superstition ? Il sera arrivé cependant que des voyageurs , pour se faire valoir, auront dit avoir observé ces êtres fantastiques , ou que , faute d’attention, et trompés par une ressemblance légère, ils auront pris pour eux des êtres réels. Les grands singes auront paru de vrais cy- nocéphales , de vrais sphynx , de vrais hommes à queue ; c’est ainsi que saint Augustin aura cru avoir vu un satyre. Quelques animaux véritables mal observés et mal décrits, auront aussi donné naissance à des idées monstrueuses, bien que fondées sur quelque réalité ; ainsi l’on ne peut douter de l’existence de 1 hyène, quoique cet animal n’ait pas le cou soutenu par un seul os (i), et qu’il ne change pas chaque année de sexe, comme le dit Pline ; ainsi le taureau carnivore n’est peut-être qu’un rhinocéros à deux cornes dénaturé. M. de Weltheim prétend bien que les fourmis aurifères d Hérodote, sont des corsacs. (0 J’ai même vu , dans le cabinet de feu M. Adrien Camper , un squelette d’hyène oii plusieurs des vertèbres du cou étoient soudées ensemble. Il est probable que c’est quelque individu semblable qui aura fait attribuer en général ce caractère à toutes les hyènes. Cet animal doit être plus sujet que d’autres à cet accident , à cause de la force prodigieuse des muscles de son cou et de l’usage fréquent qu’il en fait. Quand l’hyène a saisi quelque chose , il est plus aisé de l’attirer toute entière que de lui arracher ce qu’elle tient , et c’est ce qui en a fait pour les Arabes l’emblème de l’opiniâtreté invincible. XL DISCOURS Lun des plus fameux, parmi ces animaux des anciens, c’est la licorne. On s’est obstiné jusqu à nos jours à la chercher, ou du moins à chercher des argumens pour en soutenir l’existence. Trois animaux sont fréquemment mentionnés chez les anciens comme n’ayant qu’une eorne au milieu du front. Voryx d’Afrique, qui a en même temps le pied fourchu, le poil à conti-e-sens (i) , une grande taille, com- parable à celle du bœuf (2) ou même du rhinocéros (3), et que l’on s accorde à rapprocher des cerfs et des chèvres pour la forme (4) j 1 ane des Indes , qui est solipède, et le monoceros proprement dit, dont les pieds sont tantôt comparés à ceux du lion (5) , tantôt à ceux de l’éléphant (6) , qui est par conséquent censé fissipède. Le cheval (7) et le bœuf unicornes se rapportent l’un et l’autre, sans doute, à l’àne des Indes, car le bœuf même est donné comme solipède (8). Je le demande 5 si ces animaux existoient comme espèces distinctes, n’en aurions-nous pas au moins les cornes dans nos cabi- nets.^ Et quelles cornes impaires y possédons-nous, si ce n’est celles du rhinocéros et du narval ? Gomment , apres cela , s en rapporter à des figures grossières tra- cées par des sauvages sur des rochers (9)? Ne sachant pas la pers- pective, et voulant représenter une antilope à cornes droites de profil, ils n auront pu lui donner qu’une corne, et voilà sur le champ un oryx.Xes oryx des monumens égyptiens ne sont probablement aussi que des produits du style roide , imposé aux artistes de ce pays par (1) ; an. , II , I , et III , 2 ; Plin. , XI , 46. (2) Hérod., IV, 192. (3) Oppien, Cyneg. , II, vers. 55i, (4) PUn., VIII , 53. (5) Philo storge , III, ii- (6; P/m., VIII, 21. (7) Onésicrite ap. Sirab., üb. XV ; Ælian. , anim. , XIII, 42. (8) Plin., VIII, 3i. f^) Bar,wv , Voy . au Cap. , trad. fr. , II , I78. \ PRÉLIMINAIRE. xli la religion. Beaucoup de leurs profils de quadrupèdes n offrent qu’une jambe devant et une derrière ; pourquoi auroient-ils montré deux cornes ? Peut-être est-il arrivé de prendre des individus qu’un ac- cident avoit privés d’une corne, comme il arrive assez souvent aux chamois et aux saïgas , et cela aura suffi pour confirmer l’erreur pro- duite par ces images. Tous les anciens, au reste, n’ont pas non plus réduit l’oryx à une seule corne 5 Oppieu lui en donne expressément plusieurs (i) , et Elien en cite qui en avoient quatre (-2) ; enfin si cet animal étoit ruminant et à pied fourchu, il avoit a coup si\r l’os du front divisé en deux, et n’auroit pu, suivant la remarque très-juste de Camper, porter une corne sur la suture. Mais, dira-t-on, quel animal à deux cornes a pu donner l’idée de l’oryx, et présente les traits que l’on rapporte de sa conformation, même en faisant abstraction de l’unité de corne ? Je réponds, avec Pallas, que c’est l’antilope à cornes droites, mal à propos nommée pasan par Buffon. {^Antilope oryx^ Gmel.) Elle habite les déserts de l’Afrique, et doit venir jusqu’aux confins de l’Egypte 5 c’est elle que les hiéroglyphes paroissent représenter 5 sa forme est assez celle du cerf; sa taille égale celle du bœuf; son poil du dos est dirigé vers la tête ; ses cornes forment des armes terribles, aiguës comme des dards, dures comme du fer; son poil est blanchâtre; sa face porte des traits et des bandes noires : voilà tout ce qu’en ont dit les naturalistes ; et, pour les fables des prêtres d’Égypte qui ont motive 1 adoption de son image parmi les signes hiéroglyphiques , il n’est pas nécessaire qu’elles soient fondées en nature. Qu’on ait donc vu un oryx privé d’une corne ; qu’on l’ait pris pour un être régulier , type tte toute l’espèce; que cette erreur adoptée par Aristote ait ete copiée par ses successeurs , tout cela est possible , naturel meme , (1) Op. Cj neg. , lib. 11 , V. 468 et 4^ I • ^ (2) De An. , lib. XY , cap. 14. T. I. f xLii DISCOURS et ne prouvera cependant rien pour l’existence d’une espèce uni- corne. Quant a 1 ane des Indes , qu on lise les propriétés anti-véné- neuses attribuées à sa corne parles anciens, et l’on verra qu’elles sont absolument les mêmes que les Orientaux attribuent aujourd’hui à la corne du rhinocéros. Dans les premiers temps où cette corne aura été apportée chez les Grecs , ils n’auront pas encore connu l’animal qui la portoit. En effet, Aristote ne fait point mention du rhinocéros, et Agatharchides est le premier qui l’ait décrit. C’est ainsi que les an- ciens ont eu de l’ivoire long-temps avant de connoître l’éléphant. Peut-être même quelques uns de leurs voyageurs auront-ils nommé le rhinocéros âne des Indes , avec autant de justesse que les Romains avoient nommé l’éléphant bœuf de Lucanie. Tout ce qu’on dit de la force, de la grandeur et de la férocité de cet àne sauvage, con- vient d’ailleurs très-bien au rhinocéros. Par la suite ceux qui con- noissoient mieux le rhinocéros, trouvant dans des auteurs antérieurs cette dénomination ^âne des Indes , l’auront prise , faute de cri- tique, pour celle d un animal particulier 5 enfin de ce nom l’on aura conclu que 1 animal devoit être solipède. H y a bien une description plus détaillée de l’âne des Indes par Ctésias (i), mais nous avons vu plus haut qu’elle a été faite d’après les bas-reliefs de Per- sépolis j elle ne doit donc entrer pour rien dans l’histoire positive de l’animal. Quand enfin il sera venu des descriptions un peu pins exactes qui parloient d’un animal à une seule corne, mais à plusieurs doigts, l’on en aura fait encore une troisième espèce , sous le nom de monocéros. Ces sortes de doubles emplois sont d’autant plus fréquens dans les naturalistes anciens, que presque tous ceux dont les ouvrages nous restent étoieiit de simples compilateurs ; qu’ Aristote lui-même a ,'t) ÆUan., anim., IV, S^ -Photius, Bibl. , p. l54. PRÉLIMINAIRE. XLIII - fréquemment mêlé des faits empruntés ailleurs avjec ceux qu’ü ^ observés lui-même 5 qu enfin l’art de la critique étoit aussi peu connu alors des naturalistes que des historiens, ce qui est beaucoup dire. De tous ces raisonnemens , de toutes ces digressions, il résulte que les grands animaux que nous connoissons dans l’ancien continent étoient connus des anciens ; et que les animaux décrits par les an- ciens, et inconnus de nos jours, étoient fabuleux ; il en résulte donc aussi qu iln apas fallubeaucoup de temps pour que les grands animaux des trois premières parties du monde fussent connus des peuples qui en fréquentoient les côtes. On peut en conclure que nous n’avons de même aucune grande espèce à découvrir en Amérique. S’il y en existoit, il n’y auroit aucune raison pour que nous ne les connussions pas; et en effet, depuis cent cinquante ans, on n’y en a découvert aucune. Le tapir, le jaguar , le puma , le cabiai , lé lama , la vigogne , le loup rouge , le buffalo ou bison d’Amérique, les fourmiliers, les paresseux, les tatous, sont déjà dans Margrave et dans Hernandès comme dans Buffon; on peut même dire qu’ils y sont mieux, car Buffon a em- brouillé 1 histoire des fourmiliers, méconnu le jaguar et le loup rouge, et confondu le bison d’Amérique avec l’aurochs de Pologne. A la vérité Pennant est le premier naturaliste qui ait bien distingué le petit bœuf musqué ; mais il étoit depuis long-temps indiqué par les voyageurs. Le cheval à pieds fourchus, de Molina, n’est point décrit par les premiers voyageurs espagnols; mais il est plus que douteux quil existe; et 1 autorité de Molina est trop suspecte pour le faire adopter. On peut donc dire que le mouflon des montagnes Bleues est jusqu’à présent le seul quadrupède d’Amérique un peu considé- rable, dont la découverte soit tout-à-fait moderne, et peut-être n est ce qu un argali ^ venu de Sibérie sur la glace. Comment croire, après cela, que les immenses mastodontes, les r XLIV ' DISCOURS Les os fossiles de quadrupèdes sont difficiles à déicrminer. gigantesques luégathériums dont on a trouvé les os sous la terre dans les deux Amériques, vivent encore sur ce continent? Comment au- roient-ils échappé à ces peuplades errantes qui parcourent sans cesse le pays dans tous les sens, et qui reconnoissent elles-mêmes quils n’y existent plus, puisqu’elles ont imaginé une fable sur leur des- truction, disant qu’ils furent tués par le Grand Esprit, pour les em- pêcher d’anéantir la race humaine. Mais on voit que cette fable a été occasionnée par la découverte des os, comme celle des habitans de la Sibérie sur leur mammouth, qu’ils prétendent vivre sous terre à la manière des taupes; et comme toutes celles des anciens sur les tom- beaux de géans qu’ils plaçoient partout où 1 on trouvoit des os d’é- léphans. Ainsi l’on peut bien croire que si, comme nous le dirons tout a l’heure, aucune des grandes espèces de quadrupèdes aujourd’hui enfouies dans des couches pierreuses régulières, ne s’est trouvée semblable aux especes vivantes que 1 on connoit, ce n est pas 1 effet d’un simple hasard, ni parce que précisément ces espèces dont on n’a que les os fossiles , sont cachées dans les déserts , et ont échappé jusqu’ici h tous les voyageurs : l’on doit au contraire regarder ce phénomène comme tenant à des causes générales, et son étude comme l’une des plus propres à nous faire remonter à la nature de ces causes. Mais si cette étude est plus satisfaisante par ses résultats que celle des autres restes d’animaux fossiles, elle est aussi hérissée de diffi- cultés beaucoup plus nombreuses. Les coquilles fossiles se présen- tent pour l’ordinaire dans leur entier, et avec tous les caractères qui peuvent les faire reconnoître dans les collections ou dans les ouvrages des naturalistes 5 les poissons même offrent leur squelette plus ou moins entier; on y distingue presque toujours la forme générale de leur corps, et le plus souvent leurs caractères génériques et spécifi- ques qui se tirent de leurs parties solides. Dans les quadrupèdes au PRÉLIMINAIRE. xlv contraire , quand on rencontreroit le squelette entier , on auroit de la peine à y appliquer des caractères tirés, pour la plupart, des poils, des couleurs et d’autres marques qui s’évanouissent avant l’incrus- tation j et meme il est infiniment rare de trouver un squelette fossile un peu complet; des os isolés, et jetés pêle-mêle, presque toujours brises et réduits à des fragmens, voilà tout ce que nos couches nous fournissent dans cette classe, et la seule ressource du naturaliste. 'Aussi peut-on dire que la plupart des observateurs, effrayés de ces difficultés, ont passe legerement sur les os fossiles de quadrupèdes; les ont classés d’une manière vague, d’après des ressemblances su- perficielles, ou n’ont pas même hasardé de leur donner un nom, en sorte que cette partie de l’histoire des fossiles , la plus importante et la plus instructive de toutes, est aussi de toutes la moins cultivée (i). Heureusement l’anatomie comparée possédoit un principe qui, bien développé, étoit capable de faire évanouir tous les emban'as : c étoit celui de la corrélation des formes dans les êtres organisés, au moyen duquel chaque sorte d’être pourroit , à la rigueur , être re* connue par chaque fragment de chacune de ses parties. Tout etre organisé forme un ensemble , un système unique et clos, dont toutes les parties se correspondent mutuellement, et concouient à la meme action définitive par une réaction réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres changent aussi ; et par conséquent chacune d’elles , prise séparément , indique et donne toutes les autres. Ainsi, comme je 1 ai dit ailleurs, si les intestins d’un animal sont organisés de manière à ne digérer que de la chair et de la chair rc- cente, R faut aussi que ses mâchoires soient construites i)Our dévorer , par cette remarque , ainsi que je l’ai déjà dit plus haut, diminuer en e es nervations de MM. Camper, Pallas , Blumenbach, Sœmmering , Merk aujas , Rosenmü 1er , Home , etc. ; mais leurs travaux estimables , qui m’ont été fort utiles que je cite partout , ne sont que partiels. Principe de cette détermina- tion. 3XVI DISCOURS une proie; ses griffes pour la saisir et la déchirer; ses dents pour la découper et la diviser; le système entier de ses organes du mouve- ment pour la poursuivre et pour l’atteindre ; ses organes des sens pour l’apercevoir de loin; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l’instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes. Telles seront les conditions générales du régime carnivore; tout animal destiné pour ce régime les réunira infaillible- ment, car sa race n’auroit pu subsister sans elles; mais sous ces con- ditions générales il en existe de particulières, relatives à la grandeur, à l’espèce, au séjour de la proie, pour laquelle 1 animal est disposé; et de chacune de ces conditions particulières résultent des modifi- cations de détail , dans les formes qui dérivent des conditions géné- rales; ainsi, non-seulement la classe, mais l’ordre, mais le genre, et jusqu’à l’espèce, se trouvent exprimés dans la forme de chaque partie. En effet, pour que la mâchoire puisse saisir, il lui faut une cer- taine forme de condyle ; un certain rapport entre la position de la résistance et celle de la puissance avec le point d’appui; un certain volume dans le muscle crotaphite qui exige une certaine étendue dans la fosse qui le reçoit, et une certaine convexité de l’arcade zygomatique sous laquelle il passe ; cette arcade zygomatique doit aussi avoir une certaine force pour donner appui au muscle masséter. Pour que l’animal puisse emporter sa proie , il lui faut une certaine vigueur dans les muscles qui soulèvent sa tête, d’où résulte une forme déterminée dans les vertèbres où les muscles ont leurs attaches , et dans l’occiput où ils s’insèrent. Pour que les dents puissent couper la chair, il faut qu’elles soient tranchantes , et qu’ elles le soient plus ou moins, selon qu’elles auront plus ou moins exclusivement de la chair à couper. Leur base devra être d’autant plus solide quelles auront plus d’os, et de plus gros os à briser. Toutes ces circonstances influeront aussi sur le dévelop- PRELIMINAIRE. XL vu pement de toutes les parties qui servent à mouvoir la mâchoire. Pour que les griffes puissent saisir cette proie , il faudra une cer- taine mobilité dans les doigts , une certaine force dans les ongles , d où résulteront des formes déterminées dans toutes les phalanges, et des distributions nécessaires de muscles et de tendons j il faudra que l’avant-bras ait une certaine facilité à se tourner, d’où résul- teront encore des formes déterminées dans les os qui le composent 5 mais les os de 1 avant-bras s’articulant sur l’humérus , ne peuvent changer de formes sans entraîner des changemens dans celui-ci. Les os de 1 épaule devront avoir un certain degré de fermeté dans les animaux qui emploient leurs bras pour saisir, et il en résultera en- core pour eux des formes particulières. Le jeu de toutes ces parties exigera dans tous leurs muscles de certaines proportions, et les im- pressions de ces muscles ainsi proportionnés, détermineront encore plus particulièrement les formes des os. Il est aisé de voir que l’on peut tirer des conclusions semblables pour les extrémités postérieures qui contribuent à la rapidité des mouvemens généraux; pour la composition du tronc et les formes des vertèbres , qui influent sur la facilité , la flexibilité de ces mou- vemens; pour les formes des os du nez, de l’orbite, de l’oreille, dont les rapports avec la perfection des sens de l’odorat, de la vue, de 1 ouie sont évidens. En un mot, la forme de la dent entraîne la forme du condyle; celle de l’omoplate celle des ongles, tout comme l’équa- tion d une courbe entraîne toutes ses propriétés; et de même qu’en prenant chaque propriété séparément pour base d’une équation particulière, on retrouveroit, et l’équation ordinaire, et toutes les autres propriétés quelconques, de même l’ongie, l’omoplate, le condyle, le fémur, et tous les autres os pris chacun séparément, donnent la dent ou se donnent réciproquement; et en commençant par chacun d eux , celui qui posséderoit rationnellement les lois de 1 économie organique, pourroit refaire tout l’animal. xLvni DISCOURS Ce principe est assez évident en lui-même, dans cette acception générale, pour n’avoir pas besoin d’une plus ample démonstration; mais quand il s’agit de l’appliquer, il est un grand nombre de cas où notre connoissance théorique des rapports des formes ne suffiroit point, si elle n’étoit appuyée sur l’observation. Nous voyons bien, par exemple , que les animaux K sabots doivent tous être herbivores , puisqu’ils n’ont aucun moyen de saisir une proie; nous voyons bien encore que, n’ayant d’autre usage à faire de leurs pieds de devant que de soutenir leur corps, ils n’ont pas besoin d’une épaule aussi vigonreuseraent organisée : d’où résulte l’absence de clavicule et d’acromion , 1 etroitesse de 1 omoplate ; n’ayant pas non plus besoin de tourner leur avant-bras, leur radius sera soudé au cubitus, ou du moins articulé par gynglyme et non par arthrodie avec l’humérus; leur régime herbivore exigera des dents à couronne plate pour broyer les semences et les herbages; il faudra que cette couronne soit inégale, et, pour cet effet, que les parties d’émail y alternent avec les parties osseuses; cette sorte de couronne nécessitant des mouvemens horizontaux pour la trituration, le con- dyle de la mâchoire ne pourra être un gond aussi serré que dans les carnassiers: il devra être aplati, et répondre aussi à une facette de l’os des tempes plus ou moins aplatie; la fosse temporale, qui n’aura qu’un petit muscle à loger, sera peu large et peu profonde, etc. Toutes ces choses se déduisent l’une de l’autre , selon leur plus ou moins de généralité, et de manière rjue les unes sont essentielles et exclusive- ment propres aux animaux à sabot, et que les autres, quoique égale- ment nécessaires dans ces animaux, ne leur seront pas exclusives, mais pourront se retrouver dans d’autres animaux, où le reste des conditions permettra encore celles-là. Si l’on descend ensuite aux ordres ou subdivisions de la classe des animaux à sabots, et quel’on examine quelles modifications subissent les conditions générales, OU plutôt quelles conditions particulières il PRÉLIMINAIRE. XLIX s’y joint, d’après le caractère propre à chacun de ces ordres, les raisons de ces conditions subordonnées commencent à paroître moins claires. On conçoit bien encore en gros la nécessité d’un système digestif plus compliqué dans les espèces où le système dentaire est plus imparfait 5 ainsi l’on peut se dire que ceux-là dévoient être plutôt des animaux ruininans, où il manque tel ou tel ordre de dents; on peut en déduire une certaine forme d’œsophage, et des formes cor- respondantes des vertèbres du cou , etc. Mais je doute qu’on eût deviue, si 1 observation ne 1 avoir appris, que les ruininans auroient tous le pied fourchu, et qu’ils seroieut les seuls qui l’auroient; je doute qu on eût deviné qu’il n’y auroit des cornes au front que dans cette seule classe; que ceux d’entre eux qui auroient des canines aiguës seroient les seuls qui mauqueroieut de cornes, etc. Cependant, puisque ces rapports sont constans, il faut bien qu’ils aient une cause suffisante; mais comme nous ne la connoissons pas, nous devons suppléer par l’observation au défaut de la théorie; nous etcablissons par son moyen des lois empiriques qui deviennent presque aussi certaines rjue les lois rationnelles, quand elles reposent sur des observations suffisamment répétées, en sorte qu’aujourd’hui quel- qu un qui voit seulement la piste d’un pied fourchu, peut en conclure que 1 animal qui a laissé cette empreinte ruminoit, et cette conclu- sion est tout aussi certaine qu’aucune autre en physique ou en morale. Cette seule piste donne donc à celui qui l’observe, et la foi me des dents, et la forme des mâchoires, et Informe des vertèbres, 6t la forme de tous les os des jambes, des cuisses, des épaules et ûn bassin de 1 animal qui vient de passer. C’est une marque plus sure que toutes celles de Zadig. 1 y ait cependant des raisons secrètes de tous ces rapports, c’est ce que 1 observation même fait entrevoir, indépendamment de la philosophie générale. Eu effet quand on forme un tableau de ces rapports, ou y re- L DISCOURS marque non-seulement une constance spécifique, si Ton peut s’ex- primer ainsi, entre telle forme de tel organe, et telle autre forme d’un organe différent; mais l’on aperçoit aussi une constance clas- sique et une gradation correspondante dans le développement de ces deux organes, qui montrent , presque aussi bien qu’un raisonnement effectif, leur influence mutuelle. Par exemple, le système dentaire des animaux à sabots, non ru- minans , est en général plus parlait que celui des animaux à pieds fourchus ou ruminans, parce que les premiers ont des incisives ou des canines, et presque toujours des unes et des autres aux deux mâchoires; et la structure de leur pied est en general plus compli- quée , parce qu’ils ont plus de doigts, ou des ongles qui enveloppent moins les phalanges, ou plus d’os distincts au métacarpe et au méta- tarse, ou des os du tarse plus nombreux, ou un péroné plus distinct du tibia, ou bien enfin parce qu’ils réunissent souvent toutes ces cir- constances. Il est impossible de donner des raisons de ces rapports ; mais ce c[ui prouve qu’ils ne sont point l’effet du hasard, c’est que toutes les fois qu’un pied fourchu montre dans l’arrangement de ses dents quelque tendance à se rapprocher des animaux dont nous parlons, il montre aussi une tendance semblable dans l’arrangement de ses pieds. Ainsi les chameaux qui ont des canines, et même deux ou quatre incisives à la mâchoire supérieure, ont un os de plus au tarse, parce que leur scaphoïde n’est pas soudé au cuboïde; et des ongles très-petits avec des phalanges onguéales correspondantes. Les chevrotains, dont les canines sont très-développées, ont un péroné distinct tout le long de leur tibia, tandis que les autres pieds fourchus n’ont pour tout péroné qu’un petit os articule au bas du tibia. Il- y a' donc une harmonie constante entre deux organes en ap- parence fort étrangers l’un à l’autre; et les gradations de leurs formes se correspondent sans interruption , même dans les cas où noits ne pouvons rendre raison de leurs rapports. PRÉLIMINAIRE. Or, en adoptant ainsi la méthode de l’observation comme unmoyen supplémentaire quand la théorie nous abandonne, on arrive à des détails /àits pour étonner. La moindre facette d’os, la moindre apo- physe a un caractère déterminé, relatif à la classe, a l’ordre, au genre et à l’espèce auxquels elle appartient, au point que toutes les fois que l’on a seulement une extrémité d’os bien conservée, on peut, avec de l’application et ën s’aidant avec un peu d’adresse de l’analogie et de la comparaison effective , déterminer toutes ces choses aussi siirement que si l’on possédoit l’animal entier. J’ai fait bien des fois l’expérience de cette méthode sur des portions d’ani- maux connus, avant d’y mettre entièrement ma confiance pour les fossiles; mais elle a toujours eu des succès si infaillibles, que je n’ai plus aucun doute sur la certitude des résultats quelle m’a donnés. 11 est vrai cjue j’ai joui de tous les secours qui pouvoient m’être nécessaires ; et que ma position heureuse, et une recherche assidue pendant près de vingt-cinq ans, m’ont procuré des squelettes de tous les genres et sous-genres de quadrupèdes, et même de beaucoup d’espèces dans certains genres, et de plusieurs individus dans quelques espèces. Avec de tels moyens il m’a été aisé de multiplier mes com- paraisons, et de vérifier dans tous leurs détails les applications que je faisois de mes lois. Pfous ne pouvons traiter plus au long de cette méthode, et nous sommes obligés de renvoyer à la grande anatomie comparée que nous ferons bientôt paroître , et où l’on en trouvera toutes les règles. Cependant un lecteur intelligent pourra déjà en abstraire un grand nombre du présent ouvrage, s’il prend la peine de suivre toutes les applications que nous y en avons faites. 11 verra que c’est par cette méthode seule que nous nous sommes dirigés, et qu eue nous a presque toujours suffi pour rapporter chaque os à son espece, quand il étoit d’une espèce vivante; à son genre, quand il etoit dune LU DISCOURS espèce inconnue 5 à son ordre, quand il étoit d’un genre nouveau; a sa classe enfin , quand il appartenoit à un ordre non encore établi , et pour lui assigner, dans ces trois derniers cas, les caractères propres k le distinguer des ordres, des genres, ou des espèces les plus sem- blables. Les naturalistes n’en faisoient pas davantage , avant nous , pour des animaux entiers. C’est ainsi que nous avons déterminé et classé les restes de près de cent mammilêres ou quadrupèdes ovipares. Tableaux des Considérés par rapport aux espèces, plus de soixante et dix de résultats du pre- 00g animaux sont bien certainement inconnus iusqu’à ce jour des sent ouvrage. f n j naturalistes ; onze ou douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues , que l’on ne peut guère conserver de doute sur leur identité ; les autres présentent , avec des espèces connues , beaucoup de traits de ressemblance, mais la comparaison n’a pu encore en etre faite d une manière assez scrupuleuse pour lever tous les doutes. Considérés par rapport aux genres, sur les soixante et dix espèces inconnues , il y en a près de quarante qui appartiennent à des genres nouveaux. Les autres espèces se rapportent à des genres ou sous-genres connus. Il n est pas inutile de considérer aussi ces animaux par rapport aux classes et aux ordres auxquels ils appartiennent. Sur les cent espèces, un quart environ sont des quadrupèdes ovipares, et toutes les autres des mammifères. Parmi celles-ci, plus de la moitié appartiennent aux animaux à sabot non ruminans. Toutefois il seroit encore prématuré d’établir sur ces nombres aucune conclusion relative à la théorie de la terre , parce qu’ils ne sont point en rapport nécessaire avec les nombres des genres ou des especes qui peuvent etre enfouis dans nos couches. Ainsi 1 on a beau- coup plus recueilli d’os de grandes espèces , qui frappent davantage les ouvriers, tandis que ceux des petites sont ordinairement négligés, à moins que le hasard ne les fasse tomber dans les mains d’un naturaliste , ou que quelque circonstance particulière , comme PRELIMINAIRE. leur abondance. extrême en certains lieux, n’attire l’attention du vulgaire. Ce qui est plus important, ce qui fait même l’objet le plus essentiel de Rapports des tout mon travail, et établit sa véritable relation avec la théorie de la «vec les , , . couches. terre , c est de savoir dans quelles couches on trouve chaque espèce, et s il y a quelques lois générales relatives, soit aux subdivisions zoologiques, soit au plus ou moins de ressemblance des espèces avec celles d’aujourd’hui. Les lois reconnues a cet égard sont très-belles et très-claires. Premièrement, il est certain que les quadrupèdes ovipares paroissent beaucoup plus tôt que les vivipares. Les crocodiles de Honfleur et d’Angleterre sont au-dessous de la craie. Les monitors de Thuringe seroient plus anciens encore, si, comme le pense l’École de Werner, les schistes cuivreux qui les recèlent au milieu de tant de sortes de poissons que l’on croit d’eau douce, sont au nombre des plus anciens lits du terrain secondaire. Les grands sauriens et les tortues de Maëstricht sont dans la formation crayeuse meme, mais ce sont des animaux marins. Cette première apparition d’ossemens fossiles semble donc déjà annoncer qu’il existoit des terres sèches et des eaux douces avant la formation de la craie ; mais, ni à cette époque, ni pendant que la craie s est formée, ni même long-temps depuis, il ne s’est point in- cruste d ossemens de mammifères terrestres. Nous commençons à trouver des os de mammifères marins, c’est- à dire, de lamantins et de phoques, dans le calcaire coquillier gros- sier qui recouvre la craie dans nos environs , mais il n’y a encore aucun os de mammifère terrestre. Malgré les recherches les plus suivies , il m’a été impossible de découvrir aucune trace distincte de cette classe, avant les terrains déposés sur le calcaire grossier ; mais aussitôt qu’on est arrivé à ces terrains, des os d animaux terrestres se montrent en grand nombre. LIV DISCOURS Ainsi, comme il est raisonnable de croire que les coquilles et les poissons n’existoient pas à l’époque de la formation des terrains pri- mordiaux, Ton doit croire aussi que les quadrupèdes ovipares ont commencé avec les poissons , et dès les premiers temps qui ont produit les terrains secondaires ; mais que les quadrupèdes terres- tres ne sont venus que long- temps après, et lorsque les calcaires grossiers qui contiennent déjà la plupart de nos genres de coquilles, quoique en espèces différentes des nôtres, eurent été déposés. Il est à remarquer que ces calcaires grossiers , ceux dont on se sert à Paris pour bâtir , sont les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tranquille de la mer sur nos contiuens. Après eux l’on trouve bien encore des terrains remplis de coquilles et d’autres produits de la mer, mais ce sont des terrains meubles, des sables, des marnes, des grès, des argiles, qui indiquent plutôt des trans- ports plus ou moins tumultueux qu’une précipitation tranquille; et, s’il y a quelques bancs pierreux et réguliers un peu considérables au-dessous ou au-dessus de ces terrains de transport, ils donnent généralement des marques d’avoir été déposés dans l’eau douce. Tous les os connus de quadrupèdes vivipares sont donc , ou dans ces terrains d’eau douce, ou dans ces terrains de transport, et par conséquent il y a tout lieu de croire que ces quadrupèdes n’ont commencé à exister, ou du moins à laisser de leurs dépouillés dans nos couches, que depuis l’avant-dernière retraite de la mer, et pen- dant l’état de choses qui a précédé sa dernière irruption. Mais il y a aussi un ordre dans la disposition de ces os entre eux , et cet ordre annonce encore une succession très-remarquable entre leurs espèces. D’abord tous les genres inconnus aujourdhui, les palæothériums, les anoplotliériums, etc., sur le gisement desquels on a des notions certaines, appartiennent aux plus anciens des terrains dont il est question ici, à ceux qui reposent immédiatement sur le calcaire LV PRÉLIMINAIRE, grossier. Ce sont eux principalement qui remplissent les bancs régu- liers déposés pa'r les eaux douces ou certains lits de transport, très- anciennement formés, composés en général de sables et de cailloux roulés, et qui étoient peut-être les premières alluvions de cet ancien monde. On trouve aussi avec eux quelques espèces perdues de genres connus, mais en petit nombre, et quelques quadrupèdes ovipares et poissons, qui pai’oissent tous d’eau douce. Les lits qui les recèlent sont toujours plus ou moins recouverts par des lits de transport rem- plis de coquilles et d autres produits de la mer. Les plus célèbres des espèces inconnues , qui appartiennent à des genres connus , ou à des genres très-voisins de ceux que l’on connoît , comme les éléphans , les rhinocéros , les hippopotames, les mastodontes fossiles , ne se trouvent point avec ces genres plus anciens. G est dans les seuls terrains de transport qu’on les découvre, tantôt avec des coquilles de mer, tantôt avec des co- quilles d’eau douce , mais jamais dans des bancs pierreux régu- liers. Tout ce qui se trouve avec ces espèces est ou inconnu comme elles , ou au moins douteux. Enfin les os d’espèces qui paroissent les mêmes que les nôtres , ne se déterrent que dans les derniers dépôts d’ alluvions, formés sur les bords des rivières , ou sur les fonds d’anciens étangs ou marais desséchés, ou dans l’épaisseur des couches de tourbes, ou dans les fentes et cavernes de quelques rochers , ou enfin à peu de distance de la superficie dans des endroits où ils peuvent avoir été enfouis par des eboulemens ou par la main des hommes; et leur position superficielle fait que ces os , les plus récens de tous , sont aussi, presque toujours, les moins bien conservés. 11 ne faut pas croire cependant que cette classification des divers gisemens, soit aussi nette que celle des espèces, ni qu elle porte un caractère de démonstration comparable : il y â des raisons nombreuses pour qu’il n’en soit pas ainsi. t-VI DISCOURS D’abord toutes mes déterminations d’espèces ont été faites sur les os eux-mêmes, ou sur de bonnes figures ; il s’en faut au con- traire beaucoup que j’aie observé par moi-même tous les lieux où ces os ont été découverts. Très-souvent j’ai été obligé de m’en rapporter à des relations vagues , ambigùës , faites par des personnes qui ne savoient pas bien elles-mêmes ce qu’q falloit obser- ver j plus souvent encore je n’ai point trouvé de renseignemens du tout. Secondement, il peut y avoir, à cet égard, infiniment plus d’é- quivoque qu’à l’égard des os eux-mêmes. Le même terrain peut paroître récent dans les endroits où il est superficiel , et ancien dans ceux où il est recouvert par les bancs qui lui ont succédé 5 des terrains anciens peuvent avoir été transportés par des inondations partielles , et avoir couvert des os récens ; ils peuvent s’être éboulés sur eux et les avoir enveloppés, et mêlés avec les pro- ductions de l’ancienne mer qu’ils recéloient auparavant ; des os an- ciens peuvent avoir été lavés par les eaux, et ensuite repris par des alluvions récentes ; enfin des os récens peuvent être tombés dans les fentes ou les cavernes d’anciens rochers, et y avoir été enveloppés par des stalactites ou d’autres incrustations. 11 faudroit dans chaque ' cas analyser et apprécier toutes ces circonstances qui peuvent mas- quer aux yeux la véritable origine des fossiles ; et rarement les per- sonnes qui ont recueilli des os^ se sont-elles douté de cette nécessité, d’où il résulte que les véritables caractères de leur gisement , ont presque toujours été négligés ou méconnus. En troisième lieu , il y a quelques espèces douteuses qui altéreront plus ou moins la certitude des résultats aussi long-temps qu’on ne sera pas arrivé à des distinctions nettes à leur égard; ainsi les chevaux, les buffles, qu’on trouve avec les éléphans , n’ont point encore de caractères spécifiques particuliers; et les géologistes qui ne voudront pas adopter mes differentes époques pour les os fossiles. li PRÉLIMINAIRE. pourront en tirer encore pendant bien des années un argument d’autant plus commode J c[ue c’est dans mon livre qu’ils le pren- di’ont. Mais tout en convenant que ces époques sont susceptibles de quelques objections, pour les personnes qui considéreront avec légèreté quelque cas particulier , je n’en suis pas moins persuadé que celles qui embrasseront l’ensemble des phénomènes , ne seront point arrêtées par ces petites difficultés partielles , et reconnoîtront avec moi qu’il y a eu au moins une , et très-probablement deux successions dans la classe des quadrupèdes avant celle qui peuple aujourd’hui la surface de nos contrées. Ici je m’attends encore à une autre objection, et même on me l’a déjà faite. Pourquoi les races actuelles , me dira-t-on , ne seroient-elles pas Les espèces des modifications de ces races anciennes que l’on trouve parmi les perdues ne sont / fossiles , modifications qui auroient été produites par les circons- j** tlpJes*^'vi- tances locales et le changement de climat , et portées à cette mantes, extrême différence par la longue succession des années? Cette objection doit surtout paroître forte à ceux qui croient à la possibilité indéfinie de l’altération des formes dans les corps organisés , et qui pensent qu’avec des siècles et des habitudes , toutes les espèces pourroient se changer les unes dans les autres , ou résulter d’une seule d’entre elles. Cependant on peut leur répondre , dans leur propre système , que si les especes ont change par degrés, on devroit trouver des traces de ces modifications graduelles; qu’entre le palæotherium et les espèces d’aujourd’hui l’on devroit découvrir quelques formes intermédiaires, et que jusqu’à présent cela n’est point arrivé. Pourquoi les entrailles de la terre n’ont-elJes point conservé les monumens d une généalogie si curieuse , si ce n’est parce que les espèces d autrefois étoient aussi constantes que les nôtres , ou du LVlil DISCOURS moins parce que la catastrophe qui les a détruites ne leur a pas laissé le temps de se livrer à leurs variations ? Quant aux naturalistes qui reconnoissent que les variétés sont restreintes dans certaines limites fixées par la nature , il faut , pour leur répondre, examiner jusqu’où s’étendent ces limites , recherche curieuse , fort intéressante en elle-même sous une infinité de rap- ports, et dont on s’est cependant bien peu occupé jusqu’ici. Celte recherche suppose la définition de l’espèce qui sert de base à l’usage que l’on fait de ce mot , savoir que l’espèce comprend Les individus qui descendent les uns des autres , ou de parens communs , et ceux qui leur ressemblent autajit quils se res- semblent entre eux. Ainsi nous n’appelons variétés d’une espèce que les races plus ou moins différentes qui peuvent en être sorties par la génération. Nos observations sur les difîérences entre les ancêtres et les descendans sont donc pour nous la seule règle raisonnable ; car toute autre rentreroit dans des hypothèses sans preuves. Or, en prenant ainsi la variété., nous observons que les différences qui la constituent dépendent de circonstances déterminées , et cjue leur etendue augmente avec l’intensité de ces circonstances. Ainsi les caractères les plus superficiels sont les plus variables ; la couleur tient beaucoup à la lumière 5 l’épaisseur du poil à la chaleur , la grandeur à l’abondance de la nourriture ; mais , dans un animal sauvage , ces variétés même sont fort limitées par le naturel de cet animal , qui ne s’écarte pas volontiers des lieux où il trouve, au degré convenable, tout ce qui est nécessaire au maintien de son espece , et qui ne s’étend au loin qu’autant qu’il y trouve aussi la réunion de ces conditions. Ainsi , quoique le loup et le renard habitent depuis la zone torride jusqu’à la zone glaciale , à peine éprouvent-ils , dans cet immense intervalle , d’autre variété qu’un peu plus ou un peu moins de beauté dans leur fourrure. J’ai comparé des crânes de renards du Nord et de renards d’Egypte avec PRÉLIMINAIRE. ceux des renards de France , et je n’y ai trouvé que des différences individuelles. Ceux des animaux sauvages qui sont retenus dans des espaces plus limités , varient bien moins encore , surtout les carnassiers. Une crinière plus fournie fait la seule différence entre l’hyène de Perse et celle de Maroc. Les animaux sauvages herbivores éprouvent un peu plus profon- dément l’influence du climat ^ parce qu’il s’y joint celle de la nour- riture , qui vient a différer quant à l’abondance et quant à la qua- lité. Ainsi les éléphans seront plus grands dans telle forêt que dans telle autre ; ils auront des défenses un peu plus longues dans les lieux où la nourriture sera plus favorable à la formation de la matière de l’ivoire ; il en sera de même des rennes , des cerfs , par rapport à leur bois 5 mais que 1 on prenne les deux éléphans les plus dissemblables, et que l’on voye s’il y a la moindre différence dans le nombre ou les articulations des os, dans les dents, etc. D ailleurs les espèces herbivores à l’état sauvage, paroissent plus restreintes que les carnassières dans leur dispersion , parce que 1 espèce de la nourriture se joint à la température pour les arrêter, La nature a soin aussi d’empêcher l’altération des espèces, qui pourroit résulter de leur mélange, par l’aversion mutuelle qu’elle leur a donnée 5 il faut toutes les ruses, toute la puissance de l’homme pour faire contracter ces unions, même aux espèces qui se ressemblent le plus; et quand les produits sont féconds, ce qui est très-rare, leur fécondité ne va point au-delà de quelques générations , et n’auroit probablement pas lieu sans la continuation des soins qui 1 ont excitée. Aussi ne voyons-nous pas dans nos bois d’individus intermédiaires entre le lièvre et le lapin , entre le cerf et le daim , entre la marte et la fouine. Mais 1 empire de l’homme altère cet ordre ; il développe toutes A" Lx DISCOURS les variations dont le type de chaque espèce est susceptible , et en tire des produits que les espèces, livrées à elles-mêmes, n’auroient ja- mais donnés. Ici le degré des variations est encore proportionné à l’intensité de leur cause, qui est l’esclavage. Il n’est pas très-élevé dans les espèces demi-domestiques , comme le chat. Des poils plus doux , des couleurs plus vives, une taille plus ou moins forte, voilà tout ce qu’il éprouve ; mais le squelette d’un chat d Angora ne diffère en rien de constant de celui d’un chat sauvage. Dans les herbivores domestiques, que nous transportons en toutes sortes de climats, que nous assujétissons à toutes sortes de régimes, auxquels nous mesurons diversement le travail et la nourriture , nous obtenons des variations plus grandes, mais encore toutes su- perficielles : plus ou moins de taille j des cornes plus ou moins longues , qui manquent quelquefois entièrement ; une loupe de graisse plus ou moins forte sur les épaules, forment les diffé- rences des bœufs , et ces différences se conservent long-temps meme dans les races transportées hors du pays où elles se sont for- mées , quand on a soin d en empecher le croisement. De cette nature sont aussi les innombrables variétés des moutons , qui portent principalement sur la laine, parce que c’est l’objet auquel l’homme a donné le plus d’attention. Elles sont un peu moindres, quoique encore très-sensibles dans les chevaux. En général les formes des os varient peu , leurs connexions , leurs articulations, la forme des grandes dents molaires ne varient jamais. Le peu de développement des défenses dans le cochon domes- tique, la soudure de ses ongles dans quelques unes de ses races, sont l’extrême des différences que nous avons produites dans les herbi- vores domestiques. Les effets les plus marqués de l’influence de l’homme se montrent / PRÉLIMINAIRE. LXi sur l’animal dont l’homme a fait le plus complètement la conquête, sur le chien , cette espèce qui semble tellement dévouée à la nôtre , que les individus mêmes semblent nous avoir sacrifié leur moi, leur intérêt, leur sentiment propre. Transportés par les hommes dans tout 1 univers , soumis k toutes les causes capables d’influer sur leur développement, assortis dans leurs unions au gré de leurs maîtres, les chiens varient pour la couleur, pour l’abondance du poil, qu’ils perdent même quelquefois entièrement; pour sa nature; . pour la taille qui peut différer comme un à cinq dans les dimensions linéaires , ce qui fait plus du centuple de la masse ; pour la forme des oreilles , dunez, de la queue ; pourla hauteur relative des jambes ; pour le développement progressif du cerveau dans les variétés do- mestiques , d où résulte la forme même de leur tête , tantôt grêle , k museau effilé, k front plat; tantôt à museau court, k front bombé : au point que les différences apparentes d’un mâtin et d un barbet, d’un lévrier et d’un doguin, sont plus fortes que celles d aucunes espèces sauvages d’un même genre naturel; enfin, et ceci est le maximum de variation connu jusqu’à ce jour dans le règne animal , il y a des races de chiens qui ont un doigt de plus au pied de derrière, avec les os du tarse correspondans , comme il y a, dans 1 espèce humaine, quelques familles sexdigitaires. Mais dans toutes ces variations les relations des os restent les mêmes, et jamais la forme des dents ne change d’une manière ap- préciable ; tout au plus y a-t-il quelques individus où il se développe une fausse molaire de plus , soit d’un côté , soit de l’autre (i). ^ ^ ^ donc , dans les animaux , des caractères qui résistent à toutes es influences, soit naturelles, soit humaines, et rien n’annonce que le temps ait, à leur égard, plus d’effet que le climat et que la domesticité. (i) Voyez le Mémoire de mon frère sur les variétés des chiens, que nous donnerons dans la S t de ces Recherches. Ce travail a été exécuté à ma prière avec les squelettes que j’aifri 1 parer exprès de toutes les variétés de chien. a J “ i LXIl DISCOURS Je sais que quelques naturalistes comptent beaucoup sur les mil- liers de siècles qu’ils accumulent d’un trait de plume ; mais dans de semblables matières nous ne pouvons guère juger de ce qu’un long temps produiroit, qu’en multipliant par la pensée ce que produit un temps moindre. J’ai donc cherché à recueillir les plas anciens docu- mens sur les formes des animaux, et il n’en existe point qui égalent, pour l’antiquité et pour l’abondance, ceux que nous fournit l’Egypte. Elle nous offre, non-seulement des images, mais les corps des animaux eux-mêmes, embaumés dans ses catacombes. J’ai examiné avec le plus grand soin les figures d’animaux et d’oiseaux, gravés sur les nombreux obélisques venus d’Égypte dans l’ancienne Rome. Toutes ces figures sont, pour l’ensemble, qui seul a pu être l’objet de l’attention des artistes, d’une ressemblance parfaite avec les espèces telles que nous les voyons aujourd’hui. Chacun peut examiner les copies qu’en donnent Rirker et Zoega; sans conserver la pureté de trait des originaux elles offrent encore des figures très- reconnoissables. On y distingue aisément l’ibis, le vautour, la chouette, le faucon, 1 oie d’Égypte, le vanneau, le râle de terre, la vipère haje ou l’aspic , le céraste, le lièvre d’Égypte avec ses longues oreilles, l’hippopotame même, et dans ces nombreux monuraens gravés dans le grand ouvrage sur l’Egypte, on voit quel- quefois les animaux les plus rares, l’algazel par exemple, qui n’a été vu en Europe que depuis quelques années (i). Mon savant collègue , M. Geoffroy Saint-Hilaire , pénétré de l’importance de cette recherche, a eu soin de recueillir dans les tombeaux et dans les temples de la Haute et de la Basse-Égypte , le plus qu’il a pu de momies d’animaux. 11 a rapporté des chats, des ibis , des oiseaux de proie , des chiens , des singes , des crocodiles , une tête de bœuf, embaumés ; et l’on n’aperçoit certainement pas (i) La première image que l’on en ait d’après nature est dans la Descriplîo“ de la Ména- gerie par mon frère; on le voit parfaitement représenté. Descr.de l’Eg. Aniiq--^' IV, p! XI.IX. PRÉLIMINAIRE. 1.XIH plus de différence entre ces êtres et ceux que nous voyons , qu’entre les momies humaines et les squelettes d’hommes d’aujourd’hui. On pouvoit en trouver entre les momies d’ibis et l’ibis , tel que le dé- crivoient jusqu à ce jour les naturalistes 5 mais j’ai levé tous les doutes dans un mémoire sur cet oiseau, qui fait partie du présent ouvrage, et où j ai montré qu’il est encore maintenant le même que du temps des Pharaons. Je sais bien que je ne cite là que des individus de deux ou trois mille ans, mais c’est toujours remonter aussi haut que possible. Il n y a donc, dans les faits connus, rien qui puisse appuyer le moins du monde l’opinion que les genres nouveaux que j’ai décou- verts ou établis parmi les fossiles, les palœothériums , les anoplo- thériums, les ynégalonya:^ , les mastodontes, les ptérodactyles, etc., aient pu être les souches de quelques uns des animaux d’au- jourd’hui, lesquels n’en différeroient que par l’influence du temps ou du climat ; et quand il seroit vrai (ce que je suis loin encore de cioire) que les éléphans, les rhinocéros, les élans, les ours fossiles, lie different pas plus de ceux d’à présent que les races des chiens ne diffèrent entre elles, on ne pourroit pas conclure de là l’identité P ces, parce que les races des chiens ont été soumises à l’in- uence de la domesticité, que ces autres animaux n’ont ni subi, ni pu subir. Au reste , lorsque je soutiens que les bancs pierreux contiennent les os de plusieurs genres, et les couches meubles ceux de plusieurs especes qui n’existent plus, je ne prétends pas qu’il ait fallu une . J. ïiouxelle pour produire les espèces aujourd’hui existantes, ^ 5 II ^^®^®ent quelles n existoient pas dans les mêmes lieux, et quelles ont dû y venir d’ailleurs. Supposons, par exemple, qu’une grande ii’ruption de la mer couvre d’un amas de sables ou d’autres débris le continent de la Nouvelle-Hollande ; elle y enfouira les cadavres des kauguroos, des LXIV DISCOURS Il n’y a point d’os luimains fos- siles. phascolomes, des dasyures, des péramèles, des phalangers volaus , des échidnés, et des ornitliorinques, et elle détruira entièrement les espèces de tous ces genres, puisqu’ aucun d’eux n’existe maintenant en d’autres pays. Que cette même révolution mette à sec les petits détroits multi- pliés qui séparent la Nouvelle-Hollande du continent de l’Asie, elle ouvrira un chemin aux éléphans, aux rhinocéros, aux buffles, aux chevaux, aux chameaux, aux tigres, et à tous les autres quadru- pèdes asiatiques , qui viendront peupler une terre où ils auront été auparavant inconnus. Qu’ensuite un naturaliste , après avoir bien étudié toute cette na- ture vivante , s’avise de fouiller le sol sur lequel elle vit : il y trouvera des restes d’êtres tout differens. Ce que la Nouvelle-Hollande seroit, dans la supposition que nous venons de faire , l’Europe , la Sibérie , une grande partie de l’Amé- rique, le sont effectivement 5 et peut-être trouvera-t-on un jour, quand on examinera les autres contrées, et la Nouvelle-Hollande elle- même, qu’elles ont toutes éprouvé des révolutions semblables, je dirois presque des échanges mutuels de productions ; car, poussons la supposition plus loin : après ce transport des animaux asiatiques dans la Nouvelle-Hollande, admettons une seconde révolution qui détruise l’Asie , leur patrie primitive, ceux qui les observeroient dans la Nouvelle-Hollande, leur seconde patrie, seroient tout aussi em- barrassés de savoird’oùils seroient venus, qu’on peutl être maintenant pour trouver l’origine des nôtres. J’applique cette manière de voir à l’espèce humaine. Il est certain qu’on ne l’a pas encore trouvée parmi les fossiles , et c’est une preuve de plus que les races fossiles n’étoient point des va- riétés, puisqu’elles n’avoient pu subir l’influence de l’homme. Je dis que l’on n’a jamais trouvé d’os humains parmi les fossiles^ bien entendu parmi les fossiles proprement dits j car dans les tour- LXV V PRÉLIMINAIRE, bières, dans les alluvions, comme dans les cimetières, ou pourroit aussi bien déterrer des os humains, que des os de chevaux ou d’autres espèces vulgaires ; mais dans les lits qui recèlent les an- ciennes races, parmi les palæothériums , et même parmi les éléphans et les rhinocéros , on n’a jamais découvert le moindre ossement humain. Il n’est guère, autour de Paris, d’ouvriers qui ne croient que les os dont nos plàtrières fourmillent sont en grande partie des os d’hommes ; mais comme j’ai vu plusieurs milliers de ces os , il m’est bien permis d alBrnier qu’il n’y en a jamais eu un seul de notre espèce. J’ai examiné à Pavie les groupes d’ossemens rapportés par Spallanzani , de l’île de Cérigo ; et , malgré l’assertion de cet obser- vateur célèbre, j’affirme également qu’il n’y en a aucun dont on puisse soutenir qu’il est humain. JJhomo dilwii jfej/wdeScheuchzer, a été replacé, dès ma première édition , à son véritable genre , qui est celui àGsproteus'^ et, dans un examen que j’en ai fait depuis à Haarlem, par la complaisance de M. Van Marum, qui m’a permis de décou- vrir les parties cachées dans la pierre , j’ai obtenu la preuve com- plète de ce que j’avois annoncé. On voit parmi les os trouvés à Canstadt, un fragment de mâchoire et quelques ouvrages humains, mais on sait que le terrain fut remué sans précaution, et que l’on ne tint point note des diverses hauteurs où chaque chose fut décou- verte. Partout ailleurs les morceaux donnés pour humains se sont rouves , a examen , de quelque animal , soit qu’on les ait examinés en nature ou simplement en figures. Tout nouvellement encore on a prétendu en avoir découvert à Marseille dans une pierre long-temps ^^gligée (i) : c etoient des empreintes de tuyaux marins (2). Les vé- ritables os d’hommes étoient des cadavres tombés dans des fentes ou restes en d’anciennes galeries de mines, ou enduits d’incrusta- tion; et j étends cette assertion jusqu’aux squelettes humains décou- ^ ^ ^ ^ et des Bouches du Rhône, des37 sept., 25oct. et l'*'. nov. 1820. (2) Je. m en suis assureparlesdessins que m’en a envoyésM.Cottard,prof. aucoll. deMarseille. l LXVI DISCOURS verts à la Guadeloupe dans une roche formée de parcelles de ma- drépores rejetés parla mer et unies par un suc calcaire (i). Les os humains trouvés près de Rœstriz et indiqués par M. de Schlotheim, avoient ete annonces comme tires de bancs très-anciens, mais ce savant respectable s est empresse de faire connoitre combien cette assertion est encore sujette au doute (2), Il en est de même des objets de fabrication humaine. Les morceaux de fer trouves a iVIontmartre , (i) Ces squelettes plus ou moins mutilés se trouvent près du port du Moule , à la côte nord- ouest de la grande terre delà Guadeloupe, dans une espèce de glacis appuyé contre les bords escarpésdel’île, que l’eau recouvre engrandepartîe àlahaute mer, et qui n’est qu’un tuf formé et journellement accru par les débris très-menus de coquillages et de coraux que les vagues détachent des rochers , et dont l’amas prend une grande cohésion dans les endroits qni sont plus souvent àsec. On reconnoît à la loupe que plusieurs decesfragmensontlamême teinte rouge qu’une partie des coraux contenus dans les récifs de l’île. Ces sortes de formations sont communes dans tout l’Archipel des Antilles , où les nègres les connoissent sous le nom de Maçonne-bon-dieu. Leur accroissement est d’autant plus rapide que le mouvement des eaux est plus violent. Elles ont étendu laplainedescayesàSt.-Domingue, dont la situation a quelque analogie avec la plage du Moule , et l’on y trouve quelquefois des débris de vases et d’autres ouvrages humains à vingt pieds de profondeur. On a fait mille conjectures et même imaginé des événemens pour expliquer ces squelettes de la Guadeloupe ; mais d’après toutes ces circon stances , M. Moreau de donnes, correspondant de l’Académie des Sciences, qui a été sur les lieux et à qui je dois tout le detail ci-dessus , pense que ce sont simplement des cadavres de personnes qui ont péri dans quelque naufrage. Ils furent découverts en i8o5 par M. Manuel Cortès y Campom.anes , alors officier d’état-major , de service dans la colonie. Le général Ernouf, gouverneur , en fit extraire un avec beaucoup de peine , auquel il manquoit la tete et presque toutes les extrémités sujjérieures : on l’avoit déposé à la Guadeloupe , et on attendoit d’en avoir un plus complet pour les envoyer ensemble à Paris , lorsque l’île fut prise par les Anglois. L’amiral Cochrane ayant trouvé ce squelette au (juartier général , 1 envoya à l’amirauté angloise qui l’offrit au Muséum britannique. Il est encore dans celte collection , où M. Kccnig , conservateur de la partie minéralogique , 1’^ décrit pour les frans. phil. de 1814 , et où je l’ai vu en i8l8. M. Kœnig fait observer que la pierre où il est engagé n a point été taillée , mais qu’elle semble avoir été simplemmit insérée , comme un noyau distinct, dans la masse environnante. Le squelette y est tellement superficiel qu’on a du s apercevoir de sa présence à la saillie de quelques-uns de ses os. Ils contiennent encore des parties animales et tout leur phosphate de chaux. La gangue , toute formée de parcelles de coraux et de pierre calcaire compacte , se dissout promptement dans l’acide nitrique. M. Kœnig y a reconnu des fragmens de millepora miniacea, de quelques madré- pores , et de coquilles qu’il compare à l’hélix acuta et au turbo pica. (I) Voyez le Traité des pétrifications de M. de Schlotheim, Gotha, 1820, p- LVII ; et sa Lettre dans Vl.iis de 1820, 8'. cahier, supplément n“. 6. PRÉLIMINAIRE. sont des broches c[ae les ouvriers emploient pour mettre la poudre, et qui cassent quelquefois dans la pierre. Cependant les os humains se conservent aussi bien que ceux des anirriaux, quand ils sont dans les mêmes circonstances; on ne remarque en Egypte nulle différence entre les momies humaines et celles de quadrupèdes ; j’ai recueilli dans des fouilles faites il y a quelques années dans 1 ancienne église de Sainte-Geneviève , des os humains enterrés sous la première race , qui pouvoient même appartenir à quelques princes de la famille de Clovis , et qui ont encore très- bien conservé leurs formes (i). On ne voit pas dans les champs de bataille , que les squelettes des hommes soient plus altérés que ceux des chevaux , si 1 on défalqué l’influence de la grandeur ; et nous trouvons, parmi les fossiles, des animaux aussi petits que le rat encore parfaitement conservés. Tout porte donc à croire que l’espèce humaine n’existoit point dans les pays où se découvrent les os fossiles, à l’époque des révo- lutions qui ont enfoui ces os, car il n’y auroit eu aucune raison pour quelle échappât toute entière à des catastrophes aussi générales, et pour que ses restes ne se retrouvassent pas aujourd’hui comme ceux es autres animaux; mais je n’en veux pas conclure que l’homme oit point du tout avant cette époque. Il pouvoit habiter Cf q ^ contrées peu étendues, d’où il a repeuplé la terre après ces evenemens terribles ; peut-être aussi les lieux où il se tenoit été entièrement abîmés, et ses os ensevelis au. fond des ers actuelles , à 1 exception du petit nombre d’individus qui ont continué son espèce. Quoi qu’il en soit, l’établissement de l’homme es pays où nous avons dit que se trouvent les fossiles d’ani- T , c’est-à-dire, dans la plus grande partie de l’Europe, de 1 Asie et de I’A»v.x • . . ° Amérique, est nécessairement postérieur, non-seu- («) FeuFourcroy en a donné une analyse. {Ann. du Mus., t. X, p. i.) Lxvni " DISCOURS lement aux révolutions qui ont enfoui ces os , mais encoi’e à celles qui ont remis à découvert les couches qui les enveloppent, révolutions qui sont les dernières que le globe ait subies: d’où il est clair que l’on ne peut tirer ni de ces os eux-mêmes, m des amas plus ou moins con- sidérables de pierres oii de terre qui les recouvrent, aucun argument en faveur de l’ancienneté de l’espèce humaine dans ces divers pays. Preuves pliy- Contraire , en examinant bien ce qui s’est passé à la surface siques de la nou- du globe, depuis qu’elle a été mise à sec pour la dernière fois , et veaute de l’etat ^ conlincns ont pris leur forme actuelle au moins dans leurs parties un peu élevées , 1 on voit clairement que cette dernière ré- volution, et par conséquent l’établissement de nos sociétés actuelles ne peuvent pas être très-anciens. C’est un des résultats à la fois les mieux prouvés et les moins attendus de la saine géologie, résultat d’autant plus précieux qu’il lie d’une chaîne non interrompue l’his- toire naturelle et l’histoire civile. En mesurant les effets produits dans un temps donné par les causes actuel des conli- nens. aujourd’hui agissantes, et en les comparant avec ceux quelles ont produits depuis qu’elles ont commencé d’agir , l’on parvient à déterminer à peu près l’instant où leur action a commencé, lequel est nécessairement le même que celui où nos continens ont pris leur forme actuelle, ou que celui de la dernière retraite subite des eaux. C’est en effet à compter de cette retraite que nos escarpemens actuels ont commencé à s’ébouler , et à former à leur pied des collines de débris ; que nos fleuves actuels ont commencé à couler et à déposer leurs alluvions 5 c[ue notre végétation actuelle a commencé à s’étendre et à produire du terreau j que nos falaises actuelles ont commencé à être rongées par la mer 5 que nos dunes actuelles ont commencé à être rejetées par le vent 5 tout comme c’est de cette même époque que des colonies humaines ont com- mencé ou recommencé à se répandre , et à faire des établissemens dans les lieux dont la nature l’a permis. Je ne parle point de PRÉLIMINAIRE. lxix nos volcans , non-seulement à cause de l’irrégularité de leurs érup- tions, mais jjarce que rien ne prouve qu’ils n’aient pu exister sous la mer, et qu’ainsi ils ne peuvent servir à la mesure du temps qui s’est écoulé depuis sa dernière retraite. MM. Deluc et Dolomieu sont ceux qui ont le plus soigneusement Atienissemens. examiné la marche des atterrissemens ; et , cjuoique fort opposés sur un grand nombre de points de la théorie de la terre , ils s’ac- cordent sur celui-là ; les atterrissemens augmentent très-vite 5 ils dévoient augmenter bien plus vite encore dans les commencemens, lorsque les montagnes fournissoient davantage de matériaux aux fleuves, et cependant leur étendue est encore assez bornée. Le Mémoire de Dolomieu sur l’Egypte (i) , tend à prouver que, du temps d’Homère , la langue de terre sur laquelle Alexandre fit bâtir sa ville n existoit pas encore j q^ue Fon pouvoit naviguer im- médiatement de nie du Phare dans le golfe appelé depuis lac Ma- réotis, et que ce golfe avoit alors la longueur indiquée par Ménélas, d environ quinze à vingt lieues. Il n’auroit donc fallu que les neuf cents ans écoulés entre Homère et Strabon, pour mettre les choses dans 1 état où. ce dernier les décrit , et pour réduire ce golfe à la forme d un lac de six lieues de longueur. Ce qui est plus certain , c est que , depuis lors , les choses ont encore bien changé. Les sables que la mer et le vent ont rejetés, ont formé, entre l’île du Phare et 1 ancienne ville, une langue de terre de deux cents toises de lar- geur, sur laquelle la nouvelle ville a été bâtie. Ils ont obstrué la bouche du Nil la plus voisine , et réduit à peu près à rien le lac Maréotis. Pendant ce temps, les alluvions du Nil ont été déposées le long du reste du rivage et l’ont immensément étendu. Les anciens n’ignoroient pas ces changemens. Hérodote dit que les prêtres d Egypte regardoient leur pays comme un présent duNil. Ce («) Journ. de Phys., t. XLII, p. 40 et suiv- LXX DISCOURS n’est pour ainsi dire, ajoute-t-il, que depuis peu de temps que le Delta a paru (i). Aristote fait déjà observer qu’Homère parle de Thebes comme si elle eut ete seule en Egypte, et ne parle aucune- ment de Memphis (2). Les bouches canopique etpelusiaque étoient autrefois les principales , et la côte s’étendoit en ligne droite de l’une à 1 autre; elle paroît encore ainsi dans les cartes de Ptolomée; depuis lors l’eau s’est jetée dans les bouches bolbitine et phatnitique ; c’est à leurs issues que se sont formés les plus grands atterrissemens qui ont donne à la cote un contour demi-circulaire. Les villes de Rosette et de Damiette , bâties au bord de la mer sur ces bouches il v a moins de mille ans, en sont aujourd’hui à deux lieues. Selon de Maillet il n’au- roit fallu que vingt-six ans pour prolonger d’une demi-lieue un cap en avant de Rosette (3). L élévation du sol de 1 Égypte s’opère en même temps que cette extension de sa surface, et le fond du lit du fleuve s’élève dans la même proportion que les plaines adjacentes, ce qui fait que chaque siècle l’inondation dépasse de beaucoup les marques qu’elle a laissées dans les siècles précédens. Selon Hérodote un espace de 900 ans avoit suffi pour établir une différence de niveau de sept à huit coudées (4). A Éléphantine 1 inondation surmonte aujourd’hui de sept pieds, les plus grandes hauteurs qu’elle atteignoitsous Septime-Sévère , au commen- cement du troisième siècle. Au Caire, pour qu’elle soit jugée suffi- sante aux arrosemens, elle doit dépasser de trois pieds et demi la hauteur qui étoit nécessaire au neuvième siècle. Les monumens antiques de cette terre célèbre sont tous plus ou moins enfouis par leur base. Le limon amené par le fleuve couvre même de (i) Herod. Euterpe, V et XV. (3) Arist., Meleor. , Hb. I , cap. XIV. (3) De Maillet , Desc. de l’Égypte , p. loaet io3. (4) Hérod. Euterpe, XIII. PRÉLIMINAIRE. Xja.X1 plusieurs pieds les monticules factices sur lesquels reposent les an- ciennes villes (i). Chacun peut apprendre en Hollande et en Italie avec quelle rapi- dité le Rhin, le Po, 1 Arno, aujourd’hui qu’ils sont ceints par des digues, elevent leur fond, combien leur embouchure avance dans la mer, en formant de longs promontoires à ses côtés, et juger par ces faits, du peu de siècles que ces fleuves ont employés pour déposer les plaines basses quils traversent maintenant. Beaucoup de villes, qui, à des époques bien connues de l’histoire, étoient des ports de mer florissans, sont aujourd’hui à quelques heues dans les terres 5 plusieurs même ont été ruinées par suite de ce changement de position. Venise a peine à maintenir les lagunes qui la séparent du continent ; et , malgré tous ses efforts, elle sera inévitablement un jour liée à la terre ferme (2). On sait, par le témoignage de Strabon, que, du temps d’Auguste, Ravenneetoit dans les lagunes, comme y est aujourd’hui Venise; età présent Ravenne est à une lieue du rivage. Spina avoit été fondée au bord de la mer par les Grecs, et, dès le temps de Strabon, elle en étoit a quatre-vingt-dix stades : aujourd’hui elle est détruite. Adria en Lombardie, qui avoitdonnéson nomà la même mer, dont elle étoit, 1 y a vingt et quelques siècles, le port principal, en est maintenant a six leues. Fortis a même rendu vraisemblable qu’à une époque plus ancienne les monts • • . . i a, ^uganeens pourroient avoir ete des îles. Mon savant confrère à I’i‘r.ct.% i\t j r» • , , , e a 1 institut , M. de Prony, inspecteur général Lrquui Z. ;.r A. mod. H, p. 343). pectables estimoieiu ' remarciuer (jue Dolomieu , Shaw et d’autres auteurs res- fâcheux que nulle parT' elevauons séculaires beaucoup plus haut que M. Girard. Il est «lu sol primitif, au-dessn” T «l’examiner quelle épaisseur ont ces terrains au-dessus P 4 . nr- ““**1“ roc naturel. Voyez le Mémoire de M /? /> • , , . , t. V, p. 2i3.) ^orfatt, sur les lagunes de Venise. {Mem. de la Classe phjs. LXXII DISCOURS des ponts et chaussées , m’a communiqué des renseignemens bien précieux pour l’explication de ces changemens du littoral de l’Adria- ticjue (i). Ayant été chargé par le gouvernement d’examiner les (i) Extrait des Recherches de M. be Prony ^ sur le Système hydraulique de l’Italie. Déplacement de la partie du rivage de V Adriatique occupée par les bouches du Pô. La partie du rivage de l’Adriatique comprise entre les extrémités méridionales du lac ou des lagunes de Comachio ci des lagunes de Venise, a subi, depuis les temps antiques, des changemens considérables, attestés par les témoignages des auteurs les plus dignes de foi , et que l’état actuel du sol , dans les pays situés près de ce rivage , ne permet pas de révoquer en doute; mais il est impossible de donner, sur les progrès successifs de ces changemens, des détails exacts, et surtout des mesures précises pour des époques anterieures au douzième siècle de notre ère. On est cependant assuré que la ville de Hatria, actuellement Adria , étoit autrefois sur les bords de la mer , et voilà un point fixe et connu du rivage primitif, dont la plus courte distance au rivage actuel, pris à l’embouchure del’Adige, est de 25ooo mètres (*). Les habitans de celle ville ont, sur son antiquité, des prétentions exagérées en bien des points, mais on ne peut nier qu’elle ne soit une des plus anciennes de l’Italie ; elle a donné son nom à la mer qui baigna ses murs. On a reconnu , par quelques fouilles faites dans son intérieur et dans ses environs , l’existence d’une couche de terre parsemée de débris de poteries étrusques, sans mélange d’aucun ouvrage de fabrique romaine; l’étrusque et le romain se trouvent mêlés dans une couche supérieure, sur laquelle on a découvert les vestiges d’un théâtre ; l’une et l’autre couche sont fort abaissées au-dessous du sol actuel ; et j’ai vu à Adria des collections curieuses , où les monumens qu’elles renferment sont classés et séparés. Le prince vice-roi, à qui je fis observer, il y a quelques années, combien il seroit inté- ressant pour l’histoire et la géologie de s’occuper en grand du travail des fouilles d’ Adria, et de déterminer les hauteurs par rapport à la mer , tant du sol primitif que des couches successives d’alluvions , goûta fort mes idées à cet égard ; j’ignore si mes propositions ont eu quelque suite. En suivant le rivage , à partir èéliatria, qui étoit située dans le fond d’un petit golfe , on trouvoit, au sud, un rameau de YAthesis (l’Adige) , et les fosses philistines, dont la trace répond à celle que pourroient avoir le Mincio et le Tartaro réunis , ** 1® R® couloit encore au sud de Ferrare ; puis venoit le Delta J^enetum, qui paroît avoir occupe la place où se trouve le lac ou la lagune de Conimachio. Ce Delta étoit traverse par sept bouches de Y Eridaiius , autrement adis, Padus ou Podincus , qui avoit sur sa rive gauche , au point de diramation de ces bouches, la ville de Trigopolis , dont la position doit etre peu éloignée de celle.de Ferrare. Sept lacs renfermés dans le Delta prenoient le nom de Septem Maria, et Hatria est quelquefois appelée L'rbs Septem Marium. Eu remontant le rivage du côté du nord , à partir (Y Hatria, on trouvoit l’embouchure (*)On Terra bicmôi que la pointe du promontoire d’alluvions, formée par le Pô, est plusavancée dans la mer de loooo mètres environ que l’embouchure de l’Adige. PRÉLIMINAIRE. j^xxin remèdes que l’on pourroit appliquer aux dévastations qu’occasionnent les crues du Po, il a constaté que cette rivière, depuis l’époque où on la enfermée de digues, a tellement élevé son fond, que principale AeVAthesis, appelée aussi FossaPhilislina, puis X'Æstimrium Altini, mer inté- rieure, séparée de la grande par une ligne d’ÎIots , au milieu de laquelle se trouvoit un petit archipel d autres îlots, appelé Rialtiim; c’est sur ce petit archipel qu’est maintenant située yemse^'ÆstuariurnAUimeil la lagune de Venise qui ne communique plus avec la mer que par cinq passes , les .lots ajant été réunis pour former une digue continue. A l’est de.s lagunes et au nord delà ville . »i . r. „ se trouvent les monts formant, au milieu d une Vaste plaine d alluvions , un groupe isolé et remarquable de pitons , dans les environs duquel on place le lieu de la fameuse chute de Phaélon, Quelques auteurs prétendent que des masses énormes de matières enflammées, lancées par des explosions volcaniques dans les bouches de 1 Éridan , ont donne lieu a cette fable ; il est bien vrai qu’on trouve aux environs de Padoiie et de Vérone beaucoup de produits volcaniques. Les renseignemens que j’ai recueillis sur le gisement de la côte de l’Adriatique aux bouches du Pô, commencent, au douzième siècle, à avoir quelque précision; à celte époque toutes les eaux du Pocouloient au sud de Ferrare, dans le P6 di P^olano et le/>d di Primaro , dira- mations qui embrassoient l’espace occupé par la lagune de Commachto. Les deux bouches dans lesquelles le Pô a ensuite fait une irruption , au nord de Ferrare , se nommoient, l’une , fiume di Corbola , ou di Longola , ou del Mazorno ; l’autre, iiume Toi. La première, qui etoit la plus septentrionale , recevoit , près de la mer , le Tartaro ou canal Bianco; la seconde étoit grossie à Ariano par une dérivation du Pô , appelée fiume Goro. Le rivage de la mer étoit dirigé sensiblement du sud au nord, à une distance de lo ou ii mille ^ très du méridien d Adria ; il passoit au point où se trouve maintenant l’angle occidental nceinte delà Mesola ; et Loreo, au nord de la Mesola, n’en étoit distant que d’environ • douzième siècle les grandes eaux du Pô passèrent au travers des digues qm les soutenoient dn j i • , , ' ° . , e de leur rive gauche, près de la petite ville de Ficarolo . située à 19000 métrés au nord-ouest doi? . . . . . , _ est de t errare , se répandirent dans la partie septentrionale du territoire de ferrare et dans lo i’ ■ 1 t, ■ , , • , , polesine de Rovigo, et coulèrent dans les deux canaux ci- aessus mentionnes de Mazorno et de Te- ii , • - . , , oe xoi. 11 paroit bien constate que le travail des hommes a beaucoup contribue a cette diversion des eaux du Pô ; les historiens qui ont parlé de ce fait le oiarquable ne different entre eux que par quelques détails. La tendance du fleuve à suivre branche ^ on lui avoit tracées devenant de jour en jour plus énergique , ses deux siècle réd Primaro s’appauvrirent rapidement , et furent , en moins d’un entre Vemb'*** ^ aujourd’hui. Le régime du fleuve s’établissoit dont il s’^loirip• **’^ l’Adige et le point appelé aujourd’hui Porto di Goro; les deux canaux * abord emparé étant devenus insuffisans, il s’en creusa de nouveaux ; et au commencement du d;, .. . i.:„ *~soptiemc siecle sa bouche principale, appelée oôocco rf/ rouvan res rapj^ocliée de l’embouchure de l’Adige , ce voisinage alarma les Vénitiens Sui «euserent, >604, nouveau lit appelé Taglio di Porto Viro ou Po delle Fornaci] Oyeii duquel la Bocca Maestra se trouva écartée de l’Adige du côté du midi. LXXIV DISCOURS la surface de ses eaux est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare ; en même temps ses atterrisseraens ont avancé dans la mer avec tant de rapidité , qu’en comparant d’an- ciennes cartes avec l’état actuel, on voit que le rivage a gagné plus de six mille toises depuis i6o4 j ce qui fait cent cinquante ou cent Pendant les quatre siècles e'coulés depuis la fin du douzième jusqu’à la fin du seizième, les alluvions du Pô ont gagné sur la mer une étendue considérable; la bouche du nord , celle qui s’étoit emparée du canal de Mazorno, et formoit le Rarno di Tramonlana , étoit , en 1600 , éloignée de 20000 mètres du méridien à’Adria ,• et la bouche du sud , celle qui avoit envahi le canal Toi, étoit à la même époque à 17000 mètres de ce méridien; ainsi le rivage se trouvoit reculé de g ou 10000 mètres au nord , et 6 ou 7000 mètres au midi. Entre les deux bouches dont je viens de parler , se trouvoit une anse ou partie du rivage moins avancée, qu’on appeloit Sacca di Goro. Les grands travaux de diguement du fleuve, et une partie considérable des défrichemens des revers méridionaux des Alpes, ont eu lieu dans cet intervalle du treizième au dix- septième siècle. Le Taglio di Porto Viro détermina la marche des alluvions dans l’axe du vaste promon- toire que forment actuellement les bouches du Pô. A mesure que les issues à la mer s’éloi- giioient , la quantité annuelle de dépôts s’accroissoit dans une proportion effrayante , tant par la diminution de' la pente des eaux (suite nécessaire de l’allongement du lit) , que par l’emprisonnement de ces eaux entre des digues, et par la facilité que les défrichemens don- noient aux torrens affluens pour entraîner dans la plaine le sol des montagnes. Bientôt l’anse de Sacca di Goro fut comblée , et les deux promontoires formés par les deux premières bouches se réunirent en un seul , dont la pointe actuelle se trouve à 32 ou 33 mille mètres du méridien d’Adria ; en sorte que, pendant deux siècles, les bouches du Pô oqt gagné environ 14000 mètres sur la mer. Il résulte des faits dont je viens de donner un exposé rapide, i”. qu’à des époques antiques , dont la date précise ne peut pas être assignée , la mer Adriatique baignoit les murs d’Adria. 2°. Qu’au douzième siècle, avant qu’on eôt ouvert à Ficarolo une route aux eaux du Pô sur leur rive gauche , le rivage de la mer s’étoit éloigné d’Adria de g à to,ooo mètres. 3".' Que les pointes des promontoires formés par les deux principales bouches du Po se trouvoient, en l’an 1600, avant le Taglio di Porto Viro , à une distance moyenne de i85oo mètres d’Adria, ce qui, depuis l’an 1200 , donne une marche d’alluvions de 25 mètres par an. 4". Que la pointe du promontoire unique , formé par les bouches actuelles , est éloignée de 32 ou 33 mille mètres du méridien d’Adria ; d’où on conclut une marche moyenne des alluvions d’environ 70 mètres par an pendant ces deux derniers siècles , marche qui , rapportée à des époques peu éloignées , se trouveroit être beaucoup plus rapide. DE PRONY, PRÉLIMINAIRE. LXXV quatre-vingts pieds, et en quelques endroits deux cents pieds par an. L’Adige et le Pô sont aujourd’hui plus élevés que tout le terrain qui leur est intermédiaire, et ce n’est qu’en leur ouvrant de nou- veaux lits dans les parties basses qu’ils ont déposées autrefois, que 1 on pourra prévenir les désastres dont ils les menacent maintenant. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets le long des branches du Rhin et de la Meuse ; et c’est ainsi que les cantons les plus riches de la Hollande ont continuellement le spectacle effrayant de fleuves suspendus a vingt et trente pieds au-dessus de leur sol. M. Wiebeking, directeur des ponts et chaussées du royaume de Bavière, a écrit un Mémoire sur cette marche des choses, si Im- portante a bien connoître pour les peuples et pour les gouvernemens, où il montre que cette propriété d’élever leur fond appartient plus ou moins à tous les fleuves. Les atterrissemens le long des côtes de la mer du Nord n’ont pas une marche moins rapide qu’en Italie. On peut les suivre aisément en Frise et dans le pays de Groningue , où l’on connoit l’époque des premières digues construites par le gouverneur espagnol Gaspar Roblès, en i5yo. Cent ans après l’on avoi^ déjà gagné, en quelques endroits , trois quarts de lieue de terrain en dehors de ces digues ; et la ville même d« Groningue, bâtie en partie sur l’ancien sol, sur un calcaire qui n’appartient point à la mer actuelle, et où l’on trouve les mêmes coquilles que dans notre calcaire grossier des en- virons de Paris , la ville de Groningue n’est qu’à six lieues de la mer. Ayant ete sur les lieux , je puis confirmer, par mon propre témoi- gnage, des faits d’ailleurs très-connus, et dont M. Deluc a déjà fort bien exposé la plus grande partie (i). On pourroit observer le même phénomène et avec la même précision, tout le long des cotes de fi) Dans (lifFérens endroits des deux derniers volumes de ses Lettres à la reine d’Angle- k’^ LXXVI DISCOURS 1 Ost-Frise, du pays de Brême et du Holstein , parce que l’on con- noit les époques ou les nouveaux terrains furent enceints pour la première fois, et que Ton peut y mesurer ce que l’on a gagné depuis. Cette lisière, d’une admirable lértilité, formée par les fleuves et par la mer, est pour ces pays un don d’autant plug précieux, que 1 ancien sol, couvert de bruyères ou de tourbières, se refuse presque partout à la culture ; les alluvions seules fournissent à la subsistance des villes peuplées construites tout le long de cette côte depuis le moyen âge , et qui ne seroient peut-être pas arrivées k ce degré de splendeur sans les riches terrains que les fleuves leur avoient préparés, et qu’ils augmentent continuellement. Si la grandeur qu’Hérodote attribue à la mer d’Azof, qu’il fait presque égale à l’Euxin (i), étoit exprimée en termes moins vagues, «t si Ion savoit bien ce qiiil a entendu par le Gerrhus (2) , nous y trouverions encore de fortes preuves des changemens produits par les fleuves , et de leur rapidité , car les alluvions des rivières auroient pu seules , depuis cette époque , c’est-à-dire depuis 225a ans , réduire la mer d’Azof comme elle l’est , fermer le cours, de ce Gerrhus , ou de ceîte branche du Dniéper qui se seroit jetée dans l’Hypacyris, et avec lui dans le golfe Carcinites ou à!Olu-Deg- nitz , et réduire à peu près à rien Y Hjpacyris lui-même (_3). On en auroit de non moins fortes s’il étoit bien certain que l’Oxus ou Sihoun , qui se jette maintenant dans le lac d’Aral , tomboit au- (1) 3Ielj]om. , hXXXYî. (2) Jbid., LVI. (3) Voyez la Géographie d’Hérodote de M. Rmnel , p. 56 et suivantes ; et une partie de l’ouvrage de M. Dureau de Lnmalle, intitulé Géographie physique de la mer Noire , etc. II n’y a aujourd’hui que la très-petite rivière de Kamennoipost qui puisse représenter le Gerrhus et VHj'pacj'Tis tels qu’ils sont décrits par Hérodote. N s. M. Dureau , page 170 , attribue à Hérodote d’avoir fait déboucher le Borysthène et l’Hypanis dans le Palus-Méotide ; mais Hérodote dit seulement {Melpom. , LUI) que ces deux fleuves se jettent ensemble dans le même lac , c’est-à-dire , dans le Liman, comme aujourd hm. Hérodote n’y fait pas aller davantage le Gerrhus et l’IIypacyris. LXXVII PRELIMINAIRE, trefois dans la mer Caspienne 5 mais nous avons près de nous des faits assez démonstratifs pour n’en point alléguer d’équivoques, et ne pas faire de 1 ignorance des anciens en géographie la base de nos propositions physiques. Nous avons parle ci-dessus des dunes , ou de ces monticules de sable que la mer rejette sur les côtes basses quand son fond est sablonneux. Partout où l’industrie de l’homme n’a pas su les fixer , ces dunes avancent dans les terres aussi irrésistiblement que les alluvions des fleuves avancent dans la mer.; elles poussent devant elles des étangs formés par les eaux pluviales du terrain quelles bordent , et dont elles empêchent la communication avec la mer, et leur marche a, dans beaucoup d’endroits, une rapidité effrayante* Forêts, bâtimens, champs cultivés, elles envahissent tout. Celles du golfe de Gascogne (i) ont déjà couvert un grand nombre de vil- lages , mentionnés dans des titres du moyen âge ; et en ce moment , dans le seul département des Landes , elles en menacent dix d’une destruction inévitable. li un de ces villages , celui de Mimisan , lutte epuis vingt ans contre elles, et une dune déplus de soixante pieds d élévation s’approche , pour ainsi dire , à vue d’œil. En 1802 les étangs ont envahi cinq belles métairies dans celui de U len (2) j dg ont couvert depuis long-temps une ancienne chaussée romaine qui conduisoit de Bordeaux à Bayonne, et que l’on y a trente ans, quand les eaux étoient basses (3). our qui, à aes époques connues, passoit au vieux Boucaut, et letoit dans la mer au cap Breton, est maintenant détourné de plus de mille toises. ^ FeuM. Bremoutier, inspecteur des ponts et chaussées, qui a fait [arsan an X *•**«■ les Dunes du golfe de Gascogne, par M. Tassin, Mont-de— Marsan , an X. W Wmoi,. * M. ' ' J assin, loc. cit. Marche des dunes. Tovirbières «boulemens. Lxxviii DISCOURS de grands travaux sur les dunes , estimoit leur marche à soixante pieds par an, et dans certains points à soixante-douze. H Tie leur faudroit , selon ses calculs, que deux mille ans pour arriver à Bordeaux ; et, d’après leur étendue actuelle , il doit y en avoir un peu plus de quatre raille qu’elles ont commencé à se former (i). Si l’Egypte voit d’un côté accroître son sol cultivable par les at- terrissemens, de l’autre elle le voit aussi envahir par des sables sté- riles; leur marche est si rapide qu’ils auroient sans doute rempli ies parties étroites de la vallée s’il y avoit long-temps qu’ils eusent commencé à y être jetés (2). Ce seroit aussi là un chronomètre dont il seroit intéressant d avoir la mesure. Les tourbières produites si généralement dans le nord de l’Eu- rope, par l’accumulation des débris de sphagnum et d’autres mousses aquatiques , donnent encore une mesure du temps ; elles s’élèvent dans des proportions déterminées pour chaque lieu ; elles enveloppent ainsi les petites buttes des terrains sur lesquels elles se formeut; plusieurs de ces buttes ont été enterrées de mémoire d’hommes ; en d’autre^ endroits la tourbière descend le long des vallons : elle avance comme les glaciers ; mais les glaciers se fondent par leur bord inférieur, et la tourbière n’est arrêtée par rien ; en la sondant jusqu’au terrain solide , on juge de son ancienneté , et Von trouve, pour les tourbières comme pour les dunes, qu’elles ne peuv entremonter à une époque indéfiniment reculée. Il en est de meme pour les ébouletnens qui se font avec une rapidité prodigieuse au pied de tous les escarpeniens, et qui sont encore bien loin de les avoir cou- verts; mais, comme l’on n’a pas encore appliqué de mesures précises à ces deux sortes de causes, nous n’y insisterons pas davantage (3). (i) Voyez le Mémoire de M. Bremontier. (.2) Nous pouvons citer ici tous les voyageurs qui ont parcouru la lisière occidentale d... (2) Tout le monde connoît les généalogies d’Apollodore , et le parti que feu Clavier a cherché à en tirer pour rétablir une sorte d’histoire primitive de la Grèce ; mais lorsqu’on connoît les généalogies des Arabes , celles des Tatares , et toutes celles que nos vieux moines chroniqueurs avoient imaginées pour les dilTerens souverains de l’Europe et même pour des particuliers , on comprend très-bien que des écrivains grecs ont dû faire pour les premiers temps de leur nation , ce qu’on a fait pour toutes les autres à des époques où la critique n’éclairoit pas l’histoire. PRÉLIMINAIRE. Lxxxm inventions, pareilles à celles de nos moines dn moyen âge sur les origines des peuples de l’Europe. Ainsi, non-seulement ou ne doit pas s’étonner qu’il y ait eu dans 1 antiquité meme beaucoup de doutes et de contradictions sur les époques de Cécrops , de Deucalion , de Cadmus et de Danaics , non -seulement il seroit puéril d’attacher la moindre importance à une opinion quelconque sur les dates ..précises A’ Inachus (i) ou ^ (^) ’ uiais si quelque chose peut surprendre , c’est que ces personnages n’aient pas été placés infiniment plus haut. Il e^t im- possible quil n’y ait pas eu là quelque effet de l’ascendant des tradi- tions reçues auquel les inventeurs de fables n’ont pu se soustraire : une des dates assignées au déluge à'Ogygès s’accorde même telle- ment avec 1 une de celles qui ont été attribuées au déluge de Noé^ qu’il est presque impossible qu’elle n’ait pas été prise dans quelque source où c’étoit de ce dernier déluge qu’on entendoit parler (3). Quant à Deucalion , soit que l’on regarde ce prince comme un personnage réel ou fictif, pour peu que l’on suive la manière dont son déluge a été introduit dans les poèmes des Grecs et les divers détails dont il s est trouvé sucessivement enrichi, il devient sensible que ce n étoit qu’une tradition du grand cataclisine , altérée et placée par les Hellènes à l’époque où ils plaçoient aussi Deucalion, parce (i) l856ou 1823 avant T r j* . x • • • , ou d autres dates encore , mais toujours environ 65o ans avant les principaux colons phéniciens ou égyptiens. ) vulgaire d Ogygès, d’après Acusilaus, suivi par Eusèbe, est de 1796 ans avant J-C. , par conséquent plusieurs années après Inachus. Inach plaçoit le déluge d qu’il appelle le premier déluge, à 4°o ans avant '>3:;6 7 ’ ^ première olympiade ; ce qui le porleroit à 27 ■■ cap. XXI témoignage de Farron est rapporté par Censorin, de Oie natal i , ... ® venté Censorin n’écrivoit qu’en 238 de J.-C. , et il paroit d’après Jn/es rè ”e^d”ô^^ è , le premier auteur qui plaçoit un déluge sousle - .t prince contemporain de Phoronée , ce qui l’aurait beaucoup rap- j , ^ ^ première olympi^jg. Jules Africain ne met que 1020 ans d’intervalle entre les "^eux époques. « r LXXXIV DISCOURS que Deucalîon étoit regardé comme l’auteur de la nation des Hel- lènes, et que l’on confondoit son histoire avec celle de tous les chefs des nations renouvelées (i). C’est que chaque peuplade de Grèce qui avoit conservé des tra- ditions isolées, les commençoit par son déluge particulier, parce que chacune d’elle avoit conservé quelque souvenir du déluge universel qui étoit commun à tous les peuples ; et lorsque dans la suite on voulut assujétir ces diverses traditions à une chronologie commune. (i) Homere m Hésiode n’ont rien su du déluge de Deucalion, non plus que de celui A’Ogj-ges. ^ Le premier auteur suLsistant où l’on trouve la mention du premier est Pindare ( Od Oljmp. IX). II fait aborder Deucalion sur le Parnasse , s’établir dans la ville de Protosénie (première naissance), et y reformer son peuple avec des pierres; en un mot, il rapporte déià mais en 1 appliquant a une nation seulement, la fable généralisée depuis par Ooidc à tout le genre humain. ^ Les premiers historiens , postérieurs à Pindare {Hérodote, Thucyrdide et Xénophon) , ne font mention d’aucun déluge, ni du temps d’Ogy^è^, ni du temps de Deucalion, bien qu’ils parlent de celui-ci comme de l’un des premiers rois des Hellènes. Platon, dans le Timée, ne dit que quelques mots du déluge, ainsi que de Deucalion et dePj rr^a pour commencer le récit de la grande catastrophe qui , selon les prêtres de Sais , détruisit 1 Atlantide ; mais dans ce peu de mots il parle du déluge au singulier , comme si c’étoit le seul: il dit même expressément plus loin que les Grecs n’en connoissoient qu’un. Il place le nom de Deucalion immédiatement après celui de Phoronée , le premier des hommes, sans faire mention A'Ogjg'es; ainsi pour lui c’est encore un événement général un vrai déluge universel, et le seul qui soit arrivé. Il le regardoit donc comme identique avec celui A’Ogygès. Aristote {Meleor., I, i4) semble le premier n’avoir considéré ce déluge que comme une inondation locale, qu’il place près de Dodone et du fleuve Achéloüs ; mais près de 1 Achéloüs et de la Dodone de Thessalie. s pollodore { Bibl. , I , § ■j) le deluge de Deucalion reprend toute sa grandeur et son caractère mythologique. Il arrive à l’époque du passage de l’âge d’airain à l’âge de fer. Deucalion est le fils du titan Prométhée, du fabricateur de l’homme ; il crée de nouveau le genre humain avec des pierres , et cependant son oncle, P/ioronée, qui vivoit avant lui , et plusieurs autres personnages antérieurs conservent de longues postérités. A mesure que l’on avance vers des auteurs plus récens, il s’y ajoute des circonstances de détail qui ressemblent davantage à celles que rapporte Moïse. , Ainsi Apollodore donne à Deucalion un coffre pour moyen de salut ; Plutarque parle des colombes par lesquelles il cherchoit à savoir si les eaux s’étoient retirées , et Lucien des animaux de toute espèce qu’il avoit embarqués avec lui , etc. PRÉLIMINAIRE. on crut voir des événemens dififérens, parce que des dates, toutes incertaines, peut-être toutes fausses, mais regardées chacune dans son pays comme authentiques, ne se rapportoient pas entre elles. Ains' de la meme manière que les Hellènes avoient un déluge de ion, parce qu ils regardoient Deucalion comme leur premier teur j les Autochtones de 1 Attique en avoient un d’0^^è.y, parce i c etoit par Ogygès qu ils commençoient leur histoire. Les Pélages à’A^adJe avoient celui qui, selon des auteurs postérieurs , contraignit Dardanus à se rendre vers l’Hellespont (i). L’ile de Samothrace , 1 une de celles ou il s’étoit le plus anciennement formé uccession de pretres, un culte régulier et des traditions suivies, aussi un déluge qui passoit pour le plus ancien de tous (2) , et que l’on y attribuoit à la rupture du Bosphore et àeX Hellespont. On gardoit qudque idée d’un événement semblable en Asie mi- traditions ne plaçoit très-haut ce cataclysme , e es ne refuse à s expliquer, quant à sa date et à ses autres 11 constances, par les variations que subissent toujours les récits qui «e sont point fixés par l’écriture. menrd*’ernT,'* ““ <=ontinens et à l’établisse- s’ad une antiquité très-reculée sont donc obligés de s adresser aux Indiens anv ru m ' -r, . b en effet prqbablenteèt caucasîmip t • / ^ anciennement civilisés de la race par le ^ ®^^raordinairement semblables entre eux, I__ej»^ent , par le cliora. et par la nature du sol qu’ils habi- (1) T^eiiys d’ï^y,7' (2) Diodore L Cap. LXI. J-JllCltflti dç JJ * , 'oce Nannacus. Iconium. Zenodote prov. cent., VI, n“. lo; et î’‘»rygied’oùlWprétendoitT*V^^”‘;.’ P' d’un n (4) Lucian. , de Dea Svra ^ ’eurs pierres Suidas , 'ocher de L’antiquité excessive attri- buée à certains peuples n’a rien d’historique. LXXXVl DISCOURS toient, non moins que par la constitution politique et religieuse qu’ils s’étoient donnée , mais dont cette constitution même doit rendre le témoignage également suspect. Chez tous les trois une caste héréditaire étoit exclusivement chargée du dépôt de la religion, des lois et des sciences 5 chez tous les trois cette caste avoit son langage allégorique et sa doctrine secrète 5 chez tous les trois elle se réservoit le privilège de lire et d’expliquer les livres sacrés dans lesquels toutes les connoissances av oient été révélées par les dieux eux-mêmes. On comprend ce que Thistoire pouvoir devenir en de pareilles mains; mais sans se livrer à de grands efforts de raisonnement on peut le savoir par le l'ait, en examinant ce qu elle est devenue parmi celle de ces trois nations qui subsiste encore , parmi les Indiens. La vérité est quelle n y existe point du tout. Au milieu de cette infinité de livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse que les brames possèdent, et que l’ingénieuse persévérance des Anglois est parvenue à connoître, il n’existe rien qui puisse nous instruire avec ordre sur 1 origine de leur nation et sur les vicissitudes de leur, société : ils prétendent même que leur religion leur défend de conserver la mémoire de ce qui se passe dans l’âge actuel , dans l’âge du malheur (i). Après les V^edas , premiers ouvrages révélés et fondemens de toute la croyance des Indous, la littérature de ce peuple comme celle des Grecs commence par deux grandes épopées - le Ramaïan et le Mahâharat , mille fois plus monstrueuses dans leur merveil- leux que l’Iliade et l’Odyssée, bien que l’on y reconnoisse aussi des traces d’une doctrine métaphysique très-sublime. Les autres poèmes, qui font avec les deux premiers le grand corps des Pou?anas , ne sont que des légendes ou des romans versifiés, écrits dans des temps (i) Voyez Polie.r , Mythologie des Indous , t. I , p. 8g— -91 . PRÉLIMINAIRE. Lxxxvii par des auteurs difïérens, et non moins extravagans dans leurs fictions c[ue les grands poèmes. On a cru reconnoître dans quelques- uns de ces écrits des faits ou des noms d’hommes un peu semblables à ceux dont les Grecs et les Latins ont parlé ; e,t c’est principalement d après les ressemblances des noms, que M. Wilfort a essayé d’extraire decesPouranasune espèce de concordance avec notre ancienne chro- nologie d occident, concordance qui décèle à chaque ligne la nature hypothétique de ses bases; et qui, déplus, ne peut être admise qu’en comptant absolument pour rien les dates données par les Pouranas eux-mêmes (i). Les listes de rois que des pandits ou docteurs indiens ont pré- tendu avoir compilées d’après ces Pouranas, ne sont que de simples catalogues sans détails, ou ornés de détails absurdes, comme en avoient les Chaldéens et les Egyptiens ; comme Trithême et Saxon le grammairien en ont donné pour les peuples du nord (2). Ces listes sont fort loin de s’accorder; aucune d’elles ne suppose ni une histoire , ni des registres , ni des titres : le fonds même a pu en être imagine par les poètes dont les ouvrages en ont été la source. L’un de ceux qui en ont fourni a M. Wilfort, est convenu qu’il remplissoit arbitrairement avec des noms imaginaires, les espaces entre les rois célèbres (3) , et il reconnoissoit que ses prédécesseurs en avoient fait autant. Si cela est vrai des listes qu’obtiennent aujourd’hui les Anglois, comment ne le seroit-il pas de celles qu’Abou-Fazel a données comme extraites des Annales de Cachemire (4) , et qui d’ailleui-s, haLa M ^‘cramaditira ( on Bikermadjit) et de L/.Vn- Annna Mem. de Calcutta, t. IX, in-8”.,p. 82. P Î!i UadT"'^'’ chronologie des Indous , Mérn. de Calcutta, éd. in-8“. , H, ïu’il donne daJs\^, T” «s 7^^-ir »» * ‘'“c t- IN, p. U 6. 3) mifort, Mem. deCalcutta, in-8<>., IX, ,33. atidp”* * ’ I’" angl. ; voyez aussi He^ren, Commerce anciens , I". vol. , II'. part. , p. 32g. Lxxxvm DISCOURS toutes pleines de fables qu’elles sont, ne remontent qu’à 4,3oo ans, dont plus de 1200 sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à leur durée. L ere meme d apres laquelle les Indiens comptent aujourd hui leurs années, qui commence ^'] ans avant Jésus-Christ, et qui porte le nom d’un prince nommé Vicramaditjia gu ^ichermadjit , ne le porte que par une sorte de convention ; car on trouve d’après les syncronismes attribués à Vicramaditjici , qu’il y auroit eu au moins trois, et peut-être jusqu’à huit ou neuf princes de ce nom, qui tous ont des légendes semblables, qui tous ont eu des guerres avec un prince nommé Saliwahanna ^ et, qui plus est, on ne sait pas bien si cette année 57 avant Jésus-Christ est celle de la naissance , du règne. ou de la mort du Vicramaditjia dont elle porte le nom (i). Enfin, les livres les plus authentiques des Indiens démentent, par des caractères intrinsèques et très-reconnoissables , l’antiquité que ces peuples leur attribuent. Leurs Vedas, ou livres sacrés , révélés selon eux par Brama lui-même dès l’origine du monde, et rédigés par Viasa ( nom qui ne signifie autre chose que collecteur ) au commencement de l’âge actuel, si l’on en juge par le calendrier qui s’y trouve annexé et auquel ils se rapportent, ainsi que par la po- sition des colures que ce calendrier indique , peuvent remonter à 3200 ans, ce qui seroit à peu près l’époque de Moïse (2). Peut- être même ceux qui ajouteront foi à l’assertion de Mégasthènes (3) , que de son temps les Indiens ne savoient pas écrire , ceux qui ré- fléchiront qu’aucun des anciens n’a fait mention de ces temples su- perbes, de ces immenses pagodes, monumens si remarquables de (1) Voyez Bentley , sur les systèmes astronom. des Ind. et leur liaison avec l’iiisloire , Mém. de Calcutta , VIII , p. 243 de l’éd. in-8”. (2) Voyez le Mémoire de M. Colebrocke sur les Fedas, Me'm. de Calcutta, t. VIII, éd. in-S”. , p. 4g3. '3) Megasthenes apud Strabon. lib. XV, p. 709. Almel. PRÉLIMINAIRE. LXXXIX la religion des Brames, ceux qui sauront que les époques de leurs tables astronomiques ont été calculées après coup , et mal calculées, et que leurs traités d’astronomie sont modernes et antidatés, seront- ils portés à diminuer encore beaucoup cette antiquité prétendue des Vedas. Cependant au milieu de toutes les fables braminiques, il échappe encore des traits, dont la concordance avec ce qui résulte des mo- numens historiques plus occidentaux , est faite pour étonner. Ainsi, leur mythologie consacre les destructions successives que la surface du globe a essuyées, et doit essuyer à l’avenir 5 et ce n’est qu à un peu moins de 5, 000 ans qu’ils font remonter la dernière (i). Lune de ces révolutions, que l’on place à la vérité infiniment plus loin de nous , est décrite dans des termes presque correspondans à ceux de Moïse (2). Dans un autre événement de cette même mythologie , figure un personnage qui ressemble 2i Deucalion , par l’origine, par le nom, par les aventures, et jusque par le nom et les aventures de son père (3). ( ) e qui a donne naissance à l’âge jirésent ou Cali Yug (l’âge de terre) : elle „ , avant J.-C.). Voyez Legentil , Voyage aux Indes, I, 235; Bentley Mem. de Calcutta , VIII , de l’ed. in-8». , p. 2x2. Ce n’est que Sg ans plus haut que le deluge de Noe , selon le texte samaritain. (2) Le personnage de Satya^rata y joue le même râle que Noé: il s’y sauve avec sept pples de saints. Voyez TO^une.,Mém. de Calcutta , t. I, in-S». , p. 23o , et trad. fr. Bagavadam (ou Bag^ata), trad. de Fouché d’Obsonville, p. 212. donn ' ^ familier Cal-Yun , à qui ses partisans peuvent avoir tête del**’' (l’Apollon des Indiens) à la repousséCrl ? (des Scythes , tel qu’étoit Deucalion selon Lucien), fut (Prométhéri ^ pa»" l’eau. Son père Garga avoit pour l’un de ses surnoms Pramathesa ,, , . autre légende il est dévoré par l’aigle Garuda. Ces détails ont P J . i ^^tjort (dans son Mémoire sur le mont Caucase, parmi ceux de n „ l P- du drame sanscrit intitulé Hari-Fansa. f Me de"“n "" Hérodote , en conclut ^e U fable de Deucahon etoit d’origine étrangère , et avoit été apportée en Grèce m xc DISCOURS Une chose également assez digne de remarque , c’est que dans ces listes de rois, toutes sèches, toutes peu historiques qu’elles sont, les Indiens placent le commencement de leurs souverains humains (ceux de la race du soleil et de la lune')^ à une époque qui est à peu près la même que celle où Ctésias , dans une liste en- tièrement de la même nature, fait commencer ses rozls d’ Assyrie (en- viron 4jOOo ans avant le temps présent) (i). Cet état déplorable des connoissances historiques , devoit être celui d’un peuple, oùles prêtres héréditaires d’un culte, monstrueux dans ses formes extérieures et cruel dans beaucoup de ses préceptes, avoient seuls le privilège d écrire , de conserver et d expliquer les livres ^ quelque légende faite pour mettre en vogue un lieu de pèlerinage , des inventions propres à graver plus profondément le respect pour leur caste , dévoient les intéresser plus que toutes les vérités historiques; parmi les sciences, ils pouvoient cultiver l’astronomie, qui leur donnoitdu crédit comme astrologues; la mécanique, qui les aidoit à élever les monumens, signes de leur puissance et objets de la vé- nération superstitieuse des peuples ; la géométrie , base de l’astrono- mie, comme de la mécanique, et auxiliaire important de l’agricul- ture dans ces vastes plaines d’ail uvion qui ne pouvoient être assainies •et rendues fertiles qu’à l’aide de nombreux canaux; ils pouvoient encourager les arts mécaniques ou chimiques qui alimentoient leur commerce, et coutribuoient à leur luxe et à celui de leurs temples; mais ils dévoient redouter l’histoire qui éclaire les hommes sur leurs rapports mutuels. avec les autres légendes de cette partie du culte grec qui étoit venue par le Nord et qui avoit préce'dé les colons égyptiens et phéniciens ; mais s’il est vrai que les constellations de la sphère indienne ont aussi des noms de personnages grecs, qu’on y voit Andromède sous le nom à' Aniai-madia , Cephée sous celui de Capiia , etc. , on sera , peut-être , tenté d’en tirer avecM. Wilfort , une conclusion entièrement inverse. fi) Benllrjr, Mém. de Calcutta, t. VIR, p. 226 de l’éd. in-8“. , noie: PRÉLIMINAIRE. Ce que nous voyons aux Indes, nous devons donc nous attendre à le retrouver partout où des races sacerdotales, constituées comme celle des Bramines, établies dans des pays semblables, s’arrogeoient le meme empire sur la masse du peuple. Les mêmes causes amènent les mêmes résultats; et en effet, pour peu que Ton réfléchisse sur les fragmens qui nous restent des traditions égyptiennes et chai-. déennes, on s aperçoit qu’elles n’étoient pas plus historiques que celles des Indiens. Pour juger de la nature des chroniques que les prêtres égyptiens prétendoient posséder , il suffit de rappeler les extraits qu'ils en ont donnes eux - mêmes eu différens temps , et à des personnes différentes. Ceux de Sais, par exemple, disoient à Solon , environ 55o ans avant J, G., que 1 Egypte n'étant point sujette aux déluges, ils avoîent conservé, non-seulement leurs propres annales, mais celles des autres peuples; que la ville ^Athènes et celle de Saïs avoient été construites par Minerve; la première depuis 9000 ans, la seconde seulement depuis 8000 ; et à ces dates ils ajoutoient les fables si connues sur les Atlantes, sur la résistance que les anciens Athéniens opposèrent à leurs conquêtes, ainsi que toute la description ro- manesque de l’Atlantide (i); description où se trouvent des faits et des b®*^éalogies semblables à celles de tous les romans my- thologiques. Un siècle plus tard, vers 4^0, les prêtres de Memphis firent à Hérodote des récits tout différens (2). Menés ^ premier roi d’Egypte, ayoit construit selon eux Memphis, et renfermé le Nil dans des igoes , comme si de pareilles opérations étoient possibles au premier roi d un pays. Depuis lors ils avoient eu 33o autres rois jusqu’à (1) Voyez le Timée et le Critias de Platon. (2) Euterpe, chap. XCIX et suiv. m XCII DISCOURS Mœris, qui régnoit selon eux 900 ans avant l’époque où ils par- loient (i35o ans avant J. C.). Après ces rois vint Sésostris , qui poussa ses conquêtes jusqu’à la Colchide (1); et au total il y eut, jusqu’à Sethos , 34i rois et 341 grands prêtres, en 34^ générations, pendant n34o ans, et dans cet intervalle , comme pour servir de garant a leur cRronologie , ces prêtres assuroient que le soleil s etoit leve deux fois où il se couche, sans que rien eût changé dans le climat ou dans les productions du pays, et sans qu’ alors ni auparavant aucun dieu se fût montre et eût régné en Egypte. A ce trait qui, malgré toutes les explications que l’on a prétendu en donner , prouvoit une si grossière ignorance en astronomie , ils ajoutoient sur Sésostris, sur Pheron, sur Hélène, sur Rhampsinite , sur les auteurs des pyramides, sur un conquérant éthiopien, nommé Sabacos , des contes tout-à-fait dignes du cadre où ils étoient enchâssés. Les prêtres de Thèbes firent mieux ^ ils montrèrent à Hérodote, et auparavant Us avoient montré à Hécatée 345 colosses de bois, représentant 345 grands-prêtres qui s’ étoient succédés de père en fils, tous hommes, tous nés l’un de l’autre, mais qui avoient été précédés par des dieux (2). D’autres Egyptiens lui dirent avoir des registres exacts , non- seulement du règne des hommes, mais de celui des dieux. Us comp- toient 17,000 ans depuis Hercule jusqu a Arnasis , et i5,ooo depuis JBacchus. Pan avoit encore précédé Hercule (3). (1) Hérodote croyoit avoir reconnu des rapports de figure et de couleur entre les Colchi- diens et les Égyptiens ; mais il est infiniment plus probable que ces Colchidiens noirs dont il parle étoient une colonie indienne, attirée par le commerce anciennement établi entre 1 Inde et l’Europe , par l’Oxus, la mer Caspienne et le Phase. Yoyez Ritter , Vestibule de l’Hist ancienne avant Hérodote , chap. I- (2) Euleipe, chap. CXLIII. G) Jbid., CXLIV. XCIII PRÉLIMINAIRE. Ce n’est qu’à Sethos que commence, dans Hérodote, une histoire un peu raisonnable, et, ce qui est important à remarquer, cette histoire commence par un fait concordant avec les annales hé- braïques, par la destruction de l’armée du roi d’x\ssyrie , Senna- cherib (i) j et cet accord continue sous N écho (2) et sous Hophra ou Apriès. Deux siècles après Hérodote (vers 260 ans avant J. C. ), Pto- lomée Philadelphe , prince d’une race étrangère , voulut con- noître l’histoire du pays qng les événemens l’avoient appelé à gou- verner. Un prêtre encore, Manéthon, se chargea de l’écrire pour lui. Ce ne fut plus dans des registres, dans des archives qu’il préten- dit r avoir puisée , mais dans les livres sacrés Agathodœmon , fils du second Hennés et père de Tât, lequel l’avoit copiée sur des co- lonnes érigées avant le déluge, par Tôt ou le premier Hermès , dans la terre sériadiqiie (3),* et ce second Hermès, cet Agathodæmon, ce Tât sont des personnages dont qui que ce soit n’avoit parlé aupara- vant, non plus que de cette terre sénadique ni de ses colonnes (4). Ce déluge est lui-même un fait entièrement inconnu aux Egyptiens des temps antérieurs. Le produit ressemble h la source; non-seulement tout est plein d absurdités , mais ce sont des absurdités propres , et impossibles à concilier avec celles que des prêtres plus anciens avoient racontées à Solon et à Hérodote. Cest Vulcain qui commence la série des rois divins; il règne 9000 ans; les dieux et les demi-dieux régnent igS5 ans. Ni les noms, ni les successions, ni les dates de Manéthon ne ressemblent à ce (1) Eulerpe, CXLI. (2) Ibid., CLIX , et dans le . livre des Rois, chap. ig, ou dansiez • des Parai, ch. 32. (3) SyncelL, p. 4o. (4) Agathodæmon paroît être le nom grec d’une divinité égyptienne, qui etoit honorée sous la figure d’un serpent. \oyçz Jnblonsky, Panth.Æg-, 1. 1, p. g3, ett. III, p. 1^7 eti48- xGiv DISCOURS ^u^on 3 publié 3V3nt 6t d.©puis lui , et il fsut cju il 3it 6t6 3ussi obscur et embrouillé, qu’il étoit peu d’accord avec les autres, car il est impossible aussi d’accorder entre eux les extraits qu’en ont don- nés Josepke , Jules Africain et Eusèbe. On ne s’accorde pas même sur les sommes d’années de ses rois humains. Selon Jules Africain, elles vont à 5ioi ; selon Eusèbe à 4?^^ 5 selon le Syncelle à 3555. Une Chronique qualifiée ài ancienne (i), et que les uns croyent antérieure , les autres postérieure à Manéthon, donne encore d autres calculs; la durée totale de ses rois est de 36.,525 ans, sur lesquels le Soleil en a régné 3o,ooo,les autres dieux, 3,984, les demi-dieux 217 ; il ne reste pour les hommes que 233g ans. Aussi n’en compte- t-on que 1 13 générations, au lieu des 34o d’Hérodote. Un savant d’un autre ordre que Manéthon, l’astronome Eratos- thènes , découvrit et publia , sous Ptolomée EaergètCy vers 240 ans avant J.-C., une liste particulière de 38 rois de Thèbes, com- mençant h Menés, et se continuant pendant 1024 ans; nous en avons un extrait que le Syncelle a copié dans Apollodore (2). Presque aucun des noms qui s’y trouvent ne correspond aux autres listes. Diodore alla en Egypte sous Ptolomée Auletes , vers 60 ans avant J. C. , par conséquent deux siècles après Manéthon, et quatre après Hérodote. Il recueillît aussi de la bouche des prêtres l’iiistoii'e du pays, et il la recueillit de nouveau toute différente (3). Ce n’est plus Menés qui a construit Memphis , mais Uchoréus. Long-temps avant lui, Busiris H®, avoit construit Thèbes. (0 Syncell. , p. 5l. (2) Syncell. , p. gj et suiv. (3) Diod.Sic., lib. I, sect. II. PRÉLIMINAIRE. A.1-J V Le huitième aïeul à’Uchoréus, Osymandyas y a été maître de la’ Hactriane, et y a réprimé des révoltes. Long-temps après lui, Sé- .soosis a fait des conquêtes encore plus éloignées ; il est allé jusqu’au- delà du Gange y et est revenu par la Scythie et le Tanaïs. Malheu- reusement ces noms de rois sont inconnus à tous les historiens pré- cédens, et aucun des peuples qu ils avoient conquis n’en a conservé le moindre souvenir. Quant aux dieux et aux héros, selon Diodore ils ont régné 18,000 ans, et les souverains humains i5,ooo ; quatre cent soixante-dix rois avoient été égyptiens, quatre éthiopiens, sans compter les Perses et les Macédoniens. Les contes dont le tout est entremêlé ne le cèdent point d’ailleurs en puérilité à ceux d’Hé- rodote. L’an 18 de J. C., Germanicus , neveu de Tibère, attiré par le désir de connoître les antiquités de cette terre célèbre, se rendit eu Egypte, au risque de déplaire à un prince aussi soupçonneux que son oncle; il remonta le Nil jusqu’à Thèbes. Ce ne fut plus Sésostris ni Osymandyas dont les prêtres lui parlèrent comme d’un con- quérant, mais Rhamses. A la tête de 700,000 hommes, il avoit envahi la Libye, l’Ethiopie, la Médie, la Perse, la Bactriane, la Scythie, 1 Asie mineure et la Syrie (i). Enfin, dans le fameux article de Pline sur les obélisques (2), on trouve encore des noms de rois que l’on ne voit point ailleurs , Mesphres y Sothies , Mnevis, Zmarreus , Eraphius , Mestirès ; un h) 'Facù. , Annal. , lib. II , cap, LX. hiéroglypbesT^' «Ju’Ammien nous a conservée, lib. XVII, cap. IV, des de Latrau , il Thèbes , qui est aujourd’hui à Rome sur la place de St.-Jean de la terre\aWtüb^* Rf^amestès y étoit qualifié, à la manière orientale , de seigneur . . . . Thistoire faite à Germanicus ii'étoit qu’un commentaire de 1 ..J ^ pî'obable que les conquêtes de Se'soslrîs n’ont pas -eu de fondement puis solide. '’î) Pline, lib. XXXVI > cap. VIII, IX, X, XI. xcvi DISCOURS Semenpserteiis , contemporain de Pythagore , etc. Un Ramisès^ que l’on pourroit croire le meme que Rhamsès, , y est fait contem- porain du siège de Troie. Je n’ignore pas que l’on a essaye de concilier ces listes, en sup- posant que les rois ont porté plusieurs noms ; pour moi qui ne con- sidère pas seulement la contradiction de ces divers lécits, mais qui suis frappé par-dessus tout de ce mélange de faits reels attestes par de grands monumens, avec des extravagances puériles, il me semble infiniment plus naturel d’en conclure que les prêtres égyptiens n’avoient point d’histoire 5 qu’inférieurs encore à ceux des Indes, ils n’avoient pas même de fables convenues et suivies ; qu’ils gardoient seulement quelques souvenirs de leurs principaux rois, des auteurs de leurs temples et des autres grands ouvrages qui décoroient leur paysj mais que ces souvenirs étoient confus, qu’ils ne reposoient guères que sur l’explication traditionnelle que 1 on donnoit aux images peintes ou sculptées sur les monumens, explications fondées seule- ment sur des inscriptions hiéroglyphiques, conçues comme celle dont nous avons l’explication (i) en termes très-généraux, et qui, passant de bouche en bouche, s’altéroient, quant aux détails, au gré de ceux qui les communiquoient aux étrangers; et qu’il est par consé- quent impossible d’asseoir aucune proposition 1 elative à 1 antiquité des continens actuels sur les lambeaux de ces traditions, déjà si incom- plètes dans leur temps, et devenues tout-à-fait méconnoissables sous la plume de ceux qui nous les ont transmises. Si cette assertion avoit besoin d’autres preuves, elles se trouve- roient dans la liste des ouvrages sacrés ^ Hermès^ que les prêtres ^gyp^0j^s portoient dans leurs processions solennelles. Clément (ï Alexandrie (2) nous les nomme tous au nombre de 42, et il ne (0 Celle de Ramestes dans Ammieil, loc. cit. (2) 5’irowûf. , lib. VI, p. 633. PRÉLIMINAIRE. xcvn s’y trouve pas même, comme chez les Bramines, une épopée ou un livre qui ait la prétention d etre un récit, de fixer d’une manière quelconque aucune grande action, aucun événement. Ce qui est prouvé et connu pour les Indiens, ce que je viens de rendre si vraisemblable pour les liabitans de la vallée du Nil , ne doit- on pas le présumer aussi pour ceux des vallées de l’Euphrate et du Tigre? Etablis, comme les Indiens (i), comme les Egyptiens, sur une grande route du commerce , dans de vastas plaines qu’ils avoient été obligés de couper de nombreux canaux, instruits comme eux par des prêtres héréditaires , dépositaires prétendus de livres secrets, possesseurs privilégiés des sciences, astrologues, constructeurs de pyramides et d autres grands monumens (2), ne devoient-ils pas leur ressembler aussi dans d’autres points essentiels? Leur histoire ne de- voit-ellepas également se réduire à des légendes ? J’ose presque dire, non-seulement que cela est probable, mais que cela est démontré par le fait. Ni Moïse ^ ni Homère ne nous parlent encore d’un grand empire dans la Haute-Asie. Hérodote (3) n’attribue à la suprématie des As- syriens que 5ao ans de durée, et n’en fait remonter l’origine qu’en- viron 8 siècles avant lui. Après avoir été à Babylone , et en avoir consulté les prêtres, il n’en a pas même appris le nom de N inus , comme roi des Assyriens , et n’en parle que comme du père àïA- gron (4), premier roi Héraclide de Lydie. Cependant il le fait fils de B élus , tant il y avoit dès-lors de confusion dans les souvenirs. S il paile de Sémiramis comme de l’une des reines qui ont laissé de et mythologie des bramines se rapporte aux plaines où coule le Gange , (2) Les’ T élablissemens. r ns des anciens monumens cbaldéens ressemblent beaucoup a ce que nous voyons d.6 cguv t i* , , A -^-ndiens et des Egyptiens j mais ces monumens ne se sont pas con- “’étoient construits qn’en briques séchées au soleil, lo) C//0, cap. ALV. * (4) Jbid. , cap. VII, T. I. n xcvm DISCOURS grands monumens à Babylone , il ne la place que sept générations avant Cyrus. Hellanicus, contemporain d’Hérodote, loin de laisser rien cons- truire à Babylonepar Séniiramis , attribue la fondation de cette ville à Chaldœus^ quatorzième successeur de Ninus (i). Béî'ose , babylonien et prêtre, qui écrivoit à peine lao ans après Hérodote , donne à Babylone une antiquité effrayante 5 mais cest à N abuchodonosor, prince relativement tres-moderne, qu il en attribue les monumens principaux (2). Touchant Cjrus lui-même, ce prince si remarquable, et dont l’histoire auroit dù être si célébré, Hérodote^ qui ne vivoit que cent ans après lui, avoue qu’il existoit déjà trois sentimens diffé- rens, et en effet, soixante ans plus tard, Xéfiophon nous donne de ce prince une biographie toute opposée à celle ^Hérodote. Ctésias, à peu près contemporain de X^enophon, prétend avoir tire des archives royales des Mèdes, une chronologie qui recule déplus de 800 ans l’origine de la monarchie assyrienne, tout en laissant a la tète de ses rois ce même Ninits , fils de Bélus , dont Heix)dote avoit fait un Héraclidej et eu même temps il attribue a Nvniis et. a Setni— ramis des conquêtes vers l’occident d une etendue absolument in- compatible avec l’histoire juive et égyptienne de ce temps-là (3). Selon Mégasthènes, c’est N abuchodonosor qui a fait ces con- quêtes incroyables. Il les a poussées par la Libye jusqu en Espagne (4). On voit que, du temps d’Alexandre, N abuchodonosor avoit tout- à-fait usurpé la réputation que Séniiramis avoit eue du temps d’ Artaxerxès. Mais on pensera , sans doute , que Sémiramis , que Nabuchodonosor slyoxghx. conquis l’Ethiopie et la Libye, à peu près (1) Etienne de Bj'ZdHCC au mot Chaldcei. (2) Josephe (contre Appieii) ; Ht** I j cap. XIX. (3) Diod. Sic. , lib. II. (4) Josephe contre Appien, bb. I, cap. VI ; et Strabon, lib. XV , p- PRÉLIMINAIRE. XCIX. comme les Egypti®°s faisoient conquérir, par Sésostris ou par Osy- ynandias, l’Inde et la Bactriaue. Que seroit-ce si nous examinions maintenant les différens rapports sur Sardanapale , dans lesquels un savant célèbre a cru trouver des preuves de l’existence de trois princes de ce nom, toutes trois vic- times de malheurs semblables (1)5 à peu près comme un autre savant trouve aux Indes au moins trois J^icraniaditjia , également tous les trois héros d’aventures pareilles. C’est apparemment d apres le peu de concordance de toutes ces relations, que Strabon a cru pouvoir dire que l’autorité d’Hérodote et de Ctésias est moindre que celle d’Hésiode ou d’Homère (2). Aussi Ctésias n’a-t-il guère été plus heureux en copistes que Manéthon; et il est bien difficile aujourd’hui d’accorder les extraits que nous en ont donnés Diodore, Eusèbe et le Syncelle. Lorsqu’on se trouvoit en de pareilles incertitudes dans le cin- quième siècle avant J. G. , comment veut-on que Bérose ait pu les éclaircir dans le troisième, et peut-on ajouter plus de foi aux 43o,ooo ans qu’il met avant le déluge, aux 35, 000 ans c[u’il place entre le déluge et Sémiramis, cju’aux registres de i5o,ooo ans qu’il se vante d’avoir consultés (3). On parle d’ouvrages élevés en des provinces éloignées, et qui portüient le nom de Sémiramis; on prétend aussi avoir vu en Asie mineure, en Thrace, des colonnes érigées par Sésostris (4); mais c est ainsi qu’en Perse aujourd’hui, les anciens monumens, peut- (1) Voyez dans les Me’m. de l’Ac. des Belles Lettres , t. V, le Mém. de Frêret , sur l’hîsl. des Assyriens. (2) XI, p. 507. (3) Sjiicelle, 38 et 3g. (4) N. B. n est très-remarquable qu’Hérodote ne dit avoir vu de monumens de Sésostris qu en Palestine , et ne parle de ceux d’Ionie que sur le rapport d autrui , et en ajoutant que Sésostris n est pas nommé dans les inscriptions , et que ceux qui ont vu ces monumens les attribuent à Memnon. Eiuerp. , chap, CYI. c DISCOURS être même quelques-uns de ceux-là, portent le nom de Roustan, qu’en Egypte ou en Arabie, ils portent ceux de Joseph , de Salo- mon. C’est une ancienne coutume des Orientaux et probablement de tous les peuples ignorans. Nos paysans appellent Camp de César , tous les anciens retranchemens romains. En un mot, plus j’y pense, plus je me persuade qu’il n’y avoit point d’histoire ancienne à Babylone , àEcbatane , plus qu’en Egypte et aux Indes. Et au lieu de porter comme Evhémère ou comme Bannier la mythologie dans l’histoire, je suis d’avis qu’il faudroit reporter une grande partie de l’histoire dans la mythologie. Ce n’est qu’à l’époque de ce qu’on appelle communémentle second royaume d’Assyrie , que l’histoire des Assyriens et des Chaldéens commence à devenir claire; à l’époque où celle des Egyptiens devient claire aussi; lorsque les rois deNinive, de Babylone et d’Egypte com- mencent à se rencontrer et à se combattre sur le théâtre de la Syrie et de la Palestine. Il paroît néanmoins que les auteurs de ces contrées, ou ceux qui en avoient consulté les traditions, et Rérose, et JELiéronyme , et Nicolas de Damas, s’accordoient à parler d’un déluge ; Bérose le décrivoit même avec des circonstances tellement semblables à celles de la Genèse , C[u’il est presque impossible que ce qu’il en dit ne soit pas tiré des mêmes sources; bien qu’il en recule l’époque d’un grand nombre de siècles, autant du moins cjue l’on peut en juger parles extraits embrouillés cjue Josephe, Eusèbe et le Syncellenous ont conservés de ses écrits. Mais nous devons remarquer, et c’est par cette observation cjue nous terminerons ce qui regarde les Babylo- niens , que ces siècles nombreux et cette grande suite de rois placés entre le déluge et Sémiramis sont une chose nouvelle, entièrement propre à Bérose, et dont Ctésias et ceux qui l’ont suivi n’ avoient pas eu l’idée, qui n’a même été adoptée par aucun des auteurs profanes postérieurs à Bérose. Justin et Velleiiis considèrent Niuus comme PRÉLIMINAIRE. CI ie premier des conquérans, et ceux qui, contre toute vraisemblance, le’ placent le plus haut, ne le font cjue de 4o siècles antérieur au temps présent (i). Les auteurs arméniens du moyen âge s’accordent à peu près avec quelqu’un des textes de la Genèse, lorsqu’ils font remonter le déluge à 4916 ans; et l’on pourroit croire qu’ayant recueilli les vieilles traditions, et peut-être extrait les vieilles chroniques de leur pays, ils forment une autorité de plus en faveur de la nouveauté des peuples; mais quand on réfléchit que leur littérature historique ne date que du cinquième siècle, et qu’ils ont connu Eusèbe, on com- prend qu’ils ont dû s’accommoder à sa chronologie et à celle de la Bible. Moyse de Chorène fait profession expresse d’avoir suivi les Grecs, et 1 on voit que son histoire ancienne est calquée sur Ctésias (2). Cependant il est certain que la tradition du déluge existoit en Arménie bien avant la conversion des habitans au christianisme , et la ville qui, selon Josephe, étoit appelée le lieu de la descente, existe encore au pied du mont Ararat, et porte le nom de Naclu- dchevan , qui a en effet ce sens-là (3). Nous en dirons des Arabes, des Persans, des Abyssins d’aujour- d hui, autant que des Arméniens. Leurs anciens livres n’existent plus; ils II ont d histoire que celle qu’ils se sont faite récemment, et qu’ils ont modelee sur la Bible; ainsi ce qu’ils disent du déluge est em- prunté de la Genèse , et n’ajoute rien à l’autorité de ce livre. 11 étoit curieux de rechercher quelle étoit sur ce sujet l’opi- nion des anciens Perses, avant qu’elle eût été modifiée par les croyances chrétienne et mahométane ; on la trouve consignée dans leur Boundehesh , ou Cosmogonie , ouvrage du temps des Sassa- nides, mais évidemment extrait ou traduit d’ouvrages plus anciens, (1) Jvslin, hb. 1 , cap. I; rellehis Paterculus, lib. I, cap- VII. (2) Voyez Mosis Clwrenensis , Histor. armeniac. , lib. I , cap. I. Voyez lapréface des frères tP'histon, sur Moyse de Cborène, p. 4. DISCOURS en et qu’Anqaetil du Pei'ron a retrouvé chez les Parsis de l’Inde. La durée totale du monde ne doit être que de 12,000 ans; ainsi il ne peut être encore bien ancien. L’apparition de Cayoumortz {X homme taureau, le premier homme') est précédée de la création d’une gi'ande eau (i). Du reste il seroit aussi inutile de demander aux Parsis une his- toire sérieuse pour les temps anciens, qu’aux autres orientaux: les Mages n’en ont pas plus laissé que les Brames ou les Chaldéens. Je n’en voudrois pour preuve que les incertitudes sur l’époque de Zo- roastre. On prétend même que le peu d histoire qu ils pouvoient avoir, ce qui regardoit les Achéménides, les successeurs de Cyrus jusqu’à Alexandre, a été altéré exprès, et d’après un ordre officiel d’un monarque Sassanide (2). Pour retrouver des dates authentiques du commencement des empires, et des traces du grand cataclysme, il faut donc aller jus- qu’au-delà des grands déserts de la Tartarie, Vers l’Orient et vers le Nord habite une autre race, dont toutes les institutions, tous les procédés diffèrent autant des nôtres que sa figure et son tempéra- ment. Elle parle en monosyllabes; elle écrit en hiéroglyphes arbi- traires; elle n’a qu’une morale politique sans religion, car les su- perstitions de Fo lui sont venues des Indiens. Sou teint jaune, ses joues saillantes, ses yeux étroits et oblitjues, sa barbe peu fournie la rendent si différente de nous, cju’on est tenté de croire que ses an- cêtres et les nôtres ont échappé à la grande catastrophe par deux côtés différens; mais, quoi c|u’il en soit, ils datent leur déluge à peu près de la même époque que nous. Le Chouking est le plus ancien des livres des Chinois (3) ; on assure qu’il fut rédigé par Confucius avec des lambeaux d’ouvrages (0 Zendavesla A’ AnquetH , t. R? P" (2) Mazoudi, ap. Sacy, maii. de la Bibl. du roi, t. VIII, p. l6t. (3) Voyez la préface de l’édition du Chou-Ring , donnée par M. de Guignes. cm PRÉLIMINAIRE, antérieurs, il y a environ 2 25o ans. Deux cents ans plus tard arriva dit-on la persécution des lettrés et la destruction des livres sous l’empereur Clîi-hoangti. Une partie du Chouking fut restituée de mémoire par un vieux lettre , 40 ans après j et itne autre fut retrouvée dans un tombeau; mais près de la moitié flit perdue pour toujours. Or ce livre, le plus authentique de la Chine, commence l’histoire de ce pays par un empereur nommé Yao, qu’il nous représente occupé à faire écouler les eaux, qui, s’étant éleuées jusqu’au ciel, baignaient encore le pied des plus hautes montagnes , coiwroient les collines moins élevées , et rendoient les plaines imprati- cables (i). Ce Yao date^ selon les uns, de 4i58, selon les autres de 3988 ans avant le temps actuel. La variété des opinions sur cette époque va même jusqu’à 284 ans. Quelques pages plus loin, on nous montre Yu, ministre et ingé- nieur, rétablissant le cours des eaux, élevant des digues, creusant des canaux, et réglant les impôts de chaque province dans toute la Chine, c est-à-dire, dans un empire de 600 lieues en tout sens; mais 1 impossibilité de semblables opérations après de semblables événe- mens , montre bien qu’il ne s’agit ici que d’un roman moral et politique (2). Des historiens plus modernes ont ajouté une suite d’empereurs avant Yao, mais avec une foule de circonstances fabuleuses, sans oser leur assigner d époques fixes, en variant sans cesse entre eux, même sur leur nombre et sur leurs noms, et sans être approuvés de tous leurs compatriotes, ^ avec son corps de serpent, sa tête boeuf et ses dents de tortue , ses successeurs non moins mons- trueux, sont aussi absurdes et n’ont pas plus existé qu’Encelade et Est-il possible que ce soit un simple hasard qui donne un résultat (i) Chou-King, trad. fr. ^ p ^ ^3) C’est le Yu-Kong ou le premier chap. de la deuxieme partie du Choii-king , p. 43—60. CIV DISCOURS aussi frappant , et qui fasse remonter à peu près à l^o siècles l’origine traditionnelle des monarchies assyrienne, indienne et chinoise? Les idées des peuples qui ont eu si peu de rapports ensemble, dont la langue, la religion, les lois n’ont rien de commun, s’accorderoient- elles sur ce point, si elles n’avoient la vérité pour base? Nous ne demanderons pas de dates précisés aux Américains, qui n’avoient point de véritable écriture, et dont les plus anciennes tra- ditions ne remontoient qu’à quelques siècles avant l’arrivée des Espa- gnols, et cependant l’on croit encore apercevoirdes traces d’un déluge dans leurs grossiers hiéroglyphes. Us ont leurNoé, ou leur Deucalion comme les Indiens, comme les Babyloniens, comme les Grecs (i). La plus dégradée des races humaines, celle des nègres, dont les formes s’approchent le plus de la brute, et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement régulier, ni à la moindre apparence de connoissances suivies, n’a conservé nulle part d’annales ni de tradition. Elle ne peut donc nous instruire sur ce que nous cherchons , quoique tous ses caractères nous montrent clairement qu elle a échappé à la grande catastrophe, sur un autre point que les races caucasique et altaïque , dont elle étoit peut-être séparée depuis long-temps quand cette catastrophe arriva. Mais , dit-on , si les anciens peuples ne nous ont pas laissé d’his- toire , leur longue existence en corps de nation n’en est pas moins attestée par les progrès qu’ils avoient faits dans l’astronomie ; par des observations dont la date est facile à assigner, et même par des monumens encore subsistans et qui portent eux-mêmes leurs dates. Ainsi la longueur de l’année, telle que les Égyptiens sont sup- posés l’avoir déterminée d’après le lever héliaque de Sirius, se trouve juste pour une période comprise entre l’année 3,ooo et l’année i,ooo (0 Voyez l’excellent et magnifique ouvrage de M. de Himboldt, sur les monumens mexicains. PRÉLIMINAIRE. avant Jésus-Christ, période dans laquelle tombent aussi les traditions de leurs conquêtes et de la grande prospérité de leur empire. Cette justesse prouve a quel point ils avoient porté l’exactitude de leurs observations et fait sentir qu’ils se livroient depuis long-temps à des travaux semblables. Pour apprécier ce raisonnement, il est nécessaire que nous entrions ici dans quelques explications. Le solstice est le moment de l’année où commence la crue du Nil, et celui que les Égyptiens ont dû observer avec le plus d’at- tention. S étant fait dans l’origine sur de mauvaises observations une année civile ou sacrée de 365 jours juste, ils voulurent la con- server par des motifs superstitieux , même après cju’ils se furent aperçus qu’elle ne s’accordoit pas avec l’année naturelle ou tropique, et ne ramenoit pas les saisons aux mêmes jours (i). Cependant c’é- toit cette année tropique qu’il leur importoit de marquer pour se diriger dans leurs opérations agricoles. Ils durent donc chercher dans le ciel un signe apparent de son retour, et ils imaginèrent qu’ils trouveroient ce signe quand le soleil reviendroit à la même position, relativement à quelque étoile remarquable. Ainsi ils s’applicjuèrent, comme presque tous les peuples qui commencent cette recherche, à observer les levers et les couchers héliaques des astres. Nous sa- vons quils choisirent particulièrement le lever héliaque de Si ri us 5 d abord, sans doute, à cause de la beauté de l’étoile, et surtout parce que dans ces anciens temps ce lever de Sirius coïncidant à peu près avec le solstice, et annonçant l’inondation, étoit pour eux le phénomène de ce genre le plus important. Il arriva même de là, que Smus, sous le nom de Sothis, joua le plus grand rôle dans toute leur mythologie et dans leurs rites religieux. Supposant donc que le retour du lever héliaque de Sirius et l’année tropique (i) Gemmus, contemporain de Cicéron, explitfne an long leurs motifs. Voyez f qu’en donne M, Halmct à la suite du Pioloinée p. 43 ^ T. T O discours étolent de même datée, et croyant enfin reconnoitre que cette durée étoit de 365 jours et un quart, ils imaginèrent une période après laquelle Vannée tropique et l’ancienne année , Vannée sacrée de 365 jours seulement, dévoient revenir au même jour; période qui, d’après ces données peu exactes, étoit nécessairement de i46i années sacrées et de i46o de ces années perfectionnées auxquelles ils donnèrent le nom d’années de Sirius. Us prirent pour point de départ de cette période, qu ils appelèrent grande année, une année civile, dont le premier jour etoit ou avoit été aussi celui d’un lever héliaque de Sirius, et Von sait par le té- moignage positif de Censorin, qu’une de ces grandes années âvoit pris fin en i38 de Jésus-Christ (i); par conséquent elle avott com- mencé en i322 avant Jésus-Christ; et celle qui Vavoit précédée en 2782. En effet, par les calculs de M. Ideler, on reconnoît que Sirius s’est levé héliaquement le 20 juillet de 1 année julienne 189, jour qui répondoit cette année-lk au premier de Thot ou au pre- mier jour de Vannée sacrée égyptienne (2). Mais non-seulement la position du soleil, par rapport aux étoiles de l’écliptique, ou Vannée sidérale, n’est pas la même que Vannée tropique, à cause de la précession des équinoxes; Vannée héliaque d’une étoile, 'ou la période de son lever héliaque, surtout lorsqu’elle est éloignée de l’écliptique , diffère encore de Vannée sidérale , et en diffère 'diversement selon les latitudes des lieux où on l’observe. Ce qui est bien singulier, cependant, et cé que déjà Bainbndge (3) et le pèi*e Petau (4) ont fait observer (5), il est arrivé, par un concours . , ce système est développé par Censorin, de Die natali , cap. XVIII et cap. XXI. Id 1er Recherches historiq^ues sur les observations astronomiques des anciens , traduc- tloh de à la suite de son Canon de Ptoloraée , p. '32, et suiv. (3) Bainhri'dge , Canicul. (4) Petau, Var. DeSS. , hb. V» *-aP' ? P' • -vTV r» 37k (5) Voyez aussi La Nauze sur l’année égyptienne , Acad, des Belles Lettres , A.t v , p. ; et le Mémoire de M. Fourier, dans le grand ouvr. sur l’Égypte , Mém. , t- PRÉLIMINAIRE. remarquable dans les positions, que sous la latitude de la haute Égypte , à une certaine époque et pendant un certain nombre de siècles, 1 annee de Sirius étoit réellement, à très-peu de chose près, de 365 jours et un quart ; en sorte que le lever héliaque de cette étoile revint en effet au même jour de l’année julienne, au 20 juillet, en i322 avant et en i38 après Jésus-Christ (i). De cette coïncidence effective, à cette époque reculée, M. Fou- rier, qui a constaté tous ces rapports par un grand travail et par de nouveaux calculs, conclut que puisque la longueur de l’année de Sirius étoit si parfaitement connue des Égyptiens, il Mloit qu’ils l’eus- sent déterminée sur des observations faites pendant long -temps et avec beaucoup d’exactitude, observations qui remontoient au moins à 25oo ans avant notre ère et qui n’auroient pu se faire ni beaucoup avant, ni beaucoup après cet intervalle de temps (2). Certainement ce résultat seroit très-frappant si c’étoit directement eLpar des observations faites sur Sirius lui-même qu’ils eussent fixé la longueurde l’année de Sirius J mais des astronomes expérimentés affir- ment qu il est impossible que le lever héliaque d’une étoile ait pu servir de base à des observations exactes sur un pareil sujet, surtout dans un climat où le tour de Thorizon est toujours tellement chargé de vapeurs^ que dans les belles nuits on ne voit jamais d'étoiles a quelques degrés au-dessus de V horizon, dans les seconde et troisième grandeurs , et que le soleil même , à son lever et à so?i coucher , se trouve entièrement déj^orrné ^ (3). Ils soutiennent que (1) Petau, loc. cit. M. Ideler affirme que celte rencontre du lever heliaque de Sirius eut ussilieu en a'jSa avant J.-C. (Recherches histor. dans le Ptolomée de M. Tlalma , tome IV, P- 7); mais pour l’année julienne tSgS de J.-C., qui est aussi la dernière d’uue grande et M. Ideler diffèrent beaucoup entre eux. Celui-ci met le lever héliaque de Sinus au 20 1 . , , ^ . y juillet ; le premier le place au 19 ou au 20 d août. (2) ojM , dans le grand ouvrage sur l’Ég. , Antiquités, Mém. , t. I, p. 8o3, l’ingénieux em. e . intitulé Recherches sur les sciences et le gnuvei nenieut de l’Égypte. (3) Ce sont les expressions de feu Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte . Y oyez. Volnej, Recherches nouvelles sur l’histoire ancienne , III. O ; cvni DISCOURS si la longvietir de l’année n’eùt pas été reconnue autrement , on auroit pu s’y tromper d’un et de deux jours (i). Us ne doutent donc pas que cette durée de 365 jours un quart ne soit celle de l’année tropique, mal déterminée par l’observation de l’ombre ou par celle du point où le soleil se levoit chaque jour, et identifiée par ignorance avec l’annee heliaque de Sirius j en sorte que ce seroit un pur hasard qui auroit fixé avec tant de justesse la durée de celle- ci pour l’époque dont il est question (2). ^ Peut-être jugera-t-on aussi que des hommes capables d obser- vations si exactes, et qui les auroient continuées pendant si long- temps, n’auroient pas donné à Sirius assez d’importance pour lui vouer un culte J car ils auroient vu que les rapports de son lever avec l’année tropique et avec la crue du Nil n étoient que tempo- raires, et n’avoient lieu qu’à une latitude déterminée. En effet, selon les calculs de M. Ideler, en 2782 avant J. C., Sirius se montra dans la haute Egypte, le deuxième jour après le solstice 5 en 1822, le treizième, et en i39 de J. C., le Vingt - sixième (3). Aujourd’hui il ne se lève héliaquement que plus d’un mois après le solstice. Les Egyptiens se seroient donc attachés de préférence à trouver l’époque qui rameneroitla coïncidence du commencement de leur année sacrée avec celui de la véritable année tropique; mais alors ils auroient re- connu que leur grande période devoit être de i5o8 années sacrées, et non pas de i46[ (4)- Or on ne trouve certainement aucune trace de cette période de i5o8 ans dans l’antiquité. En général, peut -on se défendre de l’idée que si les Egyptiens avoient eu de si longues suites d’observations et d observations (1) Delanihre , Abrégé d’ Astronomie , p, 217; et dans sa note sur les paranatellons , Hist. de l’Astron. du moyen âge , p. lij- (2) Delambre, Rapport sur le Mémoire de M. de Paravey sur la sphère , dans le tome YIII des nou\ elles Annales des Voyages. (3) Ideler, loc. cil. , p. 38. (4) "Voyez La Place, Syst. duMonde , IIP. éd. , p. 17 ; et Annuaire de 1818. PRÉLIMINAIRE. cix exactes, leur disciple Eudoxe, qui étudia i3 ans parmi eux, auroit porté en Grèce une astronomie plus parfaite, des cartes du ciel moins grossières, plus cohérentes dans leurs diverses parties (i). Comment la précession n’auroit-elle été connue aux Grecs que par les ouvrages d Hipparque , si elle eût été consignée dans les re- gistres des Egyptiens, et écrite en caractères si manifestes aux pla- fonds de leurs temples ? Comment enfin Ptolomée qui écrivoit en Egypte n auroit-il dai- gne se servir d aucune des observations des Egyptiens fa) ? II y a plus ; c’est que Hérodote qui a tant vécu avec eux ne parle nullement de ces six heures qu’ils ajoutoient à l’année sacrée, ni de cette grande période sothiaque qui en résultoit ; il dit au contraire positivement que, les Egyptiens faisant leur année de 365 jours, les saisons reviennent au même point, en sorte que de son temps on ne paroît pas encore s’être douté de la nécessité de ce quart de jour (3). Thalès, qui avoit visité les prêtres d’Egypte moins d’un siècle avant Hérodote, ne fit aussi connoître à ses compatriotes qu’une année de 365 jours seulement (4) j et si l’on réfléchit que les colonies sorties de 1 Egypte i4 ou i5oo ans avant J. C. , les Juifs, les Athéniens, en ont toutes apporté l’année lunaire, on jugera peut-être que l’année de 365 jours elle-même n’existoit pas encore en Egypte dans ce temps-là. Je n ignore pas que Macrohe (5) attribue aux Égyptiens une année solaire de 365 jours un'quart; mais cet auteur récent compa- rativement, et venu long-temps après l’établissement de l’année (1) Voyez sur la grossièreté des déterminations de la sphère d’Eudoxe, M. Delambre , ans e I . tome de son Hist. de l’Astron. anc. , p. 120 et suiv. (2) Voyez le discours préliminaire de l’Hist. de l’Astron. dn moyen âge , par M. Delambre, p. vil] et suiv. (3) Euterpe , chap. iy_ (4) Diog. Laert. , lib. I , in Thalet. Saturnal. , lib. I , cap. XV. DISCOURS fixe d’Alexandrie, a pu confondre les époques. Diodore (i) et Str ibon (2) II® donnent une telle année qu’aux Thébains : ils ne disent pas qn elle fut d’un usage général, et eux-mêmes ne sont venus que long-temps après Hérodote. On prend, malgré qu’on en ait, les memes idées de la science astronomique des Ghaldéens. Qu’un peuple qui habitoit de vastes plaines, sous un ciel toujours pur, ait été porté à observer le cours des astres, même dès l’époque où il étoit encore nomade, et où les astres seuls pouvoient diriger ses courses pendant la nuit ', c’est ce qu’il étoit naturel de penser; mais depuis quand étoient-ils astro- nomes et jusqu’où ont-ils poussé Tastronomie ? Voilà la question. On veut que Callisthènes ait envoyé à Aristote des observations faites par eux, et qui remonteroient à 2200 ans avant Jésus-Christ. Mais ce fait n’est rapporté que par Simplicim (3), à ce qu’d dit d après Porphyre, et 600 ans après Aristote; Aristote lui-même n^en ,a rien dit • aucun véritable astronome n’en a parlé. Ptoloraée rapporte et emploie dix observations d’éclipses, véritablement laites ;par les Chaldéens, mais elles ne remontent qu’à Nabonassar (731 ans avant Jésus-Christ); elles sont grossières ; le temps n’.y est exprimé qu’en^heures et en demi-heures, etTombre qu’en demi ou en quarts de' diamètre. Cependant, comme elles avoient des dates certaines, les Chaldéens dévoient avoir quelque connoissance de la vraie lon- gueur de l’année et quelque moyen de mesurer le temps : ils pa- roissent avoir connu la période de 18 ans qui ramène -les éclipsés de lune dans le même ordre et que la simple inspection de leurs registres devoit promptement leur donner; mais il est constant (5.) Geoffr.. p. 102. , t. I”. , p. 212. Voyez aussi 5on Analyse 0, M. licier . Mé„. sur L.rou«»i.^ d.s Chai- de Geminus , ibid. , p. 211. Gomparci déens, dans le IV*. tome du Ptolomée de M. Halma , p. iDO. PRÉLIMINAIRE. cxi qu’ils ne savoient ni expliquer, ni prédire les éclipses de soleil. C’est pour n’avoir pas entendu un passage de Josephe, que Cassini, et d’après lui Bailly, ont prétendu y trouver une période luni-solaire de 600 ans qui auroit été connue des premiers patriarches (i). Ainsi, tout porte à croire que cette grande réputation des Chal- déens leur a été faite à des époques récentes par les indignes suc- cesseurs qui, sous le même nom, vendoient dans tout l’empire ro- main des horoscopes et des prédictions, et qui, pour se procurer plus de crédit, attribuoient à leurs grossiers ancêtres l’honneur des décou- vertes des Grecs. Quant aux Indiens , chacun sait que Bailly , croyant que l’époque qui sert de point de départ à quelques unes de leurs tables astro- nomiques, avoit été effectivement observée, a voulu en tirer une preuve de la haute antiquité de la science parmi ce peuple , ou du moins chez la nation qui lui auroit légué ses connoissauces ; mais tout ce système si péniblement conçu tombe de lui-même aujour- dhui quil est prouvé que cette époque a été adoptée après coup , sur des calculs faits en rétrogradant , et dont le résultat étoit faux (2). M. Bentley a reconnu que les tables de TîïvciIoiit ^ sur lesquelles portoit surtout 1 assertion de Bailly, ont dû être calculées vers 1281 de Jesus-Christ (il y a 54o ans), et que le Surja-Siddhanta , que les brames regardent comme leur plus ancien traité scientifique d astronomie, et qu ils prétendent révélé depuis plus de vingt mil- lions d années , ne peut avoir été composé qu’il y a environ 760 ans (3). (0 Voyez Baülj, Hist. de l’Astron. ancienne; et M. Delambre, dans son ouvrage sur le ineme sujet , I, p_ 3 (2) Voyez Place, Expose' du Système du Monde, p. 33o ; et le Me'moire de M. Davis, * AT ^ I Indiens , Mém. de Calcutta , t. II , p- de l’éd. in-8“. ) oyez e émoires de M. Bentley, sur l’antiquité du Sarria Sidhanta , Méin. de cutta , t. , j>. 540, et sur les Systèmes astronomiques des Indiens, ibid., t VIIT V- «95 de l’éd. in-8». ) ■ exil DISCOURS Des solstices, des équinoxes indiqués dans les Pouranas, et cal- culés d’après les positions que sembloient leur attribuer les signes du zodiaque indien, tels qu’on croyoit les connoître, av oient paru d’une antiquité énorme. Une étude plus exacte de ces signes ou nac- chatrons a montré récemment a M. de Paravey qu’il ne s agit que de solstices de 1200 ans avant Jésus-Christ. Cet auteur avoue en même temps que le lieu de ces solstices est si grossièrement fixé qu’on ne peut répondre de cette détermination à 2 ou 3 siècles près. Ce sont les mêmes que ceux d’Eudoxe, que ceux de Tchéoukong (i). Il est bien avéré que les Indiens n’observent pas, et qu’ils ne possèdent aucun des instrumens nécessaires pour cela. M. Delambre reconnoîtàla vérité avec Bailly et Le Gentil qu’ils ont des procédés de calculs, qui sans prouver l’ancienneté de leur astronomie , en montrent au moins l’originalité (2) , et toutefois on ne peut étendre cette conclusion à leur sphère, car, indépendamment de leurs 27 nac- chatrons ou maisons lunaires, qui ressemblent beaucoup à celles des Arabes, ils ont au zodiaque les mêmes douze constellations que les Égyptiens , les Chaldéens et les Grecs (3). Il paroîtroit même , si l’on s’en rappoi’te aux assertions de M. Wilford, que leurs constel- lations extra -zodiacales sont aussi les mêmes que celles des Grecs, et portent des noms qui ne sont que de légères altérations de leurs noms grecs (4)- (0 Mémoires encore manuscrits de M. de Paravsj, sur la sphère de la haute Asie. (2) Voyez le Traité approfondi sur l’Astronomie des Indiens, dans l’Histoire de 1 Astron. ancienne de M. t. I, p. 4oo-556. (3) Voyez le Mémoire de Sir ÏVill. Jones, sur ranliquité du zodiaque indien, Mém. de Calcutta, t. Il, p. 289 de l’éd. in-8". , et dans la trad. franç. , t- H s P- (4) Voici les propres paroles de M. Wilford, dans son Mém. sur les témoignages des anciens livres indous touchant l’Égypte et le Tiil , Mém. de Calcutta , l. III, p. ^33 de 1 éd. ia-8'^ « Ayant demandé à mon pandit , qui est un savant astronome , de me désigner dans "°ie ciel la constellation à^Aalarmada, il me dirigea aussitôt sur Andromède, que i’avois » eu soin de ne pas lui montrer comme un astérisme qui me seroit connu. U m’apporta » ensuite un livre très-rare et très-Curieux , en sanscrit , oh se trouvoit un chapitre particulier » sur les Upanaeshatras on constellations extra-zodiacales , avec des dessins de e PRÉLIMINAIRE. C’est à Yao que l’on attribue l’introduction de l’astronomie à la Chine; il envoya, dit le Choiiking, des astronomes vers les quatre points cardinaux de son empire , pour examiner quelles étoiles pré- sidoient aux quatre saisons, et pour régler ce qu’il y avoit à faire dans chacune temps de l’année (i), comme s’il eût fallu se disperser pour une semblable opération. Environ 200 ans plus tard-, le Chou- king parle d’une éclipse de soleil, mais avec des circonstances ridi- cules, comme dans toutes les fables de cette espèce ; car on fait marcher un général et toute l’armée chinoise contre deux astro- nomes , parce qu’ils ne l’avoient pas bien prédite (2) , et l’on sait que, plus de 2000 ans après, les astronomes chinois n’avoient aucun moyen de prédire exactement les éclipses de soleil. En 1629 de notre ère, lors de leur dispute avec les jésuites, ils ne savoient pas même cal- culer les ombres. Les véritables éclipses, rapportées par Confucius dans sa chro- nique du royaume de Lou, ne commencent que 1400 ans après celle-là, en 776 avant J. G., et à peine un demi-siècle plus haut que celles des Chaldéens rapportées par Ptolomée ; tant il est vrai que les nations échappées en même temps à la destruction sont aussi arrivées vers le meme temps, quand les circonstances ont été semblables, a un même degré de civilisation. Or on croiroit, d’après l’identité de nom des astronomes chinois sous différens règnes (ils paroissent, d après le Chouking, s’être tous appelés et //io), qu’à cette époque reculée leur profession étoit héréditaire en Chine comme dans l’Inde, en Egypte et à Babylone. Cdsyap'e assise , tenant une fleur de lotus à la main , à’Antamiada enchaînée avec le pois- son près d elle , et de Parasica tenant la tête d’un monstre qu’il avoit tué , dégouttant de >. sang et avec des serpens pour cheveux. .. QuinereconnoîtlàPer^ee, Céphée et Cassiopée? (1) Chouking, p. 6 gt 7. (2) Jbid. , p. 6ti et suiv. T. I. P CXIV DISCOURS La seule observation chinoise plus ancienne, qui ne porte pas en elle-même la preuve de sa fausseté, seroit celle du Gnomon, faite par Tcheou-Rong, vers i loo avant J. G. j encore est-elle au moins assez grossière (i). Aiusinos lecteurs peuvent juger que les inductions tirées d’une haute perfection de l’astronomie des anciens peuples ne sont pas plus con- cluantes en faveur de l’excessive antiquité de ces peuples, que les témoignages qu’ils se sont rendus à eux-mêmes. Mais quand cette astronomie auroit été plus parfaite , que prou- veroit-elle? A-t-on calculé les progrès que devoit faire une science dans le sein de nations qui n’en avoient en quelque sorte point d’autres; chez qui la sérénité du ciel , les besoins de la vie pas- torale ou agricole, et la superstition faisoient des astres l’objet de la contemplation générale ; où des collèges d’hommes les plus res- pectés etoient chargés de tenir registre des phénomènes intéres- sans , et d’en transmettre la mémoire ; où l’hérédité de la pro- fession faisoit que les enfans étoient dès le berceau nourris dans les connoissànces acquises par leurs pères? Que parmi les nombreux individus dont l’astronomie étoit la seule occupation, il se soit trouvé un ou deux esprits géométriques, et tout ce que ces peuples ont su a pu se découvrir en quelques siècles. Songeons que, depuis les Chaldéens, la véritable astronomie n’a eu que deux âges , celui de l’école d’Alexandrie qui a duré 4oo ans , et le nôtre qui n’a pas été aussi long. A peine l’âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose. Les autres siècles ont été nuis pour elle, Il ne s’est pas écoulé 3oo ans entre Copernic et l’auteur de la Mécanique céleste, et l’on veut que les Indiens aient eu besoin (i) Voyez dans la Connoissance des temps de i8oy , p. 38a, et clans l’Hist. de l’Astronomie ancienne de M. Delamhre , t. I , p- ^9* i ^ ®*trait d’un Mém. du P. Gmibil, sur les observa- tions des Chinois. préliminaire. c'xv crsi( 1res e celles de la bande opposée. Le sens con- verseau marche le premier suivi des poissons , du nior» .tIa 1_ _ ' » . . * fiélier,dutau j "PP"=>®®- i-e verseau m ■■■»«. <=« 7“““' '• “• I' «»»■■ » ’• ^’%yp*®> ®st jeté de côté I ® cancer des Grecs est remplacé dans les zodiaques per est un globe posé sur Z grande figure. A la place qu’il auroit dû occu- sentent des espèces de r- ^ ““® pyramide composée de petits triangles qui repré- avec deux petites cornes’ Un"*’ laquelle est une grande tête de femme fians l’angle que les pieds dlT"! O v.,„ , r . “'T’ '■ “ y« le G^and ouvrage sur l’Egypte, AniiquUca, vol. IV, p|. XX. CXVI DISCOURS Mais pour eu venir là, il a fallu supposer premièrement que leur division avoit un rapport déterminé avec un certain état du ciel , dépendant de la précession des équinoxes, qui fait faire aux colures oh n,archele Hon , lequel est un peu eu arrière. A l’autre bout de cette meme bande le capri- corne est très-près du fond ou des bras de la grande figure et sur la bande à gauche le ver- seau en est asseJ éloigné ; cependant le capricorne n’est pas répété comme le cancer. La division de ce zodiaque dès l’entrée, se fait donc entre le lion et le cancer ; ou si 1 on pense que la repe- tition du scarabé marque une division du signe , elle a lieu dans le cancer hu-meme , mais celle du fond se fait entre le circulaire inscrit dans Dans une des salles intérieures du meme tempic, i i . , i„s sienes du zodiaque parmi beaucoup d autres figures un carré , et ou se remarquent aussi les sigu i i f nui paroissent représenter des constellations (*)• i - i- v l e lion y répond à l’une des diagonales du carré ; la vierge qui le suit répond a une ligne perpendiculaire qui est dirigée vers l’orient ; les autres signes marclient dans l’ordre connu jusqu’au cancer qui , au lieu de compléter la chaîne en répondant au niveau du bon , est placé au-dessus de lui plus près du centre du cercle, eu sorte que les signes sont sur une ligne un peu spirale. . , Ce cancer ou plutôt ce scarabé marche en sens contraire des autres signes. Les gemeaux répondent au nord, le sagittaire au midi cl les poissons à l’orient, mais pas trcs-exactemeiit. a* côté oriental de ce phanisphère est une grande figure de femme , la tête dirigée vers le midi et les pieds vers le nord , comme celle du portique. On pourroit donc aussi élever quelque doute sur le point de ce second zodiaque , ou il faudroit commencer la série des signes. Suivant que l’on prendra une des perpendiculaires ou une des diagonales, ou l’endroit oh une partie de la série passe sur l’autre partie , on le jugera divisé au lion , ou bien entre le lion et le cancer, ou bien enfin aux gémeaux. A Esné (l’ancienne Latopolis), ville placée au-dessus de Thèbes , il y a des zodiaques aux plafonds de deux temples différens. Celui du grand temple, dont l’entrée regarde le levant, est sur deux bandes contiguës et parallèles l’iiiie à l’autre , le long du côté sud du plafond Les figures de femmes qui les embrassent ne sont pas sur leur longueur mais sur leur largeur , en sorte que l’une est en travers près de l’entrée ou à l’orient, la tcte et les bras vers le nord , et les pieds vers le mur latéral ou vers le sud , et que l’autre est dans le fond du portique , également en travers et regardant la première. La bande la plus voisine de l’axe du portique ou du nord piesente d abord, du cote de l’entrée ou de l’orient et vers la tête de la figure de femme , le lion , place un peu eu arrière 1 . le fond , les pieds du côté du mur latéral ; derrière le lion , à l’origine de la bande sont deux lions plus petits ; au devant de lui est le scarabé , et ensuite les gemeaux marcham dans le même sens ; puis le taureau et le bélier , et les poissons , rapi.i;odiésles uns des autres , placés en travers sur le milieu de la bande ; le taureau la tête vers le mur latéral , (*) Grand ouvrage sur l’Egypte, Antiquités, vol. IV, f'I. XXI, ,'*») Ibid., vol. 1 , pl. LXXIX CXVII PRÉLIMINAIRE. le tour du zodiaque en 26,000 ans; qu’elle indiquoit, par exemple^ la position du point solstitial ; et secondement que l’état du ciel représenté étoit précisément celui qui avoit lieu à l’époque où le monument a été construit; deux suppositions qui en supposent elles- mêmes, comme on voit , un grand nombre d’autres. le bélier vers l’axe. Le verseau est plus loin , et reprend la même direction vers le fond que les trois premiers signes. Sur la bande la plus voisine du mur latéral et du nord l’on voit d’abord , mais assez loin du mur du fond ou de l’occident, le capricorne qui marche en sens contraire du verseau, et se dirige vers l’orient ou l’entrée du portique , les pieds tournés vers le mur latéral. Tout près de lui est le sagittaire , qui répond ainsi aux poissons et au bélier. Il marche aussi vers l’entrée , mais ses pieds sont tournés vers l’axe et en sens contraire de ceux du capricorne. A une certaine distance en avant, et près l’un de l’autre , sont le scorpion et une femme tenant la balance ; enfin un peu plus en avant , mais encore assez loin de l’extrémité anté- rieure ou orientale, est la vierge, qui est précédée d’un sphinx. La vierge et la femme qui tient la balance ont aussi les pieds vers le mur , en sorte que le sagittaire est le seul qui soit placé la tête à l’envers des autres signes. Au nord d’Esné est un petit temple isolé, également dirigé vers l’orient et dont le portique a encore un zodiaque (■*') ; il esfr sur deux bandes latérales et écartées ; celle qui est le long du côté sud commence par le lion, qui marche vers le fond ou vers l’occident, les pieds tournes vers le mur ou le sud ; il est précédé du scarabé , et celui-ci des gémeaux marchant dans le meme sens. Le taureau au contraire vient à leur rencontre , se dirigeant a l’orient ; mais le belier et les poissons reprennent la direction vers le fond ou vers l’occident. A la bande, du côté du nord , le verseau est près du fond ou de l’occident, marchant sers 1 entrée ou 1 orient , les pieds tournés vers le mur, précédé du capricorne et du sagit- taire qui marchent dans le même sens. Les autres signes sont perdus , mais il est clair que la sierge devoit marcher en tête de cette bande du côté de l’entrée. Parmi les figures accessoires de ce petit zodiaque, on doit remarquer deux béliers ailés, placés en traveis, 1 un entre le taureau et les gémeaux, l’autre entre le scorpion et le sagittaire , et chacun presque au milieu de sa bande , le second cependant un peu plus avancé vers l’entrée. On avoit pensé d abord que dans le grand zodiaque d’Esné, la division de l’entrée se fait vierge et le lion , et celle du fond entre les poissons et le verseau : mais M. Hamilton , ^ J. Jollois et Villiers ont cru voir dans le sphynx qui précède la vierge, une répétition it ïon , analogue à celle du cancer dans le grand zodiaque de Dendera : en sorte que, selon eux, a division auroit lieu dans le lion. En effet, sans cette explication il u’.v auroit que cinq Signes d’un côté et .sept de l’autre. Quant au petit zodiaque du nord d’Esné, on ne sait si quelque emblème analogue à ce sphynx s’y trouvoit , parce que cette partie est détruite (>^}. (P Grand ouvrage SW V Egypte, Antiquité, vol. I, pl. LXXXVII. ( *) Britisk Review , février 1817, p. ,36; et à la suite de la Lettre critique sur la Zndiacomanic, p. 33, CXVIII DISCOURS En effet , les figures de ces zodiaques sont-elles les constellations , les vrais groupes d’étoiles qui portent aujourd’hui les mêmes noms, ou simplement ce que les astronomes appellent des signes , c’est-à- dire, des divisions du zodiaque , partant de l’un des colures, quelque place que ce colure occupe? Le point où l’on a partagé ces zodiaques en deux bandes est-il né- cessairement celui d’nii solstice ? La division du côté de l’entrée est-elle nécessairement celle du solstice d’été? En général, cette division indique-t-elle un phénomène dépendant de la précession des équinoxes? Ne se rapporteroit-elle pas à quelque époque dont la rota- tion seroit moindre ; par exemple , an moment de l’année tro- pique où conimençoit telle ou telle des années sacrées des Egyptiens, lesquelles étant plus courtes que la véritable année tropique de près de 6 heures, faisoient le tour du zodiaque en i5o8 ans? Enfin, quelque sens quon lui donne, a-t-on voulu marquer par cette division le temps où le zodiaque a été sculpté, ou celui où le temple a été construit? N’a-t-on pas eu l’idée de rappeler un état antérieur du ciel, à quelque époque intéressante pour la religion, soit qu’on l’ait observé , ou qu’on l’ait conclu par un calcul rétro- grade ? D’après le seul énoncé de pareilles questions, on doit sentir tout ce qu’elles ont de compliqué , et combien la solution quelconque que l’on adopteroit seroit sujette à controverse, et peu susceptible de servir elle-même de preuve solide à la solution d’un autre pro- blème tel que l’antiquité de la nation égyptienne. Aussi peut-on dire qu’il existe à ce sujet autant d’opinions que d’auteurs. Le savant astronome M. Burkard, d’après un premier aperçu, jugea qu’à Dendéra le solstice est dans le lion ; par conséquent de deux signes PRÉLIMINAIRE. cxix Biojiis reculé qu aujourd hui, et que le temple a au moins4ooo ans Il en donnoit en même temps 7000 à celui d’Esné, sans que l’oii sache trop comment ii entendoit faire accorder ces nombres avec ce que l'on connoît de la précession des équinoxes. Feu Lalande voyant que le cancer étoit répété sur les deux bandes .magma que le solstice passoit au miUeu de cette constellation ; mais comme c eto.t ce qui avoit lieu dans la sphère d’Eudoxe, il conclut que quelque grec pouvol, avoir représenté cette sphère au plafond d un tamplg égyptien, sans savoir qu'il représentoit un état du ciel qm epuis long-temps n’existoit plus (a). C’étoit comme on voit une conséquence bien contraire à celle de M. Burkard. • 1 . premier, crut nécessaire de chercher des preuves de cette 1 ee, en quelque sorte adoptée de confiance, qu’il s’agissoit du sols- t.ce ; .1 les vit pour le grand xodiaque de Dendéra, dans ce globe au sommet de la pyramide et dans plusieurs emblèmes placés près de diflërens signes, et qui tantôt, selon d’anciens auteurs, comme que, Horus-Apollo ou Clément d’Alexandrie, tantôt selon ‘’opresenter des phénomènes qui auroient ete réellement ceux des saisons affectées à chaque signe. numlrèt’ T‘“ du mo- de la :XTEir:ie' au règne de Sésostris. ’ “"duisit a 1468 ans avant J.-C. , •uiÏ™ ™ -- -='■=‘'1- »-de donna 1 iclee que le solstirp vu- ... diisienp ’f • QQ bien avoir ete au 19e. degré signe, ce qui feroit 288 ans de plus (3). M. remarqué qu’à Dendéra le scarabé, du (q ‘ “■ P- ■ ni ,• , l’an XIV. i.i>; Observations sur le zodia i rv *806, trimestre , p. 25, et ^ dendéra , dans l^Re^ue philosoj^hique et littéraire, an (4) -^gypiiaca cxx DISCOURS côté des signes ascendans, est plus petit que celui de I autre cote, un auteur anglois(i) en a conclu que le solstice peut avoir ete plus près de son point actuel que le milieu du cancer, ce qui pourroit nous ramener à lOOO ou 1200 ans avant J.-C. FeuNouet jugeant que ce globe, ces rayons et cette tête cornue ou d’Isisreprésententleleverhéliaque de Sirius, prétendit que l’on avoit voulu marquer une époque de la période sothiaque, mais qu’on avoit voulu -la marquer par la place qu’occupoit le solstice ; or, dans l’avant-dernière de ces périodes , celle qui s’est écoulée depuis 2782 jusqu’h i322 avant Jésus-Clirist, le solstice a passé de 3o 48' de la constellation du lion a i3o 34' du cancer. Au milieu de cette période il étoit donc à 230 34' du cancer; le lever héliaque de Sirius arrivoit alors quekpies jours après le solstice ; c’est à peu près ce que l’on a indiqué, selon M. Nouet , par la répétition du scarabé , et par l’image de Sirius dans les rayons du soleil placée au commencement de la bande de droite. D’après cette manière de V ir il conclut que ce temple est de aoSa ans avant J.-C, et celui ■ d’Esné de 4600 (2). Tous ces calculs , même en admettant qu’il s’agit de la pré- cession des équinoxes , seroient encore susceptibles de beaucoup ■ de modifications : et d’abord il paroît que leurs auteurs ont sup- posé les constellations toutes de 3o degrés comme les signes, et n’ont pas réfléchi qu’il s’en faut de beaucoup, du moins comme on les dessine aujourd’hui, et comme les Grecs nous les ont transmises, quelles soient ainsi égales entre elles. En réalité le solsuce qui est aujourd’hui en deçà des premières étoiles de la constellation des gé- f -1 V ez dans le Brüish Revie\v de février 1817 , p. i36 et suiv. , l’art. VI sur l’origine ,, , JîomiP II est traduit à la suite de la Lettre critique sur la Zodiacomame et 1 antiquité du de Swartz. . - * t (2) Voyez le Mémoire de Nouet , dans les Recherches nouvelles sur l’H.stoire ancienne de Volney , t. III , p. 3a8 — 336. PRÉLIMINAIRE. meaux n’a dû quitter, les premières étoiles de la constellation du cancer que 4^ apres J. -G. 11 n’a quitté la constellation du lion que 1360 ans (i) avant la même ère. Il s agiroit encore de savoir quand on cessoit de placer la cons- tellation, ou le soleil entroit après le solstice, à la tête des signes des- (i) Mon célèbre et savant collègue M. Delanibre, <{ui éclaircit la remarque ci-dessus. a bien voulu me donner la note suivante T-ABLE de l étendue des Constellations zodiacales telles qu’on les dessine sur nos globes , et du temps que les colures ont dû mettre à les parcourir. Éloiîes. Longitude!» en 1800. Année de l’équinoxe Année du solstice. Etoiles. Longitude en 1800. Année de l’équinoxe Année dn solsiice. BELIER. CANCER. y fi Ci 2 6 ç 2 T.queue. 1* 0“ 23» io" 1 1 10 4o 1 4 62 0 I 5 18 5o 1 6 i4 16 I 19 8 5o 1 20 5i 0 —38g -44i — 710 — 742 —810 —1739 — 1862 6869 6921 7 '90 7222 7290 8219 8342 1 ùt ç fi y 1 ^ 2 » K 24 21 55" 3 28 32 0 4 I 28 20 4 4 45 U 4 10 18 5o 4 10 5o 36 4 i3 23 0 64?5 6734 6906 7182' y583 7621 7894 4-45 — 264 — 4a6 — 702 — I io3 — i i4i — i324 Durée. 20 2y 20 1473 1473 Durée. 19 1 5 1369 i369 taüreaü. LION. ec fi a. Cocli. * >9 6 0 • 27 12 „ 2 6 5g 4o 2 19 47 0 2 22 0 0 2 24 42 4o — 1735 — 23i8 — 3o24 — 3g44 — 4io4 — 45oo ‘ — 8215 — 8798 — g5o4 — io424 — io584 — 10780 K et J' fi V )) 4 12 0 4 27 3 lo 5 8 3o 0 5 18 5o 55 » » » V » » )) » — 7740 — 8788 — 9612 — 10357 » » — 1260 — iqo8 — 3i32 -3877 » )) Durée. 35 56 4o 2565 2565 Durée. 36 20 55 2617 2617 GÉMEAÜX. VIERGE. Propus. >! y S' Castor. Poliux.

}> » » » J> » » » 3» 3> }> Durée. 17 2g 5i 125g 125g Durée. 23 21 17 i683 i685 SCORPION. VERSEAU. 1 A 7 28 5o 6 — i.53g6 — 8916 t 10 8 56 0 — 2o444 — i3g64 /3 8 0 23 48 . — i55o8 — 9028 fi 10 20 36 3o — 21285 — i48o5 a 8 6 57 38 —1 bqüo — qSoo te 11 0 34 0 - — 22001 — i5.5ai ç 8 12 35 3o —16587 —9907 ç 11 670 — 224oO — i5g2o A 8 21 47 37 — 17049 — 105569 2 11 i3 56 12 22963 — 16483 » V » » n )> 5 A 1 1 18 3 28 23260 — 16781* Durée. 22 57 21 i653 i653 Durée. 3g 7 28 2816 2816 SAGITTAIRE. POISSONS. y 8 28 38 20 — 17530 — 1 io5o fi 11 i5 4g 0 2Ôog5 i66i5 9 3 32 56 — 17896 — I i4i5 A 11 23 4g 0 23676 17195 c g 10 5o 28 — i842i — ny4i 121122 0 24q39 18459 4' g i4 i5 |5 — 18667 — 12187 cr 12 24 26 0 2.587g 19399 « 9 23 2 19 — 19299 — 1281g fit 12 26 34 68 26oo4 19554 g 9 25 3g 25 — 19487 — i3oo7 » U 3> )> 3) » )> )> » » )) » )) )) )» )) )> » Durée. 27 11 5o 1967 1967 Durée. 4o 45 58 “969 “939 Durée 0” 270s moyenne 3o 0 0 2160 Sirius. 3 11 20 10 — 5487 — 18447 Construction et usage de la Table. Les longitudes des étoiles pour 1800 ont été prises dans les tables de Berlin. Elles sont de L.acailie ou Bradley , ou de Flamsteed. On a pris la première et la dernière de chaque constellation , et quelques-unes des étoiles intermédiaires les plus brillantes. PRÉLIMINAIRE. cxxin devons l’exacte counoissance de ces fameux monumens, pensant toujours que la division vers l’entrée du vestibule est le solstice, et jugeant que la vierge a dii rester la première des constellations des- La troisième colonne indique l’année où la longitude de l’étoile étoit 0°, c’est-à-dire, celle où 1 étoile se trouvoit dans le colure équinoxial du printemps. La dernière colonne indique l’année où l’étoile étoit dans le colure solsticial , soit de l’hiver , soit de l’été. Pour le bélier , le taureau et les gémeaux, on a choisi le solstice d’hiver ; pour les autres constellations on a choisi le solstice d’été pour ne pas trop s’enfoncer dans Vantiquüé et ne point uop s’approcher des temps modernes. Au reste il sera bien facile de trouver le solstice opposé, en ajoutant la demi-période de 12960 ans. La même règle servira pour trouver le temps où 1 étoile a été ou sera à l’équinoxe d’automne. Le signe indique les années avant notre ère ; le signe -|- l’année de notre ère; enfin la dernière ligne, à la suite de chaque signe sous le nom de durée, donne l’étendue de la constellation en degrés , et le temps que l’équinoxe ou le solstice emploie à parcourir la con- îitellation d’un bout à l’autre. On a supposé la précession de 5o" par an , telle qu’elle esf donnée par la comparaison du caUlogue d’Hipparque avec les catalogues modernes. On avoit ainsi la commodité des nombres ronds et toute l’exactitude dont on peut répondre. La période entière est ainsi de 26920 ans; la demi-période 12960 ans; le quart de 6480 ans ; le douzième ou un signe de 2160 ans. Il est à remarquer que les constellations laissent entre elles des vides , et que quelquefois elles empiètent les unes sur les autres. Ainsi , entre la dernière du scorpion et la première du sagittaire , il y a un intervalle de 6“ y. Au contraire , la dernière du capricorne est plus avancée de i4" en longitude que la première du verseau. ^ Ainsi , meme indépendamment de l’inégalité du mouvement du soleil , les constellations ^oimeroient une mesure très-inégale et très-fautive de l’année et de ses mois. Les signes e O en fournissent une plus commode et moins défectueuse. Mais les signes ne sont qu’une conception géométrique ; on ne peut ni les distinguer ni les observer ; ils changent conti- nuellement de place par la rétrogradation du point équinoxial. On a pu de tout temps déterminer grossièrement les équinoxes et les solstices ; à la longue on a pu remarquer que le spectacle du ciel pendant la nuit n’étoit plus exactement le même qu il avoit été anciennement aux temps des équinoxes et des solstices. Mais jamais on n’a pu ervei exactement le lever héliaque d’une étoile, on devoit toujours s’y tromper de quel— *1 j urs. Aussi en parle— t— on souvent, sans qu’on en ait une déterminaison sur laquelle n puisse compter. Avant Hipparque on ne voit , ni dans les livres ni dans les traditions , rien {U on puisse soumettre au calcul , et c’est ce qui a tant multiplié les systèmes. Ou a disputé (t tim ne sont point astronomes peuvent se faire de la science des Chal- eens, gyptiens , etc. , etc. , des idées aussi belles qu’il leur plaira ; il n’en résultera aucun inconvénient réel ; on .peut prêter à ces peuples l’esprit et les connoissances des mo- dernes , mais on ne peut rien emprunter d’eux, car ou ils n’onl rien eu ou ils n’ont rien aisse. Jamais les astronomes ne tireront des anciens rien qui soit de l’utilité la plus cxxiv DISCOURS cendantes tant que le solstice n’avoit pas reculé au moins jusqu’au milieu de la constellation du lion, croyant voir de plus comme nous l’avons dit que le lion est divisé dans le grand zodiaque légère. Laissons aux érudits leurs vaines conjecture», et confessons notre ignorance absolue sur des choses peu utiles en elles-mêmes, et dont il ne reste aucun monument. Les limites des constellations varient suivant les auteurs que 1 on consulte. On voit ces limites s’étendre ou se resserrer quand on passe d’Hipparque à Tyclio , de Tycho à Hevelius , d’Hevelius à Flamsteed , Lacaille , Bradley ouPiazzi. Je l’ai dit ailleurs , les constellations ne sont bonnes à rien, si ce n’est tout au plus à reconuoître plus facilement les étoiles ; au lieu que les étoiles en particulier donnent des points fixes auxquels on peut rapporter les mouvemens , soit des colures, soit des planètes. L’astronomie n’a commencé qu’à l’époque où Hipparque a fait le premier catalogue d’é- toiles, mesuré la révolution du soleil, celles de la lune et leurs principales inégalités. Le reste n’offre que ténèbres , incertitudes et erreurs grossières. Ce seroit temps perdu que celui qu’on voudroit employer à débrouiller ce chaos. J’ai dit , à quelques ménageuiens près , tout ce que je pense sur ce sujet. Je n’ai eu la pré- tention de convertir personne, peu m’importe qu’on adopte mes opinions ; mais si l’on com- pare mes raisons aux rêves de Newton , de Herschell , de Bailly et de tant d’autres , il n est pas impossible qu’avec le temps on arrive à se dégoûter de ces chimères plus ou moins brillantes. J’ai essayé de déterminer l’étendue des constellations d’après les catastérismes du faux EratoslUène. La chose est réellement impossible: ce seroit encore pis si l’on consultoit Hygin et surtout Firmicus. Voici au reste ce que j’ai tiré d’Eratosthène. CONSTELLATIONS. DURÉES. CONSTELLATIONS. DURÉES. 0 00 3 1747 ans. 1826. i636. 1 204. 2617. 3307. Serres Taureau Gémeaux Cancer Lion Vierge. Scorpion Sagittaire Capricorne Verseau Poi.ssons 1823 ans. 2i38. 1 196. 2936. Quant aux Chaldeens , aux Égyptiens , aux Chinois et aux Indiens , il n y faut pas songer. Ou n’en peut absolument rien tirer. Ma profession de foi à cet égard est dans le Discours préliminaire de mon Histoire de V Astronomie du rnojen ifge, p. xvii et xviii. Voyez aussi la note ajoutée au Rapport sur les Mémoires de M. deParavej-, t. VIH des ('”) Kratosthène ne fait qu’une conslellaüou du scorpion et des serres j il indique le commencement des serres sans eu marquer la Gu ; et comme il donne iSaJ ans au scorpion proprement dit, il resteroit 1089 ans pour les serres, en .supposant qu’il n’y eût aucun espace vide entre les deux constellations. PRÉLIMINAIRE. d’Esné, ne font remonter ce zodiaque qu’à 2610 ans avant J.-C. (i). M. Hamilton, qui a le premier fait remarquer cette division du signe du lion dans le zodiaque d’Esné, réduit l’éloignement de la pé- riode où s y trouvoit le solstice, à i4oo ans avant J.-C. Mais une difficulté inhérente à toutes les suppositions qui pren- dront pour règle la précession des équinoxes, c’est la conséquence inévitable que le zodiaque d’Esné sera au moins de 2000 et peut- être de 3ooo ans (2) plus ancien que celui de Dendéra, conséquence qui évidemment bat en ruine la supposition 5 car je suis convaincu qu aucun homme, un peu instruit de l’histoire des arts, ne pourra croire que deux édifices aussi resisemblans par l’architecture aient été autant séparés par le temps. C’est le sentiment de cette impossibilité , joint toutefois à la croyance que cette division dvs zodiaques indique une date, quia fait recourir à une autre conjecture, à celle que les constructeurs auroient voulu marquer celle des années sacrées des Égyptiens, où le monument a été élevé. Ces années ne durant que 365 jours, si le soleil au commencement de l’une occupoit le commencement dune constellation, il s’en falloit de près de 6 heures qu’il n’y fût revenu au commencement de l’année suivante, et après 121 ans, il devoit ne se trouver c£u’au commencement du signe précédent ; il semble assez naturel que les constructeurs d’un temple aient voulu indiquei à peu près dans quelle période de la grande année, de 1 année sothiaque , il avoit été élevé , et l’indication du signe par Mémoires Voyages , et reproduit par M. de Paravey dans son aperçu de ses Vove! 24 et de 3, à 36. ' ^îicoi*0 1* ^ 7 analyse des travaux mathématiques de l’Académie en i8?.o, j>. 7^ et 79. delambre. (1) Grand ouvrage ^in- J’ ri- ^ . . . , ^ / , J-,, . , , , Antiquités , Mémoires, t. I, p- 4^- (2) D apres les tables de 1» • j . , . ^ „ . 1 , ci-dessus le solstice est reste 3474 ou au moins 33o7 ans CXXVI DISCOURS lequel oommençoit alors Tannée sacrée en étoit un assez bon moyeu. On comprendroit ainsi qLi’d se seroit écoulé de 120 à .ioo ans entre le temple d’Esné et celui de Dendéra. Mais, dans cette hypothèse, il resteroit à savoir dans laquelle des grandes années ces constructions auroient eulieu j ou celle qui a fini en 1 38 après, ou celle qui a fini en 1 322 avant J.-C., ou quelque autre. Feu Visconti, premier auteur de cette hypothèse, prenant Tannée sacrée dont le commencement répondoitau signe du lion, et jugeant d’après la ressemblance des signes, qu’ils avoient été représentés à une époque où les opinions des Orecs n étoient pas étrangères à TÉgypte , ne pouvoir choisir que la fin de la dernière grande année, ou l’espace écoulé entre Tan 12 et Tan i38 après Jésus- Christ (1), ce qui lui semble s’accorder avec l’inscription grecque qu’il neconnoissoit pas bien encore, mais où il avoit ouï dire qu’il étoit question d’un César. M. de Paravey vient de considérer ces zodiaques sous un point de vue nouveau, qui pourroit embrasser a la fois et la révolution des équinoxes et celle de la grande année. Supposant que le pla- nisphère circulaire de Dendéra a dû être orienté, et que Taxe du nord au sud est la ligne des solstices , il voit le solstice d’été au second des gémeaux, celui d’hiver à la croupe du sagittaire, la ligne des équinoxes passeroit par les poissons et la vierge, ce qui lui donne pour date le premier siècle de notre ère. D’après cette manière de voir la division du zodiaque du portique ne pouvoit plus se rapporter aux colures , et il falloit chercher ail- leurs la marque du solstice. M. de Paravey ayant remarqué qu’il y a, entre tous les signes, des figures de femmes qui portent une étoile sur la tête et qui marchent dans le même sens , et obser- vant que celle qni vient après les gémeaux est seule tournée en sens (i) Traduction d’Hérodote, par Larcher, t. II, p. Syo, PRELIMINAIRE. cxxvn contraire des autres, juge quelle indique la con[>ersion du soleil ou ie tropique , et que ce zodiaque s’accorde ainsi avec le planisphère. On voit que cette idée de M. de Paravey s’accorderoit merveilleu- sement aussi avec celle de M. Visconti. Elle seroit confirmée encore par une opération que M.Delambre a laite sur le planisphère circulaire, car en plaçant les étoiles sur la projection d’Hipparque, d’après la théorie de cet astronome et d’a- près les positions qu’il leur avoit données dans son catalogue, aug- mentant toums les longitudes pour que le solstice passât par le second des gémeaux , il a presque reproduit ce planisphère, et « cette »' ressemblance, dit-il, auroit été encore plus grande s’il eut adopté « les longitudes telles qu’elles sont dans le catalogue de Ptolomée, » pour l’an laS de notre ère. Au contraire en remontant de ou a6 » siècles, les ascensions droites et les déclinaisons seront changées » considérablement et la projection aura pris une figure toute diff' » rente (i). » Tous nos calculs, ajoute ce grand astronome , nous ramènent à » cette conclusion que les sculptures sont postérieures à l’époque » d Alexandre. » ^ i Une confirmation d’un autre genre vient d’étre donnée à cette opi- nion par M. Le Tronne; membre de l’Acad. des Belles-Lettres, qui ans une issertation aussi solide qu’ingénieuse , a prouvé que l’on a construitsouslesPtoloméesetsouslesRornainsplusieursédm^^^ lancienstyledelarchitectureégyptienne,couvertsencored’hiérogly- Phes; que les inscriptions grecques (a) gravées sur leurs frontispices (l) Delambre rinto i j amprimé dans l’ M. de Paravey. Ce rapport est l) Voyez le ICr t. VUI. mai 1831. Cette îi, , dans le Journal des Savans de mars et dans celui comme il suit : « PouTlv*”" du portique, y e.st restituée et expliquée Avili,, D ir PI Tibère César, jeune Auguste, fils du divin Auguste '‘T i.-. TrZt’ US ise 1res- ! oxxviii DISCOURS indiquent réellement les noms de ceux qui les ont fait construire et les époques de leurs constructions, et qu’il n’y a aucune raison pour douter qu’il n’en soitde même de l’inscription en l’honneurde Tibère, gravée sur le portique de Dendéra. Ce portique auroit donc été construit dans le premier siècle et précisément à l’époque assignée par M. Vis- conti et par M. de Paravey au zodiaque qui orne son plafond (i). Si l’on appliquoit l’idée de l’orientement au petit zodiaque d’Esné, on y trouveroit les solstices entre les gémeaux et le taureau et entre le scorpion et le sagittaire ; ils y seroient même marques par le changement de direction du taureau, et par ces deux béliers ailés placés en travers à ces deux endroits. Dans le grand zodiaque de la même ville les marques en seroient le placement en travers du taureau et le renversement du sagittaire , il n’y auroit plus alors qu’une portion de constellation d ecoulee entie les dates dEsne et celles de Dendéra, espace toutefois encore bien long pour des édifices si ressemblans. M Testa , cherchant la date du monument dans un autre ordre d’idées, va jusqu’à supposer que si la vierge se montre à Esné, en tête du zodiaque, c’est que l’on a voulu y représenter l’année de l’ère d’Actium, telle quelle avoit été établie pour l’Egypte par un décret du sénat cité par Dion Cassius (2) , et qui commençoit au jour de la prise d’Alexandrie, laquelle avoit eu lieu au mois de sep- tembre (3). Nous pourrions rapporter un grand nombre d’autres systèmes sur wrande, et aux divinités adorées dans le même temple. •> Le verbe est sous-entendu ; mais M Letronne prouve très-bien que, quel qu’il fût, il ne peut se rapporter qu’à un édifice '1 ' ar ceux qui y placèrent l’inscription. U est vrai que le temple existoit auparavant et qursfrlbon l’a vu , mais rien n’empêche qu’on n’y ait ajouté après coup un portique. (1) Voyez aussi Young , Encycl. Brit. , suppl., art. Egypt. , p. 5o, col. 2. (2) Dion. Cass. , lib. Ll. . (3) Voyez la dissertation de l’abbé Dominique Testa, Sopra due zodiaci novellamente scoperti neü’ Egitto , Rome 1802 , p. 34- ^ PRÉLIMINAIRE. îe même sujet (i), mais il nous semble que nous en avons déjà suffi- samment pour notre but, qui est de prouver qu’il s’en faut de beaucoup que 1 énorme antiquité de ces monumens soit hors de contestation , et qu’on puisse en tirer quelque conclusion solide sur 1 antiquité des peuples cpii les ont élevés. •Mais il y a des écrivains qui ont prétendu que le zodiaque lui- meme porte sa date, par la raison que les noms et les figures donnés à ses constellations sont un indice de la position des colures quand on 1 inventa, et cette date, selon plusieurs, est tellement évidente et tellement reculée, qu’il est assez indifférent que les représentations que 1 on possède de ce cercle soient plus ou moins anciennes. Ils ne font pas attention que ce genre d’argumens se complique de trois suppositions également incertaines: le pays où l’on admet que le zodiaque a été inventé 5 le sens que l’on croit avoir été donné aux constellations qui l’occupent; et la position dans laquelle étoient les colures par rapport a chaque constellation, quand ce sens lui a été attribué. Selon quon a imaginé d’autres allégories, ou que l’on admet que ces allégories se rapportoient à la constellation dont le soleil occupoit les premiers degrés, ou à celle dont il occupoit le milieu, ou à celle où il commençoit d’entrer, c’est-à-dire, dont il occupoit les derniers degrés, ou bien enfin à celle qui lui étoit op> (i) Par exemple , M. Rhode PTi J 1 ... p. , , , _ deux: le premier faisoit remonter le zodiacfue de lJendera.a 5qi ans avant J.-C. . son« 1» j>a • • 1 tt^ . , ^ j_ , • J „ , ■ ^ Amasis , qui , selon Hérodote , etoit possède ae la passion de 1 architecture et avoit fait pIov».- » i i i i - finiipc TN> . . , dans tous les temples des ouvrages magm- H es. U apres le second, il s eleveroit à 1200 avini TC ^ 1 ' j n . ' a son successl, ni, • • • ^ de Proteus ou de temple dl v , d’Hérodote, avoit aussi placé devant le Voyez “ “"“P*"*® représentoit l’été et l’autre l’hiver. Breslau i8oQ,'in!r!‘ zodiaque et l’origine des constellations, en allemand, vient tout nouveUemem f ‘=°«frère à l’Académie des Sciences , égyptiens) , oii il fixe T zodiaques à 55o. ^ ® du portique de Dendéra à 670 , et celle du planisphère circulaire T. L Le zodiaque est loin de porter en lui-même une date certaine et excessivement reculée. cxxx DISCOURS posée_, et qui se levoit le soir; ou selon que l’on place l’invention de ces allégories dans un autre climat , il faut aussi changer la date du zodiaque. Les variations possibles à cet égard peuvent embrasser jusqu’à la moitié de la révolution des fixes, c’est-à-dire, i3,ooo ans et même davantage. Ainsi Pluche généralisant quelques indications des anciens a pensé que le bélier annonce le soleil commençant à monter, et l’équinoxe du printemps ; que le cancer annonce sa rétrogradation au solstice d’été 5 que la balance, signe d’égalité, marque l’équinoxe d au- tomne (i), et que le capricorne, animal grimpeur, indique le solstice d’hiver après lequel le soleil nous revient. De cette maniéré, en plaçant les inventeurs du zodiaque dans un climat tempéré , on au- roit des pluies sous le v erseau , des naissances d’agneaux et de chevreaux sous les gémeaux, des chaleurs violentes sous le lion, les récoltes sous la vierge, la chasse sous le sagittaire, etc., et les em- blèmes seroient assez convenables. En plaçant alors les colures au commencement des constellations ou du moins l’équinoxe aux pre- mières étoiles du bélier, on neremonteroit qu’à 889 ans avant J. C. , époque évidemment trop moderne, et qui obligeroit de remonter d’une période équinoxiale toute entière ou de 26,000 ans. Mais si l’on suppose que l’équinoxe passoit par le milieu de la constellation , on arrivera à 1000 ou 1200 ans plus haut à peu près, à 16 ou 1700 ans avant J.-C. 5 et c’est là l’époque que plusieurs hommes célébrés ont cru véritablement celle de l’invention du zodiaque, dont, sur d’autres motifs assez légers , ils ont fait honneur à Chiron. Maïs Dupuis, qui avoit besoin, pour ses systèmes bizarres sur l’origine des cultes, que les figures eussent été données aux cons- (1) Varro, de Ling. lat. , lib. VI , Signa , quod aliquid significent , ut libra sequiuoctuim ; Macrob. , Sat. , lib. I , caja. XXI , Capricornus ab inférais parlibii.s ad superas solera redu- cens capræ naturaTu videtur imitari. CXXXI PRÉLIMINAIRE, tellations beaucoup plus anciennement, a cherché un autre climat, pour trouver d’autres explications des emblèmes, et en déduire une autre époque. Si, prenant toujours la balance pour un signe équi- noxial, mais la supposant à l’équinoxe du printemps, on veut que le zodiaque ait été inventé en Egypte , on trouvera en effet encore des explications assez plausibles pour le climat de ce pays (i). Le ca- pricorne, animal à queue de poisson, marquera le commencement de l’élévation du Nil au solstice d’été j le verseau et les poissons, les progrès et la diminution de l’inondation; le taureau, le labourage; la vierge , la récolte ; et ils les marqueront aux époques où en effet ces opérations ont lieu. Dans cette hypothèse le zodiaque aura 1 5,000 ans (2) pour un soleil supposé au premier degré de chaque signe, plus de 16,000 pour le milieu, et 4ooo seulement, en sup- posant que 1 emblème a été donné au signe à l’opposite duquel étoit le soleil (3). C’est à i5,00O ans que s’est attaché Dupuis, et c’est sur cette date qu’il a fondé tout le système de son fameux ouvrage. Il ne manque cependant pas de gens qui, tout en admettant que le zodiaque a été inventé en Égypte, ont imaginé des allégories appli- cables à des temps postérieurs. Ainsi, selon M. Hamilton, la vierge représenteroit la terre d’Egypte lorsqu’elle n’est pas encore fé- condée par l’inondation ; le lion , la saison où cette terre est le plus livrée aux bêtes féroces, etc. (4). Cette haute antiquité de i5,ooo ans entraîneroit d’ailleurs cette conséquence absurde que les Egyptiens, ces hommes qui représen- toient tout par des emblèmes, et qui dévoient attacher un grand (ïj Voyez le Mémoire sur l’origine des constellations dans l’origine des cultes de Dupuis , t. III , p. 324 et suiv. {3) Idem, Ibid. ,-p. (3) Dupuis sagg'ere lui-même cette seconde hypothèse, ib. , p. 3^0. 4) Ægfptiaca, p. 2i5. CXXXII DISCOURS prix à ce que ces emblèmes fussent conformes aux idées qu’ils dé- voient peindre, auroient conservé les signes du zodiaque, des milliers d’années après qu’ils ne répondoient plus en aucune manière à leur sens primitif. Feu Remi Raige chercha à soutenir l’opinion de Dupuis par un argument tout nouveau (r). Ayant remarqué que l’on peut trouver aux noms égyptiens des mois, en les expliquant par les langues orien- tales, des sens plus ou moins analogues aux figures des signes du zodiaque , trouvant dans Ptolomée oÿxepifi qui signifie capricorne commence au 20 de juin, et vient par conséquent immédiatement après le solstice d’été , il en conclut qu’à l’origine, le capricorne lui- même étoit au solstice d’été, et ainsi des autres signes , comme l’avoit prétendu Dupuis. Mais indépendamment de tout ce qu’il y a de hasardé dans ces étymologies, Raige ne s’aperçut point que c’est par un pur hasard que cinq ans après la bataille d’Actium, en l’année 25 avant J.-C. , à l’établissement de l’année fixe d’Alexandrie, le premier jour de thoth se trouva correspondre au 29 d août Julien , et y correspondit depuis lors. C’est seulement de cette époque que les mois égyp- tiens commencèrent à des jours fixes de l’année julienne , mais à Alexandrie seulement, et même Ptolomée n’en continua pas moins d’employer dans son almageste l’ancienne année égyptienne avec ses mois vagues (2). Pourquoi n’auroit-on pas à une époque quelconque donné aux (1) Voyez , dans le grand ouvrage sur l’Égypte , Antiquités , Mémoires , t. I”. , le Mé- moire de M. Remi Raige , sur le zodiaque nominal et primitif des anciens Égyptiens. Voyez aussi la table des mois grecs , romains et alexandrins , dans le Ptolomée de M. Halma, tome III. (2) Voyez les Recherches historiques sur les Observations astronomiques des anciens, par M. Ideler, dont M. Halma a inséré la traduction dans le IIP. tome de son Ptolomée ; et surtout le Mémoire de Frérel sur l’opinion de La Nauze , relative à l’établissement de I année d Alexandrie, dans les Mémoires de l’Académie des Bellcs-Iiettres , t. XVI, p. 3o8, PRÉLIMINAIRE. cxxxm mois les noms des signes ou aux signes les noms des mois, tout aussi arbitrairement que les Indiens ont donné à leurs mois douze noms choisis parmi ceux de leurs 2^ maisons lunaires , d’après des motifs qu’il est impossible de deviner aujourd’hui (i). L absurdité qu’il y auroit eu à conserver pendant i5,ooo ans aux constellations des figures et des noms symboliques qui n’auroient plus offert aucun rapport avec leur position , auroit été bien plus sensible si elle fut allée jusqu’à conserver aux mois ces mêmes noms qui etoient sans cesse dans la bouche du peuple , et dont l’incon- venance se seroit fait apercevoir à chaque instant. Et que deviendroient en outre tous ces systèmes si les figures et les noms des constellations zodiacales leur avoient été donnés sans aucun rapport avec la course du soleil, comme leur inégalité, l’ex- tension de plusieurs d’entre elles en dehors du zodiaque , leurs connexions manifestes avec les constellations voisines semblent le démontrer (2). Qu arriveroit-il encore si, comme le dit expressément Macrobe (3), chaque signe avoit dû être un emblème du soleil, considéré dans quelqu un de ses effets ou de ses phénomènes généraux , et sans égard aux mois, où il passe, soit dans le signe, soit à son opposite. Enfin que seroit-ee si les noms avoient été donnés d’une manière abstraite aux divisions de l’espace ou du temps, comme les astro- nomes les donnent maintenant à ce qu’ils appellent les signes , et n avoient été appliqués aux constellations ou groupes d’étoiles qu’à (1) Voyez le Mémoire de Sir TVill. Jones, \mr l’antiquité du zodiaque Indien: Mém- de Calcutta , t. II. (2) Zodiaqyg expliqué, ou Recherches sur l’origine et la signification des constel- ations e a sphère grecque, trâd. du Suédois de M. Swartz , Paris i8og. (3) Satlirnal, lib. I, ^XI, sub fin. Ncc solus leo , sed signa quoquc imiversa ^odiaci adnaturam solis jure referuniur , etc. Ce n’est que dans l’explication du lion et du <-apricorne qu’il a recours à quelque phénomèuè relatif aux saisons ; le cancer même est <^pliqué sous un point de vue général , et relatif à l’obliquité de la marche du soleil. OXXXIV DISCOURS une époque déterminée par le hasard, en sorte que l’on nepourroit plus rien conclure de leur signification (i). En voilà sans doute autant quil en faut pour dégoûter un esprit bien fait de chercher dans l’astronomie des preuves de l’antiquité des peuples; mais quand ces prétendues preuves seroient aussi cer- taines qu’elles sont vagues et denuees de résultat, qu’en pourroit-ou conclure contre la grande catastrophe dont il nous reste des docu- mens bien autrement démonstratifs ; il faudroit seulement admettre, avec quelques modernes , que l’astronomie étoit au nombre des connoissances conservées par les hommes que cette catastrophe fausses conclu- sions relatives à certains travaux de mines. épargna. L’on a aussi beaucoup exagéré l’antiquité de certains travaux de mines. Un auteur tout récent a prétendu C[ue les mines de l’île d’Elbe, à en juger par leurs déblais, ont dû être exploitées depuis plus de 4o,ooo ans ; mais un autre auteur qui a aussi examiné ces déblais avec soin, réduit cet intervalle à un peu plus de 5ooo (2), et encore en supposant que les anciens n’exploitoient chaque année que le quart de ce que l’on exploite maintenant ; mais quel motif a-t-ou de croire que les Romains, par exemple , tirassent si peu de parti de ces mines, eux qui consommoient tant de fer dans leurs armées ? De plus, si ces mines avoient été en exploitation il y a seulement 4000 ans, comment le fer auroit-il été si peu connu dans la haute anti- quité ? Je pense donc , avec MM. Deluc et Dolomieu , que , s’il y a cruelque Conclusion ge- t ’ . l c A néraie relative à chose de coustate eu geologie , c est que la surface de notre a été victime d’une grande et subite révolution, dont la ne peut remonter beaucoup au-delà de 5 ou 6000 ans; que cette révolution a enfoncé et fait disparoîlre les pays qu’ha- r époque de la „]Qbe dernière révolu— ” tion. date {x) Voyez le Mém. de M. de Guignes, sur les zodiaques des Orientaux (Acad, des Belles- Lettres , t. XLVII). (2) Yoye7,M. rie Fortia frUrhnn, Histoire de la Chine avant le déluge dOgygès, p.33. cxxxv PRÉLIMINAIRE. bitoient auparavant les hommes et les espèces des animaux au- jourd’hui les plus connus 5 quelle a , au contraire , mis h sec le fond de la dernière mer, et en a formé les pays aujourd’hui ha- bités ; que c’est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les ter- rains nouvellement mis à sec, et par conséquent c[ue c’est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont rejîris une marche pro- gressive, qu’elles ont formé des établissemens, élevé des monumens, recueilli des faits naturels, et combiné des systèmes scientifiques. Mais ces pays aujourd’hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec, avoient déjà été habités auparavant, sinon par des hommes, du moins par des animaux terrestres j par conséquent une révolution précédente, au moins, les avoit mis sous les eaux; et, si l’on peut en juger par les difFerens ordres d’animaux dont on y trouve les dépouilles , ils avoient peut-être subi jusqu’à deux ou trois irruptions de la mer. Ce sont ces alternatives qui me paroissent maintenant le problème géologique le plus important à résoudre, ou plutôt à bien définir, à bien circonscrire ; car, pour le résoudre en entier, il faudroit dé- couvrir la cause de ces événemeus, entreprise d’une toute autre dif- ficulté. Je le répété , nous voyons assez clairement ce qui se passe à la surface des continens dans leur état actuel ; nous avons assez bien saisi la marche uniforme et la succession régulière des terrains pri- mitifs , mais l’etude des terrains secondaires est à peine ébauchée ; cette série merveilleuse de zoophytes et de mollusques marins in- connus, suivis de reptiles et de poissons d’eau douce également in- connus, remplacés à leur tour par d’autres zoophytes et mollusques plus voisins de ceux d’aujourd’hui; ces animaux terrestres, et ces mollusques , et autres animaux d’eau douce toujours inconnus qui ■tiennent ensuite occuper les lieux, pour en être encore chassés. Idées des re- cherches à faire ultérieurement en géologie. cxxxvi DISCOURS mais par des mollusques et d’autres animaux semblables à ceux de nos mers j les rapports de ces êtres variés avec les plantes dont les débris accompagnent les leurs, les relations de ces deux règnes avec les couches minérales qui les recèlent ; le peu d’uniformité des uns et des autres dans les difFérens bassins : voilà un ordre de phéno- mènes qui me paroît appeler maintenant impérieusement l’attention des philosophes. Intéressante par la variété des produits des révolutions partielles ou générales de cette époque, et par l’abondance des espèces di- verses qui figurent alternativement sur la scène, cette étude n’a point l’aridité de celle des terrains primordiaux, et ne jette point, comme elle, presque nécessairement dans les hypothèses. Les faits sont si pressés, si curieux, si évidens, qu’ils suffisent , pour ainsi dire, à l’imagination la plus ardente 5 et les conclusions qu’ils amènent de temps en temps, quelque réserve qu’y mette l’observateur, n’ayant rien de vague, n’ont aussi rien d’arbitraire^ enfin, c’est dans ces événemens plus rapprochés de nous que nous pouvons espérer de trouver quelques traces des evenemens plus anciens et de leurs causes , si toutefois il est encore pennis , après de si nombreuses ten-» tatives, de se flatter d’un tel espoir. Ces idées m’ont poursuivi, je dirois presque tourmenté, pendant que j’ai fait les recherches sur les os fossiles, dont je présente main- tenant au public la collection, recherches qui n’embrassent qu’une si petite partie de ces phénomènes de l’avant-dernier âge de la terre , et qui cependant se lient à tous les autres d’une manière intime. Il étoit presque impossible qu’il n’en naquît pas le désir d’étudier la généralité de ces phénomènes, au moins dans un espace limité autour de nous. Mon excellent ami,M. Brongniart, à qui d’autres études donnoient le même désir, a bien voulu m’associer à lui, et c’est ainsi que nous avoiis jeté les premières bases de notre travail sur les environs de Paris 5 mais cet Ouvrage , bien qu’il porte encore PRÉLIMINAIRE. cxxxvii mon nom , est devenu presque en entier celui de mon ami, j^ar les soins infinis qu il a donnes, depuis la conception de notre premier plan et depuis nos voyages, à l’examen approfondi des objets et à la rédaction du tout. Je l’ai placé , avec le consentement de M. Brongniart , dans la deuxième partie de cet ouvrage , dans celle où je traite des ossemens de nos environs. Quoique relatif en apparence à un pays assez borné , il donne de nombreux ré- sultats applicables a toute la géologie, et sous ce rapport il peut etre consideié comme une partie intégrante du présent discours en même temps qu’il est à coup sur Tun des plus beaux ornemens de mon livre. On y voit l’histoire des changemens les plus récens arrivés dans un bassin particulier , et il nous conduit jusqu’à la craie , dont l’étendue sur le globe est infiniment p\as considérable que celle des matériaux du bassin de Paris. La craie , que l’on croyoit si mo- derne , se trouve ainsi bien reculée dans les siècles de l’avant-der- mer âge. Il seroit important maintenant d’examiner les autres bassins cjue peut enfermer la craie , et en général toutes les couches quelle supporte, afin de les comparer à celles des environs de Paris. La craie elle-même offre peut-être quelques successions d’êtres orga- nises. Elle est embrassée et supportée par le calcaire compacte qui occupe la plus grande partie de la France et de l’Allemagne, et dont les fossiles diffèrent infiniment de tous ceux de notre bassin; mais en le suivant depuis la craie jusqu’au calcaire presque sans co- quilles des crêtes centrales du Jura, ou jusque sur les aggrégats des pentes du Hartz, des Vosges et de la Forêt-Noire, n’y trouveroit-on pas encore bien des variations? Les gryphites, les cornes d’Ammon, entroques dont il fourmille, ne sont-ils point repartis par genres, on au moins par espèces? Ce calcaire compacte n’est point partout recouvert de craie; sans cet intermédiaire il enveloppe en plusieurs lieux des bassins, ou sup- T' • I, S cxxxYiii DISCOURS portG des plutcftiix iioîi luoiiis clignes cl slteution cjjiie ceux cpn ont lu craie pour limite. Qui nous donnera, par exemple, l’histoire des plàtrières d’Aix, où l’on trouve, comme clans celles de Paris, des reptiles et des pois- sons d’eau douce , et probablement aussi des quadrupèdes terrestres, tandis cju’il n’y a rien de semblable clans près de deux cents lieues de pays intermédiaire ? Cette longue série de collines sableuses , appuyées sur les deux pentes de l’Apennin dans presque toute la longueur de l’Italie , et renfermant partout des coquilles parfaitement conservées, souvent encore colorées et nacrées, et dont plusieurs ressemblent à celles de nos mers , seroit aussi bien importante à connoitre j il faudroit en suivre toutes les couches, déterminer les fossiles de chacune, les comparer à ceux des autres couches récentes, de celles de nos environs par exemple; en lier la série d’une part avec les terrains plus solides et plus anciens, de l’autre avec les alluvions récentes du Pô, de l’Arno, et de leurs alfluens ; fixer leurs rappoi’ts avec les innombrables masses de pro- duits volcaniques qui s’interposent entre elles; examiner enfin la si- tuation mutuelle des diverses sortes de coc[uilles, et de ces ossemens d’éléphans, de rhinocéros, d’hippopotames, de baleines, de cacha- lots, de dauphins, dont beaucoup de ces collines abondent. Je n’ai de ces collines basses de l’Apennin que la connoissance superficielle qu’ont pu m’en donner des voyages faits pour d’autres objets; mais je suis persuadé qu’elles recèlent le vrai secret des dernières opérations de la mer (i). (i) Depuis la première édition de ce discours , MM. Coriexi ( Saggi Geologici) cl Bvocchi Concliiologia fossile subapennina) nous ont donné d’excellens malériaux sur l’iiistoire géologique des Apennins , et nous devons aussi en allendre de MM. Mesnard Lagroje et Brongniart, qui ont récemment parcouru plusieurs parties de celte cliaîne intéressante. Mais les plus grandes espérances que puisse concevoir la géologie positive, sont celles que l'ont naiire les travaux entrepris avec tant d’ardeur et dans une direction si sage par ]a .Socléic géologique de Londres , précédée au reste en plusieurspointsporWerner et ses élèves. PRÉLIMlNAtPiE. cxxxix Combien n’est-il pas d’autres couches, meme célèbres par leurs fossiles, que l’on ne sait point encore lier à la série générale , et dont l’ancienneté relative est par conséquent encore indéterminée? Les schistes cuivreux de Thuringe sont , dit-on , pleins de poissons d’eau douce, et surpassent en ancienneté la plupart des bancs secondaires; mais quelle est la vraie position des schistes fétides d’OEningen que 1 on dit aussi pleins de poissons d’eau douce ; de ceux de Vérone, évi- demment remplis de poissons de mer, mais de poissons très-mal nommés par les naturalistes c[ul les ont décrits; des schistes noirs de Claris; des schistes blancs d’Aichstedt, remplis encore de poissons, d écrevisses , et d’autres animaux marins différons des coquilles? Je ne trouve nulle réponse distincte à ces questions dans les livres de nos géologistes. On ne nous dit pas davantage pourquoi il se trouve des coquilles pai tout , et des poissons en un petit nombre de lieux seulement. Il me semble qu’une histoire' suivie de dépôts si singuliers vaudroit bien tant de conjectures contradictoires sur la première origine des globes, et sur des phénomènes c[ue l’on avoue ne pouvoir ressem- bler en rien à ceux de notre physique actuelle, cpi n’y trouvent par conséquent ni matériaux, ni pierre de touche. Plusieurs de nos géo- logistes ressemblent à ces historiens qui ne s’intéressent dans l’histoire de Fiance qu à ce qui s’est passé avant Jules-César ; il faut bien que leur imagination supplée aux monumens ; et chacun d’eux fait son roman à sa manière. Que seroit-ce si ces historiens n’étoient aidés dans leurs combinaisons par la connoissance des faits postérieurs? Or nos géologistes négligent précisément ces faits postérieurs qui pour- l’oient au moins réfléchir quelque lueur vers la nuit des temps pré- cédens. Qu il seroit beau cependant d’avoir les productions organisées de la nature dans leur ordre chronologique, comme on a les princi- pales substances minérales! La science de l’organisation elle-même y gagneroit; les développernens de la vie, la succession de ses formes, cxL DISCOURS PRÉLIMINAIRE, la détermination précise de celles qui ont paru les premières, la nais- sance simultanée de certaines espèces, leur destruction graduelle, nous instruiroient peut-être autant sur l’essence de l’organisme, c]ue toutesles expériences que nouspouvons tentersurles espèces vivantes. Et 1 homme, à qui il n’a ete accorde qu un instant sur la terre, auroit la gloire de refaire l’histoire des milliers de siècles qui ont précédé son existence, et des milliers d’êtres qui n’ont pas été ses contemporains! APPENDICE DU DISCOURS PRÉLIMINAIRE. Détermination oes oiseaux nommés Ibis par les anciens Égyptiens. Tout le monde a eiUendu parler de l’ibis, de cet oiseau à qui les anciens Egyptiens reudoient un culte religieux , qu’ils élevoient dans 1 enceinte de leurs temples , qu’ils laissoieut errer librement dans leurs villes, dont le meurtrier, même involontaire, étoit puni de mortfil rju’ils embaumoient avec autant de soin que leurs propres parem ’ de cet oiseau auquel ils attribuoient une pureté virginale , un attal chement inviolable à leur pays dont il étoit l’emblème, attachement tel qu’il se laissoit mourir de faim quand on voiiloît le transporter ailleurs ; de cet oiseau qui avoit assez d’instinct pour coniioître le cours eUe decours de la lune, et pour régler en conséquence la fl e sa noiiniture journalière et le développement de ses petits ; qui arrêtoit aux frontières de l’Égypte les serpens qui anroient porté la destruction dans cette terre sacrée (a), et qui leur irispiroit tant de frayeur, qu’ils en redoutoient jusqu’aux plumes (3); de cet oiseau enfin dont les dieux auroient pris la figure s’ils eussent été O.cesd en adopter une mortelle, et dans lequel Mercure s’étoit réel- eraent transformé lorsqu’il voulut parco urir la terre et enseigner aux hommes les sciences et les arts. (i) Hi’rod., I. 2. (a) Ælian. , iib. II, cap. XXXV et XXXVIII ^3) cap. XXXVIII. ■ cxLii SUR L’IBIS. Aucun autre animal n’auroit dû être aussi facile à reconnoître que celui-là, car il n’en est aucun autre dont les anciens nous aient laissé à la fois, comme de l’ibis, d’excellentes descriptions, des figures exactes et même coloriées , et le corps lui-même soigneusement conservé avec ses plumes, sous la triple enveloppe d’un bitume pré- servateur, de linges épais et bien sériés, et de vases solides et bien masticfués. Et cependant, de tous les auteurs modernes qui ont parlé de l’ibis, il n’y a que le seul Bruce, ce voyageur plus célèbre jiar son courage que par la justesse de ses notions en histoire naturelle, qui ne se soit pas mépris sur la véritable espèce de cet oiseau , et ses idées à cet égard, quelque exactes qu’ elles fussent, n’ont pas même été adoptées par les naturalistes (i). Ap rès plusieurs changemens d’opinion touchant l’ibis, on parois- soit s’accorder au moment ou j ai publie la première édition de cet ouvrage à donner le nom d’ibis à un oiseau originaire d’Afrique, à peu près de la taille delà cigogne , au plumage blanc, avec les pennes des ailes noires, perché sur de longues jambes rouges, armé d’un bec long, arcpié, tranchant par ses bords, arrondi à sa base, échancré à sa pointe, d’un jaune pâle, et dont la face est revêtue d’une peau rouge et sans plumes, qui ne s’étend pas au-delà des yeux. Tel est l’ibis de Perrault (2), l’ibis blanc de Brisson (3) , l’ibis blanc (1) Bruce , trad. fr. , in-8°. , t. XIII , p. 264 , et allas , pl. XXXV , sous le nom d Ahou- hannes. (2) Description d’un ibis blanc et de deux cigognes. Acad, des Sc. de Paris , t. III , p. III , 61 de réd. in-4'’- de 1734, pl. XIII , fig. i. Le bec est représenté tronqué par le bout ; faute du dessinateur. mais c est une laïue <•>“ , (3) Numenius sordide albo rufescens , capite anteriore nudo rubro; lateribus rubro pur- pureo eHIroeo colore maculalis , remigibus majoribus nigris, rectricibus sordide albo Fufescentibus , rostro in cxortu dilule luteo, in extremitate aurantio, pedibus gnseis Ibis candida, Briss. , Orn., t. V, p- 349- SUR L’IBlS. d’Égypte de Buft’on(i); et le taatalus ibis de Linné, dans sa douzième édition. C’étoit encore à ce même oiseau que M. Blumenbach , tout en avouant qu il est aujourd’hui très-rare , au moins dans la Basse- Egypte , assuroit que les Egyptiens avoient rendu les honneurs divins (2) 5 et cependant M. Blumenbach avoit eu occasion d’exa- miner des ossemens de véritable ibis, dans une momie qu’il ouvrit à Londres (3). J’avois partage 1 erreur des hommes célèbres que je ^iens de noui- rner, jusqu au moment ou je pus examiner par moi-même quelques momies d’ibis. Ce plaisir me fut procuré, pour la première fois, par feu M. Four- croy auquel M. Grobert, colonel d’artillerie revenant d’Egypte, avoit donné deux de ces momies, tirées l’une et l’autre des puits de Saccara ; en les développant avec soin , nous aperçûmes que les os de l’oiseau embaumé étoient bien plus petits que ceux du tantalus ibis des naturalistes ; cju’ils ne surpassoient pas beaucoup ceux du couilis 5 que son bec ressembloit à celui de ce dernier, à la longueur près qui est un peu moindre, à proportion de la grosseur, et point du tout à celui du tantalus ; enfin, c[ue son plumage étoit blanc, avec les pennes des ailes marquées de noir, comme l’ont dit les an- ciens. Nous nous convainquîmes donc que l’oiseau que les anciens Égyptiens embaumoient , n’étoit point du tout le tantalus ibis des naturalistes; qu’il étoit plus petit, et qu’il falloit le chercher dans le genre des courlis. (1) Planches enlumiuees, n». 389, Hist. des oiseaux, t. YIII , in-4» , p. i4 , p'- ^ Cette Tw/ TT. “P'' ■*' >" f»- an UC i « iVa;«,.g^eicA/c/zte, p. 2o3 de l’ed. de 1700; mais d.ans l’édition de 180-; a a rendu le nom d’ibis à I’oi'sa,., ,11 • ‘ auquel il appartient. v'V 7 raiisact. jdiil, jour 17g/; CXI.ÏV SUR L’IBIS, Nous vîmes, après quelques recherches, que les momies d’ibis , ouvertes avant nous par différens naturalistes, étoient semblables aux nôtres. BulFon dit expiessément qu’il en a examiné plusieurs, que les oiseaux quelles contenoient avoient le bec et la taille des courlis ; et cependant il a suivi aveuglément Perrault, en prenant le tantalus d’Afrique pour l’ibis. Une de ces momies, ouvertes par Buffon, existe encore auMuséum; elle est semblable à celles que nous avons vues. Le docteur Shaw , dans le supplément de son voyage (éd. angl. in- fol. , Oxf. 1746, pl. V, et p. 64-66) décrit et figure avec soin les os d’une pareille momie j le bec, dit-il , étoit long de six pouces anglois, semblable h celui du courlis, etc. En un mot, sa description s’accorde entièrement avec la nôtre. Cay lus (recueil d’antiquités, tome VI, pl. XI, fig. i) représente une momie dibis dont la hauteur, avec ses bandelettes, n’est que d’un pied sept pouces quatre lignes, quoiqu’il dise expressément que l’oiseau y étoit posé sur ses pieds, la tête droite, et qu’il n’a eu dans son embaumement aucune partie repliée. Hasselquist, qui a pris pour l’ibis un petit héron blanc et noir , donne comme sa principale raison, que la taille de cet oiseau, qui est celle d’une corneille , correspond très-bien à la grandeur des momies d’ibis (i) : comment donc Linné put-il donner le nom d’ibis à un oiseau grand comme une cigogne ? Comment surtout put-il regarder cet oiseau comme le même que \ardea ibis d’Hasselquist cjui, outre sa petitesse, avoit le bec droit.? Et comment cette dernière erreur de synonymie a-t-elle pu se conserver jusqu’à ce jour dans le Sjstema naturœ. Peu de temps après cet examen fait chez M. Fourcroy, M. Olivier (i) Hasselquist iter palestinum , p. 249- Magnitudo gallinæ , seu cornicis ; et p- aSo , vasa quœ in sepulcris inveniuntur , cum avibus conditis , hujus sunt magnitudinis- SUR L’IBIS. CXLV eut la complaisance de nous faire voir des os qu’il avoit retirés de deux momies d ibis, et d en ouvrir avec nous deux autres 5 ces os se trouvèrent semblables à ceux des momies du colonel Grobert: une des quatre seulement étoit plus petite ; mais il étoit facile de juger par les épiphyses, qu’elle provenoit d’un jeune individu. La seule figure de bec d’ibis embaumé qui ne s’accordoit pas en- tièrement avec les objets que nous avions sous les yeux, étoit celle d Edwards (pl. GV) ; elle est d’un neuvième plus grande, et cepen- dant nous ne doutons pas de sa fidélité, car M. Olivier nous montra aussi un bec d’un huitième ou d’un neuvième plus long que les autres, comme 180 à i65, également retiré d’une momie. (Voyez pl. III, fig. 2. ) Ce bec montre seulement qu’il y avoit parmi les ibis des individus plus grands que les autres, mais il ne prouve rien en faveur du tanialus , car il n’a point du tout la forme du bec de celui-ci; il ressemble entièrement au bec d’un courlis ; et d’ailleurs lebecdutantalus surpasse d’un tiers celui de nos plus grands ibis em- baumés, et de deux cinquièmes celui des plus petits. Nous nous sommes assurés de plus qu’il y a des variations sem- blables pour la grandeur du bec dans nos courlis d’Europe , selon 1 âge et le sexe. Elles sont encore plus fortes dans le courlis vert d Italie et dans nos barges, et il paroît que c’est une propriété com- mune à la plupart des espèces de la famille des bécasses. t Enfin nos naturalistes revinrent de l’expédition d’Egypte avec une riche moisson d objets tant anciens cjue récens ; mon savant ami M. Geoffroy -St. -Hilaire, s etoit en partipulier occupé avec le plus ^rand soin de recueillir les momies de toutes les espèces , et en avoit rapporte un grand nombre de celles d’ibis, tant de Saccara que de Thèbes. Les premières étoient dans le même état que celles qu’avoit rappor- tées M. Grobert ; c’est-à-dire que leurs os avpient éprouvé une sorte de demi-combustion, et étoient sans consistance; ils se brisoient exLvi SUR L’IBIS. au moindre contact, et il étoit très-difficile d’en obtenir d’entiers, encore plus de les rattacher pour en faire un squelette. Les os de celles de Tlièbes étoient beaucoup mieux conservés , soit à cause de la plus grande chaleur du climat , soit à cause des soins plus efficaces employés à leur préparation 5 et M. Geoffroy en ayant sacrifié quelques unes , M. Rousseau , mon aide , parvint , à force de patience, d’adresse et de procédés ingénieux et délicats, à en refaire un squelette entier, en dépouillant tous les os, et en les rattachant avec du fil d’archal très-fin. Ce squelette est déposé dans les galeries anatomiques du Muséum dont il fait l’un des plus beaux ornemens, et nous en donnons la figure planche I. On voit que cette momie a dii venir d’un oiseau tenu en domes- ticité dans les temples , car son humérus gauche a été cassé et res- soudé ; il est probable qu’un oiseau sauvage dont l’aile se seroit cassée, eût péri avant de guérir , faute de pouvoir poursuivre sa proie , ou de pouvoir échapper à ses ennemis. Ce squelette nous mit en état de déterminer, sans aucune équi- voque , les caractères et les proportions de l’oiseau ; nous vîmes clairement que c’ étoit dans tous les points un véritable courlis, un peu plus grand que celui d’Europe , mais dont le bec étoit plùs gros et plus court. Voici une table comparative des dimensions de ces deux oiseaux, prise, pour l’ibis, du squelette de la momie de Thèbes, et pour le courlis, d’un squelette qui existoit auparavant dans nos galeries anatomiques. Nous y avons joint celles des parties des ibis de Saccara , que nous avons pu obtenir entières. SUR L’IBIS. CXLVÏI SQUELETTE SQUELETTE IBIS DE saccara parties. d'Ibifi de de Thèbes. Courlis. Le plus grand Le plus petit. Tête et bec ensemble 0,JÎÎ0 o,2i5 Tête seule 0,047 f Les i4 vertèbres du col ensemble. . 0,192 0,1 5o Le dos , 0,080 0,030 ■■ Le sacrum 0 'b 00 0,0^0 — _ Le corryr 0,087 * 0,0o3 0,078 0,000 “ ' 'o,i5o 0,1 12 — 0,095 Le doigt du milieu 0)^97 o,ogo 0,070 Le sternum 0,092 0,099 — La clavicule o,o55 0,o4l 0,04 L’humérus 0, i33 0,1 06 0,124 L’avant-bras. o,i53 0,117 o,i44 0,1 1| 0, laS 0,1 o3 Ou voit par cette table que l’animal de Thèbes étoit plus grand que notre courlis ; que l’un des ibis de Saccara tenoit le milieu entre celui de Thèbes et notre courlis j et que l’autre étoit plus petit que ce dernier. On y voit aussi que les différentes parties du corps de l’ibis n’observent point entre elles les mêmes proportions que celles du courlis; le bec du premier, par exemple, est notablement plus court, quoique toutes les autres parties soient plus longues, etc. Cependant ces différences de proportion ne vont point au-delà de ce qui peut distinguer des espèces du même genre : les formes et les caractères que 1 on peut considérer comme génériques, sont absolu- ment les mêmes. Il falloit donc chercher le véritable ibis, non plus parmi ces tan- talus à haute taille et à bec tranchant, mais parmi les courlis; et notez que par le nom de courlis nous entendons, non pas ce genre artificiel, formé par Latham et Gmelin, de tous les échassiers à bec courbe en en bas et à tête nue, que leur bec soit arrondi ou tranchant. cxLvm SUR L’IBlS. mais bien un genre naturel que nous appellerons nwnenius et qui comprendra tous les échassiers à becs courbés en en bas , mousses et arrondis, que leur tête soit nue ou revêtue de plumes. C’est le genre coz/r/w tel que l’a conçu BufFon (i). Un coup d’œil sur la collection des oiseaux du cabinet du Roi nous fit reconnoître une espèce qui n étoit encore ni nommée , ni décrite dans les autenrssystématiques, excepté peut-être M.Latham^ et qui, examinée avec soin, se trouva satisfaire à tout ce que les anciens, les momimens et les momies nous indiquent comme carac- tères de l’ibis. Nous en donnons ici la figure, pl. II ^ c’est un oiseau un peu plus grand que le courlis j son bec est arqué comme celui du courlis, mais un peu plus court et sensiblement plus gros à proportion, un peu comprimé à sa base, et marqué de chaque coté d’un sillon qui partant de la narine règne jusqu’à l’extrémité , tandis que dans le courlis un sillon semblable s’efface avant d’être arrivé au milieu de la longueur; la couleur de ce bec est plus ou moins noire ; la tête et les deux tiers supérieurs du col sont entièrement dénués de plumes, et la peau en est noire. Le plumage du corps, des ailes et de la queue est blanc, à l’exception des bouts des grandes pennes de l’aile qui sont noirs; les quatre dernières pennes secondaires ont les barbes singulièrement longues, effilées, et retombent par-dessus les bouts des ailes lorsque celles-ci sont pliées; leur couleur est un beau noir avec des reflets violets. Les pieds sont noirs, les jambes sont plus grosses et les doigts notablement plus longs à proportion c[ue ceux du courlis ; les membranes entre les bases des doigts sont aussi plus étendues ; la jambe est entièrement couverte de petites écailles polygones , on ce que l’on appelle réticulée , et la base des doigts (i) Nous avons ëiabli définitivement ce genre clans notre Régné animal, 1. 1, p- 4^3 , et i) paroît avoir été adopté par les naturalistes. SUR L’IBlS. même ii’a que des écailles semblables, tandis que dans le courlis les deux tiers de la jambe et toute la longueur des doigts sont scutulés, c’est-à-dire garnis d’écailles transversales. U y a une teinte roussâtre sous l’aile, vers la racine de la cuisse, et aux grandes couvertures antérieures 5 mais cette teinte paroît être un caractère individuel ou le résultat d’un accident, car elle ne reparoît point sur d’autres individus d’ailleurs entièrement semblables. Ce premier individu venoit de la collection du Stathouder , et on ignoroit son pays natal. Feu M. Desmoulins , aide-naturaliste au Muséum, qui en avoitvu deux autres, assuroit qu’ils venoient du Sénégal : l’un d’eux doit même avoir été rapporté par M. Geoflrov de Villeneuve; mais nousverronsplusbasqueBruce(i)atrouvé cette espèce en Ethiopie où elle se nomme abou /za72//ej ( père Jean), et que M. Savigny l’a vue en abondance dans la Basse-Égypte où on l’appelle aboli mengel (père de la faucille). Il est probable que les modernes ne prendront pas au pied de la lettre l’assertion des anciens, que l’ibis ne quittoit jamais ce pays sans périr (2). Cette assertion seroit d’ailleurs aussi contraire au tantalus ibis qu à notre courlis ; car les individus qu’on en a en Europe , viennent du Sénégal. C’est de là que M. Geoffroy de Villeneuve a rapporté celui du Muséum d’histoire naturelle; il est même beaucoup plus rare en Égypte que notre courlis, puisque depuis Perrault, personne ne (ht l’y avoir vu ou l’en avoir reçu. Un individu sans teinte fauve , mais d’ailleurs entièrement pareil au premier, a été rapporté par M. de Labillardière , de son voyage dans l’Australasie, fait avec M. d’Entrecasteaux. Nous avons appris ensuite que dans la jeunesse ces sortes de numé- mus ont la tète et le cou garnis de plumes dans la partie qui doit devenir (i) Bruce, loc. dt. ; et Sacigny, Mém. sur l’Ibis, p. 12. (3) Ælian., lib. II, cap, XXXVIII. CL SUR L’IBIS. nue avec l’âge , et que les scapulaires y sont moins effilees et d’un noir plus pâle et plus terne. C’est dans cet état qu’il nous en a été rap- porté un de l’Australasie par feu Pérou , qui ne diffère d’ailleurs du nôtre et de celui de M. de Labillardière que par quelques traits noirs aux pennes bâtardes et aux premières grandes couvertures , et où toute la tète et le haut du cou sont garnis de pennes noirâtres. C’est aussi un individu d’âge peu avancé que M. Savigny a rapporté d’Égypte et représenté pl. I de son mém. sur Vihis et dans le grand owrage sur VÉgjpte, oiseaux pl. VII. Les plumes de la tête et du derrière du cou y sont plutôt grises que noires, celles du devant du cou sont blanches. Enfin la figure de .fimce (atlas, pl XXXV) est également faite sur un jeune individu observé en Abyssinie , et à peu près pareil a celui de TM. Savigny. Nous en avons reçu de Pondichéry par M. Leschenault un indi- vidu semblable à celui de Pérou , mais où la tête seulement et un peu de la nuque sont garnis de plumes noirâtres ; tout le reste est couvert de plumes blanches. Mais il n’en est pas moins certain que tous ces oiseaux ont la tête et le cou nus quand ils sont adultes. Feu Macé a envoyé du Bengale au Muséum plusieurs individus d’une espèce très-voisine de celle-ci qui a le bec un peu plus long et moins arqué, dont la première penne seulement a un peu de noir aux deux bords de sa pointe, et dont les pennes secondaires sont aussi un peu effilées et légèrement teintes de noirâtre. Il paroît d’après M. Savigny, p. a5, queM. Le Vaillant en a ob- servé encore une qui a de même les pennes secondaires effilées , mais dont le cou garde toujours ses plumes et dont la face est de couleur rouge. Le même Macé nous a aussi adressé un tantalus très-semblable à celui que les naturalistes ont regardé comme l’ibis, mais dont les petites couvertures des ailes et une large bande au bas de la poi- trine , sont noires et maillées de blanc. Les dernières pennes secon- SUR L’IBIS. cr.i daires sont allongées et teintes de rose. On sait que dans le tantalus ibis des naturalistes les petites couvertures des ailes sont naaillées de lilas, et que le dessous du corps est tout blanc. Nous donnons ici une table des parties de quelques uns de ces quatre animaux qu’on peut mesurer exactement dans des individus empaillés ; qu’on les compare avec celles des squelettes d’ibis mo- mifies, et 1 on jugera s il étoit possible de croire un seul instant que ces momies vinssent des tan talus. PARTIES DV CORPS. Tanlalus Ihis des iiatu ralistes. Tantalus fletinde, ec de sa commissure 0,230 0,125 0,04 I o,o85 0,080 0,154 o,o56 0,097 o,og2 0,148 o,o55 0,095 ^ 0,088 0,1 65 . o,o4o 0,084 0,086 Longueur, de la partie nue de la jambe o,i3o 0,190 0,10,5 o,i5o o,25o o,ii5 0,1 3i 0,1 32 Longueur du tar.ie Longueurdu doigt du milieu 0,004 0,080 0,078 0,044 0,093 ' 0,086 Maintenant parcourons les livres des anciens et leurs monumens j comparons ce qu'ils ont dit de l’ibis, ou les images qu’ils en ont tracées, avec l’oiseau que nous venons de décrire, nous verrons toutes les difficultés s’évanouir et tous les témoignages s’accorder avec le meilleur de tous, qui est le corps même de l’oiseau conservé dans la momie. « Les ibis les plus communs, dit Hérodote , Euterp. , no. ont » la tête et le devant du cou nus, le plumage blanc, excepté sur » la tete, sur la nuque, aux bouts des ailes et du croupion qui sont » noirs (i). Leur bec et leurs pieds ressemblent à ceux des autres (l) ■V(Ad Trâncv. Aivn-^ , xeci ccv;f;iiieç xcct 'àxpx. Feu Larcher, Ilerod. , trad. fr., II, p. 33^^ ^ la diflerence de ces mots , , Ja nuque , et ou èïprt , la gorge. * CLii SUR L’IBIS. )) ibis. Et il avoit dit de ceux-ci : ils sont de la taille du crex , de » couleur entièrement noire, et ont les pieds semblables à ceux de la » grue, et le bec crochu. )) Combien de voyageurs ne font pas aujourd’hui de si bonnes des- criptions des oiseaux qu’ils observent, que celle qu’Hérodote avoit faite de l’ibis? ' Comment a-t-on pu appliquer cette description à un oiseau qui n’a de nu que la face, et qui l’a rouge, à un oiseau qui a le croupion blanc et non recouvert au moins comme le nôtre par les plumes noires des ailes. Cependant ce dernier caractère étoit essentiel à l’ibis : Plutarque dit (de Iside et Osiride) qu’on trouvoit dans la manière dont le blanc étoit tranché avec le noir dans le plumage de cet oiseau, une figure du croissant de la lune. C’est en effet par la réunion du noir des dernières plumes des ailes avec celui des deux bouts d ailes que se forme, dans le blanc, une grande échancrure demi-circulaire qui donne à ce blanc la figure d’un croissant. 11 est plus difficile d’expliquer ce qu’il a voulu dire eu avançant que les pieds de l’ibis forment, avec son bec, un triangle ‘ équila- téral. Mais on conçoit l’assertion d’Elien, que, lorsqu’il retire sa tête et son cou dans ses plumes, il représente un peu la figure d’un cœur (i). Il étoit à cause de cela l’emblème du cœur humain selon Horus Apoll. , c. 35. D’après ce qu’Hérodote dit de la nudité de la gorge, et des plumes qui couvroient le dessus du cou, il paroît avoir eu sous les yeux un individu d’âge moyen, mais il n’en est pas moins certain que les égyptiens connoissoient aussi très-bien les individus à cou entièrement nu On en voit de tels représentés d’après des sculptures en bronze dans le recueil d’antiquités égyptiennes, de Gaylus (tome I, ph X, no. 4, et tome V, pb XI, n®. l). Cette dernière figure est même (i) AElian., Ub. X, cap. XXIX. SUR L’IBIS, tellement semblable à notre oiseau de la pl. 11, que i on diroit qu’elle a été faite d’après lui. Lespeinuiresd’Herculanum ne laissent non plus aucune espèce de doute; les tableaux nos. i38 et i4o de l’édition de David, et tome II, p, 3i5, no. 5q, et page 3a i, n®. 6o de l’édition originale, c[ui repré- sentent des cérémonies égyptiennes, montrent plusieurs ibis mar- chant sur le parvis des temples ; ils sont parfaitement semblables à l’oiseau que nous avons indiqué : on y reconnoît surtout la noirceur caractéristique de la tête et du cou , et on voit aisément par la pro- jjortion de leur ligure avec les personnages du tableau, que ce devoit être un oiseau d’un demi mètre tout au plus, et non pas d’un mètre ou à peu près comme le tantalus ibis. , La mosaïque de Palestrine présente aussi dans sa partie moyenne plusieurs ibis perch és sur des bâtimens ; ils ne diffèrent en rien de ceux des peintures d’Herculanum. ' • Une sardoine du cabinet de D. Mead, copiée par Shaw, app. tab, V, et représentant un ibis , semble être une miniature de l’oiseau que nous décrivons. Une médaille d’Adrien, en grand bronze, représentée dans le Muséum de Farnèse, tome VI, pl. XXVIII, fig. 6, et une autre du même empereur, en argent, représentée tome III, pl. VI, lig. 9, nous donnent des ligures de l’ibis, qui malgré leur jjetitesse ressem- blent assez à notre oiseau. Quant aux ligures d’ibis sculptées sur la plinthe de la statue du Nil, au Belvédère et sur sa copie au jardin des Tuileries, elles ne sont pas assez terminées pour servir de preuves ; mais parmi les hiéroglyphes dont flnstitut d’Égypte a fait prendre des empreintes sur les lieux, il en est plusieurs qui représentent notre oiseau sans équivoque. Nous donnons (pl. III, lig. i ) une de ces empreintes que M. Geoffroy a bien voulu nous communic[uei’. Nous insistons particulièrement sur cette dernière ligure, attendu UT. P CLiv SUR L’IBIS. que c’est la plus authentique de toutes, ayant été faite dans le temps et sur les lieux où l’ibis étoit adoré , et étant contemporaine de ses momies ; tandis que celles que nous avons citées auparavant, faites en Italie, et par des artistes qui ne professoient point le culte égyptien, pouvoient être moins fidèles. Nous devons à Bruce la justice de dire qu il avoit reconnu l’oiseau qu’il décrit sous le nom à’ abou~hannes pour le véritable ibis. Il dit I expressément que cet oiseau lui a paru ressembler à celui que con- tiennent les cruches de momies ; il dit de plus que cet abou-hannès ou père-jean est très-commun sur les bords du Nil, tandis qu’il n’y a jamais vu l’oiseau représenté par Buffon sous le nom d’ibis blanc d’Égypte. ^ ^ , M. Savigny, l’un des naturalistes de l’expédition d’Egypte, assure également n’avoir point trouvé le tantalus dans ce pays, mais il a pris beaucoup de nos numenius près du lac Menzalé dans la Basse- Égypte, et il en a rapporté la dépouille avec lui. L’ abou-hannès a été placé par M. Lathara dans son index oimi- thologicus , sous le nom de tantalus œthiopicus j mais il ne parle point de la conjecture de Bruce sur son identité avec l’ibis. Les voyageurs antérieurs et postérieurs à Bruce paroisseiit avoir tous été dans l’erreur. Belon a cru que l’ibis blanc étoit la cigogne, en quoi il contredi- soit évidemment tous les témoignages ; aussi personne n’a-t-il été de son avis en ce point , excepté les apothicaires qui ont pris la ci- gogne pour emblème, parce qu’ils l’ont confondue avec l’ibis auquel on attribue l’invention des cly stères (i). Prosper Alpin, qui rappelle que cette invention est due à l’ibis, ne donne aucune description de cet oiseau dans sa médecine des (i) Ælian., lib. II, cap. XXXV ; Plie., de solert. an. ; Czc., de nat. deor., Idj- II ; Pldlc. de anim.prop. , i6, etc. SUR L’IBIS. CLV Egyptiens (i). Dans son Histoire naturelle cVÉgypte , il n’en parle que d’après Hérodote , aux termes duquel il ajoute seulement , sans doute d apres un passage de Strabon que je rapporterai plus bas , que cet oiseau ressemble à la cigogne par la taille et par la figure. Il dit avoir appris qu’il s en trouvoit en abondance de blancs et de noirs sur les bords du Nil; mais il est clair par ses expres- sions même, qu’il ne croyoit point en avoir vu (2). Shaw dit de l’ibis (3) qu’il est aujourd’hui excessivement rare, et qu il n en a jamais VU. Son emseesy ou oiseau de bœuf, que Gmelin rapporte très-mal à propos au tantalus ibis, a la grandeur du courlis, le corps blanc, le bec et les pieds rouges. 11 se lient dans les prairies auprès du bétail; sa chair n’est pas de bon goût, et se corrompt d abord (4)- H est facile de voir que ce n’est pas là le tantalus, et en- core moins l’ibis des anciens. Hasselquist n’a connu ni l’ibis blanc, ni l’ibis noir; son ardea ibis est un petit héron qui a le bec droit. Linné avoit très-bien fait de le placer, dans sa dixième édition, parmi les hérons; mais il a eu tort, comme je 1 ai dit, de le transporter depuis comme synonyme au genre tantalus. Demaillet (desc. de l’Eg. , partie II, p. a3) conjecture que l’ibis pourroit être l’oiseau particulier à l’Egypte, et qu’on y nomme chapon de Pharaon , et à Alep saphan-bacha. Il dévore les ser- pens : il y en a de blancs, et de blancs et noirs ; et il suit pendant plus de cent lieues les caravanes qui vont du Caire à la Mecque pour se repaître des carcasses des animaux qu’on tue pendant le voyage , tandis que dans toute autre saison on n’en voit aucun sur cette route. Mais l’auteur ne regarde point cette conjecture comme (1) De med. -Ægjrpt, ^ uj, j ^ vers. Édit, de Paris, 1646. (2) Rer. Ægjyt. , hb. iv^ cap. I , 1. 1, p. 19g de l’éd. de Le/de, i735. (3) Voyez trad. fr. , II , p. ,5^ (4) I, p. 33o. CL VI SUR L’IBIS. certaine 5 il dît même qu’il faut renoncer à entendre les anciens lorsqu’ils ont parlé de manière h ne vouloir pas être entendus : il finit par conclure c{ue les anciens ont peut-être compris indistinc- tement sous le nom d’ibis tous les oiseaux qui rendoient à l’Egypte le service de la purger des dangereux reptiles que ce climat produit en abondance, tels que le vautour, le faucon, la cigogne, l’éper- vier, etc. Il avoit raison de ne point regarder son chapon de Pharaon comme l’ibis ; car quoique sa description soit très-imparfaite, et que Buffon ait cru y reconnoître Fibis, il est aisé de voir, ainsi que par ce qu’en dit Pokocke, que cet oiseau doit être un carnivore 5 et en effet, on voit par la figure de Bruce (t. V, p. 191 àe l’édit, fr.) quelapowZc de Pharaon n’est autre chose que le rachama ou le petk vautour blanc à ailes noires ( vultiir percnoptems Limi. ) ; oiseau très-dif- férent de celui que nous avons prouvé plus haut être l’ibis. Pokocke dit qu’il paroît, par les descriptions qu’on donne de Fibis et par les figures qu’il en a vues dans les temples de la Haute- Egypte, que c’étoit une espèce de grue. J’ai vu , ajoute-t-il, quan- lité de ces oiseaux dans les îles du Nil; ils étoient la plupart gri- sâtres. (Trad. franc., édit. in-i2,t. II, p. i53.) Ce peu de mots suffit pour pi’ouver cpi’il n’a pas connu l’ibis mieux que les autres. Les érudits n’ont pas été plus heureux dans leurs conjectures que les voyagem's. Middleton rapporte à Fibis une figure de bronze d’un oiseau dont le bec est arqué mais court, le cou très-long et la tête garnie d’une petite huppe, figure qui n’eut jamais aucune ressemblance avec l’oiseau des Egyptiens ( antiq^ monum. , tab. X, P 129). Cette figure n’est d’ailleurs point du tout dans le style égyptien, et Middleton lui-même convient qu’elle doit avoir été faite à Rome. Saumaise sur Solin ne dit rien qui se rapporte h la question actuelle. Quant à Fibis noir c{u’Aristote place seulement auprès de Pé- SUR L’IBIS. ]use (i), on a cru long-temps que Belon seul l’avoit vu (2) ; l’oiseau qu’il décrit sous ce nom est une espèce de courlis à laquelle il at- tribue une tète semblable à celle du cormoran, c’est-à-dire appa- remment chauve, un bec et des pieds rouges (3); mais comme il ne parle point de l’ibis dans son voyage (4) , Je soupçonne qu’il n’a fait ce rapprochement cj[u’en France, et par comparaison avec des momies d’ibis. Ce qu’il y a de certain, c’est cjue l’on ne connoît pas en Egypte ce courlis à bec et pieds rouges (5), mais cju’on y voit très- communément notre courlis vert d\Europe {^scol. facinellus , L. , enl. 819), qu’il y est même plus abondant que le numenius blanc (6^, et comme il lui ressemble pour les formes et pour la taille, et que de loin son plumage peut paroître noir, on ne peut guères douter que ce ne soit là le véritable ibis noir des anciens. M. Savigny l’a aussi fait peindre en Egypte (7), mais d’après un Jeune individu seule- ment J la figure de BulFon est faite d’après l’adulte, mais les cou- leurs en sont trop claires. L’erreur qui règne à présent touchant l’ibis blanc, a commencé par Perrault cjui même a le premier , parmi les naturalistes , fait connoître le tantalus ibis d’aujourd’hui. Cette erreur adoptée par Brisson et par Buffon , a passé dans la douzième édition de Linné, où elle s’est mêlée à celle d’Hasselquist qui avoit été insérée dans la dixième pour former avec elle un composé tout h fait monstrueux. Elle étoit londée sur l’idée que l’ibis étoit essentiellement un oiseau ennemi des serpens, et sur cette conclusion bien naturelle, qu’il falloit pour dévorer les serpens un bec tranchant et plus ou (1) Hist. artim., lib. IX, cap. XXVII, et lib. X, cap. XXX. (3) , Ilist. nat. , in-4°. , oiseaux , t. VIII , p. 17. (3) Belon, Nature des oiseaux , p. igg et 30O ; et Portraits d'oiseaux , fol. 44 ; ^'6''®’- (4) Observations Se plusieurs singularités , etc. (5) Savignf, Me'in. sur l’Ibis, p. 87. (6) Idem, ibid^ (7) Grand ouvrage sur l'Égjpte, llist. nat.. , oiseaux , pi . VU , fig..2. €Lvm SUR L’IBIS. moins analogue à celui de la cigogne et du héron j cette Idée est même la seule bonne objection qu’on puisse faire contre l’identité de notre oiseau avec l’ibis. Comment, dira-t-on, un oiseau à bec foible, un courlis pouvoit-il dévorer ces reptiles dangereux ? On pouvoit répondre que des preuves positives, telles que des descriptions, des figui-es et des momies doivent to'ujours l’emporter sur des récits d’habitudes trop souvent imaginés sans autre motif que de justifier les différens cultes rendus aux animaux j on pouvoit ajouter que les serpens dont les ibis délivroient l’Egypte, nous sont représentés comme très-venimeux, mais non pas comme très-grands. Je croyois même avoir obtenu une preuve directe que les oiseaux momifiés tjui avoient un bec absolument semblable à celui de notre oiseau, étoient de vrais mangeurs de serpens , car j’avois trouvé dans une de leurs momies des débris non encore digérés de peau et d’écailles de serpens que je conserve dans nos galeries anatomiques. Mais aujourd’hui , M. Savigny qui a observé vivant , et plus d’une fois disséqué notre numenius blanc, l’oiseau que tout prouve avoir été l’ibis , assure qu’il ne mange que des vers , des coquillages d’éau douce et d’autres petits animaux de cette sorte. En supposant que ce fait n’ait pas d’exception, tout ce que l’on peut en conclure, c’est que les Égyptiens, comme cela est arrivé plus d une fois à eux et à d’autres, avoient inventé pour un culte absurde, une raison fausse. Il est vrai qu’Hérodote dit avoir vu dans un lieu des bords du désert (i), près de Buto , une gorge étroite où étoient amoncelés une infinité d’os et d’arêtes, qu’on lui assura être les restes des'serpens ailés qui cherchent à pénétrer en Egypte au commencement du printemps, et que les ibis arrêtent au passage j mais il ne nous dit pas avoir été témoin de leurs combats, ni avoir vu de ces serpens ailés dans (i) Eulerpe, cap. LXXV- Hérodote dit un lieu d'Arabie; mais on ne voit pas commen un lieu d’Arabie aurait pu être près de la ville de Buto, qui était dans la partie occidentale du Delta. SUR L’IBIS. eux leur état d’intégrité. Tout son témoignage se réduit donc à avoir observé un amas d ossemens, qui peuvent très-bien avoir été ceux de cette multitude de reptiles et d’autres animaux que l’inondation fait périr chaque annee, dont elle doit naturellement transporteries ca- davres jusqu aux endroits où elle s’arrête, jusqu’aux bords du désert, et qui doivent s accumuler de préférence dans une gorge étroite. Cependant c’est également d’après cette idée des combats de l’ibis contre les serpens que Cicéron donne à cet oiseau un bec corné et fort (0- N’ayant jamais été en Egypte, il se figuroit que cela devoit être ainsi par simple analogie. ^ Je sais que Strabon dit quelque part que l’ibis ressemble à la cigogne par la forme et par la grandeur (2) , et que cet auteur devoit bien le connoître, puisqu’il assure que de son temps les rues et les carrefours d’Alexandrie en étoient tellement remplis, qu’il en résultoit une grande incommodité ; mais il en aura parlé de mémoire : son témoignage ne peut être recevable lorsqu’il contrarie tous les autres, et surtout lorsque l’oiseau lui-même est là pour le démentir. C’est ainsi que je ne m’inquiéterai guère non plus du passage où Elien rapporte (3), d’après les embaumeurs égyptiens, que les in- testins de 1 ibis ont 96 coudées de longueur. Les prêtres égyptiens de toutes les classes ont dit tant d’extravagances sur l’histoire natu- relle qu on ne peut pas faire grand cas de ce que rapportoit l’une de leurs classes les plus inférieures. On pourroit encore me faire une objection tirée des longues plumes effilées et noires qui recouvrent le croupion de notre oiseau, et dont on voit aussi quelques traces dans la figure de l’abou-hannès de Bruce. Les anciens, dira-t-on, n’en parlent point dans leurs descriptions, (i) Avis excelsa, cruribuii nV.'ri;. „ ' -.r,TTT *^’gidis , corneo proceroque rosiro. (a) Strab., hb. XVII. ^ f3) Ælian. , aniui., lib. X, cap. XXIX, ' Cic. y 06 i>ai. dcor. y lib, I, eu SUKL-IBIS. , et leurs figures ne les expriment pas ; mais j’ai beaucoup mieux à cet é«ard qu’un témoignage écrit ou qu’une image tracée. J ai trouvé ’écisément les mêmes plumes dans l’une des momies de Saccara ; ‘e les conserve précieusement comme étant à la fois un monument singulier d’antiquité, et une preuve péremptoire de l’identité d’es- pèce. Ces plumes ayant une forme peu commune , et ne se trou- vant, je crois, dans aucun autre courlis, ne laissent en effet aucune espèce de doute sur l’exactitude de mon opinion. Je termine ce mémoire par l’exposé de ses résultats. lO. Le taiiialus ibis de Linné doit rester en un genre séparé avec le tantaîus locidator. Leur caractère sera rostnmi lœi^e , validwn , arcuatum,apiceiitrinqueemargmatwn. ^ 20. Les autres tantaîus des dernières éditions doivent tormer un genre avec les courlis ordinaires : on peut leur donner le nom de ^numejîius. Le caractère du genre sera rostrmn teres, gracile, ar- eu atiwi , apice mutico^,l^o^xx le caractère spécial du sous-genre des ibis ilfaudraajouter sidco lateralipertotamlongitiidinemexarato. 30 \Jibis blanc des anciens n’est point l’ibis de Perrault et de Buffon, qui est un tantaîus , ni l’ibis d’Hasselquist, qui est un ardea , ni l’ibis de Maillet, qui est un vautour- mais c’est un oiseau du genre numenius, ou courlis, du sous-genre ibis, qui n’avoit été décrit et figuré avant moi que par Bruce sous le nom di abou-hannès. Je le nomme numenius ibis, albus , capite et collo adidti midis, remigum apicibus , rostro et pedibus nigids , rernigibus secundariis elongatis nigro-ciolaceis. 1:^0, Uibis noir des anciens est probablement 1 oiseau que nous connoissons en Europe sous le nom de courlis vert , ou le scolopax facinellus de Linné 5 il appartient aussi au genre des courlis et au sous-genre des ibis. 5o. I,e tantaîus ibis de Linné , dans l’état actuel de la synonymie, comprend quatre espèces de trois genres différens, savoir : CLXI SUR L’IBIS. 1 0. Un tantalus ; de Perrault et de' Bulïbn. 20. Un ardea -, d’Hasselquist« 3«. et 40. Deux nufnenius j Yibù de Belon , et Tox-bird de Shaw. ^ Qu’on juge par cet exemple et par tant d’autres, de l’état où se trouve encore cet ouvrage du sjystema naturœ , qu’il seroit si im- portant de purger par degrés des erreurs dont il fourmille , et qu’on semble en surcharger toujours davantage, en entassant sans choix et sans critique les espèces , les caractères et les synonymes. La conclusion générale de tout ce travail est que l’ibis existe encore en Egypte comme au temps des Pharaons, et que c’est par la faute # des naturalistes que l’on a pu croire pendant quelque temps que l’es- pèce en étoit perdue ou altérée dans ses formes. T. I. X TABLE pu DISCOURS PRÉLIMINAIRE. Exposition. Première apparence de la terre. Premières preuves de révolutions. Preuves que ces révolutions ont été nombreuses. P reuves que ces révolutions ont été subites. Preuves qu’il y a eu des révolutions antérieures à l’existence des êtres vivans. Examen des causes qui agissent encore aujourd’hui à la surface du globe. ' Éboulemens. Alluvions. Dunes. Falaises. Dépôts sous les eaux. Stalactites. TMhophytes. Incrustations. Eolcans. Causes astronomiques constantes. Anciens systèmes des géologistes. Systèmes plus nouveaux. Divergences de tous les systèmes. Causes de ces divergences. N ature et conditions du problème. Raison pour laquelle les conditions ont été négligées. Progrès de la géologie minérale. ^niportance des fossiles en géologie. ^aiportance spéciale des os fossiles de quadrupèdes. Page III IV ibid. vir VIII IX XIII ibid. XIV XV Ibid. XVI Ibid. ibid. XVII ibid. XVIII XIX XXI XXII XXIV ibid. XXV XXVI ibid. XXVIII CT.XIV TABLE DU DISCOURS PRÉLIMINAIRE. TJ y a peu d’espérance de découvrir de nouvelles espèces de grands quadrupèdes. Les os fossiles de quadrupèdes sont difficiles à déterminer. Principe de cette détermination. Tableaux des résultats du présent ouvrage. Rapports des espèces avec les couches. Les espèces perdues ne sont pas des variétés des especes vivantes. ' Il n’y a point d’os humains fossiles. Preuves physiques de la nouveauté de Tétai actuel des conlinens. Atierrissemens. Marche des dunes. Tourbières et éhoulemens. L’histoire des peuples confirme la nouveauté des continens. L’antiquité excessive attribuée à certains peuples n’a rien cV his- torique. Les monumens astronomiques laissés par les anciens ne portent pas les dates excessivement reculées que l’on a cru y voir . Le zodiaque est loin de porter en lui-même une date certaine et excessivement reculée. Fausses conclusions relatives a certains travaux de mines. Conclusion générale relative a l’époque de la dernière révolution. Idées des recherches à faire ultérieurement en géologie. Appendice du Discours préliminaire. Détermination des espèces d’oiseaux nommés Ibis par les an- ciens Egyptiens. XXX XLIV XLV LU Lin LVII lXiv LXVIII LXIX LXXVII LXXVIII LXXIX LXXXV cxv CXXIX CXXXIV ibid. CXXXT CXLI / RECHERCHES SUR LES OSSEMENS FOSSILES DE QUADRUPÈDES. PREMIÈRE PARTIE. Sur les Ossemens fossiles de Quadrupèdes pachy- DERMES ^ découverts dans les terrains meubles ou d'alluçion. REMARQUES PRÉLIMINAIRES Sur ces sortes de terrains et sur la famille des Pachydermes en général. Plusieurs raisons nous ont déterminé à choisir les ossemens de pachydermes des terrains meubles pour les objets de nos premières recherches. D’abord les os fossiles en général sont beaucoup plus communs dans les terrains meubles et d’alluvion que dans toutes les autres couches. Ceux de quadrupèdes sont meme si rares dans les couches pierreuses régulières, que des géologistes célèbres ont douté qu’ils y existassent. -En second lieu, la nature meuble de ces terrains fait qu’on en retire les os plus entiers et plus reconnoissables. Tioisiemement, comme ces terrains forment les couches les plus superficielles du globe ^ ce sont eux que l’on fouille le plus souvent j 2 PACHYDERMES et enfin comme les couches superficielles sont nécessairement aussi les plus récentes, les os qu’elles recèlent sont plus semblables à ceux des animaux d’aujourd’hui, et par conséquent plus faciles à déter- miner quant à leurs genres et à leurs espèces. Il y a néanmoins encore de grandes différences d’ancienneté entre les couches meubles : les unes , qui forment le fond des grandes vallées ou la superficie des grandes plaines, s etendeut à de grandes distances et à de grandes profondeurs; ce sont elles c[ui font l’objet principal de nos recherches actuelles; la plupart des os qii elles re- cèlent appartiennent évidemment à des animaux au moins étrangers à nos climats, tels que des éléphans, des rhinocéros, des buffles, etc. Les autres couches meubles, moins étendues et surtout plus ré- centes sont déposées journellement par les rivières, soit lors de leurs inondations, soit dans les endroits où leur bord est le plus concave. Elles forment ce cjue l’on nomme proprement àesallmnons. Gompo- séespresque uniquement de sables roulés, elles n’enveloppent que des os d’animaux du pays. Mais parmi tous les os des couches meubles , nous avons encore eu des raisons particulières de commencer par ceux des pachydermes. Ce sont eux que l’on a le plus généralement recueillis, parce que la plupai’t des espèces qui appartiennent à cette famille sont fort grandes ; et qu’étant toutes étrangères à nos climats , si 1 on en ex- cepte le chemM le cochon , leurs dépouilles ont dû frapper davantage les curieux par leur singularité. Ainsi nous avons eu des matériaux plus abondans que pour les autres. L’examen ostéologique en étoit aussi plus aisé, parce que l’ordre des pachydermes ne comprend eju’un petit nombre de genres; que ces genres sont fort distincts les uns des autres, et qu’il est par conséquent plus facile d’en reconnoître les parties. Il n y a pas une de leurs dents, ni de leurs os de la tête ou des extrémités, qui ne soit isolément en état de fournir des caractères distinctifs suffisans : c’est ce que les ruminans par exemple ne feroient point , parce qu’ils sont trop semblables entre eux. Enfin, l’état de la science nous donnera un dernier ordre de des terrains meubles. 3 motifs. J’avois besoin pour toute la suite de mes démonstrations , et particulièrement pour la détermination des animaux extraordi- naires de nos pierres à plâtre, qui font l’objet de ma seconde partie , et que je regarde comme mes principales découvertes en ce genre, j avois besoin , dis-je, de l’ostéologie de plusieurs animaux de cette famille , dont les squelettes n’ont point encore été décrits. On ne connoissoit point les squelettes àu. rhinocéros , de Y hip- popotame, ni du tapir, celui de Y éléphant lui-même n’étoit encore qu’imparfaitement connu. J’avois donc à les décrire; et l’endroit le plus naturel pour le faire etoit celui où je devois parler des os fossiles des mêmes genres. Ainsi c etoit par ces fossiles que je devois commencer mon travail. Quand j en aurai terminé Thistoire, je passerai, dans ma seconde partie, à celle des animaux de nos pierres à plâtre, qui sont aussi presque tous de la famille pachydermes , mais de genres entiè- rement inconnus 5 puis revenant aux fossiles des terrains meubles, je traiterai successiyement, dans ma troisième partie, des carnassiers et des autres onguiculés fossiles , ainsi que des ruminans, c’est-à-dire des animaux à sabots non pachydermes. J e parlerai enfin des cétacés et des reptiles. L ordre que je suivrai ne sera donc ni rigoureusement géolo- gique, ni rigoureusement zoôlogique ; mais ce sera le plus commode pour conduire le lecteur à travers tant de recherches difficiles, et pour lui faire saisir le fil et sentir la justesse des preuves, en lui développant la véritable marche suivie dans les découvertes. Cette famille si naturelle des pachydermes, entièrement méconnue par Linnœus , et encore plus par ses prédécesseurs , n’a été bien sentie que par Storr (i). Il l avoit définie mammifères h. sahots , à plus de deux doigts. Mais comme j’ai découvert dans le cours de mes recherches sur les fossiles, un genre à deux doigts seulement, c£ui n en est pas >) Pt'odromus VlCthodi mammalium. Tubing. 1780. ■ 4 PACHYDERMES moins un vrai pachyderme ( les anoplotherium de nos carrières à plâtre), comme j’ai même trouvé en consultant l’ensemble de la structure , qu’il falloit associer les solipèdes avec les pachy- dermes ordinaires , il est évident que le nombre des doigts ne peut être pris en considération dans cette famille plus que dans aucune autre. Il devient donc nécessaire pour la caractériser, de se ren- fermer dans les expressions X animaux à sabots non~ruininans. Cet ordre des pachydermes ne comprenoit autrefois que cinq genres: les éléphans , les rhinocéros, les hippopotames, les tapirs et les cochons • j’y en ai transporté deux : les cheoaux et les damans j j’en ai démembré de celui des éléphans ( les mastodontes), et deux autres de celui des cochons (les pécaris et les phacochères ) j enfin j’en ai découvert quatre que je ferai connoître dans cet ouvrage, et dont deux, les anoplotheriums et les palœotheriums , sont déjà publiés et bien connus des naturalistes, ce qui porte le nombre total des genres de pachydermes à quatorze. Les hippopotames, les cochoiis, les phacochères et les pécaris, forment entre eux un petit groupe particulier, qui a des rapports marqués avec les ruminans , surtout par l’ostéologie des pieds , et qui se lie à cet égard avec le chameau , par 1 intermédiaire de mon nouveau genre des anoplotheriums. On sait que le chameau lui-même s’écarte assez du commun des ruminans, par ses incisives supérieures, ses nombreuses canines, un os de plus au tarse, une autre nature de sabots, et même par quelques différences dans la forme de 1 estomac. Un autre petit groupe est celui qui comprend le rhinocéros , le tapir, et le daman. Le daman lie par ses dents le rhinocéros à mes deux nouveaux genres du palœotherium et de Y anoplotherium ; car ces quatre genres ont presque absolument les mêmes mâchelières. ’D’un autre côté, le palœotherium lie le tapir au rhinocéros par la forme des pieds \ comme le tapir lie le palœotherium aux pécaris , et par suite aux cochons , mais surtout au chei’al, par le moyen des incisives et des canines. des terrains meubles. 5 \j anoplotheriujn seul reste isolé à ce dernier égard , ne ressem- blant à aucun animal connu, à cause de la série non interrompue que forment ses trois sortes de dents. Les dents de devant ne sont pas le seul rapport du cheval avec le tapir, palœoiherium et \e rhinocéros. Les os des extrémités de ces animaux sont très-semblables. Quoique le cheval ait l’air de n avoir qu un doigt , il en a réellement trois , les latéraux presque réduits à rien se trouvant cachés sous la peau; et nous verrons une espece â.e palceotherium où le doigt du milieu de derrière est déjà Beaucoup })lus grand que les deux autres. La trompe du tapir, à laquelle celle du palœotherium devoit fort ressembler , n’est aussi qu’un prolongement des naseaux du c/zepaZ. Plusieurs muscles très-singuliers sont communs à ces deux genres, comme on peut le voir Aaus rlnatornie comparée ^ tandis que la trompe de Y éléphant est construite sur un plan qui lui est absolument propre. éléphant ne trouvera d’analogues que dans les mastodontes ou animaux de Y Ohio , de Siniorre , etc. ' •> '• CHAPITRE PREMIER. SüR LES OSSEMENS b’ÉlÉph^NS, Les ossemejis fossiles d’éléphans sont ceux qui ont éveillé, les premiers, et le plus généralement soutenu l’attention des observa- teurs, et même du vulgaire. Leur énorme masse les a fait remarquer et recueillir partout ; leur abondance extrême dans tous les climats , meme dans ceux où l’espèce ne pourroit subsister aujourd’hui , a frappé d'étonnement , et a fait imaginer une infinité d’hypothèses pour l’expliquer ; mais il s’en faut bien qu’on ait mis autant d’acti- vité à déterminer les conditions et la nature du problème, qu’on a fait d’efforts pour le résoudre , et peut-être cette négligence dans la fixation des bases et des termes même de la question a-t-elle été une des causes qui ont rendu si malheureuses la plupart de ses so- lutions. Je veux dire qu’on ne s’est occupé que fort tard da beaucoup de questions partielles, auxquelles il auroit fallu pouvoir répondre avant d essayer ses forces sur ce grand problème. Nos éléphans actuels sont-ils tous de la même espèce ? En sup- posant quil y eu ait plusieurs espèces, les éléphans fossiles des différens pays sont-ils indistinctement de l’une et de l’autre ? ou bien sont-ils aussi répartis en diverses contrées selon leurs espèces ? ou ne seroient-ils pas d’espèces différentes et perdues, etc. ? 11 est évident qu’on ne pouvoit rien dire de démontrable sur le problème, avant d’avoir résolu ces questions préliminaires ; et ce- pendant a peine avoit-on avant nous les élémens nécessaires à la so- iuiion de Les osteologies d éléphans publiées jusques-là etoient si peu dé- 8 ÉLÉPHANS taillées, quon ne pourroit encore aujourd’hui dire de plusieurs si elles viennent de l’une ou de l’autre de nos espèces vivantes 5 et , sur cette quantité innombrable d’osseniens fossiles dont tant d’au- teurs ont parlé , à peine avoit-on obtenu des figures passables de deux ou trois. Daubenton, qui n a voit qu’un squelette d’Afrique sous les yeux, ne s aperçut point des enornaes différences de ses molaires avec les molaires fossiles , et il confondit nn fémur fossile de l’animal de l’Ohio avec celui de l’éléphant. Les comparaisons faites par Tenzel, par P allas et par tant d’autres, des os fossiles avec les os frais, ne furent jamais exprimées qu’en termes généraux, et ne furent accompagnées ni de ces figures exactes, ni de ces me- sures rigoureuses, ni de ces détails abondans que des recherches aussi importantes exigent nécessairement. Je n’ai même pu me dispenser de donner une nouvelle planche du squelette entier de X éléphant des Indes. En effet, la figure publiée par Allen Moulin (i), copiée dans l’e- léphantographie ^HartenfAs , dans X Arnphitheatrum zooto- micwn de Valentin et ailleurs, est si mauvaise, qu’on ne peut y rien distinguer de précis, pas même l’espèce dont elle provient. Celle de Patrice Blair (2) appartient, il est vrai, )xX espèce des Indes j mais, outre qu’elle est faite d’après un jeune individu dont les épiphyses n’étoient pas soudées, elle est très-mal dessinée. On y a placé les omoplates à rebours 5 on a donné six doigts au pied gauche de devant, et quatre seulement aux pieds de derrière, etc. Celles de Perrault (3) et de Daubenton (4), faites 1’ une et l’autre sur un squelette que nous conservons encore, appartiennent à X espèce d’Afrique. La première est assez bonne, mais la tête y est représentée trop petite. La seconde est au plus médiocre. (1) Anatomical Account of the éléphant accidentally burntin Dublin, etc. Lond. 1682, 72 pag. 4'’- cuin 2 tab. (2) Transact. phil, tomeXXYH, n°. 826, juin 1710, pl. H. (3) Mém. pour servir à l’Hist. des An., IIP. partie, pl. XXIII. Elleaparu en (4) Hist. nat. , in-4". , lomC XI, pl- IV- EN GÉNÉRAL. g Celle de Camper est, comme celle de Blair ^ de X espèce des Indes ^ mais, quoique mieux dessinée que les autres, elle est faite d’après un très-jeune individu qui n’avoit pas acquis toutes ses ibrmes, et auquel on n avoit point enlevé ses ligamens. Il étoit donc de mon devoir de reprendre entièrement cette ma- tière, et de décrire avant tout l’ostéologie des éléphans vivans. Les occasions que j’ai eues de disséquer trois de ces animaux et de voir plusieurs de leurs squelettes, m’ont fourni, pour cet objet, des données précieuses^ on verra, j’espère, avec plaisir, laréduction d’un grand dessin que j ai fait faire sous mes yeux, avec beaucoup de soin, par M. Huet (pl. I, fig. i); la figure d’une jeune tête où toutes les sutures sont encore marquées, que j’ai fait dessiner à Londres dans le beau cabinet d’anatomie comparée de M. Broches (pl. XII, fig. I et 2), et celle d’une tête très-adulte que j’avois observée dans la même ville , au cabinet de la Compagnie des Indes, et dont M. Clift, conservateur du muséum du collège des chirur- giens, a bien voulu me faire un dessin (pl. XII, fig. 4 )• Ou recevra également avec intérêt ce C£ue j’extrais de mes observations tou- chant la croissance des dents et leur structure, ce que je dois en dire, tout nécessaire qu’il est pour l’histoire des fossiles, étant encore d’une importance plus générale sous un autre rapport, et pouvant éclaircir l’histoire des dents dans l’homme et dans les ani- maux, attendu que le volume des dents de l’éléphant rend fort visibles des choses assez difficiles à distinguer dans les autres espèces. C’est après ces recherches préliminaires sur l’ostéologie dès élé- phans vivans, et lorsque nous aurons comparé ensemble leurs di- verses espèces, que nous pourrons nous livrer avec sûreté à l’examen des ossemens fossiles du même genre. (1) Descripi, anat. d’un éléphant , pl. XYII , fig. i , et dans ses OEuvres , trad. atlas , pl. XXIV, lîg. I. T. I. SI&-. 2 10 ÈLÉPHANS première section. DmS É LÉPHANS Vir^ANS. * Le genre de rélepliant est 1 un des plus extraordinaires de tout le règne animal j sa structure est telle qu’il ne se rapproche compléte- râent d’aucun autre, et bien que les naturalistes l’aient classé parmi les pachydermes, avec les rhinocéros, les hippopotames et les co- chons, il diffère beaucoup plus de tous ces quadrupèdes qu’ils ne diffèrent entre eux; on peut dire même, qu’à beaucoup d’égards, ce gigantesque animal offre des traits frappans de ressemblance avec l’ordre des rongeurs, celui de tous les ordres de mammifères qiii est le plus restreint pour la taille. Que l’on compare, en effet, successivement toutes les parties de la tête de l’éléphant avec celle des autres animaux, c’est presque toujours parmi les rongeurs qu’on leur trouvera des analogies. Les énormes alvéoles des incisives sont le premier et le plus frap- pant des caractères qui leur sont communs. La grandeur du trou sous-orbitaire en est un second. C’est dans quelques rongeurs seulement, surtout de la tribu qui manque de clavicules, et dont les ongles sont presque aussi développés que des sabots, dans les cabiais, les paca, les porc-épics, que l’on voit des trous sous-orbitaires égalant ou surpassant celui de l’éléphant, et la raison en est que ces animaux ont besoin, pour leur énorme mufîle, de nerfs considérables comme en exige la trompe de l’éléphant. L’arcade zygomatique est dirigée et formée encore dans l’élé- phant comme dans ces rongeurs ; l’o« jugal se trouve, dans les uns et dans les autres, suspendu au milieu de l’arcade. La longueur des incisives supérieures, c’est-à-dire des défenses, qui correspondent aux incisives des autres quadrupèdes, par leur insertion dans l’os appelé incisit, ou intermaxillaire , est un Ccaractère qui tient de près à celui de la grandeur de leurs alvéoles. A la vérité le nom d’iudsives lie convient pas aux défenses de l’éléphant, qui VI VA N s. 1 1 croissent indéfiniment et ne sont point tranchantes ; mais leur croJc sance vient de ce qn elles ne sont point arrêtées par la rencontre de dents inférieures, et leur défaut de tranchant, de ce que leur émail les enveloppe^ egalement de toute part. Ces deux circonstances qui donnent aux defensesun autre usage qu’aux incisives ordinaires, n’ôtent rien à 1 analogie de nature et de position de ces deux sortes de dents ; on sait même que dans les vrais rongeurs, lorsqu’une inci- sive tombe par accident, l’incisive opposée se prolonge presque autant à proportion que les défenses de l’éléphant, mais dans une direction ii réguhere, qui fait même périr quelquefois l’animal, en l’em- pêchant de prendre sa nourriture. Les défenses qui n’étoient point estinées, comme les incisives des rongeurs, à la division des alimens ou des bois et des écorces , n’ont pas reçu à leur face antérieure cette couche d’un émail épais et dur, qui maintient, par un moyen aussi simple qu’efficace, les incisives des rongeurs toujours aiguisées : elles n’ont même qu’un émail si tendre qu’on le confondroit avec l’ivoire, sans la direction différente de ses fibres. Ces légères différences dans les caractères des défenses, qui n’en a\ oient pas impose au génie d Aristote (i), ont porté quelques an- ciens et quelques modernes à leur disputer le nom de dents 5 mais , parmi les vrais naturalistes, il n’y a eu de discussion que sur la sorte de dents à laquelle on doit les rapporter. Linnæus et M. Wiedemann ont mieux aimé y voir des canines que des incisives, parce qu’elles sortent de la bouche, comme les canines du sanglier ; mais les quatre incisives du rat-taupe sortent aussi de la bouche : ainsi ce ne seroit là quune dispute de mots; toujours est-il certain que les défenses de 1 éléphant sont implantées dans l’os incisif, et c£ue,par là, c’est aux incisives des rongeurs quelles répondent (2). ^'11 Hist. an., lib. II, C. XI; Pline, lib. YIII , c. IV; Philos irate , Vita po * • II, c. IV, reconnoissent les défenses pour des dents. cité par Pline , loc. cit. , et ausanias^ lib. c. XII , ont prétendu y voir des cornes ; mais cette idée bizarre n^uroit pas mente d’étre soutenue par Ludolphe (Æthiop. , Jib. I, cap. X) , ni par Perrault (Descr. de l’eleph. de Versailles). (2) Je n’ai pu comprendre ce que veut dire M. Tilesius dans sa note sur le Mémoire 2 12 ÉLÉPHANS Les mâchellères des éléphans leur donnent, encore plus sensi- blement que leurs incisives, un rapport avec les rongeurs, car ce n’est que parmi ces derniers que l’on trouve des mâchelières com- posées de lames transversales et parallèles entre elles : telles sont celles des cabiais, des campagnols, des lièvres; plusieurs de ces dents représentent à s’y méprendre celles d un éléphant en petit (i). En un mot , dans toute la tete de 1 elepliant , il ^’y ^ que la brièveté des os du nez, déterminée par la nécessité de donner de la p’ ce et du jeu aux muscles de la trompe, qui trouve quelque ana- logie dans le tapir, encore les connexions ne sont-elles pas les mêmes, et, pendant que dans le tapir, comme dans le rhinocéros, le maxillaire vient s’interposerauborddesnarines externes, entre lenasal etl’iriter- maxillaire, dans l’éléphant ces derniers deux os se touchent comme danslesrongeurs et dans leplus grand nombre des autres quadrupèdes. Cette ressemblance dans les têtes n’en implique pas autant qu’on pourroit le croire dans les autres parties du corps. L’omoplate de l’éléphant cependant ne ressemble qu’à celle du lièvre, par la bifurcation de son acromion. Article premier. Description ge'néi'ale de Vostéologie de V éléphant, principa- lement d’après V éléphant des Indes. lo. De la tête. On peut prendre une idée de la forme générale et des details des parties de la tête des éléphans vi vans, dans nos fig. 1? 2 et 3, relalif au mamoulh de M. Adams (Méin. de Pétersb. , tome V . P* 4^6). Après avoir rapporté Je passage ou Linnæus dit que l’éléphaiit n’a point d’incisives , mais que ses canines supé- rieures sont allongées, et celui où je dis au contraire que ce sont ses incisives supérieures qui sont allongées en défenses , il me reproche d’avoir adopté l’erreur de Linnæus. (gluant aux erreurs que M. Tilesius commet lui- même, en disant que ces défenses ne sont pas des dents , qu’elles n’ont pas d’émail , etc, , je ne m’amuserai pas à les réfuter. fO M. Tilesius ne s’est pas moins trompé sur les molaires de l’éléphant que sur ses VIVANS. ^3 pl. II; 9 et lo , pl. IV 5 sutures l’on devra consulter les % r et a , pl. X ; pour la coupe verticale la fig. 5, pl. IV (i). La forme tout-à-fait extraordinaire et anomale de cette tête est due , I®- ù 1 élévation et à la direction presque verticale des alvéoles des défenses, et à la hauteur qui en résulte pour les os intermaxil- laires. Voyez pl. XII, fig. i, 2 el 3, a. b. 2®. A l’élévation correspondante des maxillaires, , en cette partie. 3®. A la brièveté des os du nez , d, nécessaire à la mobilité de la trompe. 40. Et principalement h. l’énorme renflement produit à la partie supéiieure, temporale et postérieure du crâne, par les grandes cellules, ou les innombrables sinus frontaux qui occupent dans ces parties 1 épaisseur des os. Ce renflement augmente beaucoup avec 1 âge, comme on peut le voir en comparant la fig. 2 à la fig. 3. Il résulte de ces diverses causes, que la tête de l’éléphant est plus élevée verticalement et a proportion de sa longueur horizontale , qu’aucune autre tète, en n’exceptant pas même celle de l’homme- que l’ouverture extérieure des narines, au lieu d’être au bout du museau, se trouve au milieu de la face antérieure; que cette face anterieures etend, en s inclinant très-peu en arrière, depuis les bords des intermaxillaires, «, jusqu’à la crête occipitale, /; que cette crête s’élève jusqu’au sommetde la tête ; quele trou occipital, /?, est au milieu de la face postérieure, laquelle aussi est très -peu inclinée ; que les ailes ptéiygoïdes, au lieu de s’étendre en longueur, montent presque incisives, quand il a dit, W. cit. , p. 457: Quales ianullo alio animalium genere in.e- niuntur. (.) On peut aussi avoir recours aux figures de têtes d’éléphans publiées jusqu’ici , savoir.- aubenton ap. BuJJ. , tome XI , pl. V de face , pl. VI en dessous , pl. IV de profil avec tout '’déphant d’Afrique; Pinel, .lourn. de Phys. , tomeXLllI, iuill. rilénh. Mém. de l’In.stit. Cl. des Sc. , tome II, pl. H , ^I "il d’Afrique; Faujas , Essais de Géologie, d’après les deux espèces; Hoiiel , Illst. nat. des deux éléph. du ^ ■ J' ’ ^ *’ 3 et 6, d’après un éléphant des Indes; Spix, Cephalogenesis . pl. VII, %. 18, d apres l’éléphant des Indes. r b , i4 ÉLÉPHANS verticalement. La tempe est énorme en comparaison de l’orbite; mais, comme on peut le voir fig. i, elle ne se rapproche pas de la tempe correspondante, et il n’y a point de crête sagittale; l’apo- physe postorbitaire du frontal, i , est courte et obtuse ; l’arcade, ^ Z, est droite et horizontale ; l’apophyse post-orbltaire du jugal , ttz, est aussi courte et obtuse, et reste fort éloignée de celle du frontal ; les deux énormes alvéoles des defenses restent séparés par un espace enfoncé, zzo, fig. i ; l’ouverture externe des narines est très- grande, beaucoup plus large que haute , abritée en dessus par deux os du nez, d d, plus larges que longs, et qui forment en commun une sorte de protubérance mammillaire ; le reste de la face antérieure au-dessus du nez, formé par les frontaux et les pariétaux, est concave dans l’éléphant des Indes ; convexe et plus court dans l’élé- phant d’Afrique; l’occiput est très-bombé sur les côtés, et a, dans son milieu, un double enfoncement très-profond, au milieu duquel se montre une crête longitudinale , presque semblable au crista galli de l’ethmoïde de quelques animaux : c’est où s’attache le li- gament cervical , qui est énorme. Le trouauditil,/?, est au-dessus de la base postérieure de l’arcade ; la facette glénoïde est dessous, trans- versale , convexe d’avant en arrière , courbée en arc concave dans sa dimension traiisverse : elle se trouve répondre presque au milieu delabauteurdelatête.L’apophysemastoïde,^^, estpx’esquenulle , pla- cée à l’arrière de la tète, à la hauteur du trou auditif et du condyle occipital, mais plus près du condyle. Une voûte arrondie, r, sépare les alvéoles des défenses de ceux des molaires. Le reste du palais, entre les molaires, est assez long et étroit; la région basilaire va en montant. Telle est la description générale de la tête de l’éléphant. Quant aux sutures , il y a d’abord, no , celle qui descend des narines au bord incisif, et qui sépare les intermaxillaires 1 un de l’autre. Ces os remontent de chaque côté du nez jusqu au côte de la racine de l’os nazal, et ont eux -mêmes, en dehors, la partie descendante des frontaux qui vient border l’orbite en avant, z>. Le maxillaire s’élève en pointe, de manière à toucher aussi un peu celte partie du frontal (entre S, et b\ La suture, bc, qui sépare 1 inter- VIVANS. c- i5 maxillaire du maxillaire descend obliquement le long du côté externe de l’alvéole, tourne ensuite son bord postérieur et remonte dans 1 épaisseur des bords du trou incisif, en sorte que ce trou appartient aux deux os, et que 1 on ne voit que du maxillaire à la face postérieure de 1 alvéole de la défense, et dans toute cette voûte cpii sépare cet alvéole des molaires. Cependant la défense meme est toute entière dans l’mtermaxillaire. Le trou incisif, fort large en bas et en arrière, se rétrécit en un long canal, qui monte entre les intermaxillaires et les maxillaires jusques au iiiancher des narines. L’os lacrymal, /, est petit, long et étroit, dirige horizontalement entre le frontal et le maxillaiie au bord interne de l’orbite, et ne touche pas à l’inter- maxillaire ni au jugal ; il n’y a point de trou lacrymal. Le trou sous-oibitaire, u, est assez large et forme un canal très-court dans la base antérieure de 1 arcade. L’os jugal, v , ne commence que vers le bord externe de l’orbite; il s’unit ensuite, par une longue suture presque horizontale, sous l’apophyse zygomatique du temporal I allant autant en arrière quelle, en sorte qu’il règne jusque sous l’o- reille. Les frontaux s’élèvent peu, de manière qu’ils forment un bandeau transversal étroit, en forme d’arc, de cercle, j, i, w, i, s, fig. I, descendant des deux cotes du nez jusqu’aux lacrymaux, qui . sont eux-mèmes plus bas que les narines. La suture, s s', c{ui sépare dans 1 orbite les frontaux des lachrymaux et des 'maxillaires, est presque horizontale. Elle remonte ensuite dans la tempe ^ en .a;) pour les séparer du temporal, et, reprenant transversalement sous le pariétal A (voyez x''), elle leur donne ainsi sur le côté de la tête une partie bien plus large que celle qu’ils ont en avant. Le ternporal, y q s élève fort haut, et forme presque toute la partie atérale de la crête occipitale ; il prend de chaque côté environ un sixième de la face du même nom, occipital supérieur s’avance au-dessus de la crête, en sorte qu’il paroît à la face antérieure du crâne (en .s, fig, i) ; c’est à lui qii appartient le grand enfoncement de la face postérieure dont nous avons parlé. Cet occipital supérieur, les pariétaux A, les frontaux et la partie I i6 lÊLÉPHANS supérieure des temporaux s’unissent de très -bonne heure pour former une seule calotte qui recouvre le dessus de la tête, e fgli, fig. 3. Cette soudure se fait avant même que les occipitaux latéraux soient unis à l’occipital supérieur. Je n’ai point vu d’interpariétal. Le palatin avance jusqu'au milieu del espace occupé par les molaires, espace dont l’échancrure palatine prend un cinquième. Immédiatement derrière les molaires, le palatin est comme enveloppé par la partie pté- rygoidienne du sphénoïde , a, fig. 2, qui se contourne en surface conique de manière à embrasser aussi une partie du maxillaire ; elle remonte ainsi obliquement en avant, pour se continuer avec une crête du frontal, dont les racines commencent à se former en ü , et dont la partie triturante / est déjà usee en table. Les lames postérieures rn sont encore intactes n. Le germe de 1 arriere-dent encore enclavé dans sa capsule membraneuse, et celle-ci logée dans une cavité de l’arrière-màclioire. O. Le nerf de la cinquième paire , qui donne des filets aux capsules des dents et à leurs noyaux pulpeux. Ces deux mêmes dents sont représentées plus en grand , pl. III , fig. i et 2. Fig. 1 est la dent en activité -, a , b , la portion de ses lames déjà usée en table ■ b c \a. portion encore intacte; d , e , f, ses racines .^ui s’enfoncent entre les productions de l’alvéole On a enlevé toute la face intérieure des racines et de la base du fust de 1-, . “ uont, pour montrer le noyau pulpeux , Â-, Z, m. Comme le corps de la dent est presque enlièrement fermé et rempli , les petits murs transverses 71 , o,p,q,r, s, sont presque entièrement raccourcis et comprimés ; mais en revanche les pédicules t, u, v, x, qui servent à la formation des racines sont déjà fort allongés. ‘ Fig. 2 est le germe de l’arrière-dent , retiré avec sa capsule de la cavité de l’arrière- machoire. a , b. Reste du périoste de l’alvéole. c, d. Partie antérieure de la membrane externe de la capsule. e Portion de celte membrane externe, détachée et rejetée en bas, pour montrer I» ttiembrane int erne h, /. h, k,kk, etc. Productions transversales de cette membrane interne, lesquelles séparent Jes lames de la dent et les murs gélatineux sur lesquels ces lames se forment. On a enlevé les portions de la membrane qui réunissoient ces productions, afin de faire ’^’ir les lames de la dent qu elles couvroieiit. l, l. Le corps du noyau pulpeux de la dent. Prljùc^onrH T’ murs transverses qu’il envoie entre les ® la capsule et sur lesquelles se forment les lames de la dent n ^ n .n .n. etc T jv t » • *-ames dites osseuses transsudées par ces petits murs oui les enveloppent, dont 1 ensemble doif fnr- i i x t • ^ ^ * » y , . mcnier la dent. Les postérieures sont beaucoup plus courtes et n en- nbi ^°’*'plélemenl leurs petits murs, parce que la transsudation commence P‘us tard en arriéré. 'ri tea ’ ” ’ ^ sur ces lames par la face interne de la Capsule. Il y en a “coup moins sur les lames postérieures , par la même raison. ^ 46 ÉLÉPHANS Dans la cortical a déjà couvert l’éni ail et soucie les lames ensemble. P P Les solutions de continuité qui séparent les commencemens des pédicules des î*âCltl 0 s • Fig. 3 est la partie moyenne de ce même germe , vue par sa face postérieure. fl, a. Sa base vue en raccourci. l; L’un des derniers petits murs trans\ erses. c. Lame dite osseuse qui ir’enveloppe encore que ses dentelures. d. Une dentelure dont l’enveloppe n’est pas encore jointe ami autres, e , e, e , e. L’émail tpi commence à se déposer sur cette lame. f. Reste de la capsule. . g, g. Extrémités des lames transverses de la capsule. h , h. Bases des petits murs transverses du noyau pulpeux. i, i, i. Lames de la dent qui les enveloppent. k k Email qui commence à se déposer sur ces lames. Fig. 4 représente les derniers petits murs du noyau pülpeux , delacliés du reste et écartes les uns des autres. ^ b a * i j i Les lames en cornet qui avoient commence a se former sur les dentelures du plus antérieur. h. Celles qui ne faisoient que dé naître sur les dentelures de l’avant-dernier. c. Le dernier de tous qui n’avoit encore aucune enveloppe dure. Fig. 5. Une lame de germe de dent d’éléphant des Indes , vue par sa face large. a Sa partie qui devoit bientôt poindre hors de la capsule et de la gencive , et où l’on voUdéj^à le cortical répandu comme par gouttes. ô ^ Sa partie moyenne où il n y a encore , sur la substance dite osseuse , que 1 email comme des filets de velours. , • c c Sa partie de la base, où la substance dite osseuse est encore a nu , sans emaii ni cortical. Fig 6. Une lame pareille de l’éléphant d’Afrique. fl. L’arête qui donne à la coupe des lames de cette espèce la figure d’un losange. Article III. Suk' les défenses des éléphans ^ la structiiTe , l acci oissement , les caractères distinctifs de V ivoire et sur ses maladies, — Fin des remarques générales sur les dents. j^ous ne nous arrêterons pas à réfuter 1 opinion de quelques mo- dernes (i), les défenses de l’éléphant sont des cornes. ‘C est une (1) Ludolph. cethiop.,\ih. I, cap. lo; Perrault, dans sa description de 1 éléphant de Versailles, etc. VI VANS. vieille idée soutenue par Paiisanias[\) , déjà complètement réfutée par Philostrate (2), et que personne n’adopte plus. Au contraire , la plupart des anatomistes qui pensent que les dents croissent comme les os ordinaires, par une sorte d’intussusception , prennent leurs preuves de Tivoire, de ses maladies et de ses accidens. Cependant Tivoire se forme , comme les autres dents , des couches successives transsudées par le noyau pulpeux. J’ai ouvert moi-mènie l’alvéole de la base d’une défense sur un éléphant frais, et c’est là que j’ai vu évidemment un noyau pulpeux d’une grandeur énorme et entièrement dépourvu de toute union organique avec la défense qu’il avoit cependant sécrétée. Quoique l’individu fût parfaitement frais , onnevoyoit pas la moindre adhé- rence entre la défense et le noyau; pas la moindre libre, pas le moindre vaisseau; aucune cellulosité ne les lioit. Le noyau étoit dans la cavité de la défense comme une épée dans son fourreau, et n’ad- héroit lui- même qu’au fond de son alvéole. La défense est donc dans son alvéolé comme un clou enfoncé dans une planche. Rien ne l’y retient que l’élasticité des parties qui la serrent; aussi on peut en changer la direction par des pressions douces. C’est une expérience qui a réussi av ec notre second éléphant; ses défenses se rapprochoient de manière à gêner les mouvemens de sa trompe ; on les écarta par degrés au moyen d’une barre de fer dont le milieu étoit en vis, et qui s’allongeoit a voloule. Chacun sait que les dentistes font la même chose en petit avec des fils pour les dents qui n’ont qu’une racine. Les couches successives, dont l’ivoire se compose , ne laissent que peu de traces sur la coupe d’une défense fraîche; mais ici les fossiles nous aident à mieux connoître la structure des parties. Les défenses décomposées et altérées par leur séjour dans la terre se délitent en lames coniques et minces, toutes enveloppées les unes daus les autres, et montrent par là quelle a été leur origine. (1) Lib. Y, cap. 12. (2) Viia Apollonn , Hb. Il, cap. i3. 48 ÉLÉPHANS Aucun os proprement dit ne se délite jamais de cette manière. Sloane est, je crois, le premier qui ait tait cette remarque. Les gravures, les entailles quelconques Dûtes à la surface d’une défense ne se remplissent jamais ; elles ne disparoissent qu’à mesure que la défense s’use par le frottement. Il est vrai c[u’on trouve quelquefois des halles dans l’intérieur de l’ivoire, sans qu’on voie le trou par lequel elles sont entrées. Notre Muséum en possède trois exemples j on en voit d’autres al- légués dans divers ouvrages (i). Quelques-uns en ont conclu que le chemin traversé par les balles avoit dû être renq)li par les sucs même de la défense et par sa force organicjue (2); ou, comme s’exprime Haller, par une espèce de stalactite (3j: mais il est aisé de voir, au contraire , qu’il n’y avoit pas eu de trou et que la balle n’étoit pas entréepar le côté OÙ elle adhère. Toute la portion d’ivoire en dehors de la balle est semblable au reste ; il n’y a que ce qui l’entoure immédiatement qui soit irrégulier : c’est que, venue par le côté opposé, elle avoit traversé l’alvéole et la base encore mince de la défense d’un jeune éléphant, et s’étoit logée dans le noyau pulpeux qui étoit encore dans tout son développement : elle a été saisie ensuite par les couches que ce noyau a transsudées, et y est restée ])rise. Camper l’a déjà expliqué ainsi {Desc. an. d un éléph., p. 54)- On ne peut donc déduire de ce Lit aucune conséquence propre à justifier la nutrition de l’ivoire par intussusception. Par la même raison il neprouvoit rien contre l’opinion de Duhamel sur la formation des os par l’endurcissement des couches successives du périoste , quoique Haller en ait tiré l’un de ses principaux argumens. Quant aux maladies de l’ivoire, celles qui tiennent à 1 altération de son tissu viennent tout simplement d’une maladie dans le noyau (1) Blumenhach, Manuel cl’Anat. comp. , p. 43 ; Gallandat , Mém. de l’Ac. de Ilaarlem, IX, 352 ; Bonn, Thés. Hovian., p. i41i; Camper , An. d’un ÉI. , pl. XX, fig. XI et XII ; Hallei' , Op, min. , II, p. .554. (2) Haller , Phys. , XIII , p. Sig. (3) îb. , p. 33o. VIVANS. 49 pulpeux, à l’époque où il sécrétoit la portion altérée; et ce qu’on a appelé des exostoses est toujours en dedans et jamais en dehors. C’est l’effet d’une sécrétion momentanément trop abondante en un certain point. Au surplus , on a donné souvent pour ivoire malade des portions de dents canines de morse {trichecus rosmarus'), dont la texture est naturellement grenue. Il y en a de décrites sous ce titre dans Daubenton lui -même. Les maladies des dents sont à peu près dans le même cas que celles de l’ivoire. Ce qu on a nomme cane , suite presque nécessaire de l’enlèvement de 1 émail, est la décomposition que la substance interne subiroit, quand même elle ne seroit plus adhérente au corps, si elle restoit exposee à la chaleur de la bouche et à l’action de la salive et des divers alimens; mais elle n’a point de rapport avec la carie des os. La disposition de certaines personnes à voir leurs dents se carier , vient de ce que la substance de celles-ci n’est pas d’une bonne com- position, et tient au mauvais état du noyau pulpeux lorsqu’il les transsudoit. 11 en est de meme des taches, des couches plus tendres, qu’on ob- serve dans 1 épaisseur de certaines dents. Ce sont des effets d’indis- positions momentanées du noyau pulpeux. Les douleurs, les inflammations sont dans le noyau pulpeux et non dans la partie dure de la. dent. C’est le noyau pulpeux qui est sensible aux chocs et à la température des corps, au travers de l’en- veloppe que la partie dure lui forme. On s’étonnera peut-être qu’une enveloppe aussi épaisse et aussi dure n emousse pas toute sensation ; mais la pulpe du noyau des dents est, après la rétine et la pulpe du labyrinthe de l’oreille, la paiüe la plus sensible du corps animal. Les poissons, qui ont leur labyrinthe enfermé dans le crâne, sans caisse, sans tympan, sans osselets, en un mot, sans aucune communication ouverte à l’extérieur , entendent par les ébranlemens communiqués au crâne. C’est quelque chose de beaucoup plus fort en sensibilité que ce que les dents éprouvent, ï. I. r. 5o ÉLÉPHANS Les exostoses des dents , les fongosités ne viennent point à la sur- face de l’émail dune dent saine, mais dans le fond des creux des caries. Ce sont des productions du noyau pulpeux qui ont percé la matière dure dans le fond aminci de ces creux. L allongement continuel des dents qui n en ont point à leur op- posite pour les retenir, s accorde avec tons ces faits 5 la portion, une fois sortie de la défense de l’éléphant, s’allonge toujours, mais ne grossit et ne durcit point : c’est qu’elle est toujours poussée en arrière par des couches nouvelles, tandis qu’elle-même ne peut plus éprouver aucun changement. On sait jusqu’où cet allongement se porte dans les lapins qui ont perdu une dent, et dont la dent opposée ne s’use plus par la mastîcatioji. Continuant d allonger en arrière, elle finit par empêcher l’animal de manger. C’est dans ce sens qu’A- ristote a dit que les dents croissent toute la vie, tandis que les autres os ont des limites déterminées. II faut ajouter cependant que les dents ordinaires en ont aussi une : c’est quand l’entrée de leur cavité est oblitérée , et que leur noyau pulpeux ne reçoit plus de nourriture; mais la nature a eu soin de laisser les voies toujours ouveites dans les animaux qui, usant beau- coup 'leurs dents, avoient besoin qu’elles se réparassent toujours en arrière : tels sont les lapins pour leurs incisives, et les éléphans, pour leurs défenses: la racine ne s’y rétrécissant point, son canal ne peut être bouché. Article IV. Des différentes espèces d’éléphans actuellement existantes ,• de leurs caractères distinctifs^ et des variétés qui H^u dans chacune déliés. lo. Différences des mâchelières. On a long-temps possédé et décrit indistinctement des dents mo- laires de \ éléphant des Indes et de X éléphant d Afrique , sans les comparer et sans s’apercevoir qu’elles ne se ressemblent pas en tout. VI VANS. 5i Ainsi la société royale de Londres fit représenter, en 1715, des mo- laires d’ Jfrique, pour servir d’objet de comparaison à des molaires fossiles qui, comme on sait, ressemblentbeaucoup àcellesdes//?^^^^, et personne n’insista sur une différence qui sautoit aux yeux. L’exact et judicieux Daubenton ne la remarqua pas davantage, et Suffbn ni Limiœus ne soupçonnèrent jamais qu’il put y avoir plus d’une espèce d’éléphant. On n’aperçoit pas même encore de traces de cette possibilité dans l’édition du Sjstema JSatiirœ, par Gmelin; et en effet tout ce que l’on trouvoit là-dessus dans les anciens et dans les voyageurs, étoit vague, et pouvoit ne se rapporter qu’à de simples variétés. Tel est, par exemple, ce que les anciens ont dit sur les différences de ces éléphaus et sur leurs divers degrés d’aptitude à la guerre. Polybe^ Hv. II, c. XVII, en racontant la bataille perdue auprès de Raphie , par ^ntiochus le grajtd, contre d*io/oniée IP Philopator, l’an de Rome 535, 17 i ans avant J. G., parle de la supériorité des éléphaus des Indes sur ceux de Lybie qui avoit d’abord paru faire pencher la victoire du côté d Antiochus, et dit a cette occasion que les e'iéphans de Lybie redoutent ceux des Indes et ne peuvent ni les sentir , ni en ouïr le cri, ou plutôt, que c’est lagrandeur et la Jorce de ceux-ci qui leurjait prendre la fuite. Tite-live, liv. XXXVII, ch. 3q, rapporte quelcjue chose de sem- blable à l’occasion de la bataille ôs! Magnésie, perdue 27 ans après, l’an de Rome 56a, parle même Antiochus contre les romains com- mandés par Scipion V Asiatique , et sous lui par Cn. Domitius son lieutenant. 11 dit que « le général Romain qui n avoit que seize éléphaus, les plaça à V arrière-garde , non-seulement pai'ce quils n auraient pu résister à cause de leur petit nombre à ceux du roi, qui en apoit cinquante-quatre, mais encore parce que étant d’Afrique, iU n auraient pu à nombre égal soutenir le combat contre ceux des Indes , cette dernière race ayant à la fois plus de courage et une taille beaucoup supérieure. » Appien donne la. même raison de cette manœuvre (de Bellis Syriac. èd. d’Amsterd. 1760, 8®. I, p. 172). Selon loi'^^Dotmtius jugeant que 7^ 52 ÈLÉPHANS les éle'phansquil açoit Afrique ne lui seraient aucune utilité , parce quils étaient en moindre narnbre, et plus petits EN leur QUALITÉ d Africains {oîa, ù^t€va>v), et que les petits redautent les prands f il les plciça a l arriéré— ^arde (fdlŸta'iv S'uriffco â'W’ctvJaçf L inscription à.Adulis, rapportée par Cosnias , nous apprend (jue les rois d Egypte tiroient les elephans cju ils dressoient pour la guerre, de l’Ethiopie et du pays des Troglodites, c’est-à-dire, des contrées situées vers la mer des Indes (i). Ptalamée ///, Eoergète, auteur de cette inscription , semble déjà s’y glorifier de ce qu’avec ces elephans, il s’etoit rendu maître des éléphans des Indes que pos- sédoit apparemment le roi de Syrie Antiochus Theus^ contre qui l’on sait qu’il fit une guerre heureuse. Le même Cosmas dit que les Ethiopiens ne savoieiit pas dresser ces elephans ^2). Ainsi , bien que dans toutes ces occasions, les armées qui ne possé- doientque des éléphans d’Afrique aient été victorieuses, la supé- riorité des elephans des Indes en taille et en courage, n’en étoit pas moins une chose communément admise chez les anciens. Diodare (3) , Pline (4) 5 Philastrate (5) et Solin (6) en parlent d’une manière générale; mais aucun de ces auteurs, non plus que les historiens d’où ils ont probablement tiré leurs propositions, ne font connoître des caractères sensibles d’où l’on auroit pu conclure que cette supériorité tenoit à une différence d’espèce. Diadare même l’attribue expressé- ment à ce que l’Inde leur fournissoit de meilleurs pâturages (7). Quant à la distinction établie par Philastrate (8) entre les éléphans de montagnes , de plaines et de marais , et aux différences de leur na- (1) Cosmas, Indico-pleustes ap. Thevenot , divers voyages, t. I, P- ^ , de Cosmos et ap. ^^OPtJ'ûucofi f (2oll^ patr>) II 5 i/|l* (2) Jbid.^ 33g. (3) Diod. Sic., Hb. II, p. lar de l’édition de TVechel, 85 de celle d’ZTerari Etienne. (4) Plin. , lib. VIII , cap. 1 1 , in fin. (5) Philostr., Vit. Apollon. , lib. II, c. 6. (6) Solin. , c. i5. b) Diod. , loc. cit. C8) VitaApoll., lib. II, cap. l3. VI VANS. 53 naturel et de leur ivoire, on devoit croire que si elles sont réelles, elles ne constituent que de simples variétés. yimintianus dans son traité des éléphans, selon un scholiaste de Pindare, cité par Gesner^ pag. 378 , avoit cependant indiqué un ca- ractère positil, et vrai; c’est quil ny a de déjenses qu aux mâles dans V espèce des Indes, et que les deux sexes en portent dans çelle de Lybie et d Éthiopie. Cosmas avoit aussi annoncé quelque chose de semblable. Les éléphans des Indes , dit-il, ?i ont point de longues déjenses, et quaizd ils en aUTOient les Indiens les leur couperoient de peur que le poids de ces armes ne les gênât dans les combats. Mais r Éthiopie a beaucoup dt éléphans poimms de longues déjenses , et Von en exporte de là sur des vaisseaux , aux Indes, en Perse, dans le pays des Hornérites et dans tout V empire ro- main (i). Mais toutes ces indications étoient trop vagues pour des naturalistes, et n’excitèrent nullement l’attention des modernes. Ainsi la première distinction vraiment spécifique des éléphans, celle qui est fondée sur la structure intime de leurs dents molaires, est entièrement due à P. Camper. Quoiqu’il n’en ait rien écrit, les planches où il les avoit représentées , et les témoignages de son fils et de M. Faujas la lui assurent (2). M. Blumenbach en avoit aussi fait de son côté l’observation ; il avoit caractérisé les deux espèces d’après cette seule différence, dans son Manuel, sixième édition, p. 121 , et avoit fait représenter les deux sortes de dents dans ses ahhildungen , pl. 19. Cette différence consiste dans la forme des plaques et dans leur nombre; on l’observe dès le germe. Ces germes de X éléphant des Indes sont des lames dont cha- cune est formée de deux surfaces à peu près parallèles, et simplement (1) Cosmas , ïndico-ph.ustes ap. Montfaucon Coll, nov.patr. , U) 33g. (2) Description anatomique d’un éléphant, p. 16; et Faujas (Essais de Géologie, C 246). 54 ÈLÉPHANS sillonnées sur leur longueur. (Voyez pl. III, fig. 5. ) Dans ^éléphant d’Afrique, 1 une des surfaces ( et souvent toutes les deux) pro- duit dans son milieu et sur à peu près toute sa hauteur une saillie anguleuse 5 ses sillons sont aussi beaucoup moins nombreux. ( Voyez pl. III, fig. 6. ) Il résulte de cette structure des germes cpie la coupe des lames, quand la dent a été usée, présente dans X éléphant des Indes des rubans iransverses étroits, d’une égale largeur, et dont les bords, formés par l’émail, sont très-lèstonnés ; et dans X éléphant d’Afrique des losanges, ou des rubans plus larges au milieu qu’aux deux bouts, et dont les bords sont rarement découpés en festons bien sensibles. A cette différence de forme, s’en joint une dans le nombre : les lames de Y éléphant d Afrique étant plus larges, il en faut moins pour former une même longueur de dent ; neuf ou dix de ces lames font une dent aussi grande que treize ou cjuatorze de l’espèce des Indes. Il paroit cjue ces deux espèces observent la même proportion dans les dents de même âge que dans celles de même longueur. Ainsi , en comparant nos crânes éXAsie avec ceux àl Afrique, à peu près de même âge, nous trouvons aux dents postérieures des premiers quatorze ou quinze lames, et à celles des autres neuf ou dix seu- lement. Aussi n’avons-nous jamais vu de dent d’Afrique qui eut plus de dix lames, tandis que celles des Indes en ont, selon M. Goxe, jusqu’à vingt-trois, et que nous en voyons de fossiles à vingt-quatre et vingt- cinq. 20. Différences relatives aux défenses. Le tissu (les défenses n’offre point de différences importantes. Il présente toujours sur sa coupe transverse ces stries qui vont en arc de cercle du centre à la circonférence , et forment en se croisant des losanges curvilignes qui en occupent tout le disque, et qui sont plus ou moins larges, et plus ou moins sensibles à l’œil. Ce VIVANS. 55 caractère, commun à tous les ivoires d’éléphant et dépendant immé- diatement des pores de leur noyau pulpeux, ne se trouve dans les défenses d’aucun antre animal. On l’observe dans toutes les défenses fossiles, et il réfute 1 opinion de Leibnitz (i), adoptée par quelques autres écrivatins et même par Linnœus (2) , que les cornes de mam- mouth pourroient provenir du morse '\trichecus rosmanis'). Les défenses du morse paroissent toutes composées de petits grains ronds accumulés. La grandeur des defenses varie selon les espèces, selon les sexes et selon les variétés j et comme elles croissent pendant toute la vie, l’âge influe plus que tout le reste sur leurs dimensions. L éléphant d’Afrique a, du moins dans certains pays, de grandes defenses dans les deux sexes. La femelle africaine de 17. ans, cjui a vécu à la ménagerie de Louis XIV , et dont nous possédons le squelette, fait par Duveiney, en poite de plus grandes que tous les éléphans des Indes mâles et femelles de même taille dont nous avons eu con- noissance. C’est en Afrique qu’on trouve le plus d’ivoire, les défenses les plus volumineuses, et celles dont Tivoire est le plus dur et conserve le mieux sa blancheur. Gosmas avoit déjà fait cette remarque, comme nous l’avons vu. Il se trouve à la vérité dans Sparmann (3) un passage où il est dit qu au Cap l’on reconnoît les femelles d’ éléphans à la petitesse de leurs défenses, mais cette expression est un peu vague, et n’em- porte pas précisément une petitesse telle qu’ elles ne paroîtroient pas ou presque pas , comme dans les femelles de l’espèce des Indes. Dans l’espèce des Indes , il y a beaucoup de variétés que M. Corse a développées avec pins de soin qu’aucun autre (4). D abord aucune femelle n’y porte de longues défenses 5 elles les (1) Protogœa, § XXXIV, p. 26. (2) Sjst. Nat. , ed. XII, p. 4g. (3) p qyage au Cap , etc. , trad. fr. , iti-8'’. , t. II, p. 5a. (4) Trans. phil. , I799 j P- 2o5 et suiv. 56 ÉLÉPHANS ont toutes petites et dirigées en ligne droite vers le bas (ce qu’a très- bien exprimé Aristote (i) dans un passage mal à propos contredit depuis), et une partie de ces femelles les ont tellement courtes, qu’on ne peut les apercevoir qu’en soulevant les lèvres. De plus , il s’en faut bien que tous les mâles en aient de grandes. Taçemier dit qu’il n’y a dans file de Geylan que le premier né de chaque femelle qai en porte (a). On distingue sur le continent de rinde les dauntelah ou éléphans k longues défenses, des mooJcna qui les ont très-courtes. Ceux-ci les ont toujours droites. FTolfs , qui a voyagé long-temps à Geylan , dit aussi qu’il y a dans cette île beaucoup de males sans défenses , et qu’on les y nomme maja- nis (3). Parmi les dauntelah , on distingue encore , suivant Corse , les pullung dauntelah dont les défenses se dirigent presque horizon- talement et les puttel dauntelah où elles se portent droit vers le bas. Entre ces deux extrêmes, il y a plusieurs intei’raédiaires , et l’on a aussi donné des noms aux individus dont une défense diffère de l’autre ou qui n’en ont qu’une en tout. Mais toutes ces variétés n’ont rien de constant et se mêlent indistinctement les unes avec les autres. On les trouve ensemble dans les mêmes hardes. Les différences de direction tiennent même souvent à des circon- stances accidentelles : à la manière dont l’individu a coutume de se servir de ses défenses, ou de s’appuyer sur lune plutôt que sur Vautre j nous en avons eu la preuve dans les éléphans de notre mé- nagerie. Au Bengale , selon M. Corse, les défenses ne passent guère plus de 72 livres en poids, et elles ne passent pas 5o dans la province de Tiperah qui produit les meilleurs éléphans. Cependant on a à Londres des défenses , probablement originaires du Pégu, qui pèsent i5o livres. C’est en effet du Pégu et de la Cochinchine que viennent (1) Hist. anim. , lib- H , C. V. (2) Taveruier, tome II, p. 175. (3) T^oyage à Cejlan , en allem. , p. io6 , cite' par Camper , An- d'un éléph. , p. VIVANS. les plus grands éléphans et les plus grandes défenses de l’espèce des- Indes. La côte de Malabar n’en donne pas , selon Pennant , qui aient plus de quatre pieds de long. Yoici une table que j’ai dressée des longueurs, des diamètres et des poids des plus grandes défenses dont les auteurs ont donné les dimen- sions ou que j’ai pu observer moi-même. Les défenses d’Afrique n’ont pu y être distinguées de celles des Indes, et il n’y a pas toute la certitude qu’on pourroit désirer sur les espèces des mesures employées. auteurs qui ont cité les faits. LEURS GARANS et les détails sur l’origine des défenses. longueur en suivant la courbure. DIAMÈTRE au gros bout. POIDS. Défense de Sumatra , selon Louis Vartoman, cité par Jonston Défense mentionnée par J. -G. Sca- » )» i681. 162 i6o Défen.se du cabinet de Septal , citée par Herzog Défense mentionnée par Vielhauer , dans son Traité des drogues étran- gères 325 looenviron. Hartenfels, Elephanto-, graphia, p. 47 1 Défense apportée des Indes à Bâle , citée par Munster , dans sa Cosmo- graphie q’ » et 48. » >1 u4 » Autre défense mentionnée par J.-C. .Scaliger plus de 5' 8' Id par Al. Cadamosto Les plus grandes défenses, selon Gyl- lo' » Une défense que possédoit un mar- i4' lo' rom. H Les défenses prises sur Firmus , par ^ Aurélien , selon FlaviusVopiscus. . * » T. I. 8 58 ÉLÉPHANS AÜTEÜRS qui ont cité les faits. I.EUB.S GARANS et les de'tails sur l’origine des défenses. LONGUEUR en suivant la courbure, Les défenses ordinaires de Guinée.. . Une défense appartenant à M. Wol- fers, négociant d’Amsterdam Camper, Des-I Défenseappartenant àM. Ryfsnyder, cription anat.l négociant à Rotterdam, selon Klob- d’unéléphant. | Défense vendue à Amsterdam , selon le même Défense du cabinet de Camper La plus grande défense du Muséum d’hist. nat. de Paris Faujas , Géo- I logie, p. Fortis , Mem. pour rHist. nat. de Citai. II. Pennant. BufFon, Hist. nat ,tomeXI,< in-4“. < Défense d?i cabinet de Florence. Les grandes défenses de Môsam- bique. . Plusieurs défenses mesurées par Eden. Lopès Drack Défensesde Lowango, selon le voyage de la comp. des Indes Défenses du Cap , selon Kolbe. ..... 8' du Rhin , 'f 4" .de Fr. 6" 6' 6" lo’ angi. ou 9'^ 2" de Fr. 9' DIAMETRE gros au bout. 9"î 5" 4" r 6"' POIDS. 100 a 120 208 25o 35o io5 72" 8“ de 90 à 125 200 200 126 de 60 à 120 Comme les défenses croissent toute la vie , et qu’il n’en est pas de même du reste du corps, la grandeur d’un élépluant ne peut se conclure de celle de ses défenses, même en établissant la proportion entre individus d’une même variété et d’un même sexe; comme d’un autre côté les défenses s’émoussent ou se cassent à leur pointe, selon le plus ou moins d usage que l’animal eu fait, et qu’elles s’ai- guisent plus, ou moins brusquement en pointe, ou ne peut conclure sûrement leur longueur de leur diamètre à la base. VI VANS. Enfin leur poids ne peut se conclure de leurs dimensions, parce c[ue la cavité de leur base peut être plus ou moins remplie. Le degré de courbure des défenses des éléphans varie presque autant que leur grandeur. Nous avons vu ci-dessus les différences les plus communes à cet égard parmi les éléphans des Indes. Il ne manque pas dans les cabinets de défenses à courbures plus ou moins bizarres, et surtout en spirale. Camper en a vu plusieurs dans le Muséum britannique {i') ^ et Grew en représente une (2) cjui fait plusieurs toui’s j je sais, par une lettre de M. Fabbroni, qu’il y en a aussi une dans le cabinet de Florence. On en voit assez communé- ment en forme d’é»' italique, etc. 3o. Différences relatwes à la forme du crâne. J’ai eu 1 avantage de faire remarquer le premier, en les caractères distinctifs qu’offrent les crânes des deux éléphans, et qui sont d’autant plus intéressans, qu’on peut les employer sur des individus vivans ou entiers, sans être obligé d’examiner leurs mâ- chelières (3). Je ne les avois reconnus d’abord que par la compa- raison d’un crâne de chacjue espèce ; aujourd’hui je les ai vérifiés sur un fort grand nombre de crânes que j’ai eu occasion de voir en divers cabinets de l’Europe, et dont Paris seulement m’a offert huit indiens et deux africains. Lorsc|ue ces crânes sont séparés de leurs mâchoires inférieures et posés sur les molaires et sur les bords des alvéoles des' défenses, les arcades zygomatiques sont à peu près horizontales dans l’une et l’autre espèce. Si on les considère alors latéralement, ce c[ui frappe le plus c’est • ~ (1) Desc. anat. d’un cUpli. , p. 52 , et pl. XV, fig. 4 et 5. (2) Mus. soc. reg. , pl. jy. (3) Voyez les Mémoires de l’Institut , classe des Sc. math, et phjs. , tome II. La planche nouvelle que je donne ici, pl. H, étoit gravée d’après mes dessins long-temps avant la pre- mière impression du présent chapitre dans les Annales du Muséum, mais j’en avois confié une épreuve à M. JViedemann, professeur à , qui l’avoit fait copier dans ses d’e Zootomie , tome II , cah. I , pl. I. 8’^ 6o ÉLÉPHANS le sommet de la tête presque arrondi dans X éléphant AjTique , et s’élevant dans X éléphant des Indes en une espèce de double py- ramide. Ce sommet répond à 1 arcade occipitale de l’homme et des autres animaux ^ et n est si eleve dans 1 éléphant qu ahu de donner à la face occipitale du crâne une étendue suffisante pour un ligament cer- vical , et des muscles occipitaux proportionnés au poids de l’énorme masse qu’ils ont à soutenir ( i). Cette différence de la forme des sommets vient de la différence d’inclinaison de la ligne frontale , qui fuit beaucoup plus en arrière dans X éléphant d' Afrique , où elle fait avec la ligne occipitale un angle de 1 1 5®, que dans X éléphant des Indes, où elle n’en fait qu’un de 900. De là naissent les principales différences du profil, comme, lo. la proportion de la hauteur .verticale de la tête à la distance du bout des os du nez aux condyles occipitaux , qui sont à peu près égales dans Xéléphayit d Afrique {^covo.va.e 33 à 3a), et dont la première est de près d’un quart plus grande dans 1 dléphant des Indes (^coïiwciq 24 à 19). 20. La proportion de la distance des bords des alvéoles des dé- fenses au sommet, a une ligne qui lui est perpendiculaire, et va du bout des os du nez au bord antérieur du trou occipital. Ija première de ces lignes est presque double de l’autre dans X éléphant des Indes (comme 26 à i4)> Elle est d’un peu moins d’un quart plus grande seulement dans X éléphant d'Afrique ( comme 21 à i6)- Outre ces différences dans les proportions , il y en a dans les con- tours : 10. le front de X éléphant des Indes est creusé en courbe rentrante et concave; celui de X éléphant d'Afrique est au contraire un peu convexe. 20. Le trou sous-orbitaire est plus large dans X éléphant des Indes. Dans celui d Afrique , il lessemble plutôt a un canal qu’à un simple trou. (I) Yoyez Pin^l , ^ XLIII , p. 47-60. / VIVANS. gj 3o. La fosse temporale est plus ronde dans X éléphant à! Afrique , et l’apophyse cfui la distingue de l’orbite'^ plus grosse que dans celui des Indes, où cette fosse a un contour ovale. Considérés par leur face antérieure, ces crânes offrent des diffé- rences tout aussi marquées. 10. La plus grande longueur de cette face, prise du sommet au bord de 1 alvéole, est à sa plus grande largeur, prise entre les apo- physes post-orbitaires du frontal, comme 5 à 3 dans X éléphant des Indes, comme 3 à 2 dans V e'iephani d Afrique. 20. L’ouverture du nez est à peu près au milieu de la face dans X éléphant des Indes 5 elle est plus éloignée d’un cinquième du bord de l’alvéole que du sommet de la tête dans X éléphant d'Afrique. Vus d’en haut, ces crânes diffèrent surtout par leurs arcades zygo- matiques, plus saillantes dans Y éléphant d'Afrique que dans celui des Indes. Par derrière on est frappé de nouveaux caractères : i'’. La hauteur des ailes du sphénoïde fait, dans X éléphant des Indes, plus des trois quarts de celle de la face occipitale 5 tandis que, dans X éléphant dÜ Afrique, elle n’en fait pas à beaucoup près la moitié. 20, Dans 1 éléphant d'Afrique, l’extrémité postérieure des ar- cades zygomatiques est presque de niveau avec les condyles occi- pitaux 5 dans celui des Indes, elle est beaucoup plus basse. 3o. L occiput est terminé supérieurement , dans X éléphant d'Afrique, par une courbe demi-elliptique, et sa base est formée par deux lignes en angle très-ouvert. Dans celui des Indes , les côtés sont en arcs convexes et le haut en arc légèrement concave. Les molaires sont placées, dans l’une et l’autre espèce, sur deux 1 gnes qui convergent en avant : elles ne diffèrent que par leurs lames, ainsi qne nous l’avons dit ci-dessus. Ces caractères, pris de la forme du crâne, sont comme on voit parlait enient distincts, et très-suffisans pour faire reconnoitrelesesjièces vivantes, meme h 1 extérieur; mais avant d’en faire 1 apjdicatiou aux crânes fossiles, il étoit nécessaire de déterminer les variétés que / 62 ÉLÉPHANS le crâne peut subir d’un individu à l’autre dans la même espèce. J’ai donc soumis mes crânes des Indes à une comparaison entre eux , et j’en ai Fait autant de mes crânes d’Afrique. Ces derniers , dont je n’ai eu , il est vrai , que deux , ne m’ont presque point offert de différence appréciable. Quant aux premiers, dont j’ai eu un plus grand nombre , et pour la connoissance desquels j’ai encore été aide par de beaux dessins faits à Londres par M. Clift, conservateur du. cabinet du collège des chirurgiens , et dessinateur habile autant qu’ anatomiste instruit , j’ai trouvé qu’ils offroient quelques variétés relativement à l’occiput et aux alvéoles des défenses. I/occiput est plus renflé en tout sens dans les uns que dans les autres, sans rapport avec la longueur des défenses. Il est aussi moins élevé dans quelques-uns, et par conséquent le sommet de la tête est plus arrondi, comme on peut le voir au crâne de mooJcnah , mâle et adulte , donné par M. Corse au cabinet des chirurgiens de Londres et représente pl. X-II , fig. 3. A eu juger par le crâne du jeune squelette du cabinet de M. Brooks (pl. XII , fig I et 3)lesjeunesindividusauroientaussicettepartieplusarrondie.^ Les alvéoles des défenses de dauntelah sont un peu plus obliques en avant; ceux des rnoohnah se portent un peu plus directement vers le bas. Ces derniers alvéoles sont un peu plus minces, mais pas à beau- coup près dans la ! proportion des défenses elles-mêmes. Ce qui manque h la grosseur des défenses est compensé par une pins grande épaisseur de la substance osseuse de l’alvéole. La raison en est que l’alvéole , servant de base et d’attache aux muscles de la trompe , n’auroit pu se rapetisser autant cjue la défense , sans que la trompe ne perdît la grosseur et la force qui lui sont nécessaires. Enfin il y un peu de variété dans la longueur des alvéoles, et, ce qui est bien remarquable encore , sans aucun rapport avec celle des défenses. Notre grand squelette moohiah les a plus longs que nos deux dauntelah, quoique ses défenses soient les plus petites de toutes. VIVANS. 63 Les alvéoles les plus longs que j’aie encore vus, sont ceux du moohiah (pl. XII, fig. 3) ; mais un très- vieux dauntelah , à dé- fenses tiès- grosses et très- emoussees, dont le crâne, conservé au cabinet de la Compagnie des Indes à Londres , a été dessiné par M. Clift, et est gravé pl. XII, fig. 4, est, de tous les crânes que j’ai vus, celui dont les alvéoles sont les plus courts à proportion. Au reste cette différence de longueur ne va pas à deux pouces. Elle n’auroit pu être considérable sans que l’organisation de la trompe changeât essentiellement, parce que les muscles de sa partie inférieure sont iiiseres sous .le bord inférieur des alvéoles des dé- fenses, et que ceux de la partie supérieure le sont au front , au-dessus des os du nez. La base de la trompe a donc nécessairement de dia- mètre vertical la distance entre ces deux points; et si les alvéoles se prolongement au-delà d’une certaine mesure, la trompe prendroit une grosseur monstrueuse. ' ^ Cet article est très-important à remarquer, parce qu’il fournit le caractère le plus distinctif de l’éléphant fossile. Si l’on veut comparer ensemble le petit nombre de figures de crânes d éléplians qu on trouve dans les ouvrages des naturalistes, je ne crois^ pas qu’on y découvre des différences plus fortes que celles que je viens d’exposer. A la vérité , feu M. Faujas avoit supposé entre les crânes des males et des fiimelles une différence dont nous n’avons point fait mention ; mais il avoit été trompé par de simples apparences ex- térieures. JNotre mâle moolcnah de Ceylan port oit à la racine de la trompe une proéminence très-sensible qui manquoit à sa femelle. M. Faujas miagmant que cette proémi.ience tenoit aux parties osseuses fit représenter ces deux têtes à la pl. XII de ses Essais de Géologie, « qjin, du-il^ p. 233^ d'éviter une erreur dans le cas où Von y> troupe? oit , pfij. H effet d'un hasard heureux, des têtes fossiles X, f ^ faciles et J'emelles , parce que étant prévenu du fait , l on ne sej'oit pas tenté d'en faire deux espèces dilTé- » rentes. » ^ UJ 64 ÉLEPHANS Mais la dissection montra que cette proéminence n’étoit produite que par deux cartilages qui recouvrent l’entrée des canaux de la trompe dans les narines osseuses. Ces cartilages étoient un peu plus bombés dans ce mâle que dans les autres individus. Ce n’étoit pas même un caractère commun 'a tous les mâles ; le dauntelah du Bengale, que nous avons possédé ensuite, ne l’avoit point. Le même auteur avoit fait donner à ses figures défenses beau- coup plus grandes que ces deux individus ne les avoient, (c afin , )) dit'il, p. 269, défaire comprendre à ceux qui n’ont jamais m » déléphans , la manière dont- ces animaux portent leurs dé- j) fenses. y> Mais alors il n’auroit pas du en faire donner de grandes à la femelle , qui n’en porte jamais de pareilles dans l’espèce des Indes. Je ne laisse subsister ces remarques critiques sur l’ouvrage de mon défunt confrère , que parce qu’il importe que des erreurs graves consignées dans un livre, d’ailleurs utile, ne puissent se propager. 4®* Différences relatwe^ oreilles extérieures. La plupart des caractères que nous venons d’énoncer, contribuant à la configuration générale de la tete , sont sensibles au dehors 5 il en est un autre plus extérieur encore , et qui peut faire distinguer les espèces au premier coup d’oeil. Je crois aussi l’avoir remarqué le premier : il consiste dans la grandeur des oreilles- éléphant des Indes les a médiocres j elles soiat énormes, et cou- vrent toute l’épaule dans X éléphant d Afrique. Je me suis assuré du premier point, i®- sur les trois éléphans que j’aivusvivansetquej’ai disséqués ensuite : deux étoient de Ceylan et le troisième du Bengale j 20. sur deux autres individus que j’ai vus vivans , et sur deux que j’ai observés empaillés ; 3». sur toutes les figures bien connues pour appartenir à l’espèce des Indes , notamment celles i VIVANS. 55 de Biiffon, de Blair et de Cainper; 4». sur la figure d un embryon d’éléphant de Ceylau, décrit par jE'. A. FF. Zlmmermann{i)> Quant au second point, j’en ai pour preuve, i°. ï éléphant de Congo , disséqué par Duverney. On peut voir sa figure dans les Mémoires pour sejvir à VHist. des Anim., part. III , et je suis sûr que l’oreille n’y est point exagérée, parce cju’on la conservoit encore, il y a quelque temps, au Muséum, et que je l’y ai vue et examinée. 2». Une oreille conservée au cabinet du roi de Danemarck , et prise d’un éléphant tue au cap de Bonne-Espérance, par le capitaine Magnus Jacobi , en 1675. Elle a 3 pieds et demi de long,'et 2 pieds et demi de large (2). 3®. Un jeune éléphant d’Afrique qui a été dans notre Muséum, et se trouve maintenant dans celui de l’Université de Leyde \ ses oreilles, quoique raccornies par le dessèchement, sont encore aussi grandes que sa tete. . 4°. Un embryon ^éléphant d! Afrique, de notre Muséum. 50. Toutes les figures bien connues pour être d! éléphant di Afrique. D’après ces caractères , on peut s’assurer sur quelle espèce ont été faites les figures dont l’origine n’est pas connue, ou celles que nous offrent les monumens. Ainsi les éléphans représentés sur les médailles romaines sont presque tous d’Afrique (3). La figure de Gessner (4), copiée par Aldrof^ande {5)^ est de l’éléphant d’Afrique. Celle de Falentin(f>f copiée par Labat{j), et altérée par Koïbe (8) , en est également. (1) Erlang, 1783 , in-4®- (2) Oligcr Jacob œus , Mus. reg. Dan., 1697 , fol. p. 3. (3) Ciqter, De Elephantis in nummis obviis , passim. (4) Quadr. , Z']-]. (5) Quadr. , Hb. I, p. ^55 (6) jmphilhédlr. zoot. , tab. I , f. 3. (7) Afr. Occ., III, P- 27 >■ (8) Relation du cap. , trad. fr. , in-i2 , tome III , p- «*• T. I. 9 66 ÉLÉPHANS Au contraire, celles de Jonston (^i) ^ qui sont fort bonnes, et qui ont servi de modèle à la plupart de celles Hartenfels dont Ludolphi^) a ensuite emprunté les siennes j celle de Neuhof{!^^ dont les défenses sont seulement trop relevées ; celles à’ Edwards (5) dont la tete est trop ronde, parce c[u elle est prise d’un jeune sujet auquel il a fallu ajouter des défenses, sont de l’éléphant des Indes. Les deux figures de Buffon (6) copiées par Schreber (7) et par Alessandri {%) sont les deux sexes de l’espèce des Indes. Meyer donne une assez bonne figure d’un mâle dauntelah {\^or- stell. allerh. tliiere , I , pl. LXIX); mais le squelette ( ib. , LXX) est copié de Blair sans aucune correction. Le fœtus d’éléphant, conservé à l’hôtel de la Compagnie des Indes occidentales à Amsterdam et représenté par Seba,t. 1 , pl. m , est aussi de l’espèce des Indes. Différences prises des parties du squelette , autres que la tête. Je n’ai eu pour les objets traités dans ce paragraphe qu’un seul sque- lette de l’espèce d’Afrique et d’un individu femelle, celui que Du- çemej avoit préparé sous Louis XIV, et qu’ont décrit Perrault et Dauhentonÿ mais j’en ai eu trois de l’espèce des Indes, préparés sous mes yeux par M. Rousseau^ mon prosecteur. Il y en a deux d’individus mâles : le premier de la variété dite aux Indes moolcnah, qui n’a jamais que des défenses très-courtes; l’autre, de celle dite dauntelah., ou à longues défenses, qui est aujourd’hui dans le cabinet de 1 Université deLeyde. Notre individu, qui appartenoit à la variété (1) Quadr. , tab. VII , VIII et IX. (2) Elephantograph. curios. passim. 13) Æthiop. , Hb. L 9- (4) Ambass. orient. , Descr. gén. de la Chine , p- 94- (5) Av. , 221 , %• I- , (6) Hist. nat. , XI , pl. I et suppl. , III , pl. LIX , et YI, pl. II. (7) Çuadr. , II , tab. 78. (8) {)uadr. , I , pl. n. VIVANS. par ses dents, appartenoitpar saforrne a la variété Ti'OTnaj'ea ou trappue; le dcaintelah au contraire, appartenoit à la variété mer- ghée ou élancée. Ainsi ils réunissoient à eux deux les principales diffé- rences que les élephans des Indes peuvent offrir. Le troisième est d’une femelle de cette même variété komarea , qui étoit venue de Ceylan avec son mâle et avoit vécu long-temps avec lui soit en Hol- lande , soit à Paris. J’ai vu encore un quatrième squelette d’un jeune individu à Flo- rence, dans le cabinet du grand-duc , et un cinquième, encore plus jeune, à Londres, dans le cabinet de M. Brooks. Enfin M. Mertrud avoit conservé quelques os isolés d’une femelle de 1 espèce des Iodes de la variété komarea^ morte a la ména- gerie de Versailles en 1 782 , et dont la peau bourrée a été donnée par notre Muséum au cabinet de l’Université de Pavie. Nos squelettes males des Indes m’ont montré que les différences • de proportion des variétés se réduisent à peu de chose. Les os de femelle ont prouvé que les sexes ne produisent point dans le squelette de caractères très-sensibles , si ce n’est un peu plus de minceur dans les os longs de la femelle et quelques différences au bassin: mais j’ai vu en même temps que les espèces en produisent de telles , que plusieurs os , examinés chacun séparément avec attention , peuvent faire connoître à eux seuls s’ils viennent de l’espèce ^Afrique ou de celle des hides, jo. \j omoplate, par exemple, fournit des caractères aussi tran- chés que le crâne. Ses trois côtés ont d’autres proportions, et ses angles d’autres ouvertures ; enfin son cou est beaucoup plus large , et l’apojffiyse récurrente de son épine est tout autrement placée dans l’éléphant des Indes que dans celui d’Afrique. Dans l’omoplate de l’éléphant des Indes (pl. VIII, fig. 6) l’apo- physe est entre le milieu et le tiers inférieur de la longueur de 1 os. Dans celui d Afrique {ib. , fig. 7) elle est au-dessous du quart inférieur. 20. L humérus donne des caractères spécifiques moins frappans que l’omoplate. Cependant celui Afrique est plus grêle que celui des Indes. 9" 68 JÉLl^PHANS Sa crête deltoïdienne descend plus bas 5 sa crête inférieure externe fait moins de saillie en dehors (voyez pl. I, fig. 4 5 celui d’Afrique, et I celui des Indes). Le canal du biceps est aussi plus large dans l’humérus d’Afrique que dans celui des Indes. Voyez pl. I, fig. 3 , où les tetes supérieures des trois humérus sont représentées. 30. \I açant-bras. Les fig. 16 — a3 de la pl. VII, toutes au dou- zième, en donnant une idée de la singulière conformation de l’avant- bras, telle que nous l’avons décrite ci-dessus, montrent aussi que ces os sont , comme les autres , plus grêles dans l’éléphant d’Afrique (fig. 16, 19) que dans celui des Indes (fig. 20, a3). La compa- raison de« fig. 19 et a3 cpi montrent les têtes supérieures vues perpendiculairement, fait voir que celle du radius est posée plus obliquement dans l’éléphant des Indes , plus transversalement dans celui d’Afrique. Je n’ai pas trouvé entre le bassin de l’éléphant des Indes et celui de l’éléphant d’Afrique de différences assez fortes pour qu’un dessin put les rendre sensibles. Le J'éTTtuv . Dans les elephans en général cet os est très-long et fort aplati d avant en arrière. L’espèce d’Afrique l’a plus grêle et à cou plus court, ce qui rend sa partie supérieure moins large que dans l’espèce des Indes (voyez pl. V, fig. 6 et y). 5». La jambe. Le tibia d’Afrique est beaucoup plus grêle que celui des Indes. On peut en juger par les fig. 10, ii et 12 de la pl. VII, qui représentent le tibia des Indes, comparées aux fig. i3, 1 4 et 1 5 , qui sont de celui d Afrique , toutes au douzième. Du reste , les formes de ces os et de leurs facettes offrent peu de différences. 6°. Le pied de dei^ant UQ m’a offert, entre l’éléphant des Indes et celui d’Africjue, d’autres différences que plus de grandeur dans tous les os du pouce, et un peu plus de grosseur dans le métacarpien de l’index, et dans celui du petit doigt du premier. 7 O. Le pied de derrière de V éléphant d’Afrique se distingue de VIVANS. gg celui des htdes^ parce que la facette tibiale de son astragale est plus oblique; a®, la facette péronéenne de son calcanéum plus large; 3°. son premier os cunéiforme plus petit, appuyant beau- coup moins sur le métatarsien du second doigt ; 4*^. l’os unique , qui représente le gros orteil, plus petit et plus pointu ; 5°. le mé- tatarsien du second doigt beaucoup plus mince à proportion (voyez pl. VII, fig. 6, le pied des Indes, et, fig. 7, celui d’Afrique). Ces différences s’accordent, ainsi que celles du pied de devant, avec celles que nous ferons bientôt remarquer dans le nombre des ongles. 60. Différences prises des ongles. On sait qu’il y a depuis long-temps de l’incertitude parmi les naturalistes sur le nombre des ongles de l’éléphant, et que quelques- uns ont pensé qu’il est sujet à varier. Il se peut en effet qu’un ongle tombe par accident; il est arrivé aussi quelquefois que l’on a pris pour des ongles des excroissances de la semelle du pied; mais il ne doit pas moins y avoir un nombre naturel , et que les circonstances peuvent seules altérer. Je crois mètre aperçu que ce nombre n’est pas le même dans 1 éléphant d Asie et dans celui d’Afrique ; et si ma conjecture se vérifie, ce sera un troisième caractère extérieur à ajouter à ceux que fournissent déjà la forme de la tête et la grandeur des oreilles. Voici sur quoi cette conjecture se fonde. Tous les éléphans de l’Inde , bien examinés, se sont trouvés avoir cinq ongles devant et quatre derrière. C’est le cas de l.éléphant modelé à Naples , et représenté par Buffon, tome Ni; de l’éléphant mort à la ménagerie de Versailles, et disséqué par Merlrud ; de celui qui mourut à Cassel et dont parle Zimmermann; du fœtus du cabinet de Brunswick, décrit par ce dernier; de celui que représente Séba; enfin, du jeune éléphant décrit par Camper. Les trois éléphans des Indes de notre ménagerie avoient aussi ce nombre. 70 ÉLÉPHANS M. Corse dit qu’il est regardé aux Indes comme l’une des marques d’un éléphant parfait. A la vérité , Blair dit du sien : each shod with 4 hoqfes ■ mais il donne aussi dans sa figure six doigts au pied de devant gauche , et quatre à ceux de derrière. Je n’ai eu que deux individus d’Afrique h exanjîner à cet é'^ard * un jeune, empaillé, et un fœtus, dont le premier est à présent au cabinet de Leyde, et dont l’autre nous est resté. Leurs pieds, surtout ceux du dernier, n etoient point altérés par la marche , et présentoient dis- tinctement, ceux de devant quatre ongles, et ceux de derrière trois. Perrault , seul naturaliste cjui ait bien décrit un éléphant d’Afrique adulte , ne lui donne que trois ongles à tous les pieds; mais il seroit très-possible que les excroissances monstrueuses que son individu avoit à toutes les semelles , eussent masqué un ongle aux pieds de devant. 70. y ariétés relatwes à la taille. Plusieurs naturalistes ayant écrit que les os fossiles étoient en général d’une grosseur monstrueuse et de beaucoup supérieure à celle des espèces vivantes qui leur correspondent , il étoit nécessaire d’examiner à quelle taille parviennent aujourd’hui les éléplians dans les pays cju’ils habitent naturellement. Malheureusement le nombre des témoignages à consulter est peu considérable 5 car, dans une telle matière, ou ne peut s’en rapporter aux assertions vagues de tant de voyageurs; il faut des dimensions précises, prises immédiate- ment sur l’animal , et rapportées en mesures connues. Nous nous sommes assurés, par les individus q^’i ont vécu à la Ménagerie et que nous avons disséqués, que l’éléphant peut atteindre à près de huit pieds de hauteur au garrot, sans avoir encore les épiphyses réunies aux corps des os, et par conséquent sans être entièrement adulte; notre mâle komaréa dont les épiphyses sont encore distinctes, n’avoitpas tout-à-fait huit pieds; mais sa femelle, qni avoit vécu quelques années déplus, et dont la hauteur étoit de huit pieds deux pouces, ne montre plus aucune séparation de ces parties. VIVANS. . Il ne paroît pas que les éléphans domestiques arrivent aujourd’hui beaucoup au-dessus de cette taille. Selon M. Corse, qui a eu long-temps le soin des éléphans de la Compagnie des Indes , la hauteur des femelles est communément de sept à huit pieds (anglois); celle des mâles de huit à dix. Le plus grand dont cet observateur attentif ait entendu parler avoit, du sommet de la tète en bas , douze pieds deux pouces; des épaules, dix pieds six pouces; et du front à l’origine de la queue, quinze pieds onze pouces (toujours mesure angloise) : ce n’est pas neuf pieds et demi au gai rot. Sur cent cincjuante éléphans que la Compagnie des Indes employa dans la guerre contre Tljjoo, il n’y en avoit pas un de dix pieds anglois, c’est-à-dire de neuf pieds deux pouces. Je remarque que cette hauteur d’environ neuf à dix pieds a été observeesur 1 éléphant vu à Constantinople dans le seizième siècle par Gillius (i), et sur un éléphant vu en 1629 à Nuremberg; un autre, observé dans cette dernière ville par Sturm, n’en avoit que neuf; celui de Naples, décrit par Serao et dont BulFon a donné la figure, avoit neuf pieds deux pouces. Trois éléphans que j’ai vus vivans, indépendamment de ceux cjue j’ai disséqués, ètoient tous plus petits que ces derniers; il paroîtroit donc que l’on pourroit regarder la taille ordinaire des éléphans dans l’état d’esclavage comme étant de neuf à dix pieds. Cependant il est incontestable que certains individus ont surpassé considérablement cette dimension ; et , sans ajouter foi aux vingt-sept pieds que 1 on donne à celui de Cosroès , sans même vouloir m’ap- puyer des dix-neul pieds que J.-J. Sauer attribue au sien, je puis citer 1 éléphant conservé an Cabinet de l’Académie de Pétersbourg, qui a seize pieds et demi de hauteur (2). Cet éléphant venoit des Indes et avoit été donné à Pierre-le-Grand par le roi de Perse. ^ ^près tout ce que les anciens ont dit de la petitesse relative des (1) Elephantl nova descriptio , Hatnb. , j6i4. (2) Essai sui la Bibl. et le Cab. del’Ac. de Pétersbourg, par Bacmeister , Pétersb. , it^6, 8» O 'JJ’ e - , p. 189. 72 ÉLÉPHANS éléphans d’Afrique, on ne devroit pas s’attendre à en trouver aujour- d’hui d’ aussi grands dans cette partie du monde. Il y en existe ce- pendant qui ne le cèdent point pour la taille aux éléphans des Indes, et, sans s’en rapporter à Pigafetta qui parle d’éléphans de dix-huit pieds, Bosman (i) donne aux éléphans de Guinée de dix à treize pieds de haut , et dit avoir vu des défenses dont la paire pesoit deux cent cinquante livres , et M. Lichtenstein (2) rapporte qu’un colon hollandois de sa connoissance avoit tué un éléphant de quatorze pieds dont les défenses pesoient cent cinquante livres, et assuroit, ainsi que plusieurs de ses compatriotes, qu’on en voit quelquefois de dix-huit pieds, ce qui dotl s’entendre sans doute de pieds du Rhin. Ainsi l’on ne peut expliquer ce que les anciens ont dit à ce sujet, qu’en supposant que les éléphatls, que les rois d’Egypte ouïes Car- thaginois ont possédés dans leurs armées, n’arrivoient pas à la taille que ces animaux atteignent à l’état sauvage dans les contrées de l’A- frique où ils trouvent une nourriture abondante. 80, Des pajs habités par chacune des deux espèces d éléphans vwans. Pour terminer cette histoire et cette description comparative des éléphans vivans, il seroit nécessaire de fixer avec précision les limites des pays qui leur sont assignés par la nature. L’espèce que nous avons appelée des Indes habite en effet dans toute rinde en-deçà du Gange, car c’est de ce pays-là ou de Ceylan que sont venus les nombreux individus dont nous avons observé les crânes; il n’y a pas de raison de douter que ce ne soit elle aussi qui se trouve dans l’Inde ultérieure et qui peuple les forets de Siam, de l’empire des Birmans et de la Cochinchine. L’espèce que nous avons appelée d’Afrique se trouve au Sénégal, d’où venoit le squelette fait pour Louis XIV et que nous possédons (1) Voyage de Guinée , p. 244- (2) Voyage de VAfr. mérid. , I, 34g. VIVANS: encore , et an cap de Bonne-Espérance, d’où est arrivé le crâne isolé qui a foriné le second sujet de notre description. On a donc tout lieu de croire que les pays intermédiaires, le long delà côte occiden- tale de 1 Afrique, n’en ont pas d’autre. Mais cela est-il généralement vrai de toute cette partie du monde? Les éléphans de la côte ojientale, le long de la mer des Indes, sont- ils de la même espèce ? Ces éléphans que les rois d’Egypte avoient appris à dompter et qu’ils employoient à la guerre avec tant de succès, etoient ils semblahles à ceux qu’aucune des nations nègres n’a pu encore rendre domestiques? Et les Carthaginois qui ont eu tant d éléphans, qui sont parvenus à leur faire traverser la mer, les Alpes et les Apennins, d’où les avoient-ils tirés et de quelle espèce les prenoient-ils ? Voilà des questions qui restent à résoudre pour les critiques et pour les voyageurs. Nous savons déjà positivement par l’inscription d’Adulis (comme je l’ai fait remarquer) que c’étoit de l’Abyssinie c[ue les Ptolomées tiroient leurs éléphans , et c’est de ces éléphans même des Ptolomées que l’on a dit qu’ils étoient plus petits, plus foibles et plus timides que ceux des Indes. Nous avons vu aussi que selon Cosmos, voyageur et négociant éclairé, c’ étoient les mêmes éléphans d’Ethiopie que les Ethiopiens de son temps ne savoient plus dresser, cpiportoient les plus grandes défenses et qui fournissoient le plus d’ivoire au commerce. Ces deux indications semblent annoncer que les éléphans de la cote orientale sont les mêmes que ceux de la côte opposée. Ludolphe, néanmoins, dans son histoire d’Abyssinie, dit expres- sément que les femelles n’y ont pas de défenses: (^Solis maribus competunt j jfceniinŒ ut cervt^ ilUs carent.') (i) et cette assertion semble indiquer l’espèce des Indes; mais on trouvera peut-être qu’un homme qui ne parloit que sur la foi d’un moine abyssin ignorant , dont toutes les ligures sont empruntées d’autres auteurs, et qui va meme jusqu a donner à l’Abyssinie un animal évidemment d Amé- rique (l’ouistiti), mérite peu de foi. (i) Hist. Æth, lib. I, c. X. T. I. 10 i^4 ÉLÉPHANS Cependant son témoignage est confirmé par Bruce, au moins pour un cas particulier ; car , dans le récit d'une chasse aux éléphans à la- quelle il assista (i), il dit que les délenses d’une femelle étoient très- petites, tandis que le mâle en avoit de fort grandes. Quant aux Carthaginois , nous ne voyons par aucun passage positif d’où venoient leurs éléphans de guerre 5 rnais ce que rapporte jip- j>ien (Bell, pun., p. m. 5) de la commission qu’ils donnèrent à As- druhal pour en prendre, la treizième année de la deuxième guerre punique, ao5 ans avant J.-C. , lorsqu’ils apprirent que Scipionme- naçoit de descendre en Afrique, et la rapidité avec laquelle il paroît qu’Asdrubal exécuta cette chasse , prouvent bien qu’ils n’alloient pas les chercher très-loin, et surtout qu ils n alloient pas jusqu’euEthiopie. A la vérité la Barbarie ne paroît plus produire d’ éléphans aujour- d’hui, mais elle en avoit du temps des anciens. Pline en place en Lybie , au-delà des Syrtes , et en Mauritanie (2) : Ælien dans les forets et les pâturages du pied de l’Atlas (3). Les Carthaginois dévoient donc avoir des facilités pour se procurer des éléphans que n’auroient pas les peuples de la Barbarie aujourd’hui. Maintenant c’est seulement vers le Sénégal que l’on commence à en rencontrer. (1) Voy. aux sources du Nil , trad. fr. , in-S”. , tome XI , p. 114. (2) Phn., lib. VIII, cap. XL (3) Æ/ian., lib. VU, cap. II. FOSSILES. 75 DEUXIÈME SECTION. Des ossemens de Éléphant fossile ou du Mammouth DES Russes. Article premier. Exposé géographique des principaux lieux où Von a trouvé des ossemens de l’ Éléphant Jhssile. Vouloir rapporter ici tous les lieux où il s’est trouvé des ossemens fossiles d’éléphant seroit une entreprise infinie : il suffira de montrer que tous les pays et toutes les époc|ues en ont offert. On en trouve des traces dès le temps des anciens. Théophraste en parloit dans un ouvrage que nous n avons plus 5 mais Pline nous a conservé son témoignage: (( Theophrastus auctor est , et eburjhs- » sile candido et nigro colore inçeniri, et ossa è terrâ nasci, in- » venirique lapides osseos , lib. XXXVI, cap. XVIIÏ. )) Comme certains os de l’éléphant ont plus de ressemblance avec ceux de l’homme , c[ue n’en ont les os des animaux les plus ordinaires, des anatomistes même instruits ont été souvent exposés à les prendre pour des os humains, et c’est probablement ainsi qu’ont été occa- sionnées toutes ces prétendues découvertes de tombeaux de géans dont parlent à tant de reprises les auteurs de l’antiquité et ceux du moyen âge. On n’en excepteroit que les plus grands de tous qui sont quelcfuefois représentés comme huit ou dix fois supérieurs aux plus grands éléphans et que l’on seroit peut-être tenté de rapporter à des cétacés , si les mesures que l’on en donne pouvoient être regardées comme exactes. Même après que des idées plus saines eurent dissipé ces chimères, on dut encore êtrepoi’té à penser que les éléphans dout 00 découvroit des os, avoient été amenés par des hommes. Tant que ces decou- vertes se bornèrent à l’Italie et aux pays tres-frequentes par les Mia- cédoniens , les Carthaginois et les Romains , on put croire en 10 76 ÉLÉPHANS trouver d’assez bonnes explications dans la quantité prodigieuse d’éléphans que ces peuples ont possédés. On sait en efïet que les premiers Européens qui aient eu des éléphans, Alexandre et ses Macédoniens, après la défaite de Porus (i), en amenèrent dès-lors assez, pourmettre Aristote en état d’en donner d’excellentes notions. Ce grand naturaliste a mieux connu que EufFon la manière dont l’éléphant s’accouple, dont il tète et presque tous les autres détails de ses habitudes \ et tout ce qu’il en rap- porte a été confirmé par les observations récemment faites aux Indes. Après la mort d’Alexandre ce fut d’abord Antigonus qui eut le plus d’éléphans (2). Les Séleucides (3) en entretinrent toujours, surtout depuis que Seleucus Nicator en eut reçu cinquante de Sandrocottus en échange d’un canton entier des bords de l’Indus (4). Seleucusà^^çdx. d’autant mieux apprécier l’importance de ces animaux, qu’il avoit été commandant en chef de ceux d’Alexandre. Plutarque assure que ce prince et ses alliés en avoient quatre cents à la bataille d’issus qu’ils gagnèrent contre Antigonus, Soi ans avant J.-C. (5). Son fils Antiochus Soter en employa douze avec grand succès contre les Galates (6), et nous voyons Antiochus-le-Grand en plaça cent deux en ligne a la bataille de Raphie contre Ptolomée Phi- lopator qui n’en avoit que soixante-treize (7) , l’an de Rome 535 , et cin- quante-quatre à celle de Magnésie contre les Romains (8) c[ui n’en avoient que seize , l’an 5Ô2 , sans toutefois que cette grande supério- rité dans le nombre des éléphans lui ait été fort utile, puisqu’il fut vaincu dans les deux affaires. (1) Pausanias, Attic. , lib. I , éd. Hanov. , p. 21. (2) Jd. , ib. (3) Plin., VIII, cap. V. (4) Strabon , lib. XV, p. 124* (5) P/ut. in Demetr. (b) Lucianus in Zeuxide, vers. fin. b) Pol^b., lib. V, cap. LXXIX. (b) TU. Liv. , XXXVm, cap. XXXIX. FOSSILES. Pyrrhus le premier avoit amené des éléphans en Italie, l’an de Rome 472 (i), et comme il étoit débarqué à Tarante , les Romains donnèrent à ces animaux, qui leur étoient inconnus, le nom de hœufs de Lucanie, Ils étoient en petit nombre , et PyjThus s’en étoit emparé sur Déinétrius (2). Curius Dentatus en prit quatre de ceux de Pyrrhus, et les amena à Rome pour la cérémonie de son triomphe en 479 (3). Ce sont les premiers qu’on y ait vus 5 mais ils y devinrent bientôt en quelque sorte une chose commune. Métellus ayant vaincu les Carthaginois en Sicile, l’an 5o2, fit conduire leurs éléphans a Rome sur des radeaux , au nombre de cent quatre selon Orose (4), de cenfvingt suivant Sénèque (5), de cent trente selon Eutrope (6) et de cent quarante-deux suivant P/wze (7) ; lesquels, au rapport de irron, cité par Pline, furent tous massacrés dans le cirque, attendu que l’on ne savoit qu’en faire. Annibal en amena aussi avec lui en Italie trente-sept (8), en 534, qui périrent à l’exception d’un seul, après la bataille de la Trebbia (9);, Asdnibal son frère en amena d’autres, et lorsque ce nouveau général fut défait sur le Métauro en 538, les conducteurs de ces éléphans furent obligés d’en tuer plusieurs de leurs propres mains (10). P . Scipion Nasica et P, Lentulus firent voir des éléphans dans le cirque pendant leur édilité, en 584 (i i). Claudius Pulchery en fit combattre, en 655. Vingt ans après les deux frères L. et M. Lu- cullus, dans leur édilité, en montrèrent combattant contre des taureaux. en fit voir vingt, selon Pline; dix-huit selon Dion-> (1) Plin., VIII , cap. VL (2) Pausan. , loc. cit. (3) Phn. , loc. cit. ; Sen. dcBrev. vit. , cap. XIII; Eutrop. , lib. II, cap. XIV. (4) Oros., Ilist. , lib. IV, cap. IX. (5) Sen. , De brev. vit. , cap. XIV. (6) Eutrop. , Hb. Il ^ ca XXIV. (ftPlin., VIII, cap. VI. (8) Eutrop. , lib. III , cap Yjjj (9) Poljbe, liv. III , chap. XIV ; et Tite-Live , liv. XXI, chap. LVH- (u>) Tite-Live, lib. XXVII, cap. XI . i v h») Id. , lib. XLIV7 cap- -XIX^ 78 :ÉLÉPHANS Cassius (i) lors de son second consulat en 700; César, quarante, lors de son troisième consulat en 708. Pompée en attela à son char lors de son triomphe d’Afrique (2). Germanicus en montra qui dari- soient grossièrement (3). Ce fut sous Néron (4), aux jeux qu’il donna en l’honneur de sa mère (5), qu’on en vit danser sur la corde, et faire mille tours d’adresse extraordinaires. Elien dit même expres- sément, à l’occasion de ceux de Germanicus, que c’étoient des élé- phans nés à Rome que l’on dressoit ainsi; par conséquent ils y pro- pageoient. (( Cum Tiberii Cœsaris nepos Germanicus , gladiatorum spec- » taculian edidit ^ pliires jam grandes utriusque sexûs elephanti y> Romœ erant, è quitus alii pUrique generati extiterunt: quorum y> artus interea dum cornmittehantur et conjirmahantur , et » jnembrcbiTifirmaconglutinabantur , pot itus vir adpertractandos « eorwn sensiis animosque mirabili quodam disciplinœ genere y) eos enidiebat. Ælian., de Anirn., Ub. II, cap. XI, trad. de )) Conrad Gesner. « Columelle assui'e encore plus positivement ce fait de la propa- gation des éléphans à Rome : « India perhibetur molibus J^eramm y) mirabilis , pares tamen in hâc terra (Italia) vastitate beluas y) progenerari quis neget , cîim inter mænia nostra natos ani- )) madçertamus elephantes? Col.de re rust., Ub. III, cap. VIII , y> ed. 1735, 40., 471. » Si nos naturalistes eussent fait attention à ces deux passages, ils n’auroient pas ajouté foi si long-temps à 1 impossibilité de faire pro- duire l’éléphant en domesticité , et l’on auroit peut-être tenté plutôt les essais qui viennent de réussir à M. Corse. Plusieurs des empereurs suivans, Domitien (6) j Antonin Pie (7) , (1) Dion~Cass. , lit). XXXIX, éd. Han. , p. io8 , A. (2) Plin., lib. Yllb cap. H- (3) Id. , ib. (4) Id. , ib. (5) Dion— Cass. , lib. LXI, edit. Han. , p. 69^ , D. (6) Martial. , Carm. spect., 17 et 19, et lib. I, epig. io5. (7) Jid. Capitol. , cap. X. l FOSSILES. Commode (i ) , SeptimeSevère (2) , Caracalla (3) , Héliogabale (4) , eurent encore des éléphans; Gordien en eut trente-deux (5),Gallien dix (6). Il paroit que ceux-ci sont les derniers qui aient paru dans les jeux. 11 n’est donc pas douteux qu’il n’ait vécu à des époques connues, en Italie et dans les autres pays conquis par les Romains, un nombre considérable d’éléphans. Ainsi , quoique l’Italie offre une grande quantité d’ossemens de ces animaux h 1 état fossile, on a’pu long-temps en attribuer l’origine à ces individus qui avoient vécu sur le même sol dans les temps historiques; peut-être même y en a-t-il en effet quelques-uns qui viennent de cette source, mais les circonstances où ouïes découvre d ordinaire prouvent que le très - petit nombre seulement peut etre dans ce cas. Presque toujours on les trouve pêle-mêle avec des ossemens d’hippopotames et de rhinocéros, qui hJen certainement n’ont été amenés ni par Annibal ni par les armées romaines. Voici une indication des principaux endroits d’Italie où l’on a dé- terré de ces os à notre connoissance ; mais nous sommes bien éloignés de la regarder comme complète. La plus grande défense a été découverte en 1769 par le duc de la Rochefoucauld ^X^.IiesmaretsÿXiYïk^dLQ Rome avoit dix pieds de long sur huit pouces de diamètre, quoiqu’elle ne fût pas entière (7); Nous en possédons quatre morceaux au Muséum ; ils sont fort altérés et forment ensemble une longueur de cinq pieds. On en avoit trouve à iîome même dès 1664, en creusant à l’entrée du Vatican pour faire des fondations (8). Baccius parle, dès iSSa , (1) Lamprid. in Coramod. (2) Dion-Cassius , Hb. LXXYI. (3) Id. , lib. LXXVII. (4) Lamprid. in Beliogab. (5) Jul. Capitol. , cap. XXXIII. (6) Trebell. Poil. , cap. VIII. (7' Buff. , Époques de la Nat. , notes justificatives , 9, Monconjs, Voy. en Italie, p. 446- 8o ÉLÉPHANS de découvertes semblables faites en cette ville (i), et il y a grande apparence que le corps de P allas , fils ^Éi^aiidre, trouvé sous l’empereur Henri III en io4i ou io54 (2)7 et qui auroit surpassé les murs de la ville en hauteur , n’étoit pas autre chose. F ortis cite une autre défense trouvée par hasard au sommet d’un vignoble, et quelques-unes découvertes par le Tibre aux environs de RoTne et de Todi (3). M. Charles-Louis Morozzo représente une mâchelière (4) trouvée en avril 1802 dans un vignoble hors de la porte del Popolo , avec beaucoup d’autres os et des fragmens d’ivoire. Au cabinet du collège de la sapience, on volt des fragmens de défenses d’auprès de la villa Borgheze y qui est également voisine de la porte du Peuple (5). Baglwi{deFeget.Lapid.)]iàv\e d’une défense longue de dix-huit palmes, déterrée en 169S dans le tuf près de la porte d’Ostie (6). Le cabinet du collège romain possède des dents et des fragmens de défenses, parmi lesquels il en est de près d’un pied d’épaisseur; j’y ai dessiné une mâchoire inférieure, remarquable par ses dents plus étroites et à lames plus larges qu’à l’ordinaire, trouvée à Monte verde près de Rome. Je me suisprocure une demi-mâchoire du même lieu et portant les memes caractères, qui est à présent au cabinet du roi. M. Brocchi y a recueilli lui-même un morceau de défense (7). Ce cabinet du collège romain possède un fémur remarquable par sa longueur, bien qu’il soit encore épiphysé, dont j’ai aussi pris un des^ sin. Gualtieri c,omevyo\X.\xn morceau d’ivoire des environs de Rome. Quelque route que l’on suive en sortant de cette capitale, si elle a été examinée par des observateurs attentifs, d ®’y èst trouvé de ces os eu grand nombre. (1) De Vnicornu , ap. Brocchi. conchil. subapenn. , p- 182. (2) Dom Calmet, Dict. de la Bible, II , 3i8 ; et Martene» Anecdota , III , p. 576. (3) Fortis, Me'in. pour l'Hist. nat. d’Ital. , t. II, p. 3o3. (4) Mém. de la Société ital. , t. X , p. 162 ; et Journ. de Phys. , LIV, p. 443* (5) Concliiliol. suhapennina ,1, p. 182. (6) Je le cite sur l’autorité de M. Brocclii , là. , Car je n’ai pu trouver le passage. (7) Brocchi, loc. cil. FOSSILES. 8l M. Brocchi en cite des morceaux de défense de Torre di Quinto près de Rome, et de San ittorino près de Tivoli (i). Bonannii^^r\Q de beaucoup de grands os, de dents et de mâchoires inférieures déterrés de son temps près de Castel-giiido sur la voie aurélienne à douze milles de Rome (2)5 c’est l’ancienne Bebiana à moitié chemin de Rome à Gère. Jer.-Ambr. Langenmantel parle d’un fémur, d’une omoplate et de cinq vertèbres trouvés près de Vitorchiano , au nord-est de T iterbe , au bord de la vallée du Tibre, sur la rive droite (3). Il y eu a une dissertation par Chiampini (4) qui en reconnut l’espèce en les comparant avec des dessins du squelette du cabinet de Florence. M. 1 abbé Ranzani m’écrit que le cabinet de l’Institut de Bologne possède une dent d’éléphant de Mugnano , dans le territoire de rViterbe et tout près de Vitorchiano, laquelle est enveloppée dans un peperino, pierre volcanique bien connue. Targioni Tozzetti cite un fémur trouvé dans le lit de la rivière de Paglia^ près à'Orviète (5). M. Louis Canali, professeur à Perugia (6), rapporte qu’à peu de distance autour de cette ville il en a découvert quatre dépôts. Un près du Tibre, à cinq milles au nord, dans un lieu dit Passa dell aqua; un autre où il y avoit aussi des fragmens de rhinocéros à neuf milles de cette rivière vers le lieu dit Monte deV Abbatte dans un lit sablonneux marin 5 un à la Colombella^ à cinq milles à l’est de 1 autre côté du Tibre, d’où on lui avoit apporté une défense, un fémur et des fragmens de tibia j et un à Monte petriolo à sept milles à l’ouest de Perugia. On lui avoit aussi apporté une défense de San Faustino , à un mille hors des portes de la ville où ces os (1) Conchil. subapenn. , I , p. i83. (2) Mus. Kirch. , p. 200. (3) nac c«r. rfec. , U, an. YII , obs. 234 , p. 446. (4) Chiampini , Deossibus elephantinisindiæcesiViterbiensi, anno 1668, in,ventis. (5) Fiagg. per la Toscana , VIII , de la sec. éd. , p. 392 et SgS- (6) Voyez la biochure intitulée : Di alcune zanna JLlephantine fosslli ^ osservazione esposte ri due lettcre dai sig- prof. Paolo Spadonj et Luigi Canali. Macerata , i8to , in-S”. 82 ÉLÉPHANS sont dans des brèches fluviatiîes, ainsi qu’im astragale et une portion de défense de Piizzuolo , village situé entre Monte-pulciaiio et le lac Trasimène ^ où il y avoit aussi une portion de wiflchoire d’hip- popotame. J’ai vu toutes ces pièces dans son cabinet. Enfin il cite un morceau de défense agatisé, que possède M. Charles de S orbello et qui a été trouvé tout près du lac. Vers la rive gauche du Tibre, M. Canali a eu des lames de dents d’éléphans trouvées près de Casalina, village au nord de Todi et au midi de Perugia. Passeri avoit déjà cité un crâne, une mâchoire inférieure et un fémur long de cinq pieds des environs de Todi (i). Les États du pape entre les Apennins et l’Adriatique ont aussi fourni des os d’éléphans. Passeri, dans son Histoire des fossiles du territoire de Pesaro (2), parle d’une défense déterrée par le courant d’un ndsseau en 1759 à Orciano , dans le duché à'Urhin, près de Fossomhrone sur le Metauro. Dès le dix-septième siècle on en avoit trouvé une au même endroit qui a été long-temps suspendue au mur de l’église. Une troisième, découverte à la ScJueggia près de Giibhio sur la voie flaminienne , aux sources du Fiumesino , est encore con- servée dans la bibliothèque de Gubbio (3). M. Paul Spadoni, professeur z.Macerata, a décrit une défense trouvée en janvier i8o8 dans une marne argilleuse, à Behedere dans la marche dl Ancône, nonXom àeJesi, qui est aussi sur le Fiumesino{l^). Quelques personnes n’ont pas manqué d’attribuer ces fossiles à la défaite kAsdrubal sur le Metauro, l’an 207 avant J.-G. (5). On voit en effet dans Tite-Lipe qu’il y eut plusieurs éléphans tués à cette bataille par leurs propres conducteurs (6). Mais on doit dire ici, comme dans toutes les occasions semblables. (1) Passeri, Délia storia dei fossilidellagro Pesarese, ed altri luoghi vicini , etc. , sec. ed., Bol. , 1775 , p. 56 et 57. (2) Passeri, loc. cit. , p. 58. (3) /rf. , J-. 63. (4) (Note U». 2 , p. 8. ) Voir la même brochure de MM. Spadoni et CanalL <5) Passeri, loc. cit. , p. 62. (6) Tite-Liye, lit. XXVII , cap. XLIX. FOSSILES. 33 qu’un fait aussi général que celui des os fossiles d’éléphans n’admet pas d’explications particulières. Quand on passe de l’État de l’Église en Toscane , en suivant le Tibre , le Clams ou Chiane et YAmo, les os d’éléphans deviennent de plus en plus nombreux. Le val de Chiana, le val d’Amo et les vallées particulières qui y aboutissent, semblent en fourmiller. Tout nouvellement M. Fabhroni vient de m’envoyer deux lames d’un germe de grande mâchelière , recueillies dans cette partie du val de Chiana, que les travaux de M. F ossombroni onX. rendue si belle et si fertile, d’un marais fangeux et pestilentiel qu’elle étoit avant les opérations de ce grand administrateur. Coltellini cite quatre endroits différens du territoire de Cortone, où il s’est trouvé des os et des défenses (i); peut-être les mêmes dont parle Targioni Tozzetti dans ses voyages en Toscane (2). Celui-ci possedoit personnellement un grand morceau d’ivoire de Lucîgnano non loin de Cortone (3). M. Georges Santi, professeur de l’universite de Pise^ possède une portion de mâchoire d’éléphant trouvée près de Colli-lungo , dans un vallon qui du pied de Monte-pulciano aboutit au grand val de Chiana. Elle étoit dans ce sable consolidé que l’on appelle tufo en Italie , et qui contient des corps marins et des bois étrangers pétrifiés. C’est dans le val de Chiana, au territoire dlArezzo, que le grand-duc Ferdinand II, ce généreux protecteur des sciences , fit déterrer un squelette entier en i663 (4) j dont proviennent encore , selon Targioni-) une partie des os conservés à Florence , et dont paroissent avoir parlé S tenon (S) et Boccone (6). (1) Journ. Etr. , juillet 1761 ; et Buff- , H'st- , supplément , t. V, p- (3) Viagg. perla Tosc. , VU, p. fl 3. (3) w., VIII, p. 40 U (4) Descrizione del Museo Cospiano , par Lorenzo Legati, p- ^ 1 “ Viagg. , VII, p. 392 ; et Fonts, loc. dt. , p. 298. (5) De solido'intra soUdum , p. 64. (6) Recherches et Observations naturelles, p. 327. 84 ]^LÉPHANS Mais c’est surtout dans le val d' Arno supérieur que le nombre en est prodigieux. Déjà Cœsalpm avoit indiqué une tête de fémur de Castel San~ gioaanni entre Arezzo et Florence (i). 'Ce àocimv Barthelemi Mesnj, qui étolt un Lorrain transplanté en Toscane à la suite du grand-duc, depuis empereur François F\ , a donné une petite dissertation Françoise (“2) sur ces os Axvvald’ Arno , où il en cite divers fragmens et en représente surtout une portion considérable de tête , déterrée par feu Fabrini, et sur laquelle nous reviendrons. Les auteurs qui, jusqu’à présent, ont traité avec le plus de détail de ces os, sont le docteur Jean Targioni Tozzetti (3) et le pro- fesseur Nesti (4)- Le premier en avoit trouvé en quantité dans les vallons de Riesco et de Faella, près des villages de Fiesca, de Faella et de Muni- coï'o a droite de V Arno , et il donne le catalogue de ceux qu’il con- servoit dans son cabinet. Il avoit retiré lui-même du sable près de Fiesca, un fémur pénétré de spath. Il en avoit vu beaucoup d’autres, déterrés par Dominique Sfo- razzini, près de Terra-JSuopa , village situé un peu plus haut que les précédens , sur la meme rive et répondant entre San Giovanni et Montevarchi. Il en avoit encore ramassé sur la route d’ Arezzo, et dans le territoire de cette ville , près du village de Monzione , sur la rivière de Castro , à la gauche de XAmo. Le lieu où l’on peut aujourd’hui prendre l’idée la plus complette de leur excessive abondance, c’est le cabinet que V Academie F Adarnaise , établie à Figline , a formé dans un ancien couvent de ce bourg. On y voit plusieurs centaines de morceaux qui rem- (1) Cæsalp. de MetalL, II , p. i/p- (2) Observations sur les dents fossiles dl éléphant qui se trouvent en Toscane , Florence , in-S». , sans date , 47 p- et une pl. (3) Tiagg. per la Toscana, t. VIII de la 2'. éd. , p. 3gi et suiv. (4) Memor. del impérial Museo di Firenze , I. FOSSILES. 35 plissent deux chambres et qui ont été tous rassemblés dans les environs. Ils sont si communs dans les collines terreuses qui bordent cette partie de la vallée, que les paysans les employoient autrefois pêle- mêle avec des pierres à la construction des petits murs qui ceignent leurs propriétés. Aujourd’hui qu’ils en connoissent la valeur, ils les mettent en réserve pour les vendre aux voyageurs. C’est ainsi que j’ai acquis à Incisa un atlas de grande dimension que l’on m’apporta pendant que je relayois à la pOSte, et moi-même , dans une simple promenade avec M. le professeur Nesti, j’en ai aperçu et ramassé une molaire, qu’un petit ruisseau venoit de mettre à découvert, auprès de ce même Viesca où Targioni en avoit tant trouvé. Il y en a également un assez grand nombre dans le val d'Amo htférieur. Selon les Novelle Letterarie de Florence, on en découvrit en 1753 plusieurs os et défenses sur les collines peu éloignées du château de Cerreto-guidi , entre le lac de Fucecchio et 1 Arno. Il y en avoit au moins de quatre individus qui furent recueillis par le chevalier Buontalenti (i). Fortis parle d’une défense trouvée au même endroit par le docteur Nenci(g.). Selon le docteur Jean Targioni Tozzetti, îfenci en avoit trouvé des morceaux d’au moins trois individus que Targioni conservoit dans son cabinet, et dont il donne l’énumé- ration (3)- Déjà quelque temps auparavant on en avoit découvert un squelette presque entier, au même lieu, dans un terrain appar- tenant à MM. Gaddi et dont plusieurs os étoient déposés dans leur galerie. C’est principalement sur les os de Cerreto guidi que roule la lettre adressée par le docteur Jean Targioni Tozzetti à Bifffon , (1) AUon du Lac , Mélanges d’Hist. nat. , Il , p- ^02. (2) loc. cit. (3) Fiagg. , V, P- 264- 86 ÉLÉPHANS en 1754 (i). L’auteur y dit qu’ils provenoient d’individus d’âges très-difïérens et dont plusieurs étoient fort jeunes, et qu’il s’y trou- voit en meme temps des os de plusieurs autres animaux terrestres , tels que bœufs, cerfs et chevaux. Son fils ^ le docteur Octaçien Targioni Tozzeiti,^on moins instruit que lui dans les sciences naturelles, m’a donné le modèle d’une très-petite mâchelière pro- venue de l’un des plus jeunes sujets ; je l’ai déposé au cabinet du roi. Toute cette partie du val de Nievole et des environs est très- riche en os d’éléphans ; on en déterra en 1744 une défense près de Ponte-à-cappiano , tout près du lac de Fucecchio au sud (aj , et le docteur Venturini a décrit des os trouvés dans la colline de Lam- porecchio , au penchant nord de la petite chaîne qui est entre ce lac et Pistoïa (3). Ils sont en général beaucoup plus souvent accom- pagnés de corps marins dans le val d’Arno inférieur que dans le supérieur. Déjà ceux dont a parlé Targioni étoient dans du sable avec des coquilles. Scali au rapport de Fortis avoit détaché une défense d’une couche pierreuse pétrie de coquilles, au village de Saint-Jacques près de Livourne (4). Les parties montueuses qui s elevent sur la gauche et au midi de l’Arno en contiennent aussi . M. Procchi en cite des environs de Sienne et de Volterra (5) ; on en trouve enhii jusques au pied des Apennins de Ligurie , dans la Garfagnana (6). D’après cette abondance , il n est pas étonnant que les cabinets de Toscane soient remplis de ces ossemens. Celui du grand-duc à Florence contenoit, il y a déjà quelques années, deux mâchoires inférieures, entières ou à peu près, deux (1) Elle a ete traduite en français et imprimée dans le Journal étranger , déc. i']55 , ainsi <{ue dans les Mélangés d Hist. nat. d jé.îeon du Lac ? U ? 33^. (2) Viagg. , V, p. 264. (3) Giornale d’Italia , t. III , p. i58. (4) E’ortjj , Mém. sur THlst. nat. de l’Italie > t. II , p. 3oo. (5) Conchil. subapenn. , I , i8i. (6) Id., p. i85. FOSSILES. demi-mâchoires , un grand nombre de molaires et de défenses , un demi-atlas, trois vertèbres soudees ensemble, une séparée, un hu- mérus, une pai’tie de fémur, deux tibia, et divers autres fragmens; on m’assure qu il a encore été fort enrichi depuis que je ne l’ai vu. Dans celui qui avoit appartenu à feu Foniana, outre la tête déterrée par Fabrini, décrite par Mesny et qui a été acquise depuis par le comte F alsamachi de Céphalonie^ on voyoit un très- grand fémur et deux portions de mâchoires. Dans celui de rUuiversité de Pise, où Thomas Bai^tholin en avoit déjà remarqué (i) en 1643 , j’ai compté douze défenses ou portions de defenses, de diverses grandeurs, dont il y en a de dix pouces de diamètre et de trois pieds de longueur j j’y ai vu en outre six machelieres, les unes à lames étroites, les autres à lames plus larges. Il y en a egalement dans le cabinet du docteur Brajichi, profes- seur de chimie à Pise. Celui de l’abbaye de Falombreuse en pos- sédoit aussi une grande quantité , et il y en a dans le Musée de l’Académie des Fisiocritici de Sienne. Comme Annibal après la bataille de la Trebbia traversa les Apen- nins ^2^ et parcourut le val d Aruo dans sa longueur, pour marcher (1) De Vnicornu , 2'. éd. , p. 368. (2) Sur la route que suivit Annibal pour se rendre de la Trebbia au lac Trasimene. Des savans de toutes les nations se sont livrés à des recherches profondes pour fixer les idées sur celui des cols des Alpes par lequel Annibal a traversé cette grande chaîne et est descendu en Italie. On ne s est pas autant occupé du point sur lequel il a passé les Apennins apres la bataille do la Trebbia, pour se rendre en Toscane et se porter sur le terrain où il gagna la bataille non moins célébré du lac Trasimene; il me semble même qu’aucune des opinions que l’on a mises en avant à ce sujet n’est entièrement conforme aux témoignages des auteurs ni à ce que la disposition des lieux devoit faire présumer. C est ce que je vais essayer de prouver dans les observations qui suivent : Polybe, lib. 111, cap. LXXIV, après avoir raconté la bataille de la Trebbia, dit qu’t^ survint des pluies de neiges, telles que l’armée d’ Annibal en soujrit crueUement , que tous les éléphans des Carthaginois périrent excepté un, que beaucoup d’hommes et de chevaux moururent de froid, et que de son côté le consul Tibérius se crut en droit d’écrire au sénat de Rome, que l’hiver lui avoit arraché la victoire des mains. Ainsi cette bataille eut lieu au plutôt vers la fin de l’automne. A l’approche du printemps , ajoute- t-il ensuite , 88 jËLÉPHANS sur le consul Flaminius qui étoit à Arezzo , comme il s’arrêta uii moment près de Fiezole et qu’ensuite il dut passer sous Arezzo et suivre le val de Chiane pour aller s’établir entre Cortone et le Tra- chap. LXXVII, le nouveau consul Flaminius s’ étant mis en route avec ses légions , prit par l’Etrurie et s’arrêta à Arezzo , pendant que son collègue Servilius, prenant par VOmbrie , se rendait à Rimini. Les sentiinens peu afFeclionnés des Gaulois (chap. LXXVIII) ayant déterminé Annibal à quitter le plutôt possible ses quartiers d’hiver , il s’informa soigneu- sement des chemins qui pouvoient le conduire dans le pays ennemi ; il apprit qu’f/j étaient longs et connus des Romains , excepté un qui conduisoil en Elrurie au travers des marais , et qui étoit difficile , mais court et propre, s’il le 'suivait , à inspirer de l’étonnement à Fla- minius par la nouveauté de l’entreprise. II se détermina à le prendre. Cette nouvelle effraya ses gens qtd redoutaient les gouffres des marais et des lacs qu il fallait traverser. Polybe décrit ensuite (cliap. LXXIX) loidre dans lequel Annibal iit cette marche, et tout ce que son armée et sa personne eurent à y soufifrir. Enfin , ajoute— t— il , les marais ayant été passes , contre tout ce que l’on pouvait croire , Annibal apprit que Flaminius étoit posté auprès d’ Arezzo ; il campa lui-même aussitôt qu’il trouva un terrain sec , afin de refaire ses troupes et de reconnaître les desseins de l’ennemi. Ayant remarqué que le jiays étoit riche, et sur ce qu’il entendit dire du caractère faible et du peu de talent de Flaminius, il jugea que s’il le dépassait comme pour se porter plus loin, ce consul ne pourrait résister aux railleries et aux rejiroches du vulgaire, sur les dégâts qui auraient lieu, et que, sans attendre que son collègue vint à son secours, il chercherait à poursuivre les Carthaginois dans qiielqu endroit que ceux-ci voulussent F attirer. En effets, dit toujours Polybe (cbap. LXXXIII) , sitôt qu Annibal eut décampé d’auprès de Fiesole et qu’il eut dépassé V armée romaine, Flaminius commença à s’irriter se croyant méprisé par les Carthaginois : lorsqu’il vit les ravages qu’ils faisaient et les incendies qu’ils allumaient , il ne put se contenir; et malgré les avis quon lui donnait défaire d’abord venir son collègue , il se porta sur Annibal. Celui-ci avait Cortone à sa gauche et le lac Tra.nmène à sa droite, et pour exciter de plus en plus la rage de Flaminius , il portait les dévastations à l’extrême. Enfn voyant approcher le consul , ilft volte-face pour l’attendre, etc. Cestlk, entre le lacet les collines qui s’en rapprochent de très-près, qu’il gagna celte terrible bataille. On voit donc par ces passages qii’après la bataille de la Trebbia , Annibal se rendit en Etrune , en traversant un pays très-marécageux. Qu au sortir de ces marais il campa auprès de Fiesole. Qu’ensuite il dépassa les Romains , qui étoient près d’ Arezzo , et se rendit entre Cortone et le lac Trasimène. Ces deux deniieres parties de sa route ne sont pas douteuses. De Fiesole jusqu’auprès d’ Arezzo il ne put suivre que le val d Arno supérieur , et des environs d’ Arezzo à ceux de Cortone que le val de Chiane. Mais comment étoit-il arrivé à Fiesole ? Où sont les marais qu’il avoit traversés et dans quel endroit avoît-il passé les Apennins ? FOSSILES. simène, il étoit naturel que les premières découvertes d’c 89 phansdoniiassentlieudepenserqaec’étoientdesrestes de ceux que ce général avoit amenés : c est ce que cherche à établir le savant danois Voilà les questions sur lesquelles on ne s’est point accordé jusqu’à présent et que nous croyons avoir résolues. Il nous a semblé en effet que, pour en obtenir la solution la plus claire, il suflîsoit de remplir les lacunes du récit de Polybe , par les traits qu’y ajoutent Tite-Live et Cornelius- Nepos. On a accusé ïiie-Live de n’ètre qu’un copiste de Polybe , et il est vrai que presque partout il le traduit pour ainsi dire a la lettre; niais il a dû encore consulter d’autres Mémoires, car il complète les récits de l’écrivain grec au moyen de plusieurs circonstances importantes et manifestement vraies , car elles sont manifestement en accord avec tout le reste. Aptes avoir rendu compte (lib. XXI , cap. LVII) de la prise de Plaisance , qui eut Heu pendant I hiver qui suivit la bataille de la Trebbia , il parle d’une première tentative que fit Annibal pour passer les Apennins dans un moment où il avoit été trompé par un faux prin- temps, et décrit avec éloquence les tempêtes qui le firent renoncer à cette entreprise et retourner à Plaisance. Il dit même que ce fui seulement eeite occasion que les Cartha- ginois perdirent sept des élépbans qui leur étoient restés après la bataille de la Trebbia et qu’il ne leur en demeura qu’un. Ils eurent encore auprès de Plaisance un combat à soutenir contre Sempronius , qu’ils vainquirent ; après quoi Annibal entra en Ligurie , et Sempronius se retira à Lucques. Cependant au commencement du printemps Annibal , qui auparavant avoit en vain cherché à passer les Apennins , quitta ses quartiers d’hiver ( liv. XXII , cbap. I ) , ef appre- nant que Flamimus était déjà à Jrezzo , bien qu on lui montrât un chemin plus long mais plus commode ^ il en préféra un qui traversait des marais que l’Arnso avoit foIiMés plus profonds qu à l’ordinaire. Tite-Live décrit ensuite la marche du général carthaginois à peu près comme Polybe , et le conduit de même auprès de Fiesoiæ. Il remarque qu’il étoit dans un des pnjs les plus fertiles de l’Italie, la jjartie de l’Étrurie située entre Fiesole et Arezzo , ou en d’autres termes le val d’Arno supérieur; puis ayant rendu compte, comme Polybe , de la manière dont Annibal jugea Flaminius, il ajoute (chap. III) que laissant l’ennemi sur sa gauche et SE rendant vers Fiesole {Fcesulas petens) , il dévasta autant qu’il put l’Élrurie. 11 parle alors de l’irritation de Flaminius , et tout d’un coup il dit (cbap. IV) , (px' Annibal ravageait le pays entre CorTONE et le lac Trasimèxe. Le reste du récit de Tite-Live est con- forme à celui de Polybe. Ce sont ces mots Fæsulas petens, qui ont embrouillé la question : ou c’est une faute de Tite-Live, ou c’en est une de ses copistes. Il est bien clair qu’ Annibal , qui est représenté comme occupant le pays entre Fiesole et Arezzo , qu’ Annibal qui vouloit attirer Flaminius d Arezzo vers Cortone , ne pouvoit pas prendre le chemin opposé et retourner vers Fiesole. Tite-Live devoit donc , comme Polybe , lui faire quitter Fiesole et non pas 1 y faire aller ; peut-être même avoit-ü mis Fcesulas linquens, au lieu de Fcesulas petens. Alors son récit se rapporteroit à celui de Polybe en ce point, comme en tout ce qui leur est commun. Tite- Live n’auroit ajouté qu’une circonstance , c’est que les marais eu question étoient ceux de T. I. 12 go ÉLÊPHANS S tenon , dans son traité de solido intra solidum contenta. Cepen- dant un examen attentif des auteurs qui ont décrit la marche d’An- nibal auroit du faire revenir de cette erreur avant même que l’on Z’Arno , marais en effet aussi affreux qu aucuns de ceux de 1 Italie , et dont il subsiste encore une grande partie , non-seulement dans le delta de cette rivière et plus au nord vers la Ligurie , mais dans tout le val d’Arno inferieur , notamment auprès de Fucecchio et jusqu’à quelques lieues de Fiesole. Il ne reste donc plus qu’à savoir précisément où les Apennins furent passés. Or, Cornelius-Nepos nous l’enseigne (Hannib., chap. IV). Per Ligures Apenninum. transat petens Eiruriain. Il passa les Apennins en Ligurie, se rendant en Élrurie; et il ajoute que c’est dans ce chemin qu’il perdit l’ocib Mais ce que Cornelius-Nepos etTite-Live nous apprennent, le bon sens nous l’auroit dit. Où étoit-il naturel qu’Annibal , aprfcs la bataille de la Trebbia , Annibal partant de Plaisance et ne voulant pas aller par le chemin commode , mais trop long et trop connu des Bomains , c’est-à-dire , par le chemin de Modène et de Bologne , où éloit-il naturel , disons- nous , qu’il passât les Apennins? La réponse est simple: A l’endroit où il étoit, vers les sources de la Trehhia et du Tara ; de là il devoit descendre vers celles de la Magra; il devoit suivre, en un mot, le chemin de PoniremoU. C’est de là qu’il dut tomber dans les marais de l’Arno, alors beaucoup plus étendus et moins contenus par des digues qu’ils ne le sont aujourd’hui ; il dut remonter le val d’Amo jusque dans la région plus sèche, qui est au ied de Fiesole et autour de Florence; de là remontant le val d’Arno supérieur, il passa Tous Arezzo en bravant Flarainius qu’il laissoit à sa gauche ; enfin il suivit le val de Chiane, et alla l’attendre ou plutôt l’attirer au-dela de Corlone et près du lac Frasinthne, à l’endroit où le chemin monte pour gagner Perugia. Toute cette marche est si simple , elle coïncide tellement avec le témoignage des historiens et la nature des lieux, que l’on a peine à s’expliquer comment on a pu eu imaginer une autre; cependant c’est ce qui est arrivé. Les causes des erreurs ont été i“. la faute de rédaction ou de copie que nous avons remarquée dans Tite-Live; a", une erreur grave de Strabon ; 3“. l’igno- rance où quelques auteurs ont été sur les variations qu’ont subies en divers temps les limites entre la Ligurie et l’Étrurie. Cltjvier, liai, aiit., I, 5Bo, reconnoît et démontre parfaitement qu’il faut mettre dans Tite-Live (an lieu de F œsulas petens) a F œsulis profectus, et confirme comme moi cette leçon par la comparaison avec Polybe. Il avoit donc aperçu une partie de la vérité ; mais tout d’un coup il imagine de faire venir Annibal à Fiesole par le chemin de Bologne , et d’accuser d’erreur Cornelius-Nepos qui le fait venir par la Ligurie. Cet .-mire chemin , pins long, plus connu et plus commode, il suppose que c’est celui de Bîmim et de l’Ombrie; il ne voit pas que celui de Bologne étoit tout aussi connu , et qu’entre Bologne et Fiesole il n’y auroit pas eu de marais, car toute celte route est sur la montagne. Il crée de sa propre autorité des marais auprès de Florence; mais en venantpar celte roule Annibal les eut trouvés non avant mais après Fiesole, et leur traversée n eut pas pu cire longue. Les mêmes objections ont lieu contre Cnil, IF illani et Scala, qui font marcher Annibal par Prato et Pistoïa , c’est-à-dire , qui lui font traverser les Apennins au-dessus de Modène ; 91 fossiles. connut suffisamment les circonstances dans lesquelles ces os se ren- contrent. En effet, Annibal n’amena en Italie que 87 éléphans ( Eiitrop. brep- chap, VIII), et Polybe nous dit que le froid ainsi que contre Luc Holstenius , qui le fait venir par Forli et le fait descendre en Toscane par le Cazentin; et contre Guazzesi, qui le fait entrer par la meme province et par les environs de Bagno. A la vérité , la marche par le Cazentin permetlroit de conserver la leçon de Tite-Live , Læva relicto hosle, Fcesulas petens j mais cela même est une objection contre cette opinion , puisque cette leçon est e'videmmenl fausse par d’autres raisons , et que , de quelque coté qu’ Annibal fût venu , on ne peut admettre le motpetens ; d’ailleurs il n’auroit pas trouvé de marais dans le Cazentin , l’Arno n’y en forme point , cette province est trop montagneuse. Il y a de plus contre cette route et jusqu’à un certain point contre celle de Pistoîa , une objection tirée de l’art militaire. En prenant par là , non-seulement Annibal auroit allongé sa marche et auroit été obligé de traverser une infinité de pays difficiles; mais il se seroit exposé à être pris en flanc ou à dos par Servilius qui étoit à Rimini, et qu aucun obstacle n’auroit empêché d’atteindre les Carthaginois en peu de jours. Ce qui a fait sans doute que ces divers auteurs n’ont pas imaginé de suite la route courte , naturelle et correspondante entièrement aux passages de Polybe , et de ïite-Live et de Nepos que nous avons cités, c’est qu’ Annibal étoit dit avoir traversé les marais en se rendant en Etrurie. Ils ont conclu que ces marais dévoient être hors del’Etrune , etquecenepouvoient par conséquent être les marais de l’Arno ; voilà pourquoi on les a cherchés en Lombardie et auprès du Pô. Il paroît que cette opinion étoit déjà celle de Strabon , car il dit qu’tZ y avait autrefois auprès de Plaisance , le long du Pô, des marais qui donnèrent beaucoup de peine à Annibal lorsqu’il voulut aller en Etrurie. ( Geogr. , lib. V, g". 217. ) Guazzesi a été tellement prévenu pour cette idée , qu’il vouloir a toute force changer le root Jrnus dans Tite-Live en celui à’Eridamts ou de Padus, ou même le supprimer tou^à- fait , bien qu’il avouât que tous les manuscrits qu’il avoit examinés ou fait examiner portoient Arnus. {Mém. de U Acad, de Cortone, VI, p. 29 Mais la solution de la difficulté étoit dans Polybe même ; 011 voit, par son propre témoi- gnage, qu’à l’époque dont il parle, l’Elrurie ne commençoit qu’à l’Arno ; Polybe dit positive- ment que les Liguriens possédoient le pays jusqu’à Pise, première ville d’Etrurie vers l’occi- dent, et jusqu’au territoire des Arétins. Lucques, alors et long-temps depuis, fut une ville de Ligurie; Frontin la qualifie expressément de ville ligurienne (lib. III , cap. XI) , Domi- tius cahinùs obsidebat Lucain oppidum Ligurum. César avoit Lucques sous son commande- ment, comme le dit Suétone (cap. XXIV) , parce que ce commandement comprenoit a Ligurie et non pas l’Etrurie. _ r ■+ Si donc l’on trouve ensuite dans Strabon et dans Pline , la Magra donnée pour C entre l’Étrurie et la Ligurie , on doit croire que c’étoit un résultat de la n V sion e l’Italie faite par Auguste. Cluvier a très-bien éclairci ces deux délimitations successives. D’après cette observation on comisrend que tant qu’ Annibal restoit sur la rive droite de 12*^ 92 ÉLÉPHANS les fit tous mourir immédiatement après la bataille de la Trebbia , excepte un seul j Tite-Live , qui est |)lus détaillé , lui en laisse encore huit, dont sept moururent bientôt après, lors de la vaine tentative l’Arno au-dessous des limites des Arétins, il n’eloit pas encore eu Etrurie. Il s’y rendoit {Etrunam petebal). Or, d’après ma manière de voir, ou bierv il „e traversa point l’Arno du tout et passa entre cette rivière et Arezzo, ou bien il n’eut à le traverser ciu’au moment où il quitta Fiesole [Fœsulas linquevs). Dans tous les cas, en passant sous Arezzo il laissa cette ville et Flammius qui s’y trouvoil à sa gauche , et alla vers Cortonc et vers il lac par la diagonale. 1 Pourquoi, dira-t-on, Flamînius ne clierclia-t-il point à gener celte marche? Par la même raison qu il se laissa ensuite attirer a poursuivre Anniba! j parce que c’étoit un mauvais géne'ral. Mais une opinion qui n’avoit aucune excuse , parce qu’elle contredit à la fois et le bon sens, et les textes corrompus cl les textes rétablis, et parce qu’elle a encore le dcfaul Je placer les marais en Etrurie , quelque circonscription que l’on donne à ce pays , c’est celle de Sanleolino et de Dim, renouvelée par Fohlril, et adoptée par Rollin , laquelle suppose que les marais en question étoieul ceux de Chiusi , c’est-à-dire , ceux de la Chiane. Folard offie surtout un modèle des faux raisonnemens dans lesquels un homme de mérite peut tomber quand il part d’une fausse base. Comment Annibal auroil-il pu se porter derrière Rimini et Arezzo, en évitant à la fois et Servilius et Flaminius? Où auroit-il pu passer les Apennins pour tomber d’abord à Clu- sium? il auroit fallu les passer dans l’Ombrie et non pas dans la Ligurie ; il auroil fallu tra- verser même la haute vallée du Tibre, d’où il eût été si aisé de se rendre à Rome sans tant d’artifices. Mais il y a plus : admettons qu’il eût nu '11-rit.on ; ^ r'i ■ T ' pu arriver jusqu a Clusium ; cominenl alors, se trouvant sur les derneres de Flaminius an J’„ii„ i n • » n . > 3U lieu d aller droit vers Perugia et vers Rome, seroit-i! revenu vers Fiesole en m«sani i „ . P ' , et cela pour y repasser encore en allant veis eriigia et vers le lac? Comment pourroit-on dire qu’il traversa les marais de Clusium pour se rendre en Etrurie, quand ces marais sont précisément an centre de l’Etrurie de ce temps-Ia? Il n’y a pas un genre d’invraisemblance ni de contradiction formelle avec les auteurs qui ne se rencontre dans cette hypothèse. Apres cela admirez les réflexions de cet homme de guerre sur cette marche savante d’An- ni a , et sur la nécessité où étoit ce général de la faire ! Il y a cependant quelques objections à résoudre dans mon système; la première , c’est comment Annibal , étant venu de la Magra vers lArno, il n’approcha point de la mer, et oommeut Polybe a pu dire que ce ne fut qu’à Hadria , après la bataille de Trasiinène qu’il trouva un moyen de faire partir un vaisseau pour Carthage (♦). Il me semble que, pressé d’atteindre Flaminius , ayant déjà été retardé par sa première tentative pour passer les montagnes, et n’ayant encore rien de décisif à faire annoncer à ses compatriotes, il parcourut rapidement la route en question, sans s’occuper de s’emparer d’un port ni d’expédier un navire. La route actuelle , enire la Magra et l’Arno, esta quelque ^-stance de la mer, dont elle est séparée par des marais. Il est possible que du temps d’Au- e le en fut encore un peu plus éloignée. n Pofyb., Ub. m, cap. LXXXVm, fossiles. ^3 qu’il lit pour passer l’Apennin pendant l’iiiver ; mais les deux auteurs sont d’accord qu’au printemps , lorsque Annibal descendit dans les marais du bas-Arno , il n’avoit plus qu’un seul éléphant sur lequel CO grand général étoit monté pendant la pénible traversée où il perdit U I oeil par une fluxion. Or 5 il est bien évident, comme l’ont déjà remarqué MM. Tar~ gimii et Nesti, que ce seul et unique éléphant n’a pu fournir cette iunoinbrable quantité d’ossemens qui sont épars dans toute la Tos- cane; et de plus, aujourd’hui que l’on sait qu’il y en a presque autant de rhinocéros et d hippopotames que d'éléplians, et que les uns et les autres sont pèle-mèle dans les mêmes couches , il n’y a plus moyen de croire qu’ils soient provenus d’animaux employés àla guerre. Dolomieu a observé ces os d’éléphans en place. 11 dit , comme M. Sanii , qu’on les trouve à la base des collines d’argile qui rem- plissent les intervalles des chaînes calcaires ; plaisance , i ig, (2) BlOClhif Concliil. foss. subapenn. , I, i8i. (3) Amoretti, Su un dente e parte di mandibola d’un mastodonte , etc. , p. 5. 96 ■ ÉLÉPHANS C’est en généi’al du Montferrat que viennent les os d’éléphans des cabinets de Turin, c’est-à-dire, d’une province presque toute formée de ces montagnes sableuses qui bordent l’Apennin , et qui sont à peu près de même nature que celles qui le bordent du côté de la Toscane. La plaine de Lombardie et les bords mêmes du Pô n’en sont pas dépourvus. Nous avons au cabinet du roi une vertèbre lom- baire , un cubitus et un ischion qui en ont été rapportés par feu M. Faitjas. Les cabinets d’histoire naturelle de Pavie et de Milan en con- tiennent, à ma connoissance, plusieurs autres morceaux. M. Brocchi en cite d’auprès de Pcu^ie , d’auprès de Sancoloin- hano , et de la rivière même du (i). On en auroit trouvé jusque dans les hautes vallées des Alpes, s’il est vrai, comme dit le marquis de Saint-Simon, dans son Histoire de la guerre des Alpes, en 1744 911e tous les osseraens d’un éléphant aient été déterrés au pied du petit Saint-Bernard. L’extrémité opposée de l’Italie en a aussi. Fortis parle d’ossemens déterrés près de Montefusco , dans le pays des anciens Hirpins , non loin de Bénévent (3). 11 y a eu aussi de prétendus os de géans trouvés auprès de Pouzzoles (4) ot Ai^ellino , qui n en est pas éloigné (5). Jérôme Magius parle d’un cadavre de cinq coudées de long , déterré près de Reggio en creusant une citerne (6). Il semble que ce soit aussi auprès de Reggio cjue fut découvert le cadavre, dont on apporta à Tibère une dent qui avoit plus d’un pied en dimension. Mais le passage de Phlegon, où ce fait est ra- conté, est un peu équivoque en ce qui concerne le heu (7). (1) Conchll. sithapenn. , l. I , p. i8r. (2) Préf. , p. 22 ; et ap. Deluc. , Pass. d’Annib. , p. 191- (3) Fortis, Mém. sur l’Hist. nat. de l’Ital. , t. II, p. 328. (4) Scipion Mazdla, Anlicliità di Pozzuoli ; ap. Fab. Column. , de Glossop. , p. 34. (5) Fab. Columna, De Glossopet. , p. 34- (6) Hier. Magius , De Gigantibus. (7) Phlegon TralL, de Mirab. , cap. XIV- FOSSILES. 97. Le père Kircher çite un tombeau de géant d’auprès de Cozence en Calabre (i)- Le journal de l’abbé Nazari parle d’un squelette que l’on jugea être d’au moins dix-huit pieds de long (2), déterré en i665 à Tiriolo dans la haute Calah'e. On dit, à la vérité, que ses os ressembloient à ceux d’un homme j mais on sait aujourd’hui à quoi s’en tenir sur ces sortes de comparaisons. Cependant la petitesse de ses dents , qui ne pesoient que de trois quarts d’once à une once et un tiers, peut faire douter qu’ü fut d’éléphant. Thomas Bartholin cite de véritable ivoire fossile de Calabre et d’autre d’auprès de Païenne en Sicile (3) , et des os d’éléphans d’auprès de Messine (4). Falloppe en annonce de la Pouille (5) , et Bonanni dit qu’une inondation mit à découvert dans cette province , en 1698, une dé- fense longue de douze palmes (6). Micheli avoit rapporté de la Pouille , des morceaux d’ivoire , déterrés en lyiS, près de San-Vetturini (7). Ou peut bien encore placer ici les deux prétendus géans dont l’histoire est répétée dans toutes les Gigantologies , savoir : celui qui fut découvert dans le quatorzième siècle à Trapani en Sicile, dont a parlé Bocace^ et que l’on ne manqua point de prendre pour Poljphême (8) , et celui des environs de Païenne au seizième siècle , mentionné par Fasellus (9) 3 mais la grandeur du premier est prodigieusement exagérée, car on lui donne trois cents pieds 5 et Kircher qui a visité la caverne où l’on prétendoit l’avoir trouvé, (*) (*) Mund. suhterr., lib. YHI, sect. II, cap. IV, p. 53. (2) Collection académique , part. etr. , t. IV, p. 178. (3) De Cnicornu, p. 36g. (4) De Pereg,.. Medic. , p. 38. (5) DeMetallic., cap. ultim. (6) Mus. Kircher, p. (7) Targioni Tozzeüi, Viagg. per la Tosc. , VIII , 4i3. (8) De Geneal. Deor., Hb. IV, cap. LXVIII. (9) Fasellus, Decad. I, lib. I , cap. IV5 et ap. Schou, Phys. cur. , lib. III, cap. YIII, p. 434 ; et ap. Brocchi, Concliil. Foss. subapenn., I, 186. T. I. i3 gS ÉLÉPHANS dit positivement qu’elle n’avoit pas plus de trente pieds de haut. Ce même FaseïLus parle de plusieurs autres endroits de Sicile ^ où l’on déterre des os de géans , comme à Melilli , entre Leontium et Syracuse ,* à Canne , à douze milles de Païenne ; à Calatrasi, h Petralia, etc. Mongitore fait des récits semblables (i), ainsi que V ilguarnera (2); mais on ne peut les rapporter tous avec sûreté à des éléphans , parce que ces auteurs ne donnent pas de dimensions exactes, et que nous savons par notre propre observation que les brèches osseuses de Sicile contiennent beaucoup d’ossemens d’autres animaux. Il est cependant d’autant plus vraisemblable qu’une partie de ces prétendus géans ont du leur origine à des os d’ éléphans, qu’on trouve de ceux-ci, au rapport du marquis Charles de Vintimille , historien de Sicile , cité par Kircher (3) , près de la mer, entre Païenne et Trapani , et dans le territoire de l’ancienne Solois qui étoit comme Palerme mie colonie carthaginoise, Kircher rapporte encore des récits*de trois autres géans de Sicile, dont, comme à l’ordinaire, presque tous les os étoient consumés, excepté les dents (4)- Targioni cite une ancienne lettre d’un chevalier Folchi , écrite en iSSq, où il est question d’une dent prétendue de géant, trouvée avec des glossopètres auprès de Syracuse (5). Quant à la Grèce, l’état d’oppression où elle gémit n’a pas permis qu’on eût des relations anatomiques raisonnables des fossiles qu’elle recèle , mais ceux-ci ont donné lieu à des récits de géans dans les temps modernes comme dans l’antiquité. Il est donc vraisemblable qu’il y a des os d’éléphant dans le nombre. Il fut trouvé en 1691, à six lieues de Thessalonique , des osse- (1) Mongitore, De Siciliæmemorabilibus; ap. i5roccÆt, loc. cit. (2) Valguarnera, De orig. et anticf. Panormi; ap. Fab. Coîumn. , De Glossopetris , p. 34. (3) Mund. subterr. , lit. VIH , sect. II, cap. IV, p- 3g. (4) Id. , i/jid. (5) Fiagg.jjer la Toscana, VIII , p- 4i4- FOSSILES. J mens dont l’an admettoit le bras d’un homme dans sa cavité j une mâchelière inférieure étoit haute de sept pouces et demi, êt pesoit quinze livres. Trois autres dents pesoient de deux à trois livres cha- cune. Mais, suivant une autre relation, la plus pesante n’auroit pas excédé quatre livres six onces. Le cubitus ou l’humérus avoit deux pieds huit pouces de circonférence. Il y en a un procès-verbal signé de plusieurs témoins, dans une dissertation d’un abbé Commiers , insérée dans le Mercure de 1692, et citée par l’abbé dans ses Mémoires di histoire , de cidtique et de littératw^e , tome I , p. i3G. DomCahnet s est trompé en portant cet événement à 1701 (i). Siddas parle déjà d’ossemens de géans trouvés en quantité sous 1 église de Sahite-Mena à Constantinople , et que l’empereur Anastase fit déposer dans son palais (2). Nos gazettes annoncent tout récemment une trouvaille semblable faite à Demotica (3) , près éi ^ndidnople , lieu célébré par la prison de Charles XII, et situé non loin de la Mariza , qui est YHebms des anciens. Fortis cite une molaire bien certainement d’éléphant de l’île de Cei'igo, déposée dans le cabinet de Morosini à Venise (4). Il y a grande apparence que c’est aussi à des éléphaus que l’on doit rapporter , sinon le géant de quarante-six coudées dont parle P line (5) , qui fut mis à découvert en Crète par un tremblement de terre , et que les uns prirent pour Orion , les autres pour Otus ,■ du moins le prétendu corps ^Oreste, long de sept coudées ou de douze pieds trois pouces, découvert à Tégée par les Spartiates (6) ; et celui à’ Astei'iiis , fils à’Ajax, qui se trouvoit dans l’île de Ladé, vis-à-vis Milet, et avoit dix coudées au rapport de Pausanias j et celui éiXjax , fils de Telamon, qui étoit àSalamine selon le même (1) Diet. de la Bible, II, i6o. (2) Suidas, voce (3) Journal de Paris, (4) Loc. cit. , p. 3og. (5) Pline, lib. VII, cap. XVI. (I>) Aiilu-Gelle, lib. XVI, cap. X; Herod., lib. I, cap. 67. Solin, lib. I; Pline, loc,. cit. 100 ÉLÉPHANS auteur, et dont la rotule égaloit en grandeur un des palets usités aux jeux olympiques (i) ; et enfin les grands os de Rhodes , dont parle Phlegon de Traites (2). L’Espagne ne manque point de récits d’ossemens de géans. Telle est la prétendue dent de Saint-Ctmstophe ^ q^0 Pq^ fit yqIj. à Louis Vives dans l’église de ce nom à V %lence , et qui étoit, dit-il, de la grosseur du poing (3). • Une notice bien plus certaine, c’est qu’il y a au cabinet royal de Madrid ', de l’ivoire et des os d’éléphant trouvés dans les fondations du pont du Mançanarez. M. Proust nous l’apprend dans une lettre à feu Lamétherie, insérée au journal de physique de Mars 1806, M. Duméril a vu dans le même cabinet plusieurs fragmcus de dé- fense de deux pieds de long; des portions de fémurs et d’autres os trouvés près du pont de Tolède. Mais l’Espagne est encore un de ces pays , où les Carthaginois ont dû conduire beaucoup d’éléphans; passons donc en France, qui en a reçu, comme chacun sait, beaucoup moins que la Grèce et l’Italie, pendant les temps historiques. En effet, quelque attention que les Gaulois aient pu donner à ceux qui avoient traversé les parties méridionales de leur pays, lors du passage dèAnnibal , ils n’en furent pas moins effrayés de ceux que Domitius Ænobarbus y conduisit contre les Allobroges et les Auvergnats (4)- Ce qui cependant peut paroître assez singulier , c’est que les en- droits où l’on en a trouvé le plus anciennement sont aux environs du Rhône , et par conséquent dans les lieux où AnnibA et Domitius ont du passer. 11 auroit donc été assez naturel de les leur attribuer; mais on aima mieux d’abord les regarder comme des os de g^ans. Sous le règne de Charles VII , en i456, 1® Rhône mit à nu de (i) Paiisanîas , Altic. , cap. 35. (a) Phlegon^ De Mirabil. , cap. XVI. (3) Vives ad Civ. dei August. , Hb. XV, Cap. IX. (4) Orose, lib.y, cap. XIII ; et Florus , lib. III , cap. II. fossiles. IOi ces prétendus os de géans , en dans la baronnie de ' 1 de Saint-Peirat , vis-à-vis de la ville de y^Lejice (i). Louis Dauphin , depuis Louis XI , qui résidoit alors a V alence , en recueillit le témoignage, et une partie des os fut portée à Bourges et suspendue par ordre de Réné y roi titulaire de Naples, aux murs de la Sainte-Chapelle de cette ville, où ils sont restés fort long- temps. Jean le Maire , dans ses Illustrations de Gaule , tire de ces os avec la logique de ce temps-là une preuve que la maison de Toiirnon descend des Trojens (2). Jean Cassanion, dans son traité des géans (3), parle d’une dé- couverte faite au meme lieu, un peu avant la deuxième guerre de religion, par conséquent vers i564; deux paysans aperçurent de grands os qui soi-toient de terre le long d’une pente 5 ils les portèrent dans un village voisin où Cas.sa.nzon, qui demeuroit alors à Valence, les examina. Il les prenoit encore pour des os de géans ; mais la description rp’il donne de l’une des dents, prouve à elle seule que c’étoient des os d’éléphans. Elle pesoit huit livres et étoit longue cl un pied j son épaisseur étoit beaucoup moindre , elle avoit quelc[ues racines. La surface triturante étoit concave et large de quatre doigts; on n’en avoit trouvé que deux, et la seconde se conservoit près de là , au château de Charmes. C’est aussi à peu de distance du Rhône , mais en Dauphine, que s’est trouvé sous Louis XIII , celui de tous les squelettes fossiles qui a donné lieu à plus de contestations, le fameux Feutohochiis , sujet des longues disputes ^Hahicot et de Riolan. I^es nombreuses bro- chures c[u’il occasionna sont remplies d’injures, mais ne contiennent presque rien qui puisse éclaircir la question. La rivalité entre les médecins et les chirurgiens excitoit les combattans beaucoup plus que l’intérêt de la vérité. Riolan montra cependant assez habilement, (1) Fufgose , De Dîct. factisque Memor., lib. I, cap. VI j p- (3.) niiistralions de Gaule et singularités de l'rojes , pag- ^^9- (3) De Giganlibus , auct. J. Cassanione , Monostroliepse , Basil. i58o, p. 6i. 102 ÉLÉPHANS pour un homme qui n’avoit jamais vu de squelette d’éléphant, que ces os devcdent provenir de cet animal (i). Voici a peu près ce quil y avoir de vrai dans tout cela, autant qu’il est possible d’en juger aujourd’hui. Il paroit quon trouva, en i6i3 , le n janvier, dans une sablon- nière , près du château de Chaumont ou de L^n^on entre les villes de Montricaut , Serre et S aint- Antoine , desossemens dont une partie fut brisée par les ouvriers. Un chirurgien de ^eaurepaire , nomme Mazurier , montra à Paris et en divers autres lieux , pour de l’argent, ceux qui étoient restés entiers; et afin de mieux, exciter la curiosité , il distribuoit une petite brochure où il assuroit qu’on les avoit trouvés dans un sépulcre long de trente pieds, sur la tombe duquel étoit écrit : TeutobocJius rex. On sait que c’étoit le nom du roi des Gimbres qui combattit contre Marins • aussi ajoutoit-il qu’il s étoit trouvé dans le meme lieu une cinquantaine de médailles avec l’effigie de ce consul romain, et les lettres initiales de. son nom (2). Mais on accusa ce chirurgien d’avoir fait faire sa brochure par un jésuite de Tournon , qui avoit forgé l’iiistoire du sépulcre et de l’inscription ; ses prétendues médailles portoient des lettres gothiques et n av oient rien de lomain. Il ne paroit pas qu’il se soit justifié de cette imposture. Quant aux os qu ilmontioit,ils consistoient dansles pièces suivantes : (r) Voyez les brochures suivantes que je cite dans l’ordre selon lequel elles se succédèrent : Histoire véritable du géant Teutobochus, etc., i5. pages, par Gigantostéologie , par N. Habicot, i6i3 ; Gigantomachie, par un écolier eu Médecine {J- Riolan) , i6i3; L’impsture découverte des os humains supposés d’un géant, i6i4 {par le même) -, Mono- maclne , ou Réponse d’un compagnon chirurgien aux calomnieuses inventions de la Giganto- maclne de Riolan , 1614 { auteur inconnu) ; Discours apologétique de la grandeur des géans , j«r Guiüemeau, iGi5; Réponse au Traité ajwlogétique toucluint la vérité des Géans, par N. Habicot; Jugement des ombres d’Héraclite et de Démocrite sur la Réponse d’Habicot au Discours attribué à Giullenieau; Gigantologie, ou Histoire de la grandeur des Géans , par Riolan, 1618 (il y a réimprimé sa Gigantomacbie et son Imposture découverte) ; Antigi- gantologie , ou Coulrediscours de la grandeur des Géans, par Habicot, i6i8; Touche clii- rm-gicale, par Habicot, i6i8j Correction fraternelle sur la vie d’Habicot, Riolan, 1618. ^ (2) Gassendi , v,e de Peiresc , liv. III , et dans ses OEuvres , t. V, p. 280. fossiles. jo3 jo Deux morceaux de la mâchoire inférieure, dont un pesant six livres et un pl«s grand pesant douze livres , avec une dent entière et trois cassées. Chaque dent avoit quatre racines, étoit grande comme le pied d’un petit taureau, comme pétrifiée , et de cou- leur semblable à la pierre à fusil. Habicot dit bien que le premier morceau de mâchoire contenoit deux molaires et la place de deux autres \ mais Riôlan affirme que les dents étoient détachées. Cette description est si obscure , que sans les autres os on seroit embarrassé à quoi la i apporter. 2°. Tiens, i’^ertèbres , dont une de trois doigts d’épaisseur où l’o^ pouvoit passer le poing dans le canal médullaire 5 les apophyses transverses avolent des trous à leur base 5 c’ étoit évidemment une cervicale, et la minceur de son corps prouve qu elle étoit d’éléphant. L’autre étoit beaucoup plus grande, mais avoit perdu son apophyse. 3°. Un morceau du milieu d’une côte, long de six pouces, large de quatre, épais de deux. 40. Un fragment ài omoplate dont la facette articulaire avoit douze pouces de long et huit de large. 50. Uué tête ^humérus , grande comme une moyenne tête d’homme, et dont la scissure pouvoit loger un moyen calmar d’écri- toire. 60. Un fémur long de cinq pieds, de trois pieds de tour en haut, de deux près des condyles , d’un et demi au milieu ; les trochanters y manquoient. Le cou n’ avoit ni une longueur , ni une obliquité appro- chantes de celles de l’homme (i). ■yo. Un tibia long de près de quatre pieds et en ayant plus de deux de tour en bas. 80. Un astj'agale , différent de celui des animaux ( on entendoit domestiques) , mais qui n’ avoit point l’apophyse scaphoidienne aussi saillante que celui de l’homme (2). 90. Enfin un calcanéum qui avoit en bas des facettes pour le (1) Gigantomachie , p. 3o. (2) Ib,, p. 26. io4 ÉLÉPHANS scajDhoïde et le cuboïde , mais dont l’apophyse postérieure ou tubé- rosité n’étoit point aussi forte que celle de l’homme. Cette extrémité postérieure étoit bien siiremenl d’un éléphant 5 il ii’y a point d autre animal dont 1 astragale ressemble assez à celui de 1 homme pour que qui que ce soit^ ait j>u s’y méprendre. Riolan dit, dans une de ses brochures, que ]g Dauphiné est rempli de ces os. En effet dès i58o Cassanion assure qu’on mon- troit des os de géans déterrés plusieurs années auparavant sur la colline cjui domine le bourg de Tain ^ Un troisième prétendu géant s’est trouvé, en 1667, dans une prairie près du château de Molard, diocèse de J^ienne (2) j les dents pesoient chacune dix livres. M. de Jussieu m’a dit avoir vu autrefois des os d’éléphant sus- pendus dans une des églises de %lence , et qu’on y disoit de géant. Sloane annonce qu un marchand françois en avoit apporté de son temps de cette même province en Angleterre. A mesure qu’on se rapproche de notre époque , les observations deviennent plus positives. Une véritable raâchelière d’éléphant a été publiée par M. de la Touj'ette dans le IXe. tome des Sauans étran- gers de V Académie des Sciences, p. 74^ et suw. ,• elle fut trouvée en 1760 près de Saint-V alier , à demi-quart de lieu du Rhône, et à quatre-vingts pieds d’élévation au-dessus de ce fleuve, dans une terre graveleuse , mêlée de cailloux. M. Guilliermin , maire de Vienne , a envoyé récemment au ca- binet du roi une mâchelière bien conservée, trouvée auprès de celte ville en i8i4, dans un lit de gravier. M. Polonceau, ingénieur des ponts et chaussées, en a envoyé une autre du même lieu. Il y en a plus haut sur le Rhône, car on voit, à ce que me mande ]M. Pictct , dans le cabinet de ]VI. de Saussure , une defénse trouvée près de Genève. (1) Cassanio, De Gig. , 6f. (2) Dom Calinet, Dict. de la Bible, II , p. 161. fossiles. io5 Il y en a aussi en Provence. M. Arnaud de Pbnoisson , procu- reur-<^énéral à la cour royale d’Aix, possède une mâchoire infé- rieure d’éléphant, trouvée dans les environs de Riez, département des Basses-Alpes. Je tiens ce fait de lui-même. La rive droite du Rhône n’en est pas dépourvue. Indépendamment de ceux dont nous avons parlé plus haut d apres J ean Lemaire et Cassanion , M. SoulaAe fait mention d’un squelette presque entier découvert dans les environs de Lai>oûte, département de X Ardèche, dans les atterrissemens voisins du Rhône (i). M. Faitjas décrit une défense trouvée par M. Laçalette dans la commune àX Arbres, près Killeneiwe-de-Berg , même departement, au pied des Monts-Coirons , et à cinq pieds de profondeur dans un tuffa volcanique (2) , défense dont le proprietaire vient d envoyer une partie au cabinet du roi. M. Cordier , inspecteur des mines, qui a succédé récemment à la chaire de géologie de M. Faujas au Muséum d’histoire natu- relle , a bien voulu me donner une note sur cette position qu il a aussi examinée avec soin. La defense etoit incrustée dans 1 intérieur d’une brèche volcanique solide, qui ne forme pas seulement le sommet de la colline èX Arbres , mais s’étend en couches horizon- tales sous toute la masse des Coirons dont elle est la première assise. Assez bien conservée ailleurs , elle est presque entièrement décom- posée à Arbres , et s’y réduit en une argile jaunâtre où les pyroxènes sont seuls restés entiers ; tout ce sol volcanique repose sur une haute plaine de calcaire coquillier compacte , diversement incline. Il fau- droit maintenant savoir si ces défenses étoient enveloppées dans le corps même de la couche volcanique , ou seulement dans quelques uns de ses anciens déblais. Au reste M. Cordiercoxmoil plusieurs autres lieux où des ossemens sont enveloppés dans des matières volcaniques. On peut consulter la carte des Coirons, publiée dans Thistoire na- turelle de la France méridionale , t. VI. (1) Hist. nat. de la France mérid., t. III , p. 98. (2) Annales du Muséum d!Hist. nat. , t. II , p. 24. T. I. 4 io6 ÉLÉPHANS Il y a au cabinet du roi une mâchelière d’éléphant du dépar- tement du Puj de Dôme , envoyée par M. Coq , ingénieur des mines. On trouve beaucoup d’autres débris d’éléphans en se rapprochant des Pyrénées. La montage novre en recèle une quantité dans ses pentes. M. Dodun, ancien ingénieur du département du Tam^ a décou- vert dans les environs de Castelnaudary , plusieurs màchelières d’éléphans bien caractérisées dont il m’a fait voir les dessins. 11 en a parlé dans le Journal de Physique , t. LXI, p. 254. A Gaillac, en Albigeois , on trouva, en 1749, à onze pieds de profondeur, dans du graviei’ sec mêlé de sable, un fémui- mutilé et des lames de mâchelieres (i). • Nous avons déposé nous-mêmes au cabinet du roi une mâchelière des environs de Toulouse, que nous devions à M. Towmora, médecin et habile naturaliste de cette ville. M. Marcassus de Puyinaurin, membre de l’Académie de Tou- louse, père du député d’aujourd’hui, avoit envoyé au cabinet plu- sieurs fragmens de défenses, qu il avoit trouvés sur la croupe d’un coteau, à un quart de lieue du château àlAlan, résidence des évêques du Comminges (2). M. Mosneron, ancien député au corps législatif, m’a donné, et j’ai placé au cabinet du roi, une tête de fémur qu’il a trouvée au pied des Pyrénées. Elle est très-grande et appartenoit à un individu de seize pieds. En remontant vers le nord , on ne remarque point que les os fos- siles d’éléphant deviennent moins communs. Il y a au Muséum une portion ài omoplate déterrée à trois lieues au-delà de Châlons-sur-Saône , du côté de Toumus , et rapportée à l’Académie des Sciences en 1743 par Geoffroy (1) Hisi. de l’Ac. de Toulouse, t. I, p. fo. (2) Daub., Cab. du Roi, Hist. nat. , XI , n». DCDXCIX. (3) Id. , ib., n“. MXXXII; et Mairan, Hist. de l’Ac, des Sc. , 1743 , p- 49- FOSSILES. 107 Les ouvriers qui travaillent au canal du centre en ont récemment découvert un amas dans la même province. J’en ai reçu par les soins de feu M- de Gérardin , employé de ce Muséum, une mâ- chelière très-reconuoissable , quoique brisée. 11 y avoit auprès une inàchelière de rhinocéros. Le lieu de sa découverte se nomme Chagny. FeuM. TonnelwT, garde du cabinet du conseil des mines, con— servoit une lame de macheliere quil avoit trouvée dans un atte— rissement, à l’endroit dit le Pont-de-Pierre , à une lieue Auxerre. Feu mon collègue, M. Tenon, membre de l’Académie des Sciences , en avoit VU une autre dent des environs de cette deimière ville. M. Pazumot tYowNa. en juillet 1773, dans \Yonne meme, une molaire pétrifiée. A Foulent , village près de Gray , département de_ la Haute- Saône , on a trouve il y a quelques années, dans un creux d’un ro- cher qu’on faisoit sauter pour élargir un jardin, un grand nombre d’os, des màchelières et des portions de défenses d’éléphant avec des os de rhinocéros , de chevaux et d’une espèce particulière d’hyène, que je décris ailleurs. ]yj, Te Febi^re de Morey y oxAxxt bien recueillir ces os pour le ca- binet du roi, où ils sont aujourd’hui. On en avoit eu également un grand nombre auprès ôePorentruy , dans l’ancien évêché de Basle, en 1779, en faisant un chemin. J’en ai déposé au cabinet du Roi, une molaire qui m’ avoit été donnée par M. Schaîfenstein , pasteur à Elle est remarquable par la largeur de ses lames. En se rapprochant de Paris, on en tronve à Orléans. Il y en a au cabinet du. roi une portion de tête inférieure de fémur, une portion de calcanéum , et une portion de vertèbre dorsale , envoyées par lyi. Chouteau. Le même observateur vient d’envoyer ô’Aaaray près Beaugency des fragmens considérables d’ivoire. Les environs de Paris en offrent comme les autres provinces. Le io8 ÉLÉPHANS cabinet du roi possède une mâchelière et un fragment de défenses trouvés dans les atterrissemens de la Seine près àiArgenteuil. M. le marquis de Cubières , membre de l’Académie des Sciences ^ conserve une mâchelière prise près de Meudon, à une assez grande profondeur dans le sable. Dans l’enceinte même de P avis , près la Salpétrière , on en a trouvé une en i8i i , à dix pieds de profondeur, aussi dans le sable. En creusant le canal qui doit amener les eaux de VOurcq dans cette capitale, on a déterré deux défenses et deux màchelières des plus grandes cjue j’aie encore vues, en trois endroits différens de la foret de Bondi. M. Girard, célèbre ingénieur et directeur en chef de ce canal , a bien voulu me les remettre pour les déposer en ce Muséum. On y a trouve, depuis, une tête d’humérus qui indique un éléphant de quinze à seize pieds, une défense longue de plus de quatre pieds, et plusieurs autres morceaux. Comme j’ai examiné soigneusement le local avec M. Girard et le savant mijiéralogiste M. Alexandre Brongniard, je ne crois pas hors de propos d’en donner ici une courte description. Le canal est creusé dans la plaine de Pantin et de Bondi, dont le sol s’élève de soixante-dix a cj^uatre-vingts pieds au-dessus du niveau de la Seine, et qui embrasse le pied des collines gypseuses de Mont- martre et de Belleville. Cette plaine est formée jusqu’à quarante pieds de profondeur, où elle a été sondée, de diverses couches de sable, de marne et d’argile ; ou n’y a rencontré nulle part de pierre calcaire, quoiqu’il y en ait au niveau de la rivière à Saint-Ouen. Le canal traverse en quelques endroits des couches de gypse qui se con- tinuent avec la base de la colline de Belleville. Nous verrons ail- leurs qu il paroit cp.ie 1 argile et le sable ont rempli après coup l’intervalle des collines gypseuses. La partie la plus élevée de la plaine, celle qui partage les eaux qui tombent clans la Seine et celles qui tombent dans la Marne, est près de S écrans , dans les bois dits àe Saint- Denis. Il n’a pas fallu néanmoins y creuser à plus de trente à quarante pieds; ce qui prouve combien cette crête est peu consi- dérable par rapport au reste de la plaine. Le sol y est en grande FOSSILES. 109 • J» 4>înnâtre , alternant avec des lits d argile verte, et partie dune marne jaunaiic, a ^ ^ a , ^ o;r.ar-là desroenons de marne durcie, et clans a autres endroits des ménilites en partie remplies de cocpnlles lluviatiies. En certaines places, les couches de marne et d’argile s enfoncent comme si elles eussent formé des bassins ou des espèces d étangs, que des matières étrangères seroient venues remplir. Il y a en effet à ces places-là des amas de terre noirâtre qui suivent la courbure des enfoncemens de l’argile, et qui sont surmontés à leur tour par du sable jaunâtre. ... . , , C’est dans la terre noire, à dix-huit pieds de profondeur, cju on a trouvé les dents et les défenses d’éléphans. 11 y avoit aussi un crâne plus ou moins complet, qui a été brisé par les ouvriers, et dont j ai les fragmens, ainsi que beaucoup d os du genre du bœuf, d auties ruminans moins grands, et surtout un crâne tres-reconnoissable de cette grande espèce de cerf si célèbre parmi les géologistes, sous lé nom impropre à’élan fossile Irlande. Le sable jaune supérieur contient beaucoup de coquilles com- munes d’eau douce, soit limnées, ^o\lpla?iorhes ; mais la terre noire n’en a point, non plus que l’argile verte et la marne jaunâtre dans lesquelles elle est enchâssée. L’ivoire est fort décomposé; les ma- chelières le sont moins, et les autres os presque pas. La plupart ne paroissent pas même avoir été roulés. Leux portions de màchelières de Gierard en Brie , à une lieue de Crécy , sont mentionnées Daubenton^ elles etoient a dix pieds de profondeur dans une sablonnière (i). M. de Fillarcé, membre de la Société d’ Agriculture de Provins, en a envoyé deux de Champagne au cabinet du roi. Feu M. Petit Radel, professeur à la Faculté de Médecine de Paris , avoit dans son cabinet une grande màchelière, déterrée à ViUebertin près de Troyes, dans un banc de gravier. La lorraine n’en manque pa ^ non plus. _ Le baron de Servière représente une macheliere supeiieure len (i) Hisl. nat-, XI , MXXVlll; et Ac. des Sc., 1762. 110 ÉLÉPHANS caractérisée (i), trouvée sous le lit de la Moselle, près de Pont-à- Mousson. Un germe de neuf plaques des environs de Metz avoit été envoyé au Muséum par M. de Champel (2). Puchoz , dans sa première centurie de planches enluminées et non enluminées , etc. , décade III , pl. X , fig. i ^ représente une cin- quième dent dH éléphant pétrifiée troiwée aux eyii^irons de Diculo- ward, entre P ont-à- Mousson et Nancy , et déc. VI, pl. v, fi ceux et sur un lit de sab e. r j i i * On connoît depuis long-tems les éléphans fossiles de la Belgique. Le savant médecin F^anGorp, autrement Goropiits Becamis combattu dès le seizième siècle les préjugés qui faisoient attribuer à des géans, des os et des. dents de cette espèce, trouvés ancienne- mentaux environs d’a^Koew; et il parle à celte occasion des os de deux éléphans déterrés près de Viluorde , dans un canal que les ha- bitans de Bruxelles firent creuser de cette ville à Rupelnioiide , pour éviter je ne sais quelles vexatiôns que leur faisoient éprouver ceux de M.alines. 11 les attribue , comme on le faisoit de son temps , aux expéditions des Romains et nommément aux empereurs Galien et Posthume. Jean Lauerentzen ,à.3ins son édition du Muséum regis Daniœ de Jacobœus , part. I, sect. H n°. 73, rapporte l’histoire d’un squelette qdOtho Sperling vit déterrer à Bruges en i643 , et dont un fémur étoit conservé dans ce cabinet. C’étoit un fémur d’éléphant, long de quatre pieds et pesant vingt-quatre livres. M. de Burtin, dans le chap. I, § 2, p. aS, de DissertatiOJi sur les résolutions de lasiirjace du globe, couronnée \Uaarlejn en 1 787, dit posséder une dent d’éléphant découverte en Brabant. Il ajoute ( p. 180, note) c[u’une très-grande tête fossile de cette espèce a été retirée d’une rivière, à deux lieues de Lousain, par des pêcheurs. M. Delimbourg parle aussi en général de ces os dans un mémoire inséré parmi ceux de l’Académie de Bruxelles (2). Outre ceux de Lorraine, dont nous avons parlé, il y en a plus bas sur la Meuse. M. Valenciennes a rapporté pour le cabinet du roi , des ffagmens de défenses , recueillis dans les couches supé- rieures et meubles de la montagne de Saint-Pierre , près Maës- (1) Origin. Anverp. , Hb. II, p. loj ; Gigantomachia. (2) Tome I, page 4io- II2 ÉLÉPHANS tricht , si célèbre par les ossemens de reptiles qu’elle recèle plus profondément. La grande vallée du Rliin fourmille pour ainsi dire de ces osse- mens. Les environs de Strasbourg en ont beaucoup donné. ^œcler, in Cjnos. mat. med. Herrmanni , vol. I, pl. ÏII, p. i34, et Sloane, Ac. des Sc. 1727 , avoient déjà parlé d’une défense trou- vée dans le Rhin, près de NonneJiweyer. Un fragment du même endroit, long de 3' 2", se trouve encore aujourd’hui chez M. Spielmann, pharmacien de Strasbourg, et une molaire de FTittenweyer, qui n’en est pas éloigné, chez M. Petersen, habitant de la même ville (i). JeanHerrmann, dans un programme particulier du 1 5 décembre 1785, montre que la prétendue corne de bœuf, depuis long-temps suspendue à l’un des piliers de la cathédrale de Strasbourg, et dont Biiffbn a parlé comme telle (2), n’est ai^i qu’une défense fossile, qu’on aura sans doute tirée autrefois du même fleuve. Il n’en a pas été moins trouvé aux environs de Bàle. M. Adrien Camper en a vu beaucoup , en 1788, dans les cabinets de cette ville, et entr’ autres chez M. Bernoulli (3). Knorr représentoit déjà une mâchelière et un os du métacarpe du cabinet de M. dlAmioTie , professeur à Bâle (4). La chronique de Colmar parle, sous l’an 1267, d’os de géans trouvés près de Bâle au village de Hertin (5). Il y en a aussi diverses molaires dans la bibliothèque publique de Bâle , dont deux ont été gravées comme dents de géans (6). avoit un morceau d’ivoire du même lieu (7). (1) Tiré des Lettres de M. Hammer. (2) Hist. nat., Suppl., t. Y, p. 543. (3) Descr. mat. d’un Eléph. , p. 28 , note 3. (4) Knorr, Motium. , t. Il , sect. II , tab. H , et H III. (5) Dom Calmot, Dict. de la Bible, II, i6o. (^>) M. Hcr/Mwer possède ces gravures» ^7) Cab. III, 22^. FOSSILES. jj3 On en a trouvé à Mutterz , à une lieue de ‘Bâle , et à Rhein- felden (i). 11 y en a aussi dans plusieurs des vallées de la Suisse qui aboutissent à celle du Rhin. L’histoire du géant déterré auprès de Lucerne en 1577 est presque aussi célèbre que celle du prétendu Teutobochus. Ses os se trou- vèrent sous un chêne que le veut avoit déraciné auprès du cloître de Rejden. Le célèbre Félix Plater, professeur de médecine à Bâle, étant venu à Lucerne sept ans après (en i584), les examina et déclara qu’ils ne pouvoient venir que d’un homme d’une énorme taille. Le conseil de Lucerne les lui ayant envoyés à Bâle, il fît des- siner un squelette humain de la grandeur qu’il croyoit qu’avoit eu celui dont ces os provenoient et qu’il portoit à dix-neuf pieds , et renvoya ce dessin à Lucerne avec les OS. On conserve encore dans 1 ancien college des Jésuites le dessin, sur lequel est une inscription qui porte que ces os consistoient en parties de fémur, de tibia, d’omoplate, de clavicule, de vertèbres, de sacrum, de coccyx, de côtes ; en Iragmens de crâne , et en une pommette presque com- plète, avec un calcanéum et une deuxième phalange du pouce. On peut remarquer qu’il n’y avoit point de dents ; ce qui sans doute empêcha Plater de reconnoître que c’étoit un quadrupède. Mais comment put-il y avoir une clavicule, puisque l’éléphant n’en a pas? C’étoit probablement un radius ou une première côte. Selon Scheuchzer, il ne restoit plus en 1706 avec le dessin (2) qu’une portion d’omoplate et deux os qu’il croit du carpe (3). M. Blii- menbach qui les a vus récemment les a reconnus pour des os d’élé- phans (4). C’est de ce prétendu géant que les Lucernois ont fait le support des armes de leur ville. (1) Tiré des Lettres de M. Hamnier. Voyez aussi Brucher Merckwurdigkeiten der Land- schaft Basel, n°. XV , pl, XV , flg. 1,2; et Davila, p. 227 ; et le Recueil de Traités sur l’Histoire nationale Bertrand, p. 28. (2) Félix Plater, Observ. medic., lib. III, cap. DLXXXVI- (3) Scheuchzer, Iter. Alp. , y, p. 3g„ suiv. (4) Magasin de M. F" oigt, pour la Phys, et l’Hist. nat. , t. V, p. i6 et suiv. T. I. i5 ii4 ÉLÉPHANS Scheuchzer cite une ancienne chronique manuscrite (]) où il est dit que la jambe au-dessous du genou étoit haute de cinq pieds, et avoit un pied et demi de tour dans le haut. Le même auteur parle d après ÏV xgner (2), d’un autre prétendu géant retiré du tuf près à’ Utikon , dans le canton de Zurich. La partie de l’Alsace qui est au-dessous de Strasbourg n’en a pas moins que les régions supérieures. Un squelette presque entier fut déterré en nivôse de l’an 7 , à V endenheim , à un rayriamètre au nord de Strasbourg, sur l’une des collines les plus avancées des Vosges, à quarante pieds de profon- deur, en creusant un puits. On n’en a conservé qu’une défense longue de quatre pieds dix pouces sur cinq pouces et demi de diamètre , et quelques portions osseuses peu considérables. Je tire ces détails de ce que MM. Herr- mann et Hammer ont bien voulu m’en écrire. Il en est parlé dans l’Annuaire du département du Bas-Rhin pour l’an VIII, et l’on y cite mie découverte semblable faite quelques années auparavant sur une autre colline avancée des Vosges, a Ep^g , a huit lieues de Strasbourg, en creusant les fondemens de l’église. En 1807 , on trouva une mâchelière et quelques os, à Gertwiller, près de Barr, à sept lieues de Strasbourg , au pied des montagnes, à trois pieds de profondeur dans les graviers qui forment le fond de la plaine ^Alsace. M. Hammer possède aussi un fragment de défense trouvé dans une île du Rhin près de Selz , et un autre des environs ài Haguenau. Le côté gauche du Rhin continue d’en donner dans le Palatinat et les contrées qui suivent. Il y a une dissertation particulière de Charles Gotlob Steding sur l’ivoire fossile des environs de Spire (3). H représente une mà- chelière de treize lames écartées, où il en manque deux en avant (1) Halleri Chronic. , msp. > XLI. (2) Hist. nat. Helvét. , p. iSa. (3) Nov. Ac. nat. cur. , t. VI , p- 367 , obs. LXXI. FOSSILES. Il5 et une ou deux en arrière. Elle fut trouvée h quatre pieds de pro- fondeur, et pesoit trois livres et demie ^ il y avoit auprès un liagment de défense de quatre livres. Le cabinet du grand-duc de Hesse-Darmstadt contient une mâchoire inférieure d’un grand volume , trouvée auprès de VForms. Merk en parle, II®. lettre sur les fossiles, p. 9 et suiv., et la repré- sente pl. III. Le cabinet de Künast avoit un fémur du même lieu. Nous possédons eu ce Muséum deux mâchoires inférieures, dage différent, trouvées l’une et l’autre aux environs de Cologne; et ou vient d’en acquérir une mâchelière des environs de Coblentz qui appartenoit à M. Faujas. Le côté d’Allemagne en a donné encore davantage. Le Muséum Kunastianurn cite de l’ivoire fossile du pays de j5«rf<î,troavéeni6o9,à dixtoîsesdeprofondeur aubordduRhin (i). 11 y a au cabinet de M. Hammer une molaire et un fragment d’omoplate d’auprès de Brisach. Keissler en 1731 (2) parle d’une tête d’éléphant trouvée près de Manheim, dans le Necker, à sept pieds de profondeur, et qui étoit conservée 'a Francfort, dans le cabinet du docteur Kissnei. Elle a été gravée et l’on voit une copie de cette gravure dans l’atlas de Homan. Sa longueur, suivant 1 inscription, etoit de quatre pieds dix pouces du Rhin (sans doute en y comprenant le fiagment de défense ) et son poids de deux cent une livres. Merk en lait aussi mention (3), et dit qu’elle a passé à Pétershourg. Il y avoit deux mâchelières, chacune de neuf pouces de long. M. Fischer m’a envoyé dans le temps le dessin d’une grande mâchoire inférieure trouvée aussi dans le Necker, et qui est conservée dans le cabinet de Darmstadt. ^ M. Lfawmer possède une molaire déterrée dans une île du w m , (i) Mus. Kunast. Strasb., 1668, éd. in-8“., p. 60; cette citation à M. Hammer. (2) Voyages, t. II , p. 1469. {l) Deuxieme lettre, ï5* éléphans vis-a-vis Manheim, et un fragment péché dans le Rhin même près de cette ville. ’ II y avoit chez M. Ginelin , anotTnVmVo ?. '7^. z • choire inférieure trouvée dans le Rhin ^ J^ne ma* heim (.), et dans le cabinet de Kiina^t ®„ “î® déposé dans celui do l’École de Médecine de Stfasbour» En févriei- .819, des bateliers tirèrent du Rhin“?'i trèpbas ^ Sandhofe,^ près de Manheim, «ne mâchoire inBrienr! d éléphant tres-bien conservée , en même temps qu’un énorme crâne d aurochs. ^ uuune M savant professeur de Heydelberg, qui me fait jDart de ce fait, m écrit aussi que le 21 juillet 1817 on découvrit à une demi-lieue de cette dernière ville, sur le chemin de Schw zmger^ à trente-six pieds sons terre dans une sablonnière, nZàt fause de stx pteds de longueur, bien qu’altérée à sa base et à sa pointe ; elle est déposée au cabinet de l’Université. M. Tiedemann en a du meme endroit un fragment de cubitus. Æfcrcidécritdansl’ouvragecitéplnshautuneomqp&fe unhian ’ rus, fénmrs , une défense, un ischion et un cubitus déterri' sur le bord du Rhin, dans un banc do gravier, près A'ErfeUen dans le pays Ae Dar,r^stadt. Il y avoit auprès un crâne de rhinocéros: Le bassin d éléphant déposé au cabinet de Darmstadt a probable- ment été déterré dans ces mêmes environs, à ce que m’écrivit dans e temjK n. mscher. Il y a encore dans ce cabinet, selon le même naturaliste, des dents trouvées à ErhacJi en Rheingau possédoit cinq màchelières et une défense tirées à.w.Rhin, près de (j) Commère. Noricum, tnAS «i m « .r ■ i ^ ' ' ’ P'- ag. 10, p. 2QT ; et Keissler, loc. cit (2) Juliœ et montium subterranea , Dusseld. ,„6 8“ , P. 77 , n» V «ne erreur plaisante de cet auteur au sujet de ces dents. Ayant trouve dans Leibmtz, une figure de la molaire d’éléphaat déterrée à Trde il ’t K' ®*-oieat semblables, mais il se figura que Tjda étoit le nom de l’an' T portoit ces dente ofi ru i I < animal auquel Leibnitz rap- ® ” se fatigua en recherches pour savoir tiiiel .S t » • i ■ rr- / dont il ne trominit i • . am»al nomme Tj-da, irouTou de mention nulle part. fossiles. iï7 M. de Schlothein a une mâchelière des environs de cette même ville dans son cabinet (i). M. Leidenfrost , professeur à Duysbourg, avoit une mâchoire inférieuie, un humérus, un fragment de fémur et deux màchelières des bords de la Lippe, près de Schombeck, dans le duché de Clê{>es , à peu de distance du Rhin (2), toujours avec des fragmens de rhinocéros. Dès 1746, il est parlé d’un grand nombre d’os déterrés à Lippen- heîm, près de JVesel (3). Le Moniteur du 16 avril 1809 rapporte que dans une prairie voi- sine de FTesel, que le Rhin avoit inondée , on découvrit lors de sa retraite une mâchelière pesant trois livres et quatorze onces. Le cours du Rhin et de la Meuse en étant si riche, les alluvions de leurs embouchures n’en pouvoient manquer; aussi la Hollande en est-elle pleine. Plempius[\)f^v\e d’un fémur tiré de VIssel, près de Doesbouro-. Liilof fait mention d une dent et de plusieurs os déterrés dans la vallée de XIssel , près de Zutphen (5). Palier décrit xmfe'mur de quarante-un pouces de long , mis à découvert avec une vertèbre , par une irruption de la Meuse du 1 1 février l'jS'j , près de Hedel, dans le Bonmieler-waerdt. Verster donne d’excellentes figures, faites par Camper , d’une portion considérable de crâne d’un jeune individu et d’une portion de bassin déterrés non loin de là , près de Bois-le-Duc (6) , et dont Camper lui-même avoit parlé dans son Mémoire sur le crâne du rhi- nocéros bicorne (7). (i) ^onnoissance des Pétrifications, en allem. , Gotha , 1820 n ^ (2 troisième lettre, p. i3. > > 1 • (4) Nunningii et Cohaiisenii. 4 emarques sur l’Anatomie de Cabrol, p. 70, ap. Palier, Soc. de Harlem , tome XII Mém. delà Soc. de Haarlem, t. xxm, p. 53—85. (7) Acta ac. Petrop. ; 1777, part. II, p. ao3. ii8 ÉLÉPHANS J’ai vu et dessiné en i8ii , dans le cabinet commencé par le roi Louis Lonuparte , dans i botel-de-ville d , sous la di- rection de M. Reinwardt, une moitié de bassin qu’une irruption de la Meuse avoitmise k découvert aussi dans le Bommeler-waerdt. Le Moniteur cité ci-dessus {du i6 xSog) parle d’uné autre moitié de bassin, découverte par le FFaal , Ws de 'l’inondation qui rompit la digue de Loenen, dans la province de Betuwe , un peu au-dessous de Nimègue. M. Brugmans, professeur de Lejden, m’a donné le dessin d’un fémur trouvé dans ses environs. Les parties plus élevées des Provinces-Unies u’en sont pas dé- pourvues. Picaardt cite des ossemens monstrueux du pays de Drenthe et une défense longue de douze empans, déterrée en juillet i65o , près de Cœporden (i). ’ Allemagne est sans contredit le pays de l’Europe où l’on a le plus trouvé d’os d’éléphans fossiles , non pas peut-être qu’elle en recèle plus que tes autres contrées , mais parce qu’il n’y. a dans cet empire, pour ainsi dh-e, aucun canton sans quelque homme instruit, et capable de recueillir et de faire coniioître ce qui s’y découvre d’intéressant. Merck comptqit déjà en 1784 (2) quatre-vingts endroits où l’on avoit déterré de ces os, et plus de cent échantillons d’os dont l’ori- gine étoit inconnue. M. de Zacli fait aller le nombre des lieux à plus de cent (3) ; et M. Blumenhach le porte au double (4)- Tout le monde connoît l’histoire de l’éléphant découvert à Tonna, dans le pays de Gotha, en 1696, et dont Tentzelius et Hoyer ont donné des relations (5). (1) Ann. Drenth. , ap. Ferster, loc. cit. (2) Deuxième lettre, p. 8. (3) Monatliche Corrcsp. , janvier 1800 , p. 29. (4) -^l'cliceologin telluris , ■f. 12. (5) Tentzelii, Epistola ad Magliabecchium , de scelel'o elephanlino, Tonnænuper effosso ; Phil. irons., yol. XIX, n“. 234, p. J. G. Hoj'er, De Ebore fossili, seu de sce- FOSSII^ES. iig On en a déterré un second en 1799, à cinquante pieds de distance du point où l’on avoit trouvé l’autre j et le célèbre astronome, M. le baron de Zach a donné à cette occasion une description du terrain plus circonstanciée (0, dont nous allons profiter pour faire connoitre les détails de la découverte. 11 y en avoit déjà une auparavant dans le journal de M. Voigt (2). Il existe deux Tonna ( Grcpffen-TomicL et Tuigtonnci ), situes tous deux dans des enfoncemens de la vallée de YUnstrui , au-des- sous de Lange^^salza j et à droite tant de la Salza que de Yünstrut. Toutes les gorges de cette vallée, comme de la plupart des vallées basses de la Thuringe , sont occupées par des couches horizontales d’un tuf calcaire tendre , qui contient des os , des bois de cerf, des impressions de diverses feuilles , que l’on a jugé provenir de plantes et d’arbres aquatiques du pays , et des coquilles qui ont paru ap- partenir à Yheüx stagnalis et à d’autres espèces d’eau douce. Ce tuf se résout en certains endroits en un sable marneux , que l’on em- ploie depuis beaucoup plus d’un siecle a améliorer les terres. Onl ob- tient en partie par des fouilles souterraines et irregulieres ^ celles de la commune de JBurgtomia sont a quarante, cinquante et soixante pieds de profondeur au-dessous du sol. Les ouvriers y trouvent de temps en temps des os et des dents d’éléphans et de rhinocéros, d’animaux du genre du cerf et de celui de la tortue. Ces dépôts de tuf alternent avec d’autres, en grande partie formes de glaise , et dans lesquels on trouve aussi de ces os , quoique plus rarement. leto elephanti in colle sabuloso reperto ; Ephem. nat , cur. tiec. 3, an. 7-8, p. agi , obs. CLXXY ; voyez au.ssi les Jet. erud. Lips., janv, 1697 ; et Valentini, aniph. zoot., p- ab- (1) Notice d’un squelette d’éléphant trouvé à Biirgtonna, dans la correspondance relative aux progrès de la Géographie et de l’Astronomie, Journal allemand de M. de Zach, janv. 1 00 , art. II, p- etsuiv. (2) Maga in pour les nouveautés de l’Hist. nat. et de la Phys- > Liclitenherp; et Voiÿi, enallem. , l. Hl, lY». cah. 120 \ ÉLÉPHANS livres • un hnmi 1 J ''f'fd un homme, et pesant neuf hvies, un humeras long de quatre pieds. Urge de deux emnans et demi; des vertèbres , des côtes ; la tête avec f ^ chacune douze livres, et deux défenses longues de h^, ‘“■'''d «ne grande partie de ces pièces fut brisée. Nous ne nous arrêterons pas à rendre compte des disputes occa- sionees par cette découverte. Les méderin*; rln 7 ' Ip d„P Aa 7' 7 s ! ineaeciTis du pays, consultes par déclarèrent bien unanimement que ces objets etoient des jeux de la nature, et soutinrent leur opinion n-n. 7 • brochures; mais Te?itzel, bibliothécaire de ce prince opéra'^t^*^^'^* scusémeut compara chaque os pris à part avec son a’nalogTdaiîI 1 elephaut, el qu .lies connoissoit par la description d’MMoX y par que ques remarques d>^™.ofe, de et t lT 2 démontra la ressemblance. H alla plus loin, et prouva par la régularité des lits au-dessous desquels on avoit trouvé ce squelette, qu’on ne pouvoit attribuer sa preseime en ce heu à quelque inhumation faite demain d’homme- mais qu 11 ne pouvoit y avoir été amené que par quelque cause geiifciale, telle que 1 ou se repi’ése7ite le déluge. Le deuxième squelette, celui de 1799, étoit dans une position comprimée et courbée : il occupoit une longueur d’environ vingt pieds ; les pieds de derrière étoient près des défenses. Celles-ci ont cix pieds de long; elles étoient sorties des alvéoles et se croisoient es sont tendres, mais entières; le bras entre aisément dans leur cavité. Un ne put conserver de la tête qu’une peartie de la mâchoire inleneure et les deux plus grosses molaires; la plupart des autres os et des cotes se brisèrent aussi plus ou moins en les détachant du tuf • mais on a trouvé des portions de tous. Les cellulosités des os étoient en partie remplies de cristaux de spath. La couronne d’une molaire a neuf pouces de long sur trois de fossiles. J2J large, et sa hauteur est de six à huit pouces de diamètre; une tète de fémur six pouces, etc. (i). A peu de distance, et dans des couches semblables, on a trouvé des bois du cqvÎ qu élaji Jossile , et à JBallstàdt, village voisin, des dents de rhmoceros. La vallée de YUnstrut a fourni encore des os fossiles d’éléphans en d’autres de ses parties; notamment une défense pesant cent quinze livres et de dix pieds de long, près de F" éra (2). Un lieu non moins célèbre que celui de Tonna, par les nombreux ossemens d’élephans et d’autres animaux étrangers qu’il a fournis, est la petite ville de Canstadt, dans le pays de FFirtemberg, sur le Necker. La principale découverte s’en est faite en 1700*, et David Spleiss, médecin de Schaffhouse , en rendit compte dans une dis- sertation particulière intitulée : Ædipus osteoUthologicus , seu diss. histor . phys. de comibus et ossibus jhs.silihus canstadiensibus , Schqff'. 1701, où il inséra une relation assez bien faite, par Salomon Reisel, médecin du duc. 11 en est traité aussi dans la Me- dulla mirabilium de Seyjried, et la Descriptio ossium Jbssilium canstadiensium de Reiselius , I7i5; et Jean Samuel Cari en a donné une analyse chimique fort bonne pour le temps, dans son Lapis lydius philosophico-pyrotechnicus 1705. J’en dois de plus un rapport circonstancié à l’amitié de M. Au- tenrieth , professeur d’anatomie à Tuhingen , et de M. Jœger, garde . du cabinet d’histoire naturelle de Stuttgard. Ces deux savans ont encore les os eux-mêmes sous les yeux ; ils connoissent le local où on les a trouvés , et ils ont pu compulser une partie des procès-verbaux que l’on dressa dans le temps de la dé- couverte. L’endroit même est à l’est du Necker , à mille pas en dehors de la ville du côté du village de F eldbach. Reisel dit cju’il y avoit des (1) Zach, loc. cit. , p. 2, ( note de la page 5i ). (2) F.noinVwxder ertcheimingen , etc. ; et Gothaùolie gel- Zciiwig , l’jSa— 85, février, page 668. T. I. i6 122 ÈLÉPHANS débris d un ancien mur , épais de huit pieds et de quatre-vingts de tour, qui paroît avoir été l’enceinte d’un fort ou d’un temple, et l’on en voit en effet encore quelques restes. Aussi Spleiss conclut-il que ces os étoient ceux des animaux qu’on sacrifioit 5 mais ils étoient pour la plupart bien plus profondément cpe les fondations de ce mur: d ailleurs Ion en trouve encore plus près àxx Decker, dans un sol naturel , et tout semblable à celui où on les déterra. Tout ce qu’on pourroit conclure de leur abondance dans cette enceinte, c’est quils avoient déjà été une fois déterrés et rassemblés à cet endroit par quelques curieux. Le sol est une argile jaunâtre, mêlée de petits grains de quartz rou- lés, et de petites coquilles. M. Aiitenrieth m’a envoyé les dessins de cinq qui m’ont paru du nombre de nos petites coquilles d’eau douce. Cette argile remplit les divers enfoncemens des collines calcaires àbancs réguliers, cinibordentla valléeduWecker, et qui, après avoii forme la niasse du bas pajisde Wirtomberg, vont se joindre à des collines plus élevées d’une marne rougeâtre, qui entourent les mon- tagnes du haut pays, calcaires entre le Necker et le Danube ( Valb de Suabe), et formées de granit, de psammite et de grès entre le ]N ecker et le îVhin ( la forêt Noire j. ^ Ces collines marneuses offrent souvent des plantes pétrifiées et des couches de charbon de terre; et leur sommet est recouvert de pé- trifications marines anciennes , comme ammonites , bélemnites etc. M. Aiitejirieth a trouvé dans le voisinage une foret entière de troncs de palmiers couchés. Ce fut un simple soldat qui remarqua le premier par hasard, en avril 1700, quelques os qui se montroient hors de terre. Le duc alors régent, Eberhardt-Loids , fit continuer les fouilles pendant six mois. On garda ce qu’il y eut de plus entier 5 le reste, en quantité prodigieuse, car il y avoit, selon Reisel, plus de soixante défenses, fut envoyé à la pharmacie de la Cour pour être employé comme licorne fossile. Les os eux-mêmes étoient sans aucun ordre , en grande partie brisés, quelques-uns roulés, sans aucune proportion entre eux. FOSSILES. ^^3 Il y avoit , par exemple , des dents de chevaux par charretées , et pas des os pour la dixième partie de ces dents. Les os d’élcphans paroissent avoir été plus élevés que la plupart des autres. En général, on n’en trouva plus aucun, passé vingt pieds de pro- ' fondeur. Une partie étoit engagée dans une espèce de roc, formée par de 1 argile, du sable, des cailloux et de l’ocre, agglutinés ensemble , et l’on fut obligé d’employer la poudre pour les avoir. Les os d’éléphans que l’on a encore à Stuttgar'dt dans le cabinet royal, consistent dans les morceaux suivans : une portion de mâ- choire supérieure avec deux molaires parfaitement parallèles ; deux molaires supérieures antérieures, presque entières, et des fragmens de deux autres 5 les lignes d’émail dans les parties usées sont, comme dans presque toutes les molaires fossiles, minces et droites, presque sans festons et anguleuses dans le milieu ; quatre molaires supérieures postérieures 5 deux molaires inférieures 5 des li-agmens et des germes où il y a des lignes d’émail bien festonnées; une défense très-courbée de cinq pieds et demi , et une autre de quatre pieds et demi , mesurées par le côté convexe ; des fragmens de beaucoup d’autres; des portions de vertèbres et de côtes ; quatre omoplates , et des fragmens de quelques autres; un fragment d’humérus; trois cubitus; six os innommés du côté droit et sept du gauche, la plupart in- complets ; quatre têtes de fémurs ; trois corps de fémurs sans tète ; une rotule ; deux tibias ; il y a de plus, chez un apothicaire de la même ville, une mâchoire inférieure et une portion du tibia. Ces os sont accompagnés dans le cabinet de beaucoup d’os de rhinocéros, d’hyène et d’animaux du genre du cheval, du cerf, du bœuf, du lièvre et de petits carnassiers. De très-grandes épiphysesde vertèbres pourroient faire soupçonner des cétacés.. Il y a aussi quelques fragmens humains, sur lesquels je reviendrai. Malheureusement on n a pas assez distingué les hauteurs différentes où chaque os fut trouvé , pendant six mois que les fouilles durèrent, ni les os qui étoient dans le letianchenient mentionné par Reisel, de ceux quon tiouvahors de ses limites. On déterra par exemple aussi des morceaux de charbon et des fragmens d’objets fabriqués par l’homme, coinme de vases, etc., 124 ÉLÉPHANS qui sûrement n’avoient pas été déposés en même temps que les grands os. Le même canton a fourni dans ce siècle de nouveaux débris d’élé- phans, et il y en fut trouvé surtout, en octobre i8i6, un dépôt très-remarquable, que le roi Frédéric Fr. déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure meme que la visite qu’y fit ce prince , si ardent pour tout ce qui avoit quelque grandeur, contribua à la maladie dont il mourut peu de jours après. Un officier, M. Natter, avoit commencé quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt et une dents ou parties de dents et un grand nombre d’os. Le roi ayant ordonné de continuer les fouilles, des le deuxième jour on trouva un groupe de treize defeuses placées les unes près des autres et avec quelques màchelières, comme si on les y avoit entassées exprès. C’est alors que le roi s’y transporta , et ordonna d’enlever le tout avec l’argile qui l’enveloppoit, et eu con- servant à chaque objet sa position. La plus grande des défenses, quoiqu’elle eût perdu sa pointe et sa racine, etoit encore longue de huit pieds , sur un pied de diamètre. On trouva aussi plusieurs défenses isolées ; une quantité de màchelières depuis deux pouces jusqu’à un pied de longueur 5 quelques-unes adhéroient encore à des portions de mâchoires. Tous ces morceaux étoient mieux conservés que ceux de 1700, ce cju’on attribue à la profondeur de leur gisement, et peut-être à une autre nature du sol. Les défenses étoient en général fort courbées. Il se trouvoit dans le même dépôt, comme en 1700, des os de cheval, de cerf, une quantité de dents de rhinocéros , des dents que l’on jugea d’ours, et uii échan- tillon que l’on crut pouvoir attribuer an tapir. L’endroit où s’est fait cette découverte se nomme Seelberg , et est à environ 600 pas de la ville de Canstadt, mais de l’autre côté du Necker. Le sol est une argile rougeâtre; les os s’y trouvent de quatre à vingt pieds de profondeur , pêle-mêle avec des fragraens de grès, de tuf, et des cailloux d’espèces très-différentes. Cette relation a été insérée par M. Natter, dans la Feuille du matin, de novembre 1816, et dans le Manuel des chasseurs de FOSSILES. . j25 FFeidmann , où il a ajouté un dessin fait par lui-même et sur les lieux du principal groupe de défenses. D’après un avis du savant naturaliste , M. Kiehneyer , que M. JNatter a joint à sa notice, les molaires sont à lamelles minces et droites, comme la plupart des molaires fossiles. La courbure dés défenses entières prend les trois quarts d’un cercle, et se fait dans une direction spirale en dehors (i). Tous les bassins des grandes rivières d’Allemagne ont donné des os d’éléplians comme les endroits que nous venons de nommer; et d’abord pour continuer le dénombrement de ceux qu’ont fourni les vallées qui aboutissent au Rhin , Canstadt n’est pas [e seul lieu de celle du Necher et des vallons qui s’y rendent, où l’on ait fait de pareilles découvertes. Près du village de Berg, au-dessus de Canstadt , au débouché du petit vallon du Neisenbach , où est Stuttgardt , est une masse d’un tuf calcaire singulier, qui ne consiste qu’en incrustations de plantes aquatiques ; j e l’ai visitée moi-même plusieurs fois, et j’apprends de M. Autenrieth cp’il y a trouvé un squelette fossile de cheval. On en avoit tiré en 1745 une défense du poids de cinquante livres, et M. Jœger y a trouvé , il y a quelques années , une mâchoire infé- rieure d’éléphant. C’est cette place que Guettatd a vue, la prenant pour celle de Canstadt (a). On a trouvé des os dans ce rnéine petit vallon, un peu au-dessous et d’autres au-dessus àe. Stuttgai'dt. Tout près des murs mêmes de la ville , on trouva , il n’y a pas long-temps , sous la terre végétale, en creusant une cave , une paitie considérable d’un grand squelette d’éléphant, deux grandes défenses et une petite dans de l’argile rougeâtre et bleuâtre. Dans le vallon de la Bems , qui débouche au-dessous de Canstadt , on a eu une grande molaire. M. en a découvert une autre sur le haut-N ecker , près de Tübingen. Le bas-N ecker en a donné à JVeinsperg , près à’Heil- (1) Archives du Monde primitif, p.-)r Ballenstedt, 1819, I'”'- vol. , cah. , p. 31—47. (2) g oyez les Meni. de l Acad, des Sc. de Paris pour 1763. 126 ÉLÉPIIANS àron(i),et outre le grand crâne dont nous avons parlé, c’est près du confluent de cette rivière avec le Rhin, qu’on a tiré une des mâchoires inférieures déposées à Darmstadt. Bausch (2) cite déjà d’après Boët/us de Boodt , de l’ivoire fossile des environs lV Hei- delberg et Gejer mentionne des os et des dents d’auprès de Man- heini (3). La vallée étroite du Rocher a fourni des défenses près de Halle en Souabe, en i4q4 et en i6o5. Cette dernière, encore aujourd’hui suspendue dans 1 église de Halle , pèse cinq cents livres (4) , mais sans doute en y comprenant les ferremens qui la supportent. Une inscription dit qu’il y avoit auprès beaucoup de grands os. Un in- cendie ayant détruit le tiers de cette ville eu 1728, on trouva en creusant de nouvelles fondations, beaucoup d’ivoire fossile, dont une défense de sept pieds et demi. Une molaire du même lieu est représentée dans le Muséum closterianum, fig. 8. Parmi les ossemens de la vallée du Mein et de ses affluens , Bausch [de Unicoi'nujossiliy p. 190 et suiv.) cite une défense de neuf pieds, trouvée en 1571, près de Schweùrfurt • une seconde du même lieu, en 1648 ; une troisième, de treize à quatorze pieds de long, eu 1649 , l’une et l’autre dans les fortifications de la ville 5 une, en iSgS, à Carlhach, près àHa?nelburg - une , en 1649, à Zeil, découverte par une inondation du Mein; ou y en avoit déjà trouvé en i63i, et on y en retrouva en 1657 ; une auprès de Wurtzbourg; une des environs de Bamberg; une des environs de Geroldshofen ; une molaire du poids de douze livres , près cYAryzstein, en i655. Si l’on jette un coup d’œil sur une carte de Franconie y enverra que tous ces endroits, depuis Bamberg jusqu’à Wurtzbourg, n’occupent pas, dans la vallée AxxMein, une longueur de plus de vingt-cinq lieues, en suivant les courbures. (1) Bausch, de Ebor. foss., i8g. (2) De Ebor. foss. , i8g. (3) Misc.nat. cur. , dec. II, an- 6 , p- W) Dissertaiîo in auguralis physico medica de Ebore fossili Suevico Halensi, præs. Fr. Hoff- mann , auct. .Toh. Fred. Bejschlag, Halæ Magd. 1734. FOSSILES. Quant au grand bassin du Danube , nous avons d’abord dans la vallée de YAltmühl le riche dépôt décrit par Collini (i) et par jË’^/?er(2),situé entre les villages de KaliLdorf et de Raiterhuch, à trois lieues d Aiclistedt , et où les os d’éléphans étoient accom- pagnés , comme à Canstadt et à F oiwent et ailleurs , d’ossemens à’hyènes. M. Hammer possède une vertèbre et une portion de crâne trouvés en 1770 auprès dY Aichstedt. J’ai vu une molaire donnée comme du même lieu, dans la collec- tion de M. Ebel Brêmen ,• quoique d’apparence bien fossile, elle étoit remarquable par sa ressemblance avec les molaires d’Afrique. Dans un Mémoire de M. Sœmmerring , sur les os fossiles du cabinet de l’Académie de Munich, lu à cette compagnie le 10 janvier 1818, il est question de fragmens de défenses déterrés en septembre 1817 à sur l’Z/zw, et d’un autre fragment provenant de "Bm ^hcutson , sur la SctZzccch , rivière qui se jette dans Yljin. M. de Schlotheini parle d’un squelette déterré près de Passau, au confluent de VInn et du Danube , dont il possède plusieurs dé- bris (3). Plus bas, on a la dent mâchelière déterrée à Krenibs, en i644 5 par les Suédois (4), en creusant un fossé, ainsi que le tibia et le fémur déterrés à Baden, près de V^ienne , sur la Sfpecha{d). On pourroit être tenté d’y joindre le prétendu géant trouvé aussi près de Krenibs , en i645; mais on sait aujourd’hui, comme nous le verrons en son lieu, que c’ étoit le corps d’un mastodonte à dents étroites. L’ivoire fossile de Moraoie, dont parle FFormius (6) , appartenoit également au grand bassin du Danube. (1) M^m. de VAc. de Manli. , t. V. (2) Société des nat. de Berlin, neue Sclir. , t. V. (3) Coiwoiss. des Pétrifie. , p. 5. (4) Theàt. eitrop. , t. V, Seybold medulta inirabil., p- 439- (5) Lamf'tcius, Bib. cæs. , vol. VI, p. 3i5— 3ib ; Happclius , Relat. cur. , IV, page tp]. (Bj Mus., p. 54. 128 ÉLÉPHÀNS La grande tête déterrée en i8o5, à TVülfersdorf , non loin de Bleya , dont parle André Stiitz dans son Ojyctograpliie de la Basse- Autriche (i), iien etoit elle même pas fort éloignée. Pour la partie de ce bassin qui s étend en Hongrie, on a d’abord les os délephansde , imniédiatement de l’autre côté de la Leitha^ dont parle aussi André Stiitz. On lit, dans le Journal de l’empire du 26 décembre 1807, un article daté d.e Francfort \e 21 , portant qu’on a découvert à Neu- stœdtl ou K %g-Ujeli ,.s\xv le Vag, en Hongrie , en creusant la terre à quelque profondeur, plusieurs parties du squelette d’un éléphant, bien conservées. IVI. Hamnier possédé un fragment de molaire de Hiiggau, près Schernnitz , en Hongrie , dont les eaux tombent dans la rivière de Gran. On peut voir dans Marsigli, Danub.,p. 78 et pl. XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, un atlas, un fragment d’humérus, une molaire, un fragment de défense et une très-grande mâchoire inférieure, trouvés en différons lieux de Hongrie et de Transylvanie , la plupart dans des marais. La mâchoire étoit d un peu au-dessus du retranchement des Bomains qui va de la Leiss auDanube, vis-à-vis Peter-waradin. Il n’en falloitpas davantage pour supposer qu’elle étoit romaine d’ori- gine. La vertèbre et les dents étoient d’un marais de la Sirmie , entre la Sa^e et la rivière de Bus zut , où les paysans disent que l’on trouve aussi des côtes. Enfin l’humérus étoit d’un autre marais , auprès de Fogaras, en Transylvanie , lieu où résidoient autrefois les princes du pays et qui est proche de la rivière àiAlts. Une partie de ces pièces se conservent encore au cabinet de l’Ins- titut de Bologne, où je les ai vues. Fichtel (2) dit quil a été détaché, près de Jegenye, district de Roloez, dontles eaux tombent dans le Marosh, une défense longue de (1) Yienne, 1807, in-i2 , p. i64- (2) Traitcdes Pétrifie, du grand duché de Transjlvanie , en ail. , Nüremb- 1780 , in-4°- ? t- II ) P- 119. FOSSILES. six pieds, d’un monticule tout composé de nummulaires, ce qui seroit une circonstance presque unique, si elle étoit bien constatée; mais il est possible que des couches tendres, remplies de nunimulaires , se soient éboulées sur des terrains plus modernes. Le Journal littéraire de Gœttingen (i) parle d’os et de dents trouvés près de Haras ztos , village vallaque, voisin de Clausbourg , dont les eaux tombent dans la Teisse. Biiiclanann avoit déjà parlé de dents d’éléphans calcinées de Transylvanie (2). Pour revenir a 1 Allemagne, nous trouvons dans le bassin du TVeser , le squelette déterré, en 1722, à Tiede , dans le vallon de XOcker , tout près de VFolfenhuttel, sur la grande route qui conduit de Gœttingen 'àiBrunsmck (3); Leibnitz avoit déjà fait représenter une mâchelière de cet endroit (4). Berger , chirurgien de , vient d’y faire tout récem- ment une magnifique découverte, d’une quantité prodigieuse d’os, de défenses, de mâchelières d’éléphans, rassemblés en un même groupe avec des os de rhinocéros, de chevaux, de bœufs et de cerfs. Il y a une très-belle gravure de cet étonnant amas, publiée en 1818 par M. C. Schroeder , dont je dois la communication à l’amitié du cé- lèbre M. Blurnenbach , accompagnée d’un petit écrit de M. Ch. Bieling , vétérinaire du duc de Brunswick (5) ; et l’on en trouve d’autres relations dans le magasin de Brunswick, pour 1817, nos. ig et 20 , dans les Annales de physique , de Gilbert , ne, numéro de 1817, traduites dans le numéro de février 1818 de la Bibliothèque unwerselle de Genève ; dans les Archives du (1) N". 6 de 1798. (2) Episi. ttùier. , /|8. N. B. Je le cite d’après Targioni, car je n'ai pu trouver le passage. (3) Bmckmann , Epist. itin. , 3o ; et Hambiirg : berichte, vol. de i744* (4) Prologæa , pl. dernière. (5) Wolfenbüttel, 1819, i„_4o. , intitulé en allem. , Histoire delà découverte et représen- tation de la situation géognostique du groupe d’os et de dents fossiles découvert près du vil- toge de Tiede, etc. T. I. 17 i3o ÉLÉPHANS monde* primitif de M. ^allenstedt , pasteur du pays de 3ninsu>icJc ( lie part., p. 9^)5 et sans doute encore dans d’autres ouvrages. Ces os étoient au pied d une colline de gypse et d’anhydrite mêlée de sel , connue dans le pays sous le nom de Lindenberg , et qui s’élève a près de cent cincpiante pieds au-dessus du niveau de YOcJcer • ils étoient recouverts d’environ douze pieds d’argile. M. Berger, ayant aperçu par hasard une grande mâchoire parmi les pierres dont on se servoit pour recharger la chaussée , se mit à faire des recherches dans les carrières de la colline , et secondé par le propriétaire , M. Rœi^er , il parvint à mettre à découvei’t cet immense dépôt. Il s’y trouvoit au moins onze dé- fenses , dont une de onze pieds et une , dit-on , de cjuatorze pieds huit pouces , courbee en demi — cercle parfait j- au moins trente màchelières, dont vingt-deux ont été reconnues par M. de Strombeck pour entièrement semblables aux autres molaires fossiles d’éléphant. Ce minéralogiste en a pris trois pour des màchelières d’Afrique , mais nous vendons plus bas ce qui peut faire douter de son assertion. Quelques os avoient cinq pieds de longueur (i). Nous ti’ouvons encore dans le bassin du TVeser, le squelette entier découvert en par le docteur KŒnig 'ix. Osterôde , hoas Clausthal, et au pied à\x Hartz qui regarde Gœttingen, au même endroit d’où l’on a eu une omoplate et un radius de rhinocéros en 1773 (2). On y avoit déjà déterré de ces os, en 1 7 24 , selon M. Blumenbach, qui cite le fait d’après un mémoire manuscrit. 11 paroit y en avoir dans tout le pourtour du Hartz ^ on en trouva, en i663, près à’Herzherg selon Scheffer {^) , et en 1748 près de Mauderode , dans le comté à’ Hohenstein. Plus récemment, en i8o3. (1) Strombeck, notes sur la traduction allemande de la Géologie de Breislack , t. page 428. (2) Bruckmann , Epist. in cent. , Il , ep. 2g, p. 3o6. (3) Vojage au Hartz, dans la collection de Grundig. FOSSILES. j3j on en a découvert près de Steiger-thal , dans le même comté, selon F eder (i). JVI. Blumenbacli, qui me fournit les faits précédens, a décrit lui- même une trouvaille encore plus re'cente , faite tout près de là , en I ^o8 , au pied du Hartz , à une lieue de feudroit où furent dé- terrés les os de rhinocéros décrits par //bZ/7?zÆ72. Les os étoientà deux pieds sous terre dans une couche marneuse, entre des collines gyp- seuses. Il y avoit quatre mâchelières d’éléphant et une mâchoire in- férieure presque complète d’hyène (2). Les os de Bettenhaiisen ^ près Cassel sur la Fulda (3), ainsi que ceux de la Hesse en général (4), et ceux à’ HlldesJieiTn sur Vln- nerste (5j et ceux des environs ^Hddhurghauseni^ appartiennent encore au bassin du TVeser. M. Grandidiei', directeur du cabinet de Cassel, m’a fait l’hon- neur de m écrire que 1 on y conserve dix mâchelières de Betten— haiisen, trouvées en creusant un puits , et plusieurs portions décou- vertes près de Cassel même , sur une colline calcaire. Dans le bassin de Y Elbe, outre les squelettes entiers de la vallée de VUjistnith, mentionnés ci-dessus, nous trouvons les nombreux ossemens di Esperstœdt , àdms le comté de Mansfeld , entre Halle en Saxe et Qiierfurt, et dans un vallon qui aboutit à la vallée de la Sala (’y). Ce qui est bien remarquable , c’est qu’une partie fut trouvée dans une carrière de pierre dure : apparemment que c’étoit dans quelque fente. Scheuchzer en avoit une molaire dans son ca- (i) Magasin d’Hanovre. (а) Nouvelles littéraires de Gœttingcn, 2 juin 1808; et une Lettre |5articulière de M. de Bonnard, ingénieur des mines. ' (3) Vcdch. in Knorr , Monum. , t. II, sect. II , p. 162. (4) Bausch, (le ELor. foss. , p. i8q. (5) Id.,ib. (б) Keissler, Voyages, II , p. ,360. (7) Hoffmann et Bej-chlag, de Ebore fossili suevico Halensi, p. 9 ; Schultz, Commerc. lilt. norimb. , 1722 , p. 4o5; et Butiner, Ruder. dil. test. , p. aiâ- ■7* - ÉLÉPHANS binet (i). Il en avoit aussi une de Quer;furt meme ^ à la source d’un petit ruisseau qui se jette dans la Sala (2), Il paroit que ces camères de Querfurt, SEspentœdt et des en- virons sont très-riches en os fossiles, ainsi qu’on peut s’en assurer par les indications de BüUner (3). On vient encore d’y ttouver une dent de dix pouces de long et du poids de six livres au village de Reins dorj , au bas d’un coteau dans une couche d argile, à quatre brasses de profondeur (4). La Sala mit à découvert, en 1672, près de Kamberg, un peu au-dessous de Jena, une défense de six pieds de long, et en faisant quelques fouilles on déterra six molaires et divers grands os (5). On en a trouvé plus récemment au-dessous de Dessau sur l’Elbe même (6); 'àPostdani , au confluent de la Hapel et de la Sprée (j) et à TVester Egeln , sur la Rude, à six milles de Magdebourg. Ces derniers sont annoncés comme ayant été trouvés dans une carrière de gypse, mais il est probable qu’ils étoient plutôt sur ou près des couches de gypse comme ceux de Tiede (8). En 1 809, au mois de j uin , on a découvert d es os d’éléphans à Zellen- dorf, village près de la petite ville de Sejda, elle-même voisine de Wittemberg.\\ en a été recueilli quelques-uns par MM. Langguth eiNitsch, professeurs à Wittemberg, et ils se trouvent dans le cabinet du premier ; ils étoient à six pieds sous terre dans du gravier , dans un enfoncement à une demi-lieue de Zellendorf, près d’un petit étang, en un lieu où les habitans prennent de la marne, et où ils se souvien- nent d’avoir déjà vu de pareils os il y a trente ans. Ce que M. Lang- (1) Muséum diluv., p. ,<,1 ^ n“. XXV. (2) Ibid. , n“. XV. (3) Buttner, Ruder. dil. test., p. 228 et suiv. (4) Gazette de France àvL i8 janvier 1821. (5) Buttner, loc. cit. , p. 2i5. (6) Meincke, Soc. des nat. de Berlin , III , p. 479. I7) Fuchs , ib., p. 474- (8) Archives des decouvertes du Monde primitif, Ballenstadt ei Krii^er , 1821, II», vol page4ig. D FOSSILES. j33 guth put soustraire à la maladresse des ouvriers, consiste en deux inàchelières , chacune de neuf lames, et en quelques fragmens (i). Sondershaiisen , sur la ITipra, qui se jette à^xisX Unstrutt ^ appar- tient encore au bassin de \Elbe. TValch (2) dit qu’on y a trouvé des os d’éléphant très-calcinés. Altenburg sur la Pleiss est du même bassin J on y trouva de l’ivoire fossile en 1740 (3). On doit encore rapporter ici l’ivoire fossile trouvé près de Rabschitz, sur le chemin de Meissen di Freyberg ^ dont parle Fabricius dans ses Annales de la ville de Meissen (année i566) (4)jla défense retirée d’un rocher auprès de Saalberg , sur laquelle ce même auteur rapporte de mau- vais vers latins (5) , et les OS trouvés sous la terre végétale à Erx~ leben, près à'Erfort (6). Bohême a beaucoup d’os d’éléphans, selon M. Jean Meyer y qui en représente une mâchelière trouvée avec d’autres et avec des os , près de Podiebrad , en iy8z ; il possédoit un morceau d’ivoire de Kostelez sur XElbe, entre Melnik et Liboch. Le diamètre de ce dernier est de dix pouces. Le même auteur rapporte que le cabinet impérial de Prague a une défense presque entière des environs de Libeschiz. Enfin il assure qu’il connoît plusieurs autres morceaux. et que les historiens de Bohême font mention de beaucoup de dé- couvertes d’os remarquables par leur grandeur, faites le plus souvent lorsque les rivières emportoient quelques parties de leurs rives (7). Il n étoit pas aisé d’attribuer aux Romains des éléphans enterrés dans le nord de l’Allemagne, et jusqu’aux bords à^YElbe, où il ne (1) Feuille d’ans de TVittemberg, n«. XXV, 1809. Je dois celte indication à l’amitié de M. Chladni. (2) Knorr, Moniim. , t. II, sect. II, p. ,63 (3} Schrietter, Lettre à J. -J. R.aab , Jena , 1740, 8°. (4) Ap. liausch, de Eb. foss. , 189. Ap. Albinus , Meissniche Berg-clironik, tit. XXII , p. 172. (6) TValch, Monnm. de Knorr, 11, sect. II, p. 162, qui cite Baumer, Act. acad. elect. mog. Lrfurti, t. H ; trouvé à ce sujet dans les Observ. ad Geogr. subterr. pertw., dans le volume de l’Académie d’Erfort de 1776, seule dissertation de Baumer que cette désignation puisse indiquer. Seulement il y a dans ce volume deux planches qui repré- sentent des os de rhinocéros , et sur lesquelles je reviendrai. (7) Mém, d’une soc. privée de Bohême, tome VI, p- 260, pl. III. i34 ÉLÉPHANS paroît pas que les armées de ce peuple se soient jamais avancées j mais on avoit découvert dans Eginhart (i) et dans les autres anna- listes de Charlemagne que le calife Haaroun-al-Raschid , à la prière de ce pi'iuce, lui avoit envoyé un éléphant qui étoit arrivé heureu- sement jusqu a ^ix-lct-Chcipelle , on supposa que Charlemagne pouvoit l’avoir fait conduire plus loin , et tant que l’on ne fit que des découvertes isolées, ce fut par cet individu que l’on chercha à les expliquer. Je n’ai pas besoin de dire combien ce seroit une idée puérile aujourd’hui, que l’on a uovcvé en Allemagne des os d’élé- phans par centaines. Si passant la mer d’Allemagne, nous nous transportons dans les îles Britanniques qui, dans l’antiquité, par leur position , n’ont pas du recevoir beaucoup d’élephans vivans, si ce n est celui que César y conduisit au rapport de Poliœnus, lib. YIII, c. a3, § 5, nous n’y en remarquerons pas un moindre nombre de fossiles que sur le continent. Dans le moyen âge on y avoit trouvé des géans, et Simon Ma- jolus en cite un, déterré par une rivière en ii'jï (2). Sloane avoit une défense déterrée à Londres même, dans la rue de Grays-imi lane , dans du gravier , à douze pieds sous terre (3). La belle carte minéralogique d’Angleterre, publiée eu i8ig par la société géologique de Londres, et due principalement aux tra- vaux et au zèle de M. Greenough, président de cette savante asso- ciation , marque un dépôt d’os d’éléphans au rivage de la mer du comté de Kent , au nord de Cantorbery , dans un endroit qui est recouvert par les hautes marées. Non loin de là l’ile de Scheppey , a l’embouchure de la Tamise et de la Midway , a fourni nne defense , une vertèbre, un fémur dans un point également lavé par le flot (4). -M. Ketch, officier anglois, vient de me faire voir le dessin d’une mâchelière de dix-sept pouces anglois de longueur (o,43) et de viugt- (i) Recueil des Histor. de France, t. V, p. g5. (a) Dierum canicul. coll. , II , p- 36, ap. Sloane; Acad, des Sc, , 1727 , p. 320. (.3) jdcad. des Sc. , 1727 , p. 3o6 et suiv. (1) Jacob, Trans. plûl., t. XLYIII, p. 626 — 627.^ FOSSILES. i3d uue lames, dont dix usées, qu’il a trouvée cette armée 1820 a Chatam, près de la Midway , à quatre pieds de profondeur dans le gravier; il l’a déposée au Bluséum britannique. 11 y avoit des ds d’éléphans, avec ceux de rhinocéros, d’hippopo- tames, de cerfs et de bœufs, qui furent découverts par feu M. Trim- mer, très-près de Brentfort , dans le comté de Middlesex , vis-à-vis de Kefp , avec des coquilles de terre et d’eau douce, et dont une partie a été décrite dans les Transactions philosophiques en 181 3. Ils étoient dans un Ht de gravier et sur la grande couche d’argile bleue , dont l’étendue en France et en AngleteiTe est si considérable (i). On y voit surtout deux grandes portions de mâchelières. M. Deluc parle de découvertes de ce genre faites au même lieu dès 1791 (2). Près de TVoodstoTc , dans le comté à' Oxford, dans une car- rière dite Stoii(ficld , on a trouve des vertèbi’es et un très— grand fémur (3). Sloane possédoit aussi une molaire du comté de Northampton , trouvée dans de l’argile bleuâtre , sous quatorze pouces de terre végétale, dix-huit d’argile et trente de cailloux mêlés de terre (4). Cuper{f) auroit voulu qu’elle frit précisément de l’éléphant de César, dont nous venons de parler; mais il y en a un trop grand nombre d’autres, pour cjue cette conjecture soit admissible. Une molaire du même canton et de quatorze lames étoit plus profondément sous seize pieds de terre végétale, cinq pieds de terre sablonneuse mêlée de cailloux , un pied de sable noir mélangé de petites pierres, un pied de gravier menu et deux de gros gravier où étoit la dent, et sous lequel seulement venoit l’argile bleue (6). A Newn-ham, près de Rugby , dans le comté de FFarwich, on (0 Trons. pha. de i8i3. (2) Lettres à Itf, Blumenbach , p. l5. (3) Giornal di Medic. di fenezia, I, 20, cité par Targioni, Viagg- VIHj p- (4) Sloane, loc. cit. , p.*434; et Morton, Nat. Hist. of Northamptousliire , p. aS2. (5) Gisb* Cuper , de Eleph. in uumm. obv. , p. i5|. (Il) Sloane , ioc. cit. , p. 44^; et Morton, ib. , et lab. XI, fig- 4- i36 ÉLÉPHANS a eu, en i8i5, trois grandes défenses et d’autres os d’éléplians, en meme temps que deux crânes de rhinocéros dont je reparlerai, et divers bois de cerfs. T.ous ces fossiles étoient dans du gravier fort mêlé d’argile. J e dois cette connoissance à M. Howship , chirurgien de Londres, et à M. BucMand, professeur de géologie à l’üniversité ^Oxford. Ces défenses étoient fort courbées en dehors comme la plupart de celles de Sibérie. M. Parkinson en avoit une de Wells- boum dans le même comté (i). Une mâchoire inférieure avoit été déterrée à Trentham , dans le comté de Stafford (2). M. P arldnson possédoit une molaire à lames très-épaisses, aussi du comté de Stafford (3). En 1700, divers grands os dont un humérus, furent déterrés à Wrebness, près Hartpich, sur la rivièi e de Stom' , dans le comté à’Essex, à quinze ou seize pieds de profondeur dans du gravier (4). M. de Burtm possédoit une molaire des environs de Harwich (5). Au mois d août i8o3, on trouva près de la même ville un grand squelette auquel la relation suppose trente pieds de long; mais les os s’étant brisés quand on voulut y loucher, il y a apparence que cette mesure fut seulement conclue , et non pas prise immédiatement (6). M. Parkinsoni^axle aussi d’os d’éléphans , trouvés avec ceux d’autres grandes espèces et notamment de rhinocéros, au cap Walton, qui est un peu au midi de Harwich , toujours dans du gravier et sur 1 argile. Il mentionne encore une mâchoire inférieure et plusieurs dents à lames minces du comté d’Essex (7). A Norwich, dans le comté de Norfolk, il se trouva, en 1745, une molaire du poids de onze livres angloises, et plusieurs grands os (8). (1) Fossil remains , m, p. 345. (2) Sloane, ib. , p. 467 ; etRob. Plot, Hist. nat. du comte de Stafford. (3) Fossil remains , III, 344, etpl. XX, fig. 6. (4) John Luffkin, Trans. pliil. , t. XXII , n». CCLXXIV , p, q24. (5) Biirtin, Mém. couronne à Haarlem, p. a5. _ (6) Y. For tia d’Urban, Consid. sur l’origine et l’Hist. ancienne du globe, Paris 1807, p. i88. (7) Fossil remains , III, 344* (8) Heniy Baker , Trans. pliil. , vol. XLV, p. 33 1 , art. XI. FOSSILES. j3^ La carte minéralogique de l’Angleterre marque encore des dépôts d’os d’éléphans en deux ou trois endroits des côtes de la mer, dans le comté de Noifolk , ainsi que dans un lieu de celles du comté ^Yorck, placé entre Wliithy et Scarborough. J’ai eu moi-même sous les yeux, par la communication qu’a bien voulu m’en donner M. G.-A. Deluc , l’osdu métacarpe du petitdoigt du pied de devant droit, trouvé à Kew , dans le comté de Surrey , à dix-huit pieds de profondeur, dont un pied et demi de terreau, cinq pieds d’argile sableuse, rougeâtre, bonne à faire des briques; huit de gravier siliceux et trois pieds de sable rougeâtre , lequel repose sur de l’ai’gile. Ce sable conteuoit beaucoup d’autres ossemens, entre autres le noyau d’une corne du genre du bœuf; et , dans une autre fouille du même champ, on trouva sur l’argile une défense longue de 8' 7" qui se brisa quand on voulut l’enlever. L’argile elle-même contient des coquilles, et entre autres des nautiles selon M. Deluc j mais peut-.être ne s’agissoit-il que de planorbes (r). '^V.Pcale cite encore des os trouves dans la plaine àe SalisbuTy au comté de JVilt, auprès de Bristol dans le comté de Sommerset et dans \q& Iles des chiens (2). Dom Calmet avoit déjà parlé d’un géant des environs de Salisbury , près du fameux Stone-Henge (3). Dès i63o on avoit trouvé à Glocester^ dans le comté du même nom , près de la Seoem , une portion de crâne avec quelques dents (4). Pennant (5) avoit reçu deux molaires et une défense du comté de Flint, au nord du pays de Galles. Elles avoient été tirées par des mineurs de dessous une mine de plomb, à 118' de profondeur, dans un lit de gravier ; et parmi les lits supérieurs en étoit un de pierre calcaire épais de u à 12 ; un bois de cerf étoit avec ces dents. Je (1) Ces détails sont extraits d’une lettre que m’avoit écrite feu M. G. A. Deluc, en date de Genève, le 6 décembre i8o5. (2) Historical Disqitis. on the Mammoth , p. 7 , note. (3) Dict. de la Bible, p. 460. (4) Sloane, Acad, des Sc. , 1727 , p. 445. (5j Pennant’s Works, t. XV, quad. I , p. i58- T. L 18 i38 ÉLÉPHANS soupçonne bien cette position de n’avoir pas été décrite exactement : elle seroit peut-être la seule de son genre. Irlande a fourni des os d éléphant meme dans ses parties sep- tentrionales. 11 y en eut quatre belles mâchelières de déterrées, en l'yiS, à Maghe?y , à huit milles de Helturhet ^ dans le comté de Cavan, en creusant les fondemens d’un moulin (t). La Scandinavie , ce pays si peu propre à nourrir des éléphans vivans, en contient cependant de fossiles. M. Quensel, intendant du cabinet d’histoire naturelle de Stock- holm, a eu la bonté de m’envoyer le dessin d’une grande màche- lière inférieure très- usée du cabinet cpi’il dirige; elle a été trouvée dans une colline de sable , près du fleuve de Fie en Osttnbothnie. J. J. Dæbeln a déjà décrit et représenté des os gigantesques (2), déterrés en 1733 à Falkenberg, dans la province de Halland. A en juger par les figures, ce sont une première côte et un os du carpe d’un éléphant. Les os déterrés eu Norwège, dont parle Pontoppidan , ne peuvent guère* non plus se rapporter à autre chose (3). Il n’est pas jusqu’à l’Islande qui n’en ait. Thomas Bartholin fait mention d’une mâchelière d’éléphant, qui fut envoyée de cette WQ’AResenius , et donnée par celui-ci au cabinet public de 1 Université de Copenhague. Elle étoit pétrifiée eu silex (4). Sloane en avoit une dans son cabinet, changée dans la même ma- tière (5) ; mais il n’en fait point connoître l’origine. Pontoppidan cite aussi d’après Torfœiis un crâne et une dent les immenses plaines sablonneuses qui donnent leur nom à la Pologne, et s’étendent (1) Francis Neville, Trans. phil. , i. XXIX, n". 349, P- 267. Voyez aussi Neville et Molineux , INat. Hist. oflreland, Dubl., 1726, in-4°. , p- 128. (2) Act. ac. nat. ciir. , vol. V, tab. V. (3) Pontoppidan , Hist. nat. de Norwège, trad. angl., 1755 ^ jj ^ p 363. (4) Act. med. liafn., I, p. 83 , n“. XLVI. (5) Mon. de l’Ac. desSc. de Paris , 1727 , in-12 , t. II, p. 447. trouvés en Islande, et d’une grandeur prodigieuse C est a 1 orient de 1 Allemagne que commenc FOSSILES. i3g sur toute la largeur de la Russiejusqu’à la mer Caspienne et aux monts Ourals. Le premier bassin qui s’y rencontre est celui de l’Oder. A son égard il faut consulter la Silesia subterranea de F^olfmiann. U y parle d’un humérus (i) pendu dans l’église de Trebnitz, d’un fémur dans la cathédrale de Breslau (2) , et d’un prétendu géant déterré à Liegnitz, en fondant l’église, dont les os furent distribués pour être placés dans les principales églises du pays. Un fémur fut tiré de VOderraèrae en i652, près de Kleinschemnitz (3). A l’est du bassin de Y Oder , on trouve en Pologne et en Prusse celui de la V^istlile. Quoique beaucoup moins examiné que ceux des fleuves d’Alle- magne, il a pourtant aussi fourni des os d’éléphans, et a donné lieu, comme tant d’autres, à des récits de géans, sur lesquels on peut con- sulter Y Histoire naturelle de la. Prusse par Pack, toxne II, p. Sq/,. Conrad Gessner avoit déjà reçu une défense de ce pays-là (4). RaczinsTcy mentionne une molaire découverte au bord même du fleuve, à six milles de Varsovie Klein , une autre déterrée, en 1736, à six pieds de profondeur dans le sable, à demi-mille de Dantzig., près le couvent de Saint-Adelbert (6). Nous avons au cabinet du roi, deux molaires fossiles venues.de celui de l’Académie des Sciences , et indiquées comme originaii-es de Pologne. Il y a apparence qu’on les doit à Guettard. Le bassin du Dniester ou Tyras n’en est point exempt. Le même Klein parle de molaires et de plusieurs autres os mis à découvert par ce fleuve, en 1720 (7), auprès de KaminieJc. Il y en a aussi sur le Bog ou Hypanis. On voit dans le journal de (1) PI. XXV, fig. I. (2) Ib., fig. 2. (3) Eph. ac. nat. ciir. , an. l665. (4) Pe/g. Zap. , p. i3,. (5) Hist. nat. Pol. ,,1,1. (6) Hist. pisc. nat. promov. miss., II ^ p. 32. (7) Id. , ib. l8“^ . i4o ÉLÉPHANS Marseille, du 19 février 1820, la description d un fémur pêclié dans cette rivière , vis-a-vis de Nicolaïef , à dix ou douze lieues de son embouchure, le 25 août 1819 , et dont la tête inférieure a été appor- tée en France, par M. le chevalier Raynaud, négociant d’O^e^^a, qui, sur l’invita don de M. le duc de Richelieu , en a fait présent au cabinet du roi. J’ai fait dessiner cette pièce qui annonce nn individu de près de quinze pieds de haut. De tous les pays du monde , celui qui a le plus fourni et qui recèle encore le plus d’ossemens fossiles d’éléphans, c’est le vaste empire de Russie, et surtout celles de ses provinces où l’on devroit le moins s attendre à en trouver, les parties les plus glacées de la Sibéne. Déjà, dans la Russie d’ Europe , on en a découvert en beaucoup d’endroits j il en fut trouvé de monstrueux, en 1775, à Swijatowshi à dix-sept werstes de Pétersbourg (i). Tl y a au cabinet de cette ville une défense des environs d’^r- changel dans la vallée de la Dwina. Corneille Lebrun cite des défenses trouvées près de la surface à KostynsJc, près de oronesh , et Pierre-le- Grand , qui n’étoit apparemment pas encore informé de toutes celles qu’on trouve en Sibérie , attribuoit à Alexandre (3). Il y en a en effet un énorme amas ainsi que de beaucoup d os d autres animaux , près de cette ville de Kostynsh , sur la rive du Tanaïs ou du Don (4). M. Pallas, dans son nouveau voyage des provinces méridio7iales delà Russie, en rapporte des exemples, de plusieurs lieux entre le Tanaïs et \q Volga, comme des environs de Pensa (5) et de deux autres endroits plus près du V 'ilga (6). C est auprès du Volga et d une couche sableuse et ferrugineuse , (1) Journ. depol et de lut., 5 janv. ,776; ap. Buffon, Epoques de la nature, notes just. , 9. (2) PalL, Nov. com. Petrop.,XIII, 47,. (3) Lebrun, Voj. auxind. or. , p. 65. (4) Pall. , Nov. com. Petrop. , XVII, 678 ; Gmel. , Voy. en Sib. , en allem. , 1 , 34 et 78. (5) 7’^«d./r.,t.I,p.4,. (6) Ib., p. g3et FOSSILES. que fut extrait le crâne long de quatre pieds, donné à l’Académie de Pétersbourg par M. le comte de Puschkin , et représenté par M. Tilesius, dans les Mémoires de cette Académie (i). M. le comte Maison, officier François au sersûce de Russie, qui commande les Tartares Nogaïs, a adressé, il y a quelque temps, au cabinet du roi, par M. le chevalier Gamba, consul de France à Taganrok, une portion de tète de fémur, déterrée à quarante-cinq pieds de profondeur, auprès àn Malochnje J^odi,Y>e\i\ fleuve qui se jette dans le Paliis-Méotide , et l’un de ceux que l’on a cru pou- voir regarder comme le Gerrhus à’ Héi'odote. Ce morceau annonce un individu de quatorze à quinze pieds de haut. Déjà Phlegon de Tralles, sur la foi de Théopompe de Synope', avoit parlé d’un cadavre, disoit-il, de vingt-quatre coudées, mis au jour par un tremblement de terre , près du Bosphore Cimmé- rien (2) , et dont on jeta les os dans le Pah^^-Méotiiie. Peut-être étoit-ce aussi un éléphant , que cet animal gigantesque dont les restes furent mis à découvert par les flots, à peu de dis- tance ài A zqf, et dont la mâchoire inférieure pesant trente livres est déposée avi cabinet de l’Académie de Pétersbourg (3). Ce qui est singulier, c’est que cette savante société en ait fait mention dans ses Mémoires, sans en déterminer positivement l’espèce. Mais, pour toute la Russie asiatique proprement dite, le témoi- gnage universel des voyageurs et des naturalistes s’accorde à nous la représenter comme fourmillant de ces monstrueuses dépouilles (4). Ce phénomène y est si général que les habitans de la Sibérie ont forgé une fable pour l’expliquer, et qu’ils ont supposé que ces os et ces défenses proviennent d’un animal souterrain vivant à la ma- nière des taupes , mais ne pouvant voir impunément la lumière (1) Tome V, pi. XI. (2) phlegon de l'ralles , de Ileb. mir. , cap. XIX. (3) Nova act. Petrop. , t. XIII, p. 23 et 33. (4) ^^oyez Ludolf, Gram. russ. ; Inbrand-Ides , Laurent Lang-, Sam. Bernh. Muller, Strahlenbcrg , Gmeliit, Pallas, etc. 42 l^LÉPHANS du jour. Ils ont nommé cet animal mammont ou mammouth^ selon quelques-uns, du mot rnamma, qui signifie terre dans quelque idiome tartare(i); et, selon d’autres, de l’arabe hehemoth, em- ployé datis le livre Job, pour un grand animal inconnu, ou de niehernoth, épithète que les Arabes ont coutume d’ajouter au nom de l’élephant {Jihl) quand il est très-grand (a), C’est sous le nom de corne?, àe mammont [inammoJitooakost) que les Sibériens désignent les dé fenses fossiles, lesquelles sont si nombreuses et si bien conservées surtout dans lesparties septentrionales, qu’on les emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais, et qu’elles font un article de commerce assez important pour que les czars aient voulu autrefois s’en réserver le monopole (3). Cette fable d’un animal souterrain n’est point ignorée des Chinois qui nomment les cornes de mammouth, tien-schu-ya [dents de tien-schii). Dans la grande histoire naturelle, Sun~zoo-gann-mu , composée au XVI®. siècle , on trouve sur le tien-schu l’article suivant. (c L'animal nommé tien-scJni , dont il est déjà parlé dans )) V ancien owrage sur le cérémonial, intitulé Ly-Td ( oiwra.sücleauunt Jéms-C?mst), s’appelle amsitjn-sc/m.lu >, yn-sclm, c’est-à-dire, la souris qui se cache. Use tient con- » tmuellement dans des cavernes souterraines ; il ressemble à » une souris , tnais égalé en grandeur un bœuf ou un bujjfle. Il y> n a point de queue, sa couleur est obscure. Il est très fort , et » se creuse des caeernes dam des lieux pleins de rochers et de y> jorêts. » Un autre écrivain , cité, par celui-là , s’exprime ainsi : « Le tyn-schu ne se tient que dans des endroits obscurs et )) non-jréquentés. Il meurt sitôt quil voit les rayons du soleil )) ou de la lune ,* ses pieds sont courts à proportion de sa taille,. (1) P ail. , loc. cit. (2) Strahlenberg , trad. angl. , p- 4®^- (3) Etat près, de la Russie , en angl., ap, Sloane, loc. cit. FOSSILES. j^3 T)ZQjlt S(z> Qsij Ioti^ug d uj'io cLttjxQ » chinoise. Ses yeux sont petits et son cou courbe. Il est fort » stupide et paresseux. Lors d’une inondation aux environs dit ')') feuve Tan-schiiann-tuy {en Vannée \^']\')ilse itiontraheau- » coup de tyn-schu dans la plaine ; ils se nourrissaient des racines » de la plan te fu-kia. » Ces détails curieux sont extraits d’une note communiquée à l’Aca- démie de Pétersbourgpar AI. Klaproth'el\m^v\mée par M. Tilesius , dans les Mémoires de cette Académie, t. Y, p. 409. AI. Klaproth dit aussi dans cette note , qu’ayant consulté un ma- nuscrit mantschu , il y trouva ce qui suit : « L’animal nommé fn-schu , ne se trouve que dans les régions )) froides , aux bords du feuve Tai-tunn-giann , et plus au nord » jusqu à la mer septejztrionale. Il ressemble à une souris ^ mais » est aussi grand qu un elépJtant U ci-amt la lumière et se tient )■) sous terre dans des grottes obscures. Ses os sont blancs comme » de l’ivoire, se laissent aisément travailler, et n’ont point de » fissures. Sa chair est d’une nature froide , et fort saine. » C’est probablement le profit que procurent les défenses du mam- mouth , qui a excité les Russes et les autres peuples qui habitent la Sibérie, à en faire la recherche, et qui a fait découvrir tant d’osse- mens de cet animal dans ce vaste pays ; ajoutez que les rivières im- menses qui descendent à la mer Glaciale , et qui s’enflent prodi- gieusement à l’époque du dégel , rongent et enlèvent de nombreuses portions de leurs rives, et y mettent chaque année à découvert des os que la terre contenoit , ce qui n’empêche point qu’on n’en trouve beaucoup d’autres quand on creuse des puits et des fondations. Ainsi on ne peut pas croire qu’ils aient simplement été amenés par ces fleuves, des montagnes voisines de l’Inde, où les éléphans pourroient se porter naturellement encore aujourd’hui, comme feu Pati'in 1 avoit imaginé (i). D’ailleurs il n’y en a pas moins le long (i) Patnn, Hist. nat. des mine'raux , t. V , p. 3gi et suiv. ; et Nouv. Dict. des Sc. liât. , «rt. Fossiles. i44 ÉLÉPHANS du Volga ^ du Don et du J cük qui viennent du nord, et le long de Ja Léna, de X Indigirska , du Kolima, et même de ÏAnadir{\') qui descendent des montagnes très-froides de la Tartane chinoise, où certes il n habite pas déléphans, que le long de YOb , du J enissea et des rivières qui s y jettent, dont VIrtisch est peut-être la seule qui s’approche assez des montagnes du Thibet pour qu’on puisse lui appliquer cette hypothèse sans trop d’invraisemblance. C’est des bords de XIndigirska que vient le beau crâne rapporté par Messerschmidt , et dont nous donnerons une copie. Il yen a jusque dans la presqu’île du Kamschaika, où ils ne pourroient en aucun cas être venus de l’Inde qu’eu faisant un grand détour (2). Il n’est, dit M. P allas iV), dans toute la Russie asiatique, depuis le Don ou Tanaïs j usqu’à l’extrémité du promontoire des Tchutchis, aucun fleuve, aucune rivière, surtout de ceux qui coulent dans les plaines, sur les rives ou dans le lit duquel on n’ait trouvé quelques os d’éléphans, et d’autres animaux étrangers au climat. Mais les contrées élevées, les chaînes primitives et schisteuses en manquent ainsi que de pétrifications marines, tandis que les pentes inférieures et les giandes plaines limoneuses et sablonneuses en fournissent partout aux endroits ou elles sont rongées par les rivières et les ruisseaux, ce cjui prouve qu’on n’en trouveroit pas moins dans le reste de leur etendue, si on avoit les mêmes moyens d’y creuser. Il y eu a même fort peu dans les lieux bas et marécageux 5 ainsi l Ob qui parcourt tantôt des forets basses et humides, tantôt des rives escarpées, ir’en a que dans ces derniers endroits : (( Ubi adja- centes colles arenosi prœruptam ripam efficiunt. » Strahlenberg avoit dit la meme chose plusieurs années auparavant, sur la manière dont ces os sont mis a nu dans les inondations (4). (i) Païl. , Nov. corn. Petrop. , XIII , p. 471. (a) Tüésius, Mèra. de l’Ac. de Pétersb. , t. V, p. 4a3, note. (3) Nov. corn. Petrop., t. XYH , pour 1773 , p. 576 et suiv. (4) Strahlcnb. , loc. cit. On en trouve a toutes FOSSILES, 145 les latitncles, et c’est du nord que vient le meilleur ivoire, parce qu’il a été moins exposé à l’action desélémens. Ce qui , indépendamment de cette prodigieuse abondance , excluroit toute idée d’expéditions conduites par les hommes, c’est qu’en quelques endroits , aussi-bien qu’en France , en Allemagne , en Italie, en un mot comme partout, ces os sont réunis à une quantité innombrable d’os d’autres animaux sauvages grands et petits. Les os sont généralement dispersés, et ce n’est que dans un petit nombre de lieux qu on a trouvé des squelettes complets comme dans une sorte de sépulcre de sable. Ce qui est bien remarquable encore , c’est qu’on les trouve souvent dans ou sous des couches remplies de corps marins, comme coquilles, glossopètres et autres. Tel est l’extrait du récit de M. Pallas. Une particularité qui n’est pas moins frappante que toutes celles que nous rapporte ce grand naturaliste, c’est qu’en c[uelques endroits l’on a découvert des os d’éléphans qui conservoient encore des lam- beaux de chair ou d’autres parties molles ; l’opinion générale du peuple en Sibérie est que l’on a déterré des rnammonts encore revêtus de leurs chairs fraîches et sanglantes : c’est une exagération; mais elle est fondée sur ce qu’on trouve quelquefois ces chairs con- servées par la gelée. Ishrand-ldes parle d’une tête dont la chair étoit corrompue et d’un pied gelé , et gros comme un homme de moyenne taille ; et JeanjBemhard d’une défense dont la cavité étoit encore remplie d une matière semblable à du sang caillé. On douteroit peut-etre de ces faits , disions-nous dans la première édition de cet ouvrage, s’ils n’étoient confirmés par un du même genre, à l’authenticité duquel rien ne manque, celui du rliinocéros entier déterré avec ses chairs , sa peau , son poil, auprès du Vilhoui^ en 177^5 dont nous devons à M. Pallas une relation circonstanciée, et dont la tete et les pieds sont encore conservés a PetersboiiTg. On a eu depuis deux confinnations encore plus directes. La première est celle de l’éléphant des bords de YAlaseia, i46 ■ ÉLÉPHANS rivière qui se jette dans la mer Glaciale, au-delà de V Indigirska , dont il est parle dans le voyage de Sarytschefç. Il avoit été dégagé par le fleuve, se trouvoit dans une position droite, étoit presque entier, et couvert de sa peau a laquelle tenoient encore de longs poils en certaines places (i). La deuxième est celle de l’éléphant rapporté à Pétersbourg par ÜI* -^dciiixs y et dont la conservation alloit presque jusqu’au mer—* veilleux. Le fait fut annoncé d’abord en octobre 1807 , dans le Journal du Nord, recueil imprimé à Pétersbourg, n®. XXX, et ce morceau qui a reparu depuis en divers journaux allemands, a été réimprimé en x8i5, dans le tome Ve. des Mémoires de l’Académie de Péters- bourg. Nous en tirons les détails qui suivent. En 1799, un pêcheur Tongouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de l’embouchure de la Léna, au milieu des glaçons, un bloc informe qu’il ne put reconnoître. L’année d’après il s’aperçut que cette masse étoit un peu plus dégagée, mais ne devinoit point encore ce que ce pouvoit être. Vers la fin de l’été suivant, le flanc tout entier de l’animal et une des defenses étoient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut que la cinquième année que les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer à la côte sur un banc de sable. Au mois de mars 1804, le pêcheur enleva les défenses dont il se défit pour une valeur de cin- quante roubles. Ou exécuta, à cette occasion, un dessin grossier de l’animal dont j’ai une copie que je dois à l’amitié de M. Blmnenbach. Ce ne lut que deux ans après et la septième année de la découverte, que ^darns , adjoint de 1 Académie de Pétersbourg, et aujour- d hui professeur a Moscou, c[ui voyageoit avec le comte Goloi>kin y envoyé par la Russie en ambassade à la Chine , ayant été informé à Jakutsk de cette découverte, se rendit sur les lieux. Il y trouva l’animal déjà fort mutile. Les Jakoutes du voisinage eu avoient dé- pecé les chairs pour nourrir leurs chiens. Des bêtes féroces en avoient (i) Gabriel Saiyischew , Voyage dans le nord-est de la Sibérie , etc. FOSSILES. aussi mangé ; cependant le squelette se trouvoit encore entier à l’ex- ception d’un pied de devant. L’épine du dos, une omoplate , le bassin et les restes des trois extrémités étoient encore réunis par les liga- mens, et par une portion de la peau. L’omoplate manquante se re- trouva à quelque distance. La tète étoit couverte d’une peau sèche. Une des oreilles bien conservée étoit garnie d’une touffe de crins : on distinguoit encore la prunelle de l’œil. Le cerveau se trouvoit dans le crâne, mais desséché; la lèvre inférieure avoit été rongée, et la lèvre supérieure détruite laissoit voir les mâchelières. Le cou étoit garni d’une longue crinière. La peau étoit couverte de crins noirs et d’un poil ou laine rougeâtre; ce qui en restoit étoit si lourd, que dix personnes eurent beaucoup de peine à la transporter. On retira, selon M. Adains , plus de trente livres pesant de poils et de crins, que les ours blancs avoient enfoncé dans le sol humide, en dévorant les chairs (i). L’animal étoit mâlej ses défenses étoient longues de plus de neuf pieds en suivant les courbures, et sa tête sans les dé- fenses , pesoit plus de quatre cents livres. M. Adams mit le plus grand soin à recueillir ce qui restoit de cet échantillon unique d une an- cienne création ; il racheta ensuite les défenses à Jakutsh L’empe- reur de Russie, qui a acquis de lui ce précieux monument , moyen- nant la somme de huit mille roubles, l’a fait déposer à l’Académie de Pétersbourg. Nous en donnerons plus loin une description d’après AI. Tilesius, ’ On a encore connoissance d’individus pareils. M. Ini-même avoit reçu, en i8o5, et envoyé à M. JBîu- inenbach , un faisceau de poils , arrachés par un nommé Patapof, d’un cadavre de mammouth^ près des bords de la mer Glaciale (2). Nous avons au cabinet du roi, quelques mèches de poils et un morceau de peau de cet individu , donné à l’établissement par feu (1) M. Tilesius, qui a décrit les restes de ce mammouth, tels quils sont conserves à Pétersbourg , fait remarquer qu’il n’y a plus de poils adhérens â la peau. (2) Tilesius , Mém. de l’Ac. de Pétersbourg, t. V, p- 42^" 19 i48 liLÉPHANS M. T arge, censeui' du collège royal de Charlemagne, qui les avoit reçus de son neveu , établi à Moscou. Des faits aussi bien détaillés et aussi bien constatés, ne permettent plus de douter des témoignages antérieurs, sur des restes de parties molles de mammouths , conservés par la gelée , en même temps qu’ils démontrent que ces animaux ont été saisis par la glace au moment même où ils moururent. A ces remarques générales, nous allons joindre un aperçu rapide des principaux cantons de la Russie asiatique, où l’on a découvert des os d’éléphans. Fous en avons déjà cité du bassin du Volga^ ajoutons-y ceux d’entre le J^olga et le Smaga, et ceux du long de la Kama^ où ils sont mêlés de coquillages marins (i); ceux de la rivière (2) et ceux que M- Macquart a donnés au conseil des mines, et qui étoient mêlés d’os de rhinocéros. C est aussi du J^olga que venoit sans doute le fémur rapporté de Casan par l’astronome Delille, et décrit par Daubenton (3). M. P allas donne une longue liste d’os, de défenses et de molaires d’éléphans et de rhinocéros, envoyés de ce gouvernement kPéters- bourg, en 1776 et 1779 (4), et qui venoient aussi des bords du Smaga. . Nos journaux ont parlé d’un squelette complet, trouvé dans la terre près de Struchow , gouvernement de Casan (5). J . Chr. Richter avoit une molaire des environs à’ Astracan (6). Le Jaïk en détache sans cesse de ses rives , composées d’un limon jaunâtre, pétri de coquilles, et le peuple les conserve par supersti- tion (7). (1) Pallas, Nov. com. Petrop. , XVII, 58i. (2) Id. , Voyage en diverses prov. de Russie , trad. fr. , S». , I , p- 283. (3) Eist. nat., XI, n°. MXXXIV ; et Mém. de Tac. des sc. pour ij6a. (4) Neuenordische Bçytrœge , I, p- 175, etc. (5) Magasin encyclopédique ) mai 1806, p. 16g. 16) Mus. Ricluer, p. 258. il) ■T’al/tw, Nov. com. Petrop., XYll; P* â8i. FOSSILES. . I^-Q M. P allas en a vu à Kalmikova sur le J àik, dans lequel il dit qu’ou en pèche de temps en temps (i). Delille en avoit aussi rapporté des bords de ce fleuve plusieurs fragmens au Muséum (2). Le bassin de YOb en est plein. Les Samoyèdes en viennent sans cesse vendre les défenses à Bérésopa; ils les recueillent -dans les im- menses plaines nues qui vont jusqu’à la mer Glaciale, et qui sont remplies de coquilles (3). Il y en a un énorme amas à Kutschewarlcoi sur VOb (4). Pallas en a eu une molaire et un grand nombre d’os, eu face à’Obdorsk, près de l’embouchure du fleuve (5). Strahlenberg en cite un squelette énorme , trouvé près du lac Tzana, entre VIrtisch et XOb (6). U Irtisch , l’une des principales branches de YOb , est peut-être la rivière qui en a le plus donné (7) , ainsi que ses tributaires, le Tobol, la Toura, Ylsete (8). Ces deux dernières qui descendent de la pente orientale des monts Ourals , montrent souvent ces os mêlés de produits marins (9). M. Pallas les a vus près de Ylsete, avec desglossopètres, despyrites (10), et sous différentes couches d’argile, de sable , d’ocre , etc. ; et à J^erkotourié , près de la source de la Toura (ii)> où Steller eu avoit déjà trouvé (12), encore avec des glossopètres et des bélemnites. Il en a aussi détaché le long de YIrtis , dans un sable pur mêlé de coquilles (i3). II,p■27l• (а) Hist. naU, XI, n”. MXXXVII. (3) iVbv'. com. , XVII , p. 584. (4) Ib. , p. 578. (5) Voy., Y, p. 116. (б) Strahlcnb. , trad. angl. , p- 4°4- (7) IV, p. et 124. (8) Messerschmidt , ap. Brejnius, Trans. phil. , vol. XL , p. l48. (9) ^-----.XVlI,p.58i. (10) Jb. et ^ojr., III ^ p 353 (11) III, p. 324. (12) Nov. com., XIII, p. 4^6, i5o • ÉLÈPHANS Strahlenberg^^^\G d’une tête entière de quatre pieds et demi de long, de Tunien sur la Toura (i). Le Tom, autre tributaire derO<^^ en a beaucoup donné (a) , ainsi que la Keta (3). Un squelette entier a été vu sur les bords du premier, entre Tonuk et Kafnetsko , par Messerschrnidt (4). Enfin on en trouve jusque sur \Alei, et même au pied de ces montagnes si riches en mines, desquelles plusieurs des branches de XOb prennent leur source. M. Pallas assure avoir une molaire tirée d’une mine même de la fameuse montagne des et trouvée avec des entroques, l’une des anciennes productions de la mer (5). Le bassin du Jenisea en a fourni de tout temps (6), auprès de Krasnojarsk , où M. Pallas en eut une molaire (7) , et jusque par les 700 de lat, nord, au-dessous de c’est-à-dire très-près de la mer Glaciale. Ce naturaliste nomme aussi X Angara, autrement dit grande Tonguska, parmi les rivières qui en ont déterré (8). Messerschrnidt et Pallas citent encore le Chatanga, fleuve qui se jette dans la mer Glaciale, entre le Jemssea et la Léna (9). Isbrand-Ides et Jean Bemhard Millier ( i o) citent sur la Léna, et l’Académie de P étersbourg un crâne, trouvé non loin de 1 embouchure de ce fleuve (i avec presque tout le squelette. Le Jéilhoui, qui se jette dans la Léna , et sur les bords duquel on a trouvé ce rhinocéros entier, n’est sûrement pas dépourvu d’os- semens d’éléphans. (1) Strahlenb., trad. angl.,p. 4o4- (2) Pallas et Messerschrnidt , locis cit. (3) Isbrand-Ides , ap. Sloane , loc. cit., p. 43^ (4) Strahlenb. , trad. angl., p. 404. (5) Nov. com. , loc. cit. (6) Isbrand-Ides, loc. cit.; Pallas, Nov. corn. , XIII, p. 47» 5 Lange et Muller, ap. Sloane, loc. cit. (7) VI, p- 170 ; et Nov. corn., XYII , p. 584. (8) Nov. com. , XIII , p. 47* • (9) Locis cit. (10) A^j. Sloane, loc. cit. (•I) Pallas, Nov. com., XIII, p. 472- FOSSILES. j5j Nous avons déjà parlé du crâne des bords de Xlndigirska; il fm tiré du flanc sablonneux d’une colline, non loin du ruisseau dit Volockowoi-Ruczei (i), vis-à-'vis de Stanoi-Jarks (2). En ajoutant à tous ces lieux les rives du Kolyma et de \ ^ nadir dont parle P allas (3) , on trouve qu’il n’y a aucun canton en Sibérie qui n’ait des os d’éléphans. Mais ce qui paroîtra sans doute [)lus extraor- dinaire encore , c’est que , de tous les lieux du inonde , ceux où il y a le plus d’os l'ossiles d’éléphans, sont certaines îles de la mer Gla- ciale, au nord de la. Sibérie, vis-à-vis le rivage qui sépare l’embou- chure de la Léna de celle de VIndigirska. La plus voisine du continent a trente-six lieues de long. « Toute Vile ( dit le rédacteur du voyage de Billings), à Tex-- » ception de deux ou trois ou quatre petites montagnes de ro- » chers, est un mélange de sable et de glace ^ aussi lorsque le y) dégel fait ébouler une partie du riuage , on y troure en abon— » dance des os de mammont. » Toute Vile, ajoute-t-il, suivant V expression de V ingénieur, » est formée des os de cet animal extraordinaire , de cornes et » de crânes de biffle ou diun caiimal qui lui ressemble , et de quel- S) qiies cornes de rhinocéros. « Description très - exagérée sans doute, mais qui prouve à quel point ces os y sont abondans. Une seconde île, située cinq lieues plus loin que la première et longue de douze , offre aussi de ces os et de ces dents ; mais une troisième a vingt-cinq lieues au nord n’en a plus montre (4). 11 s’en faut bien que le midi de l’Asie ait autant fourni de ces osse- mens que le nord. Les lieux les plus méridionaux de l’Asie, où l’on ait dit jusqu’à présent avoir trouvé des os fossiles d’éléphans , sont la mer ài Aral et les bords du Jaxartes., aujourd’hui Sihon. Daubenton mentionne (1) Messerschmidt , loc. cit. (2) Pü-llcis , Nov. coin, J XIIIj p. (3) Id. (4) Fojage de Billings , traduit par Castera , t. I, p. i8i et suiv. i52 éléphans im fragment pétrifié de molaire des bords de ce lac (i), et Pallas assure que les Bouchares apportent quelquefois de l’ivoire des en- virons de ce fleuve (2). Peut-etre en decouvriroit-on en Asie mineure et en Syrie : car les anciens prétendent y avoir vu des cadavres de géans. Il est d’autantplus vraisemblable que le prétendu corps deGerjon^ ou d’Hyllus dont parle Pausanias (3), et qui fut trouvé dans la haute Lydie, appartenoit à un éléphant que, selon cet auteur, les habitans en labourant la terre mettoient souvent à découvert des grandes cornes, c’est-à-dire, sans doute des défenses. On sera aisément disposé à attribuer la même origine au corps de onze coudées de long, trouvé dans le lit de ^Orojzte , près di An- tioche, toujours selon Pausanias (4). Toutefois il est en général singulier qu’on ne déterre point de ces os dans les climats où les éléphans, que nous connoissons, vivent ha- bituellement , tandis qu’ils sont si communs à des latitudes qu’aucun de ces animaux ne pourroît supporter. ]\’y en a-t-il point eu d’ enfouis ? ou la chaleur les a-t-elle décom- posés? ou, lorsqu’on en a découvert, a-t-on négligé de les remar- quer, parce qu’on les attribuoit à des animaux du pays, et qu’on n’y voyoit rien d extraordinaire ? Ne seroit-ce pas aussi que les mam- mouths étant des animaux destinés à vivre dans le nord, à cause de la laine épaisse et des longs crins qui les recouvroient, il n’y en avoit point à une certaine proximité des tropiques ? Les géologistes , qui visiteront la zone torride, ont là un sujet bien important de re- cherches. Il paroitroit cependant qu’on en auroit vu en Barbarie, pays où il n existe aujourd’hui d’éléphans d’aucune espèce, bien qu’il soit assez chaud pour leur tempérament , et qu’il y eu autrefois (1) Hist. nal., XI , 11°. MXXX. (2) Nov. corn. , XYII, p. 579. (3) Attic. , cap. XXXV. f'i) Arcad., chap. XXIX. fossiles. j53 beaucoup , au moins dans la Mauritanie ; au rapport de tous les anciens (i)- Sans vouloir parler de la dent de géant vue par S oint- Augustin et par plusieurs autres sur le rivage ^ JJ tique, et qui, selon ce père de l’Eglise , auroit pu faire cent de nos dents ordinaires, ni des deux squelettes, l’un de vingt-trois, l’autre de vingt -quatre coudées, que Phlegon de Traites dit avoir été découverts au rapport diEwna- chus, par les Carthaginois (2)5 ni du prétendu corps à'Antée, dé- couvert près àeLynx ou de Tmgis' en Mauritanie , long de soixante coudées, et auquel Sertorius fit offrir un sacrifice (3) ; le squelette de géant déterré par quelques esclaves espagnols auprès de Tunis , en ifiSq (4), paroît d’autant pins appartenir k l’éléphant, qu’un second squelette, déterré au même lieu en i63o, y appartenoit certaine- ment, ainsi que le célèbre Peyresc s’en assura (5) , par la comparai- son dune dent, qu on lui avoit envoyée, avec celle d’un éléphant vivant qu’il eut occasion de voir en i63i. Il ne manquoit, ponr compléter les singularités, que de trouver l’éléphant fossile en Amérique, continent où il n’y en a jamais eu de vivans depuis que les Européens le connoissent, et où ces animaux n’ont certainement pas pu être détruits par les peuplades foibles et peu nombreuses qui l’habitoient avant sa découverte. Buffbn avoit déjà avancé l’existence de ces ossemens dans l’Amé- rique septentrionale , et, à ce qu’il prétendoit, dans celle-là seulement. On sait même qu’il imagina, comme cause de leur destruction dans ce continent, l’impossibilité où ils durent être de passer l’isthme de Panama, lorsque le refroidissement graduel de la terre les poussa vers le midi, comme si toutes les parties basses du Mexique n’étoient pas (1) Strab. , lib. XVII ; Pline, Hb. VIII, cap/ XI ; Ælian. , lib. X , cap. I, et Hb. XIV , cap. V. (2) Phlegon, de Mir. , cap. XVIII. (3) Plutarque, Sertorius , cap. III; et Strabon , lib. XVII » p- 829. (4) Jerome Magius , Miscellan. , lib. I, cap. II, p. 19, B. . (5) Gassendi, y Peyresc, lib. IV, m ejus oper., ed. Lugdun. l658, tome V , p. 3o6 et 3o8. T. I. 9.0 i54 ÉLÉPHANS encore assez chaudes pour eux, et comme si les côtes de l’isthme de Panama n’avoîent pas été assez larges pour leur ouvrir un passage. Au reste , les faits sur lesquels Buffon appuyoit son hypothèse n’étoient pas même entièrement exacts. Les os qu’on avoit décou- verts de son temps n’étoient point de l’éléphant; ils appartenoient à un autre animal, celiû c|ue nous désignerons par le nom de inasto^ donte, et que l’on connoît aussi sous celui ^animal de VOhio. Mais on a aujourd’hui certainement des os à’ éléphans propre- ment dits ; plusieurs auteurs récens en font foi. On reconnoît une vraie mâchelière d’éléphant très-bien représen- tée dans une planche de l’ouvrage de J. Drayton sur la Caroline du Sud (i) : elle avoit été trouvée avec d’autres, en 1794, par le colonel Senf, dans le maraisde^z]g^W2,près de l’origine de la branche occidentale de la rivière de Cuwre, à huit ou neuf pieds sous terre. M. Georges Turner dilweii 1797 , à la Société américaine de Phi- ladelphie, un Mémoire destiné à prouver qu’outre l’animal de VOhio ordinaire à dents manomelonnées , il se trouve dans les anciens dépôts un aittre animal à dents rayées transversalement, c’est-à-dire, un véritable éléphant. Cateshy pai-le déjà de véritables dents d’éléphans fossiles en ce pays-là. P- ^aubenton , tome XI. ^93. '-am per. '■''eh. *'alla N P P- 473. détails s'eu LES DÉFENSES. LONGUEUR en suivant la grande courbure. DIAMÈTRE au gros bout. POIDS. N“. DCDXCVI de Sibérie, Longueur du 6” et à l’autre tronquée en avant tronçon. 5' 4” bout 5" 4"' 89I. 4”. N». DCDXCV de Sibérie, tronquée aux deux bouts. . 5' 4"8"'elàrau- 4 i5". N». DCDXCIV de Sibérie, tre bout 4” tronquée aux deux bouts.. 3' 4" 2" 1 0"' aux i5 5». N”. DCDVCII, tronquée aux deux bouts. deux bouts 3' 3" 2" 9'" et i" 9 12”. 10'" à l’autre Défense des environs dePiome, bout. trouvée par MM. Laroche- foucauld etDesmarels; fort tronquée aux deux bouts et cassée en trois morceaux. . 5' 8" »> Défense trouvée au Serbaro près de Vérone , par Fortis et le comte de Gazola , Iron- • quée aux deux bouts, ren- fiée par infiltrations 7' 6" de ver. 9" à 10" id. )) Défense fossile de Toscane.. . 8' 6" » » Défense de Sibérie du cabinet de M. Camper 5' et plus. « » Premier éléph. de Burgtonna. 8' >» )> lo' » » La plus grande défense de Si- bérie, du cabinet de Peters- bourg, tronquée aux deux bouts 8' 6"6"'etàl’au- }> tre bout 6"4"' [73 O BS ER VA TI ONS. On a estimé que si elle étoit entière elle auroit quatorze pieds de lon- gueur, mais il est difll- cile de conclure la lon- gueur d’après un Iron çon , parce que la dimi- nution du diamètre ne se fait pas toujours uni formément. / V 374 ÉLÉPHANS AUTEURS ■ consultés. détails SUR UES défenses. LONGUEUR en suivant la grande courbure. ^La plus grande défense de Canstadt,' très - courbée , Autenrietli et 1 tronquée aux deux bouts.. Jæger. jReisel et Spleiss disent qu’il y en avoit de Natter. grande trouvée au ^ meme lieu en i8i8 Messerscb- ( midt et Brey-)une défense très-courbée de nius, Trans.\ Sibérie phiL, 4oj p- [ ïilesius défenses du squelette Mém. de Pe- ! à en juger par le pl.j . , jUne défense observée à Ja- Adams. < , ( kutzk !La défense suspendue dans la cathédrale de Strasbourg, très-courbée Jd. Lettres. ^Id. de Wendenheim 5' 6" 8' i3' 6" 5"' rom. i5' 6' 4' lo" DIAMETRE au gros bout. 5" et à l’autre bout V 6" 1" 8" 8"' 3" 5" 5" 6"' POIDS. observation^- 187 1. I®p. d’apoth. 7 pouds ou 234 1. M. Adams dit de*** toises et demie , t**®’ II^' n’explique pas q**® toises ; il ne dit pa® **®'* plus s’il a mesuré estimé ces dimensie*** et s’il ne les rapporte p® seulement de souve**’* FOSSILES. 1^5 Quant au tissu, nous avons vu plus haut qu’il est absolument le même dans toutes les espèces , et les défenses du mastodonte ne se distinguent pas non plus à cet égard de celles des éléphans. Il ne reste donc a comparer cpie la courbure. Beaucoup de défenses fossiles n ont qu’une courbure très-ordinaire : telles sont celles de notre Muséum \ telles sont celles de Tiede , la plupart de celles de Canstadt, etc. Mais il en est un assez grand nombre dont la courbure est beau- coup plus forte qu’on ne la voit communément dans les défenses des éléphans viv ans. Elle approche d’un demi-cercle ou de la moitié d’une ellipse partagée par son petit axe. Il y en a cjuatre de cette sorte de décrites : celle de Messers~ chmidt , dans les Transactions philosophiques • celle de la cathé- drale de Strasbourg, selon Hermann ’ celle de l’église de Halle en Soiiabe , selon Hoffmann et Beyschlag , et celle du cabinet de Stuttgardt , selon Autenrieth et Jœger. Cette ressemblance frappante des quatre défenses fossiles les plus entières que l’on con- noisse , en un point qui les distingue des défenses vivantes, est digne de remarque. ’ La courbure est encore plus forte dans les défenses du sque- lette de M. Adams , qui font presque le cercle ou l’ellipse entière , et dont la pointe finit par revenir en arrière et même à redes- cendre un peu, en se dirigeant en même temps en dehors, en sorte que ces défenses ne dévoient plus rendre a 1 animal leur service ordinaire , qui est de percer ou de soulever le corps avec leur pointe. Quekjues personnes ont cru pouvoir faire de cette courbure plus prononcée un caractère distinctif ; mais on peut penser quelle ne tient qu’à la longneur des défenses où on l’a remarquée et à la vieillesse des individus. La partie de défense une fois faite ne changeant plus, si cette défense n’est pas tout-à-fait droite , chac[ue augmentation en lon- gueur sera aussi une augmentation du nombre des degrés de 1 arc qu’elle décrit. ,* 176 ÉLÉPHANS C’est ainsi que les incisives des lapins, dont l’opposée est rompue, se recocjuillent tout-à-lait en spirale. Il est bon cependant d’observer cfu’iine défense d’Afrique de notre Muséum, quoique longue de six pieds, n’est pas à beaucoup près aussi courbée que les quatre que nous venons de citer. On peut remarquer encore que dans les très-vieux éléphaus vivans les défenses s’émoussent souvent par la pointe à mesure quelles s’allongent de la racine ; c’est ce que l’on voit dans le vieux crâne de la pl. XII. Mais peut-être les éléplians fossiles n’avoient-ils pas autant d’occasions que ceux d’aujourd’hui d’user les pointes de leurs défenses. 11 y a aussi des défenses fossiles contournées eu tire-bourre , comme on en voit quelquefois de vivantes. Pallas en cite une du cabinet de Pétersbourg (i). 11 y en a également une, mais moins tordue, dans le cabinet de Stockholm. M. Quensel a bien voulu m’en envoyer un dessin. Ainsi les défenses ne peuvent établir de caractère certain, ni entre les espèces vivantes, ni entre celle-ci et l’espèce fossile. 30. Comparaison des crânes. Le crâne de l’éléphant est trop celluleux ; les lames osseuses c[ui le composent sont trop minces pour qu’il ait pu se conserver aisé- ment dans l’état lossile : aussi en trouve-t-on des fragmens innom- brables 5 mais il n’est fait mention que de cinq crânes assez bien con- servés, pour que l’on puisse en déterminer les caractères, et l’on peut seulement leur ajouter aujourd’hui celui du squelette entier de M. Adams , copié sur notre pl. XI. Les trois premiers de ces crânes isolés appartiennent à l’académie de Pétersbourg (2) ; le meilleur a été trouvé sur les bords du fleuve Indigirska, dans la Sibérie la plus oiientale et la plus glacée, par (i) ISlov. Corn., XIII, p. 473. (a) Pall., Nov. comment, ac. Petrop. , XIII, p. 432. FOSSILES. ^77 1g sfivîint Gt dciiitzickois J^^GSSSYSclxTuxdt cjui gh dotuici un dGSsin à son compatrîotG Breynius. Ce dernier le fit graver à la suite d’un Mémoire qu’il inséra dans les Transactions philoso- phiques (2) ; et c’étoit jusqu’à M. Adams le seul document public que l’on eût sur cette partie du squelette de l’éléphant fossile. J’ai fait copier la figure de Breynius dans ma planche II , fig- I , à côté de celles des crânes des Indes et di Afrique , et je les ai fait réduire toutes les trois à peu près h la même grandeur, pour faciliter la comparaison des formes. Le premier coup d’œil montre que \ élé- phant fossile ressemble, par le crâne ainsi que par les dents, à l’espèce des Indes beaucoup plus qu’à l’autre. Malheureusement le dessin n’est pas assez correct pour une com- paraison exacte, et il n’est pas fait sur une projection bien déter- minée. La partie des alvéoles, celle du condyle pour la mâchoire inférieure, et le bord antérieur de la fosse temporale et de l’orbite, sont vus un peu obliquement en arrière, tandis que l’occiput et les molaires sont en profil rigoureux. Cependant on y volt nettement une différence frappante de pro- portion, celle de l’extrême longueur des alvéoles des défenses. Elle est triple de ce qu’elle seroit dans un crâne de l’Inde ou d’A- frique de mêmes dimensions que celui-ci ; et la face triturante des molaires prolongée, au Heu de rencontrer le bord alvéolaire, couperoit' le tube de l’alvéole au tiers de sa longueur. Cette différence est d’autant plus importante qu’elle s’accorde avec la forme de la mâchoire inférieure , comme nous le verrons plus bas ; et , comme nous l’avons dit ci-dessus , elle nécessitoit une autre conformation dans la trompe de l’éléphant fossile ; car, ouïes attaches des muscles de la trompe étoient les mêmes, c’est-à-dire, le dessus du nez et le bord inférieur des alvéoles des défenses, et alors la base de cet organe étoit trois fois plus grosse , à proportion , que dans nos éléphans vivans : ou bien les attaches des muscles étoient (0 Id., ib. <2) Vol. XL, n». 446, pl.Ietir. T. I. â3 1^8 ÉLÉPHANS différentes , et alors sa structure totale étoit à plus forte raison diffé- rente. Si l’on pouvoit s’en rapporter entièrement au dessin , on trou- veroit encore, lo. que 1 arcade zygomatique est autrement figurée ; 20. Que l’apophyse postorbitaire du frontal est plus longue , plus pointue et plus crochue ; 3o. Que le tubercule de l’os lacrymal est beaucoup plus gros et plus saillant. Dès que je connus ce dessin de Messerschmidt , et que je joignis aux différences qu’il m’offroit celles que j’avois observées moi-même sur les mâchoires inférieures et sur les molaires isolées, je ne doutai plus que les éléphans fossiles n’eussent été d’une espèce différente des éléphans des Indes. Cette idée que j’annonçai à l’Institut , dès le mois de janvier 1796 (Mémoires de l’Institut, classe, tome II, p. 20 et 21 ), m’ouvrit des vues toutes nouvelles sur la théorie de la terre 5 un coup d’œil rapide jetté sur d’autres os fossiles me fit présumer tout ce que j’ai découvert depuis , et me détermina à me consacrer aux longues recherches et aux travaux assidus qui m’ont occupé depuis vingt- cinq ans. Je dois donc reconnoitre ici que c’est à ce dessin, resté pour ainsi dire oublié dans les Transactions philosophiques depuis soixante- dix ans, que je devrai celui de tous mes ouvrages auquel j’attache le plus de prix. Mais je ne me dissimulai point que les caractères qu’il m’offroit avoient besoin d être confirmés par quelque autre morceau , pour ne point etre considérés comme individuels 5 et, malgré leur accord avec ceux de la mâchoire inférieure, j’étois bien aise de voir encore un dessin d’un autre crâne. Je m’adressai à l’Académie impériale des Sciences de Saint-Pé- tersbourg, et ce corps illustre, auquel j’ai aujourd’hui l’honneur d’appartenir, répondit à mon vœu avec une générosité digne d’une compagnie à laquelle les sciences doivent tant de progrès. L Académie me fit faire un superbe dessin colorié et de grandeur FOSSILES. naturelle, en proül à peu près rigoureux , d’un autre crâne fossile de Sibérie de sa collection. Elle le fit accompagner d’un dessin de mâchoire inférieure, et de ceux d’un crâne de rhinocéros fossile dctns d.GU.x positions. Ce dessin , après de longs délais occasionnés par les différends politiques des deux pays, me parvint au moment où je mettois la dernière main à la première impression de ce travail , et je fus transporté d’une joie que j’aurois peine à exprimer* en y trouvant la confirmation de tout ce que celui de Messerschmidt m’avoit appris. Le crâne qui a servi de modèle est un peu moins complet. Les mâ- chelières, une partie de leurs alvéoles sont enlévées, ainsi que la partie moyenne de l’arcade zygomatique. Mais rien de caractéristique n’y manque : meme longueur et meme direction des alvéoles; même grosseur du tubercule lacrymal, même forme générale : tout en un mot nous montre que les crânes fos- siles , autant qu’on les connoît, partageoient les mêmes caractères. J’ai fait graver avec soin ce beau dessin dans ma pl. VIH, fig. 2, au sixième de sa grandeur, et l’originalestaujourd hui exposé au cabinet du roi. Depuis ma première édition j’ai pu observer de mes yeux à Flo- rence les mêmes caractères , dans un crâne fossile en nature. G est celui dont a parlé Mesny ^ et qui apres avoir appartenu a feu Fon-^ tana , est maintenant en la possession de M. le comte Valsamachi de Céphalonie. J’en donne des figures réduites au huitième , pl. IX , fig. I et 2. Bien que toute la calotte et les arcades soient enlevées , les alvéoles et leurs rapports de grandeur et de position avec la mâchoire supérieure y sont très-sensibles et l’on y peut juger de leur excessive lon- gueur. Encore plus récemment j’ai retrouvé ces longs alvéoles dans le crâne des bords du Volga, gravé par M. Tilésius et dont je donne une copie pl. IX, fig. 7. Il est vrai que ce caractère ne se montre pas sur le grand sque- 23’^ i8o ÉLÉPHANS lette de M. Adams, mais M. Tilésius nous dit expressément que les Tonguses avoient mutilé les bords des alvéoles lorsqu'ils en arra- chèrent les défenses, et qu’ensuite M. Adams pour les y rajuster fit encore rogner et égaliser ces bords (i) •Le crâne trouvé dans le Necker, près Manheim, dont j’ai parlé ci-dessus d’après Keissler el Merle, et que j’ai fait copier pl. IX, fig. 12 , ne laisse pas bien juger non plus de la longueur des alvéoles dont les. bords paroissent y avoir été fort mutilés j mais ce crâne n étant connu que par une mauvaise figure, on ne peut en tirer de conclusion valable. Une différence qui a pu etre constatée sur des morceaux plus nombreux que celle des alvéoles et qui s’accorde aussi avec celles de la mâchoire inférieure, c’est le parallélisme des molaires. M. J œger nie l’assure positivement par rapport à une portion de crâne du cabinet de Stutlgard, dont il m’a adressé une figure qu’on voit pl. IV , fig. 4. Une autre portion, dessinée Pierre Camper, montre à peu près le même caractère (2). J’ai fait copier sa figure pl. IV, fig. 3, et j’ai fait placer à côté, fig. i et 2, celles des crânes des Indes et d’Afrique, vus en dessous , pour montrer la convergence beaucoup plus marepée de leurs molaires en avant. La base du crâne de M. de Valsamachi, que je donne pl. IX, fig. 2, offie un paiallelisme a peu près égal 5 il est vrai que dans le crâne de Manheim, les molaires paroissent se rapprocher en avant , mais j’ai déjà fait remarquer que la figure en est trop mauvaise pour quelle puisse faire autorité. Nous possédons en ce Muséum une portion de l’occiput et du temporal d’un éléphant fossile, rapporté de Sibérie par l’astronome Delisle ( Daubenton, naturelle, XI, no. DGDLXXXVIII), qui m’a donné occasion de comparer ces parties plus exactement que les autres, sur lesquelles je n’avois que des dessins; mais je n’y 0) Mém. derVAcad. dePétersb. , t. V, (i8i5) p. 5u. 12) Mém. de Haarhm , pl. XXIII, pl. D. FOSSILES. j8i ai trouvé que de petites différences peu importantes : cependant je l’ai fait représenter par sa face postérieure, pl. IV, fig. '] , et par la latérale, fig. 8. Ce morceau provient d’un éléphant d’environ dix pieds de haut. Pour offrir des moyens plus complets de comparaison entre les crânes des trois espèces, je donnerai ici une table comparative de leurs dimensions dans les pièces dont j’ai pu disposer. i I ÉLÉPHANS tableau comparatif CHAÎNES FOSSILES. - Gr AN E de l’Academie de Petersboorg ^ tuesuré d-’api'ète • le dessin. Crâne de Messerschmidt , Trans. pKil., vol. -X.L., pl. 1. Cr A N E du squelette de M. Adams. Ck A » ® du comte Mus*'® Pubchk*^* PI. VIII, fig. 2. PJ. Il, fig. I. Pl.XI. Pl. IX, fis- 5' Depuis le sommet jusqu’au bord des alvéoles. . i,i8 1,178 i,3oo 1,168 0,6 0,49® 0,663 0,770 — jusqu’aux condyles occipitaux 0,93 0,946 £)es condyles aux Doras • Plus grande largeur du crâne ^ Distance des deux apophyses derrière l’orbite. . 0,868 0,7^ Provenant d’un squelette de 3,431 ou 10 pieds etdemi. • fossiles. i83 CRANES D^ÈLÉPHANS. CRANES DES INDES. CRANES D’AFRIQUE. Indes .'In 1 Squelette courtes. G B A HE des Indes du squelette à longues dents. Cr AK E sf'paie , des Indes, viiric-té à lon- gues dents. Autre Crâne séparé , des Indes, variété à dents courtes. Crâne des Indes , d’âge moyen, à dents droites de M. Corse. Crâne des Indes , jeune , du cabinet de M. Brookes. Crâne d’Afrique du squelette. Cr A N E d’Afrique sépare'. I. PI. II , fig. 2. PI. XII , fig. 3. Pl.XII,fig.ieta. S885 0,806 0,713 0,64 1,092 0,^38 o,73i 0,59 0,433 0,344 0,374 0,480 0,252 0,296 0,255 ®>49 0:49 0,442 0,366 0,606 0,171 0,438 0,395 '•«SoS 0,755 0,703 0,676 0,882 0,435 0,822 0,626 ^65 o,6i4 0,52 0,5i2 0,55 1 o,55i ^fi73 0,654 o,5i5 0,463 0,288 0,532 0,463 ®.5i 0,455 o,4i3 0,36 0,249 0,480 o,4o5 ^8Bo >0 P 2,63oou 8 pieds 1 p. i84 ÉLÉPHANS ^o. Comparaison des mâchoires inférieures. Les mâchoires inférieures fossiles trouvées séparément et à des distances immenses des crânes de Sibérie exemple sur les bords du Rhin et en Lombardie, ont offert des caractères qui sembloient déjà indiqués par ceux du crâne. Il en résulte que les crânes auxquels ces mâchoires appartenoient dévoient ressembler h ceux de Sibérie, et que les caractères de ces derniers netoient pas de simples différences individuelles, mais appar- tenoient à toute l’espèce fossile. Voici ces caractères offerts par les màclioires inférieures • lo. L’espèce des Indes et celle éi Afrique ont leurs dents d’en bas convergentes en avant comme celles d’en haut ; d’où il suit que le canal creusé dans le milieu, à la pointe antérieure de la mâchoire , est long et étroit. Les mâchoires fossiles ont leurs dents à peu près parallèles comme les crânes. Le canal est donc beaucoup plus large à proportion de la longueur totale de la mâchoire : mais, 30. 11 est aussi beaucoup plus court. Dans 1 espèce des Indes et dans celle d’Afrique, où les alvéoles des défenses ne descendent pas au-delà de la pointe de la mâchoire inferieure, celle-ci peut s’avancer entre les défenses; elle se prolonge donc en une espèce d’apophyse pointue. Dans les têtes fossiles, au contraire, où ces alvéoles sont beaucoup plus longs, la mâchoire a dù être, pour ainsi dire, tronquée en avant: autrement elle n’auroit pu se fermer. Ces deux différences sauteront aux yeux de ceux qui regarderont les figures i , 2 , 3 , 4 et 5 de la pi. V, qui sont toutes au sixième de la grandeur naturelle. Fig. I est de l’espèce d’Afrique. Fig. 3 est d’une tete des Indes à longues défenses ou dauntelah. Fig. 3 de notre grand squelette des Indes à courtes défenses ou moohnah. FOSSILES. l85 Fi« 4 et 5 de deux mâchoires fossiles trouvées aux environs de Colog7ie. • 1 J’ai donné, pi- H, fig. 4 et 5, le profil de ces deux portions de mâchoires fossiles, pour qu’on puisse le comparer à ceux des espèces vivantes , représentés même planche , fig. 2 et 3. J ai aussi marque avec des points une telle mâchoire , comme elle devoit etre sous le crâne fossile , fig. i . Les mâchoires fossiles du cabinet de Darmstadt, dont j’ai des dessins et dont Merle a représenté une (II®. lettre, pl. III), et celle d’un lac de Hongrie , donnée par MarsigU (Danub. II, pl. 3i ) et que j’ai observée depuis au cabinet Bologne , ont absolument les mêmes caractères ; et je les ai retrouvés récemment dans une énorme demi-mâchoire de Romagncino ^ enViceiitin, et dans une autre moindre de Monte-i^erde , auprès de Rome. Je les ai observés encore dans deux échantillons du cabinet de feu Fontana à Florence, et dans quatre de celui du grand duc de Toscane de la même ville, dont deux mâchoires entières et deux demi-mâchoires. Ils sont encore confirmés, ainsi que ceux des dents, par le dessin de mâchoire inférieure envoyé par l’Académie de P etersbourg, et copié pl. VIII, fig. I. Par celui d’une autre mâchoire du cabinet de cette Academie , trouvée aux bords du Volga, donnée par M. Tilésius, et que nous copions pl. IX, fig. 10. Par celui d’une troisième , d’auprès de Canstadt , déposée chez un pharmacien de Stuttgardt, et que nous représentons pl. XI, fig. 2. Cependant je ne dois pas taire que mon savant ami, M. Adrien Camper , possède une mâchoire de Geylan qui s’écarte beaucoup de celles de l’espèce vivante dont nous avons parlé jusqu’ici. Comparée à une mâchoire fossile de dimensions à peu près égales, son canal antérieur s’est trouvé plus large et beaucoup moins profond, etlesmâchelières presque aussi parfaitement parallèles 5 tan isqu une autre mâchoire de Geylan a ce même canal beaucoup plus étroit que la première. T. I. 24 i86 ÉLÉPHANS C est ce que M. Camper avoit annoncé dans la Description ana- tomique d'un éléphant, p. 20, et qu’il a bien voulu me redire avec plus de détail dans deux lettres. Cette variété individuelle n’empè- choit pas que les dents de cette mâchoire n’eussent les proportions ordinaires à l’espèce vivante. M. Camper, en me donnant ces des- criptions, a joutoit que la mâchoire fossile, comme toutes les autres de cette espèce , offre des côtés plus renflés, plus bombés que celles des Une objection plus forte contre la généralité de cette différence auroit ete celle de la mâchoire fossile représentée et décrite par M. Nesti, dans les Annales du Muséum de Florence, tome I, p. 9 , et pl. I, fîg. I et 2 , et dont nous donnons la copie, pl. IX. , fig. 5 et 6 ; mais cette mâchoire , plus bombée latéralement que celle d’aucun éléphant connu, ayant un bec plus long, plus recourbé- ce bec au lieu de se terminer en pointe en avant, s’y élargissant plus que dans son milieu ; les trous pour la sortie du nerf sous-maxil- laire y étant l’un derrière l’autre, comme dans les mastodontes, et non pas l’un au dessous de l’autre comme dans l’éléphant des Indes et l’éléphant fossile; elle aunonceroit une espèce différente de toutes les autres, si elle appartenoit au genre de l’éléphant, et comme les dents en sont tombées, il est impossible de constater qu’elle appar- tenoit à ce genre : il y a plus, d’après la comparaison que j’en ai faite avec les fragmens de mâchoires de mastodonte à dents étroites que j’ai pu observer, je ne doute pas que la mâchoire en question ne doive être rapportée à cette espèce, ainsi que je le dirai dans la suite, et pm- conséquent tous les argumens que l’on pourroit vouloir en tirer contre cette généralité du caractère que j’assigne à la mâchoire inférieure de l’éléphant fossile se réfutent d’eux-mêmes. 5o. Comparaison des autres osjbssiles. I. Os de V épine. Je n’en ai eu que trois d’assez entiers. Le bel atlas fossile que j ai acheté en Toscane, à Incisa , dans le val d Arno, est représenté pl. XI, fîg. 3 et 4. Si l’on excepte sa FOSSILES. 187 grandeur, qui étoit d’une apophyse transverse à l’autre de 0,507 . ü diffère peu de celui de l’éléphant des Indes’, il a seulement un peu plus d’épaisseur; il indique un individu de douze pieds et demi de haut. J’ai vu une autre vertèbre , rapportée de Sibérie par feu M. Mac- quart, professeur de médecine à Strasbourg, et qui est déposée au cabinet du conseil des mines; c’est la quatrième cervicale. Je trouve son corps un peu plus mince à proportion que dans le vivant ; mais elle est d’un jeune individu, qui ne devoit pas avoir plus de sept pieds de haut, et ses apophyses transverses étant emportées, on ne peut en faire une comparaison complète. Nous donnons ce morceau pl. V, fig. i4j au sixième. Une troisième vertèbre que j’ai observée , est une lombaire trouvée aux bords du Pô, et donnée au Muséum par feu M. Faujas. C’est la seconde des lombes ; elle vient d’un individu de dix pieds et demi de hauteur, et ne présente dans ses parties conservées au- cune différence sensible d’avec son analogue dans le vivant. Nous la représentons pl. X, fig. 26 et 27, II. Os des extrémités. La plupart des grands os des extrémités de l’elephânt fossile se présentent avec une épaisseur proportionnelle plus grande que leurs analogues dans les éléphans vivans ; mais on ne doit point oublier à ce sujet la remarque ingénieuse faite par Daubenton qu avec 1 âge les os des animaux grossissent à proportion plus qu’ils ne s’allongent , remarque fondée sur une nécessité de nature et sur les lois de la résistance des solides. Cette différence seule ne suffiroit donc pas pour caractériser une espèce, mais on en trouve d’autres quand on entre dans le détail des formes de chaque os. I®. omoplate. Les omoplates fossiles que j’ai eues d’abord à ma dispositiou n’étoient pas assez entières pour être comparées comple tement k celles des éléphans vivans ; cependant les fragiuens ^ u cabinet de Stuttgard ( pl. VUI, fig. lo et ii), ™ (pl. VII, fig. 6), montroient déjà beaucoup pl« de ressemblance avec l’éléphant des Indes qu’avec celui d Afrique. 24’^ i88 ^LÉPHANS Ces morceaux annonçoient seulement des formes plus massives, et leur facette articulaire humérale paroissoit avoir été plus large à proportion que dans le vivant. Si Ion avoit voulu juger de la forme de l’omoplate fossile par la gravure du squelette de M. Adams, dont nous donnons la copie, on l’auroit trouvée excessivement différente des vivantes ; mais il est sensible qu’elle a été dessinée très en raccourci, ou qu’elle étoit fort mutilée de sa partie supérieure. Le col y paroît beaucoup plus long à proportion , ce qui n’a pas lieu dans les fragmens que nous avons vus, où il seroit au contraire un peu plus court. Ensuite toute la partie supérieure y semble tronquée. Ayant appris, par un jour- nal allemand, qu’une des omoplates de ce squelette se trouvoit à Berlin, dans le cabinet public d’anatomie, je m’adressai à MM. Lich- tenstein et Rudolphi pour eu obtenir un dessin. Ces savaus natura- listes ont eu la complaisance de me l’adresser, et je le donne réduit au douzième, pl. VIII, fig. 8. Le bord antérieur est fracturé, mais le contour général est fort semblable à celui de l’éléphant d’Asie ; il paroît seulement un peu plus large, surtout de lar partie du col. La face articulaire, fig. 9, est sensiblement plus large à sa partie infei’ieure que dans le vivant. Les dimensions de cette omoplate sont comme il suit : Longueur de l’epine ce 0,67 Distance de l’acromion à la pointe de l’apophyse récurrente ef. 0,276 Longueur du bord postérieur a b Distance de l’angle postérieur au sommet de l’épine o,643 Distance de ce sommet au bas de la facette articulaire c b 0,758 Distance de l’angle postérieur au tubercule coracoïde ad 0,690 Hauteur de la facette articulaire 0,216 Largeur 0,112 Nous voyons par les dimensions données dans le texte du Mémoire de M. Tilésius, de l’omoplate restée au squelette de Pétersbourg, que la tête inférieure avoit 10" angl. ou 9", 5"' fr. ( 0,^55 ra. ) de plus grand diamètre, et c[u’il y avoit la même distance entre la pointe de l’acromion et celle de l’apophyse récurrente. FOSSILES. 189 20. V humérus fossile donne des caractères spéclficpes moins frap- pans que l’omoplate. Celui de notre cabinet (pl. I, fig. 4 , F) ressemble plus à celui des Ijides qu’à celui d’Afrique ; il a cependant sa crête inférieure externe sensiblement plus courte à proportion. Le canal du biceps est aussi plus étroit dans le fossile cjue dans celui des Indes. Voyez pl. I, fig. 3, où les têtes supérieures des trois humérus sont représentées. Cet humérus fossile qui vient de Casan, et que Daubenton men- tionne sous le no. MXXXIII, est long de 0,88 ; ce qui indique un individu de huit pieds dix pouces de haut seulement : aussi n étoit-il pas adulte, car les épiphyses sont encore séparées. Un éléphant des Indes de huit pieds de hauteur au garot a cet os de 0,80. Nous possédons au cabinet un autre humérus fossile entier qui diffère peu du premier pour la grandeur et dont nous ignorons l’ori- gine précise j mais une tête supérieure du meme os, retirée des fouilles du canal de l’Ourque, ayant de diamètre antéro-pos- térieur , devoit provenir d’un éléphant de quinze à seize pieds de hauteur. L’humérus du squelette découvert par M. Adams à l’embouchure de la Léna, et dont nous donnons la copie pl. X, fig. i3 et 14 ? avoit quarante pouces anglois, ou 3’ i” ’j'" de France (1,18 met.) M.Targioni Tozzetti à Florence possède une tête inférieure de o,34 de largeur et cjui devoit provenir d’un individu de douze pieds. 3°. avant-bras. Nous possédons maintenant au Muséum un cubitus fossile que feu M. Faujas rapporta il y a quelques années, et qui avoit été trouvé aux bords du Pô - nous le donnons pl. X, fig. i5, 16; il est un peu plus trapu que celui des Indes, mais lui ressemble pour tout le reste. On peut juger de ces proportions par les mesures ci-jointes : on n’y a pas compris l’épiphyse inférieure , parce quelle manquoit au cubitus fossile. ÉLÉPHANS 190 CUBITUS FOSSILE. CUBITUS DES INDES. CUBITUS d’afri que. Longueur b-—f. 0,825 o,63o 0 € Diamètre de la face articulaire a — b 0,183 0,118 0,112 Distance de la face ante'rieure à rexlremité de l’olécrane a — c o,3io ’ 0,243 CO d 0 Longueur de l’olécrâne h — c. 0,2o5 0,168 0 0' Largeur de la tête supérieure d — e 0,256 CO 0 0,166 Largeur de la tête inférieure g — li. 0,142 0,1 38 o,ii4 Diamètre antéro-postérieur de la tête infé- 0 00 00 0,1 5i 0,120 La longueur du cubitus fossile indique un éléphant de neuf pieds et demi de hauteur. 4®. Le bassin. Pierre Camper en a publié une moitié mutilée , clans le XXIIL. volume des Mémoires de V Académie de Haarlem. Il y en a un entier, assez mutilé aussi, dans le cabinet de Darmstadt, dont je donne ici (pl. VII, fig- i et 2) deux dessins, rédmts sur ceux que m ont bien voulu envoyer MM. Schleyermacherel BorJchause?i. J ai place a coté, fîg. 3 et 4? deux vues semblables du bassin de notre éléphant des Indes dauntelah ,• j’y joins (pl. X, fig. i et 2 ) des figures de la moitié qui se trouvoit en i8ir , au cabinet d’Amster- dam, vue par dessous et par dessus, et réduites au tiers. Les par- ties mutiléesn étant point susceptibles de comparaisons, nous sommes réduits à examiner la figure du détroit et celle des trous ovalaires et des fosses cotyloïdes avec leurs proportions respectives. ^ Il paroit c[ue le diamètre antéro-postérieur est plus grand à pro- portion dans le fossile. Ses trous ovalaires sont plus grands c£ue ses fosses cotyloïdes , tandis que c’est l’inverse qui a lieu dans le vivant. V oici une table comparative de ces dimensions prises du bassin de Darmstadt : fossiles. I9I • BASSIN FOSSILE. bassin des INDES. jjjjjjjfifrp de la fosse cotyloïde 0,1 35 o,i35 \ ’ 0,108 o,io8 0,059 0,3 0,5 Diamètre transversal 2>47 0,32 D’après la largeur de la -fosse cotyloïde, ce bassin fossile devoit venir d’un éléphant de moins de huit pieds. Je ne trouve pas tout-à-fait la même disproportion dans le mor- ceau de la pl. X 5 mais j’y vois que la partie de l’os des isles qui s’articuloit au sacrum est plus large à proportion et que son bord interne se contourne de manière k devenir plus parallèle avec le pubis que dans le vivant. Une portion à' ischion que M. Fauj'as avoit rapportée d’Italie, m’a offert un autre caractère distinctif que je n’avois pu voir dans ces figures , quoique j’aie remarqué ensuite qu’il est indiqué dans celle de Camper. C’est une fosse assez profonde , à la face su- périeure de l’os, entre le bord de la fosse cotyloïde et le bord in- terne de l’ischion. Je n’en trouve nulle trace ni dans les éléphans des Indes, ni dans celui d’Afrique. Cette portion vient d’un individu de douze pieds de haut. La moitié décrite par Camper venoit d’un individu de neuf pieds et demi. 5®. LeJ'émur. Le premier fémur fossile que j’ai pu examiner (pl. V, fig- 8) et qui vient de Sibérie (Daub., no. MXXXIV), a sa partie supérieure mutilée ; mais sa tête inférieure m’a fourni un caractère distinctif tres-sensible dans son échancrure entre les deux condyles, qui se réduit a une ligne étroite ( voyez fig. 12), au lieu d’un large enfon- cement qu on voit dans les deux espèces vivantes ( voyez fig. 9 et 10). Deux autres têtes inferieures fossiles de notre Muséum IQ2 ÉLÉPHANS ( fig. Il et i3) ont précisément la même particularité. Dès cpie je me fus aperçu de cette différence notable , je fus curieux de savoir si elle étoit commune à tous les fémurs fossiles. M. Jœger m’a prouve qu elle se trouve aussi dans ceux de Canstadt , en m’en- voyant le dessin grave pl.VIII? fig. 5, au douzième. (Les autres de la même partie sont au sixième. ) J’ai encore retrouvé depuis ce caractère plus ou moins marqué dans une tête inférieure du cabinet du grand-duc à Florence ( pl. X, fig. 5); dans une autre du cabinet de M. Targioni Tozzetti, de la même ville (ib. , fig. 6); dans une troisième du cabinet du collège romain ( ib. , fig. 4 ) j et enfin tout récemment dans le grand morceau retiré du Bog et apporté par M. Raynaud ( ib. , fi§* 7 y ^ donc aucun doute c[ue cette différence ne soit cons- tante, et ne se joigne à celles que fournit le crâne pour faire distin- guer l’éléphant fossile. Daubenton, quin’avoit comparé le fémur qu’il décrivoit cp’à celui d’Afrique, et ne lui avoit trouvé d’autre différence qu’un peu plus de largeur proportionnelle, attribuoit cette largeur à l’àge. Cepen- dant ce fémur vient d un jeune éléphant, car son épiphyse inférieure est encore distincte , et la supérieure est détachée et perdue. Cet os, long de i,ii , indique un individu d’environ neuf pieds et demi de hauteur : notre éléphant des Indes de 8' a le sien de 0,92 ; mais on a trouvé des fémurs fossiles beaucoup plus grands. Jacob et Oliger J acohœus en citent de quatre pieds anglois de long. Le plus long de tous ceux qui ont été mesurés avec exactitude est celui dont parle Camper{\')^ et qui avoit cinquante-deux pouces du Rhin, c’est-à-dire 1,87, ou 4’ 2" de France 5 ce qui indicjue un animal d’environ onze pieds huit pouces. Le fémur d’un éléphant des Indes, mort de vieillesse, appartenant au même anatomiste, avoit, dit-il, treize pouces de moins. Cependant si l’on pouvoit se fier aux mesures rapportées dans la Gigantomachh, le fémur du prétendu Teutohochus auroit été (1) Nov. act. Petrop., Il, 1788, p. 257- fossiles. Iq3 encore bien plus grand, puisqu’il auroit eu cinq pieds de long ; et néanmoins cette dimension n’indiqneroit qu’un individu de quatorze pieds de haut: ce qui ne surpasse point ce que les relations nous disent des éléphans vivans dans les Indes.. Pfous avons au Muséum une tête supérieure venue du pied des Pyrénées et dont le diamètre de 0,2185 indique un individu de qua- torze pieds. La tête inférieure du Bog, rapportée par M. Raynaud (pl. X, fl". 8 5 9 et 10), annonce un individu d’entre quatorze et quinze pieds. '^La^tête inférieure (pl. V, fig. 11) ne vient que d’un individu de dix pieds. 60. h?ijamhe. T.es dessins d’un tibia fossile (pb VU, fig- 7^ ^ ®t 9) m’ont été envoyés par M. Jæger, et sont pris d un des échantillons du cabinet de Stuttgard. Cet OS indique un individu de onze a douze pieds de haut. Il est notablement plus épais que le tibia des Indes (pl.VII,fig. I i)quil’esl plus quecelui d’Afrique, ib.,ûg. i3. Du reste, les formes de cet os et de ses facettes dans les trois espèces offrent peu de différences. ^ J’ai vu un autre tibia bien entier a Florence , que je donne pl. X, lig. 12 et i3. Il porte les mêmes caractères d’épaisseur que le pré- cédent. Sa longueur de trente pouces fr. (0,825) annonce un individu de près de onze pieds et demi. La Gigantomachie donne au tibia du prétendu Teutobochus quatre pieds de longueur , et cinq au fémur. La mesure du tibia est évidemment exagérée, ou bien ces deux os venoient d’individus dil- férens. Elle indiqueroit un individu de plus de dix-huit pieds , et ne convient point à celle du fémur, qui ne se rapporte qu’à un individu de quatorze. Notre éléphant des Indes de huit pieds a son fémur de 0,93 ? et son tibia de o,56. Je n’ai eu du péroné que la tête inférieure du Mcw^'rat, donnée par M. Spinola, représentée par sa face articulaire interne (pl. X, fig. II). Elle est large de 0,137 et vient d un éléphant haut de 1 194 ÊLÉPHANS quinze pieds. Sa forme est plus arrondie, ses arêtes sont plus émous- sées , la fossette du milieu de sa face articulaire est plus profonde que dans le vivant. ^o. Le pied de det^ant. Comme les petits os fossiles se recueillent toujours moins soigneusement que les grands, je n’ai eu d’abord du pied de devant qu’un seul métacarpien, celui du petit doigt (pl. VIII, 9? II). Je lai du à M. G, j4.. Deluc, Il est encore plus gros à proportion que dans l’éléphant des Indes, et annonce un individu de neuf à dix pieds. Mais dans mes voyages en Italie et parmi les objets trouvés en France, ou qui m’ont été envoyés d’ailleurs depuis ma première édi- tion , j’ai eu occasion d’observer plusieurs autres de ces petits os. Pl. X, fig. 24, est un métacarpien de l’annulaire gauche trouvé avec une mâchoire inférieure à Romagnano dans le Vicentin 5 long de 0,224, l^rge dans le haut de o,io5, il annonce un éléphant de quatorze pieds de haut ; la portion externe de sa tête supérieure est plus large à proportion que dans le vivant. Même pl., hg. 28, est un métacarpien de l’annulaire du médius, du val d’ Arno , du cabinet de M. Targioni. La partie externe de sa face supérieure y est egalement plus large que dans le vivant à pro- portion de 1 autre partie j il est long de 0,20, et provient d’un indi- vidu de douze pieds. J ai pu observer deux semilunaires du carpe. L’un gauche , d’un individu de moyenne taille, a été envoyé à notre Muséum des en- virons d Abbeville par M. Bâillon ; je le représente pl. X, fig. 22 ; il est haut de 0,064, larg^ de o,Hi^. Le second plus grand et du côté droit (pl. X, fig. 18), large de 0,162 , haut de 0,104, est dans le cabinet de M. Targioni à Flo- rence 5 je les trouve 1 un et 1 autre plus courts d’avant en arrière que dans le vivant. Celui de Florence a de plus son corps moins rétréci en arrière ; au contraire dans celui d’Abbeville il est plus rétréci et l’os est pluS^Pat, comme écrasé. Le cuneïform.e droit (ph fig. 19) est aussi du cabinet de M. Targiom; il est large de 0,234 et haut de 0,081. Il diffère peu FOSSILES. 195 de celui de l’éléphant vivant, si ce n est en ce que la facette articu- laire postérieure est rectangulaire , et que dans le vivant elle est en triangle. \junciforme droit (pl. X., fig. 20) également du même cabinet, est large de 0,144, Gt haut de 0,127. moins large que celui de l’éléphant vivant ; sa face supérieure est plus carrée 5 les plans de sa face inférieure sont plus prononcés. J’ai encore trouvé dans ce cabinet un trapézoïde droit (pl. X, fig. 21), large de 0,146, haut de 0,124. U diffère de celui du vivant par un peu moins de longueur de sa facette supérieure, et un peu plus de largeur de la facette latérale. Ces quatre os proviennent d’éléphans à peu près de même taille et peut-être sont-ils du même individu qui dans ce cas doit avoir eu environ quatorze pieds et demi de hauteur. Bien que chacun de ces os du carpe, pris à part, diffère en quelque chose de son correspondant de l’éléphant vivant que je lui ai com- paré , comme ces os varient aussi jusqu’à un certain point d’un élé- phant vivant à l’autre, je n’attache pas une grande importance aux caractères qu’ils me fournissent. 8®. Le pied de derrière. De tous les os qui composoient le pied de derrière de l’éléjjhant fossile je n’ai pu examiner que le seul astragale. M. Miot , ancien ministre de France en Toscane, a bien voulu m’en confier un qu’il a recueilli dans le val d’Amo. Je l’ai fait graver, pl. I, fig. 2, F J et près de lui les deux des éléphans vivans , I et A. Outre sa grandeur, U se distingue au- premier coup d’œil, parce que les angles de sa facette tibiale approchent davantage d’être droits, et que la facette elle-meme est plus carrée. Ce caractère n’est pas plus individuel que les autres. Une portion d’astragale du cabinet àe Stuttgard , dontM. ger m a. envoyé un dessin (pl. VIII, fig. 4), est semblable à l’os du val^ d Amo. Tous deux sont de même grandeur, et viennent d’un individu de dix à onze pieds. J e n al pas été assez heureux pour me procurer aucun autre os pied de derrière de cet animal. 25’^ 196 ÉLÉPHANS 60. De ce que Von connaît des parties molles. On ne doit point désespérer, en continuant les recherches dans les parties les plus froides de la Sibérie , de découvrir nncore un niammouth avec toutes ses parties molles préservées par la glace , et dès à présent celui de M. Adams nous fournit à cet égard des ren- seignemens précieux. Avant cju’il eût été dépecé, on en avoit fait- un dessin qui m’a été commuuicjué, et qui bien qu’un peu grossier, se rapportoit entièrement par la longueur delà face, à ce que les crânes fossiles nous indiquent; la trompe et les oreilles y raanquoient, mais on voyoit tout autour une sorte de poil roussatre. Depuis lors j’ai reçu un morceau de peau, dépouillé de son épi- derme, et des mèches de poils et de laine. La peau est semblable à celle de l’éléphant vivant, mais on n’y distingue pas les points bruns qu on remarque dans 1 espece des Indes. M. Adams assure que la peau dont il avoit conservé les trois quarts étoit d’un gris fonce. Quant aux poils, il y en a de deux et même de trois sortes : les plus longs ont douze à quinze pouces; leur couleur est brune, et leur épaisseur à peu près celle d’un crin de cheval. Il y en a ensuite de plus courts, de dix, de neuf pouces, qui sont en même temps un peu plus minces et de couleur fauve. La laine qui paroît avoir garni la racine des longs poils a de quatre à cinq pouces de longueur; elle est assez line, passablement douce, et un peu frisée, surtout vers sa racine. Sa couleur est un fauve -clair. Sur ce qui reste de peauàPétersbourg, les poils sont uses et courts. Cependant comme aucun animal connu ne porte de poils sem- blables, il est impossible qu’il y ait à cet égard la moindre fraude. On a d’ailleurs outre cet individu, les témoignages relatifs à ceux de Sarytschev et de Patapof, que nous avons rapportés ci-dessus. Lar conséquent il n’est pas douteux que l’éléphant fossile, tel quil FOSSILES. jgrj se trouve en Sibérie, avoit une fourrure d’animal de pays froids. M Adams nous dit qu’une des oreilles de son individu étoit bien conservée et garnie d’une touffe de crins ; mais dans son état actuel , comme on peut le voir, pl. XI, ab, fig. i , elle est fort altérée et n’a plus aucun poil. Les pieds du squelette de Pétersbourg sont encore couverts de peau et garnis de leurs semelles. M. Tilesius dit que ces semelles sont arrondies, et comme dilatées et foulées par le poids du corps, en sorte qu elles remontent sur les bords du pied et les recouvrent. Il y avoit quelque chose de semblable dans l’éléphant de la ména- gerie de Versailles, décrit par Perrault. Ni M. Adams, ni M. Tilésiusnenous parlent du nombre des ongles. ÈLEPHANS 198 SECTION TROISIÈME. Résumé général de ce premier chapitre. ^nsi, d’après toutes ces recherches et toutes ces comparaisons , L éléphant à crâne arrondi, à larges oreilles, à mâchelières marquées de losanges sur leur couronne , que nous appelons élé- phant d! Afrique [elephas qfricanus), est un quadrupède dont la seule patrie connue est jusqu’à présent l’Afrique. On est certain que c’est cette espèce qui habite au Cap, au Sé- négal et eu Guinée ; on a lieu de creire qu’elle se trouve aussi à Mosambique : mais on ne peut assurer qu’il n’y ait point des individus de l’espèce suivante dans cette partie. On n’en a point vu, représenté, ni comparé assez d’individus pour savoir si cette espece offre des variétés remarquables. C’est elle qui produit les plus grandes défenses. Les deux sexes en portent également, du moins au Sénégal. Le nombre naturel des ongles est de quatre devant et de trois derrière. L’oreille est immense et couvre l’épaule La peau est d’un brun foncé et uniforme. Cette espèce n’a point été domptée dans les temps modernes. Elle paroit cependant l’avoir été par les anciens qui lui attribuoient dans cet état moins de force et de courage qu’à l’espèce suivante ; mais leurs observations ne paroissent pas confirmées du moins pour ce qui concerne la grandeur. Ses mœurs naturelles ne sont point parfaitement connues. Autant qu on peut en juger par les notices des voyageurs, elles ressemblent cependant pour 1 essentiel à celles de l’espèce suivante. U éléphant à crâne allongé, àfrontconca{>e , àpetites oreilles, à mâchelières marquées de rubans ondojans que nous appelons éléphant des Indes {elephas indicus) , est un quadrupède qu’on n’a observé d’une manière certaine qu’au delà de l’Indus. FOSSILES. 199 11 s’étend des deux côtés du Gange, jusqu’à la mer orientale et au midi de la Chine. On en trouve aussi dans les îles de la mer des Indes, à Ceylan , à Jai’a, à Bornéo, Sumatra, etc. Il n’y a point encore de preuve authentique qu’il existe dans au- cune partie de l’Afrique , quoique le contraire ne soit pas absolument prouvé non plus. Les Indiens ayant, depuis un temps immémorial, l’habitude de prendre cette espèce et de l’apprivoiser, on l’a beaucoup mieux ob- servée que l’autre. On y a remarqué des variétés pour la grandeur, pour la légèreté de la taille, pour la longueur et la direction des défenses, pour les cou- leurs de la peau. Les femelles et une partie des males n’ont jamais que de petites dé- fenses droites. IjCS delenses des autres luales u arrivent point st une aussi grande longueur que dans l’espèce d’Afrique. Le nombre naturel des ongles est de cinq devant et de quatre derrière. L’oreille est petite, souvent anguleuse. La peau est ordinairement d’un gris tacheté de brun. Il y en a des individus tout blancs. La taille varie de huit h quinze et seize pieds. Ses mœurs , la manière de le prendre et de le dresser ont été dé- crites avec soin par une multitude de voyageurs et de naturalites , depuis Aristote jusqu’à M. Corse. L’éléphant à crâne allongé, à front concai^e, à très-longues Ali>éoles des défenses , à mâchoire inférieure obtuse , à mâ- chelières plus larges , parallèles , marquées de rubans plus serrés, que nous nommons éléphant fossile [elephas primigenius , Blum.), est le mammouth des Russes. On ne trouve ses os que dans l’état fossile; personne n’en a vu dans 1 état frais qui fussent semblables à ceux des siens par lesquels il se distingue, et l’on n’a point vu dans l’état fossile les os des deux espèces précédentes. 200 ÉLÉPHANS On trouve ses os en grand nombre, dans beaucoup de pays, mais mieux conservés dans le nord qu’ ailleurs. Il ressembloit à l’espèce des Indes plus qu’à celle d’Afrique. Il différoit neanmoins de la première par les mâchelières, parles formes de la mâchoire inferieure et de beaucoup d’autres os, mais surtout par la longueur des alvéoles de ses défenses. Ce dernier caractère devoit modifier singulièrement la figure et l’organisation de sa trompe, et lui donner une physionomie beaucoup plus différente de celle de l’espèce des Indes, qu’on n’auroit dû s’y attendre d’après la ressemblance du reste de leurs os. Il paroît que ses défenses étoient généralement grandes, souvent plus ou moins arquées en spirate , et dirigées en dehors, il n’y a point de preuve qu’ elles aient beaucoup différé selon les sexes ou les races. La taille n’étoit pas beaucoup au-dessus de celle à laquelle l’espèce des Indes peut atteindre ; il paroît avoir eu des formes en général encore plus trapues. Il est déjà manifeste par ses débris osseux, que c’étoit une espèce plus différente de celle des Indes, que l’àne ne l’est du cheval, ou le chacal et l’isatis du loup et du renard. On ne sait point cfuelle etoit la grandeur de ses oreilles, ni la cou- leur de sa peau 5 mais on est certain qu’au moins une partie des individus portolent deux sortes de poils; savoir: une laine rousse, grossière et touffue, et des crins roides et noirs, qui sur le cou et 1 épine du dos devenoient assez longs pour former une sorte de cri- nière. Ainsi non-seulement il ri’y a rien d’impossible à ce quelle ait pu supporter un climat qui feroit périr celle des Indes, il est même probable qu’elle étoit constituée de manière à préférer les climats froids. Ses os se trouvent pour l’ordinaire dans les couches meubles et superficielles de la terre, et le plus souvent dans les terrains d’al- luvion qui remplissent le fond des vallées ou qui bordent les lits des rivières. FOSSILES- ' 2QJ Ils n’y sont presque jamais seuls, mais pele-mele avec les os d’autres quadrupèdes de genres connus, comme rhinocéros, bœufs, antilopes, chevaux, et souvent avec des débris d’animaux marins, tels que coquillages ou autres, dont une partie se sont même attachés dessus. Le témoignage positif de Pallas, celui de Fortis et de beaucoup d’autres ne permet pas de douter que cette dernière circonstance n’ait souvent lieu, quoiqu’elle ne s’observe pas toujours. Nous avmns nous- mêmes en ce moment sous les yeux une portion de màchcfire chargée de inillépores et de petites huîtres. Les couches cpi recouvrent les os d’éléphans ne sont pas d’une très-grande épaisseur ; presque jamais elles ne sont d’une nature pierreuse. Ils sont rarement pétrifiés , et l’on ne cite qu’un ou deux exemples où il y en ait eu d’incrustés dans de la pierre, coquilliere ou autre ; souvent ils sont simplement accompagnés de nOS coquilles communes d’eau douce j la ressemblance, à ce dernier égard, ainsi qu’à l’égard de la nature du sol, des trois endroits dont 011 a les relations les plus détaillées , savoir : F onna , Cantstadt et \ÿi forêt de Bondi , est même très-remarquable. Tout paroît donc annoncer que la cause qui les a enfouis est l’une des plus receutes qui aient contribué à changer la surface du globe. C’est néanmoins une cause physique et générale : les ossemens êdéléphans fossiles sont en trop grand nombre, et il y en a dans trop de contrées désertes et même inhabitables , pour que l’on puisse soupçonner que ces animaux y aient été conduits par les hommes. Les couches qui les contiennent et celles qui sont au-dessus d’eux montrent que cette cause étoit aqueuse , ou ç[ue ce sont les eaux qui les ont recouverts, et dans beaucoup d’endroits ces eaux étoient à peu près les mêmes que celles de la mer d’aujourd’hui, puisqu’elles nourrissoient des êtres à peu près semblables. Mais ce ne sont pas ces eaux qui les ont transportés où ils sont. Il y a de ces ossemens à peu près dans toutes les contrées c[ue les natu- ralistes ont parcourues. Une irruption de la niei qui les auroit ap- T. I. 26 202 ELÈPHANS portés seulement des lieux que \ éléphant des Indes habite main- tenant, n’auroit pu les répandre aussi loin, ni les disperser aussi éga- lement. D’ailleurs 1 inondation qui les a enfouis ne s’est point élevée au- dessus des grandes chaînes de montagnes , puisque les couches qu elle a déposées et qui recouvrent les ossemens ne se trouvent que dans des plaines peu élevées. On ne voit donc point comment les cadavres d’éléphans auroient pu être transportés dans le nord, par-dessus les montagnes du Thibet et les chaînes des Altaï et des Oiirals. De plus ces os ne sont point roulés : ils conservent leurs arêtes , leurs apophyses ; ils n’ont point été usés par le frottement j très- souvent les épiphyses de ceux qui n’avoient point encore piâs leur accroissement complet, y tiennent encore , quoique le moindre elFort suffise pour les détacher; les seules altérations que l’on y remarque viennent de la décomposition qu’ils ont subie par leur séjour dans la terre. On ne peut pas se représenter non plus que les cadavres entiers aient été transportés violemment. A la vérité, dans ce cas, les os seroient restés intacts 5 mais ils seroient aussi restés rassemblés et ne seroient pas épars. Les coquilles, les millépores et les autres productions marines C[ui se sont fixées sut quelques uns de ces os, prouvent d’ailleurs qu’ils sont restés au moins quelque temps déjà dépouillés et séparés au fond du liquide qui les recouvroit. Les os d éléphans étoient donc déjà dans les lieux où on les trouve, lorsejue le liquide est venu les recouvrir. Ils y étoient épars comme peuvent letie dans notre pays les os des chevaux et des autres animaux qui l’habitent, et dont les cadavres sont répandus dans les champs. Tout rend donc extrêmement probable cjue les éléphans qui ont fourni les os fossiles habitoient et viv oient dans les pays où l’on trouve aujourd’hui leurs ossemens. Ils n’ont donc pu y disparoître que par une révolution qui a fait fossiles: 2o3 périr tous les individus cxistans alors , ou par un changement de climat qui les a empêché de s’y propager. Mais quelle qu’ait été cette cause , elle a dix être subite. Les os et l’ivoire, si parl'aiteraent conservés dans les plaines de la Sibérie , ne le sont que par le froid qui les y congèle , ou qui en général arrête l’action des élemens sur eux. Si ce froid n etoit arrivé que par degrés et avec lenteur, ces ossemens, et à plus forte raison les parties molles dont ils^.sont encore quelquefois enveloppés, auroient eu le temps de se décomposer comme ceux que l’on trouve dans les pays chauds et tempérés. Il auroit été surtout bien impossible qu’un cadavre tout entier, tel que celui que M. Adams a découvert, eut conserve ses chairs et sa peau sans corruption, s’il navoit ete enveloppe immédiatement par les glaces qui nous l’ont conservé. Ainsi toutes les hypothèses d’un refroidissement graduel de la terre ou d’une variation lente, soit dans Finclinaîson , soit dans la position de l’axe du globe, tombent d elles-mêmes. Si les éléphans actuels des Indes étoient les descendans de ces anciens éléphans qui se seroient réfugiés dans leur climat d’aujour- d’hui, lors de la catastrophe qui les détruisit dans les autres, il seroit impossible d’expliquer pourquoi leur espèce a été détruite en Amé- rique, où l’on trouve encore des débris qui prouvent qu ils y ont existé autrefois. Le vaste empire du Mexique leur olFroit assez de hauteurs pour échapper à une inondation aussi peu elevee que celle qu’il faudroit supposer , et le climat y est plus chaud qu il ne faut pour leur tempérament. Les divers mastodontes , \ hippopotame, et le rhinocéros fossile xivoient dans les mêmes pays , dans les mêmes cantons cpe les élé- phans fossiles ^ puisqu’on trouve leurs os dans les mêmes couches et dans le même état. On ne peut pas imaginer une cause qui auioit fait périr les uns en épargnant les autres. Cependant ces premiers animaux n’existent bien certainement plus, et il ne peut y avoir à leur égard aucune contestation , ainsi que nous le montrons a leurs chapitres. 36" 2o4 ÉLÉPHANS FOSSILES. Tout se reunît donc pour faire penser que Y éléphant fossile est, comme eux , d une espece eteinte , quoiqu’il ressemble plus qu’eux à l’une des espèces aujourd’hui existantes, et que son extinction a été produite par une cause subite , par cette même grande catas- trophe qui a détruit les espèces de la même époque et dont nous allons retrouver des preuves dans tous les chapitres suivans. CHAPITRE IL Sur les ossemens de Mastodontes, L’éléphant étant ranimai vivant qui ressemble le plus au masto- donte, et son ostéologie , que j’ai donnée dans le chapitre précédent, devant servir d’objet principal de comparaison pour ce genre, je puis immédiatement passer à l’examen des os fossiles qui appartiennent au chapitre actuel. En effet, j’appelle mastodontes des quadrupèdes de la taille et de la forme de l’éléphant, pourvus comme lui d’une trompe et de longues défenses implantées dans les os incisifs, ayant eu des pieds de la même structure, qui n’en dilFéroient en un mot d’une manière essentielle que par leurs dents molaires , lesquelles au lieu d’être for- mées de lames transversales av oient une couronne simple, maisherissee de tubercules ou de mamelons plus ou moins nombreux, plus ou moins saillans. Nos continens actuels ne nourrissent aujourd’hui aucun animal de ce genre , bien que les couches superficielles recèlent les os de trois ou quatre de ses espèces. 2o6 GRAND PREMIÈRE SECTION. SVR LE GRAND MastODONTE, I^IPRopheMENT NOMMÉ MamMOUTH PAR LES AnGLOIS ET LES HABIT AN s OES Ét4TS-UnIS. Non-seulement c’est ici le plus gros, le plus énorme en apparence de tous les animaux fossiles, c’est encore le premier qui ait con- vaincu les naturalistes qu’il pouvoit y avoir des espèces détruites : la grosseur monstrueuse de ses dents màchelières, les tubérosités for- midables dont elles sont hérissées , ne pouvoient en effet manquer d’attirer l’attention ; et il étoit bien aisé de s’assurer qu’aucun des grands animaux que nous connoissons n’en a de cette forme ni de ce volume. Aussi, quoique Daubento'n ait pensé pendant quelque temps qu’une partie d’entre elles pouvoient appartenir à l’hippopo- tame (i) , il ne tarda pas à l’evenir à une opinion meilleure, et Buffon déclara bientôt que (c tout porte à croire que cette ancienne » espèce , quon doit regarder comme la première et la plus y> grande de tous les animaux terrestres, na subsisté que dans y> les premiers temps , etn est point parvenue jusqu’à nous[‘xy « Neanmoins , il n etendit point son assertion au-delà des grosses dents postérieures, et continua de-regarder les dents moyennes et à demi- usées comme des dents d’hippopotame (3). Il continua aussi à attri- buer a 1 éléphant le gros fémur trouvé dans le même lieu que ces dents, comme le lui avoit attribué Daubenton en 1762 (4), quoique Wdhajn Hunter eut fait voir, dès 1767 (5), qu’il offroit, ainsi que les dents et la mâchoire inférieure, des tlifférences sensibles avec ces mêmes parties dans l’éléphant. (1) Uist. nat. , XII , in-4“- » P- 7^ ■> MCVI, MCVII , MCVIII et MCXIII. (2) Epoques delà nature. (Note 9.) (3) Id., ib. (4) Mém. de V Acad, des Sc. , 1762. (5) Trans.phil., t. LVIII , p. 42. MASTODONTE. 207 Cj6 d6rni6r 3ii3tornist0 doit tombe de son côte d&ns une double erreur qui a influé sur les dénominations impropres appliquées depuis à cet animal. Il avoit imaginé que le mammouth des habitans delà Sibérie, dont il n’ avoit jamais vu d’ûssemens, étoit le même que l’animal de l’Amérique septentrional^ (i) ; et quoic{u’il ait depuis été réfuté par P allas ^ lequel démontra suffisamment, ainsi que nous l’avons vu, que le mammouth est un véritable éléphant, les Auglois et les habitans des États-Unis ont continué de détourner , comme JPil- liain Hunier , la signification de ce mot mammouth et de l’appli- quer à notre mastodonte : en quoi ils ont été suivis par presque tous ceux qui ont parlé de ce dernier animal. L’autre erreur introduite par William Hunier est que ce pré- tendu devoit être, d’après la structure de ses dents, un camwore (a) inconnu. Quoique Camper ait déjà rejeté cette idée (3) , comme elle rendoit encore cet être en quelque sorte plus merveilleux, elle a aussi été adoptée presque généralement, et a procuré au mastodonte la dénomination ài éléphant camwore qui lui convient moins encore, s’il est possible , que celle de mammouth. Depuis lors , les compilateurs ont sans cesse confondu le vrai mammouth de Sibérie, cjui est du genre de \ éléphant^ avec ce prétendu nMinmouth d’Amérique, et il en est résulté les récits les plus embrouillés. C’est ce qui nous détermine aujourd’hui à proposer pour l’animal fossile d’Amérique un nom générique nouveau cjui fasse disparoître ces fausses dénominations de mammouth et éé élé- phant carnwore , lescjuelles ne peuvent donner que des idées con- traires à la réalité. Cette mesure est d’autant plus convenable , que nous verrons bientôt que, d’après les réglés aujourd’hui généralement reçues en zoologie, cet animal doit former un genre particulier qui comprend plusieurs autres espèces. (1) Trans.phiL, loc. dt. p. 38. (2) Ibid., p. 42- (3) 'Nova act. Petrop. , t. I , pl. ii, p. 221. GRAND 2ü8 Nous empruntons le nom de mastodonte de deux mots grecs qui signifient dents mamelonnées^ et qui expriment par conséquent le principal caractère de ce genre (i). Au reste, ce n’est que par une longue suite de travaux, de ré- flexions et de comparaisons qu il a été possible d’arriver aux con^ noissances plus exactes que nous i asseuiRlous aujourd’hui sur son suj'et. Il y a près de cent années qu’on s’en occupe. La première mention qu’on en trouve date de 1712. Le docteur Mathei', dans une lettre au docteur PVoodwardt ( Transact. phiL, t. XXIX, p. 62), annonce des os et des dents d’un volume mons- trueux, découverts en 1 705 à Ibany, dans la Nouvelle- Angleterre, aujourd’hui dans l’Etat AeNew-Yorch , près de la rivière ôl Hudson. Il les croyoit des os de géant, et propres à confirmer ce C£ue dit la Genèse d’anciennes races d’hommes gigantesques. Il paroît néan- moins que cette annonce ne fit pas grand effet, et que l’on oublia encore ces os pendant près de trente ans. En 1789, un officier frauçois nommé Lojigueil, naviguant dans Y Ohio pour se rendre sur le Mississipi, quelques sauvages de sa troupe trouvèrent, à peu de distance de ce fleuve, sur le bord d’un marais, des osj des machelières et des defenses. Cet officier rapporta, l’année d’après, un fémur, une extrémité de défense et trois mâ- chelières , à Paris, où nous les conservons encore. Ce sont les premiers morceaux de cet animal qu’on ait vus en Europe, et c’est d’après le lieu où ils ont été trouvés qu’on lui a donné généralement les noms YY animal, à’ éléphajit qX, de mammouth de Y Ohio , quoi- qu’il y ait de ses os dans bien d’autres endroits, comme nous l’allons voir. IjC fémur et la défense furent déclarés par Daubenton appartenir à Y éléphant , et les machelières, toutes les trois intermédiaires et à six jiointes, à Yldppopotame. « Car on ne peut guère soupçonner {d\o\x- )) toit-ii ) (piiè ces dents aient été tb'ées de la même tête aoeb la )) défense, ou epu elles aient J'ait partie d’un même squelette (1) Mx^rls {mamilla) et itèî (dens). MASTODONTE. ’ » açec le fémur dont il s’agit ici - en le supposant, il faudrait )) aussi supposer un animal inconnu qui auroit des défenses sem- )) blables à celles de l éléphant , et des dents molaires semblables y> à celles de I hippopotame (i). » Il avoit détaillé encore davan- tage les raisons qu’il croyoit avoir de ne point admettre un tel ani- roal dans son Mémoire lu à l’Académie le 28 août 1762. Cependant l’opinion contraire existoit déjà chez plusieurs per- sonnes. Un autre officier françois nommé Fabri avoit annoncé à Buffon , dès 1748, que les sauvages regardoient ces ossemens épars en divers endroits du Canada et de la Louisiane, comme provenant d’un ani- mal particulier qu’ils nommoient le père aux bœufs (2). Les grosses dents à huit et dix pointes , qu’on ne pouvoit raison- nablement confondre avec celles de riiippopotame, étoient déjà connues. Guettard, dans les Mémoires de l’Académie pour 17^2 , en avoit fait graver une , trouvée avec d’autres os dans un marais qui occupoit le fond d’un cul-de-sac, entre deux montagnes, et sans doute l’une de celles qu’avoient rapportées Longue!! et ses compagnons. C’est la première figure appartenant à cette espèce qui ait été publiée. Les Anglois, maîtres reconnus du Canada par la paix de 1768 , ne tardèrent point à donner à ces recherches une nouvelle activité. Le géographe Georges Croghan trouva en 1765 beaucoup de ces os à quatre milles au sud-est des bords de Y Ohio, dans le pays au- jourd’hui nommé Kentuckej, sur un banc élevé, toujours le long d’un grand marais salé, et probablement le même qu’avoient visité les compagnons de Longueil- les dents à tubèrcules et les défenses y étoient pêle-mêle , sans aucune mâchelière d’éléphant : l’idée d’un animal particulier se confirmoit donc de plus en plus. Ce M. Croghan envoya en 1 767 plusieurs caisses de ces morceaux à Londres, soit à lord Shelburne , soit à Franklin, soit à d’autres, (1) Hist. nat. , XI ; Descr. du cah. du roi, MXXXV. (2) Bujf., Epoques de la nat. , note just. 9. T. I. 27 210 GRAND et Collinson en fit*passer une .grosse dent à Buffon (i), et publia sur le tout une notice dans le LVlIe. volume des Transactions. Il attribuoit encore les défenses à l’éléphant. Dans le nombre des pièces envoyées par Croghan, étoit une demi-mâchoire inférieure , aujourdhui déposée au Muséum britan- nique : c’est celle que décrivit William Hunier dans les Tran- sactions philosophiques pour 1 768 (2). 11 s’en servit pour démon- trer que l’animal eu question, tout en différant sensiblement de l’éléphant, n’avoit rien de commun avec fliippopotame , et il lui attribua positivement les défenses trouvées avec ces dents. Mais Buffon ne paroit pas avoir connu ce Mémoire , et n’en fait nulle mention dans ses Époques de la nature , imprimées, comme on sait , en 1 7 7 .5. Buffon y avança le premier que ces mêmes dents à huit et dix pointes se trouvent aussi dans l’ancien Continent. 11 en publia une ,( pl. I et II) que lui avoit donnée le comte de Tergennes en 1770, et qu’on disoit avoir été découverte dans la petite Tartarie en fai- sant un fossé. C’est une des plus grosses que l’on ait jamais eues : elle pèse onze livres quatre onces. Une seconde, tirée du cabinet de l’abbé Chappe., et qu’on supposoit venir de Sibérie, fut représentée pl. III. Nous conservons l’une et l’aiitre dans ce Muséum. P allas annonça la même chose, en 1777, pour les dents à six pointes. Il en fit graver une fort usée des monts Ourals (3). J’ai cru long-temps, d’après .ces trois pièces, que notre grand mas- todonte avoit aussi habité fancien Continent ; mais j’avoue que mes longues rechei-ches ne m’ayant procuré aucun autre morceau qui ne vint pas d’Amérique, j’ai examiné de nouveau la question, et que j ai conçu de grands doutes. L’abbé Chappe avoit été en Cali- fornie, et pouvoit avoir d’ailleurs dans ses collections des morceaux qu’il n’avoit pas recueillis lui-même j je ne trouve nulle part de té- (i; Epoques de la nature , pi- IV et V . (2) Tome LYIII , cité plus haut. (3) Acta Petrop. , part. II , p. 2l3 , tab. IX. MASTODONTE. ail moignage certain qu’il ait rapporté de Sibérie la dent que le cabinet a reçue de lui- Celle que Pallas a fait figurer, bien comparée , res- semblei’oit peut-être autant au mastodonte à dents étroites qu^au grand mastodonte. Enfin qui nous assurera que Vergennes uavoit pas été induit en erreur sur la grande mâchelière qu’il donna à Buffon? Je le répète : je ne prétends pas infirmer entièrement ces trois preuves , mais je commence à ne plus les regarder comme suffi- santes. A cette même époque et dans le même volume de l’Académie de Pétersbourg, potir 17775p. 219, Camper montra, de nouveau que l’animal d’Amérique aux grosses dents tuberculeuses avoit de plus grandes analogies avec l’éléphant qu avec l’iiippopotame , etqitilétoit fort probable qu’il avoit porté une trompe ; que dans aucun cas il ne pouvoir être considéré comme carnivore. C’étoit un pas important de fait dans la connoissance de notre mastodonte 5 mais le grand ana- tomiste à qui on le devoit en fit bientôt un rétrograde. Un morceau considérable du crâne et quelques autres os avoient été trouvés en 1785 par le docteur Brown, et exposés à la curiosité publique dans la galerie de peinture de M. Charles TVdlson Peale, à Philadelphie 5 où ils donnèrent à ce dernier l’idée du beau Muséum. d’Histoire naturelle cju’il a formé depuis (1). M. Michaëlis, professeur à Marpurg , s’étant procuré des dessins de grandeur naturelle de ces os, les fit voir à Camper, et celui-ci prenant la partie du palais où les dents se rapprochent, pour U partie antérieure, regai’da les apophyses ptérygoides comme des os iutermaxillaires , et ne trouva par conséquent aucune place pour les défenses. Il déclara donc en 1788 (iVoF. Act. Petrop. , tome II, p. aSg et suiv.) qu’il s’étoit trompé; que l’animal de l’Ohio avoit le museau pointu et sans défenses; qu’il ne ressembloit pas à l’élé- phant, et que lui-même ne savoit plus que penser de sa vraie nature. Il paroît que M. Michaëlis avoit aussi avancé cette opinion dans (i) Voyez l’Epître de Rembrandt Peaîe à son père, Mammouth, etc. en têle de la Disquisüion on the 312 GRAND deux écrits que je n ai pu rue procurer, mais qui sont insérés dans le Magasin de Gœttingen , pour les sciences et la littérature , IIR année, VI«- cahier, etlV®. année, IR cahier. M. Autenrieth , professeur de Tubingen, ayant eu la complai- sance de m envoyer des copies de ces mêmes dessins, me les ex- pliqua tout autrement et suivant leur véritable situation ^ mais malgré tout mon respect pour les lumières de ce savant, avec lequel je suis lié cl une véritable amitié depuis ma première jeunesse, l’autorité de Pierre Camper étoit faite pour laisser encore des doutes. J e m’adressai au fils de ce célèbre anatomiste , M. Adrien Camper, qui etoit d’autant plus en état d’éclaircir la c|uestion, que son illustre père avoit acc|uis, peu de temps avant sa mort, le morceau même qui avoit servi d’original au dessin , cause de tout l’embarras. Ce savant respectable , que l’histoire naturelle et l’anatomie viennent de perdre, soutint d abord l’opinion de son père avec un zele bien naturel pour la mémoire d’un si grand homme ; mais aprè'S de nouvelles objections de ma part et un nouvel examen de la sienne, il m’écrivit enfin, le i4 juin 1800 : « Le résultat de mes 3) recherches sur l’inconnu de 1 Ohio n’est pas conforme à ce que 3) j en avois promis dans ma precedente j le morceau en question » n est pas le fragment antérieur, mais le postérieur des mâ- )) choires. n Et il me démontra cette proposition par une foule de raisons nouvelles et délicates, fondées sur les connoissances éten- dues d’anatomie comparée qu’il avoit acquises auprès de l’un des plus grands maîtres que cette science ait eus. M. Adrien Camper a rendu compte de cette discussion, dans la Description aizatomique d’un éléphant mâle , par son père, qu’il a publiée en 1802, p. 22. Mais pendant que nous travaillions ainsi en Europe sur quelques fragmens de cet animal, M, Peale continuoit à en recueillir les os, et il avoit été assez heureux pour en obtenir deux squelettes pres- que complets qui ont décidé la question pour toujours. C’est au printemps de 1801 qu’il apprit qu’on venoit de trouver, 1 automne précédent, plusieurs grands ossemens en creusant une I MASTODONTE. 2i3 marnière dans le voisinage de Newburg, sur la rivière d’Hudson, dans l’Etat de New-Yorck et à soixante-sept milles de la capitale. Il s’y rendit aussitôt avec ses fils, et ayant trouvé une partie consi- dérable du squelette chez le fermier qui l’avoit tiré de la terre , il l’acquit et l’envoya à Philadelphie. Il y avoit un crâne très-endom- magé dans sa partie supérieure : la mâchoire inférieure avoit été brisée , les défenses mutilées par la maladresse et la précipitation des ouvriers. 11 fallut attendre la fin de la récolte pour continuer lesjrecherches. On les reprit donc en automne : la fosse fut vidée de l’eau qui s’en étoit emparée j des pompes y furent entretenues pour la débarrasser de celle qui y abondoit à mesure que l’on avançoit; aucuns frais ne furent épargnés ; mais après plusieurs semaines de travail et la découverte de toutes les vertèbres du cou, de plusieurs de celles du dos, des deux^ omoplates, des deux humérus, radius et cubitus, d’un fémur, d’un tibia et d’un péroné, d’un bassin mutilé et de quelques petits os des pieds qui se trouvèrent tous entre 6 et pieds de profondeur , il en manquoit encore plusieurs des plus importans , comme la mâchoire inferieure , etc. Pour tâcher de les obtenir, M. Peale se rendit à onze milles de là, vers un petit marais d’où l’on avoit tiré quelques côtes huit ans auparavant. 11 y fit encore travailler quinze jours, et recueillit di- verses pièces , mais non celles qui lui manquoient. 11 se retiroit, désespérant presque de réussir, lorsqu ayant passé le Wcdlkill, il rencontra un fermier qui avoit trouvé quelques os trois ans auparavant, et qui le conduisit sur le lieu de sa décou- verte. C’ étoit encore un marais à vingt milles à l’ouest de la rivière ^Hudson. Après plusieurs jours d’un nouveau travail, il eut le bonheur d’y déterrer une mâchoire inférieure complète, accompagnée de plu- sieui'S os principaux ; rapportant donc comme en triomphe les précieux fruits de cette pénible campagne de trois mois , il en forma deux squelettes, copiant artificiellement sur les os de 1 un ceux qui manquoient à l’autre, et sur ceux d’un côte ceux qui manquoient au côté oppose. GRAND 214 On peut dire maintenaiit que, d’apres ce travail, l’ostéologie de ce grand animal est entièrement connue, si l’on en excepte seu- lement la partie supérieure du crâne. Le plus complet de ces deux squelettes est placé dans le Muséum de IVI. P ccblc a P hil(td6lphL& ^ 1 autre a. été apporté par l’un de ses fils , M. Rembrandt Peale , à Londres , où on Ta fait voir publi- quement. M. Rembrandt Peale en a donné une description qu’il a bien voulu m’adresser, et dont j’ai tiré le récit précédent des travaux de son père : j’en profiterai encoré beaucoup par la suite (r). On a donné dans divers journaux angloîs, François et allemands, des notices, soit du squelette , soit de ces deux brochures (2); et c’est aussi d’après ce squelette qu’a été fait l’article inséré par M. Domeyer, dans le IV«. tome des Noiweauæ Ecrits de la, So- ciété des Naturalistes de Berlin, in-4®* Enfin, M. A. C. Ronn^ jeune homme plein d’espérance, que son père , célèbre professeur d’Amsterdam , eut , bientôt après , le malheur de perdre, publia en 1810 une dissertation étendue, ac- compagnée d’une tres-belle gravure, du squelette de M. Peale, d’après un dessin fait à Philadelphie par M. Rembrandt Peale (3). A des matériaux si nombreux et si complets, j’ai eu le bonheur d’en pouvoir joindre encore qui me sont propres. J’ai dû à la complaisance de MM. Michaëlis et Wiedemann les mêmes dessins de grandeur naturelle, communiqués autrefois à Pierre Campei'. Je les avois fait graver dans ma première édition ; mais en ayant aujourd’hui de meilleurs de quelques parties, je n’ai conservé que ceux du crâne et de l’humérus, que j’ai même rectifiés d’apres ceux de M. Camper çx d’après les originaux. M. Adrien (1) Account of de Sheleton of the mammouth , etc. , Londres 1802 , in-4°. , et d’une édi- tion fort augmentée; an Historical Disquisition on the mammouth, ih. i8o3. (2) Yoyez Gazette universelie Imêraire de Halle, avril 1804, n“. ni , p. 82; et divers numéros du Magasin de Physique de M. V oigt. Voyez aussi dans le Journal de Physique, ventôse an 10 , p. 200, une notice de Mi J^alenlin. (3) Yerhandeling over de -Mastodonte, of Mammouth van den Ohio, àLüov A--C- Bonn , MASTODONTE. ai5 Camper, devenu propriétaire des pièces d’après lesquelles ces dessins ont été faits, ni en a envoyé les mesures et les descriptions, et depuis j’ai eu occasion d’examiner chez lui les morceaux eux-mèmes. M. Everard Home, célèbre anatomiste angloïs, a bien voulu me faire faire l’esquisse du squelette que l’on montroit à Londres. Pfous possédions depuis long-temps, au cabinet du roi, le fémur rapporté par Longueil} et plusieurs dents 5 plus récemment on y a placé une demi-mâchoire et deux défenses rapportées par M. Legris de BeïLùle * mais l’acquisition la plus importante que le Muséum ait faite en ce genre, c’est le magnifique présent qu’il a reçu de M. Jej- fey^son , et dans lequel on remarque une énorme défense, deux derai-mlclioires inférieures , dont une de jeune âge est du plus grand intérêt pour l’histoire des dents, un tibia, un radius, et presque tous les os du tarse , du métatarse , du carpe et du méta- carpe, ainsi que des phalanges , des côtes et des vertèbres. C’est au moyen de ces divers secours, que je pourrai donner une idée de cet animal extraordinaire 5 mais avant de l’examiner en lui- même , j’ai à faire l’énumération des lieux où Von en a trouvé les restes. D’après tout ce que nous racontent les observateurs, les dépôts d’os de mastodontes, ainsi que d’autres espèces fossiles qui les ac- compagnent d’ordinaire , sont plus généralement dans des endroits marécageux , où il sourd de l’eau salée , qui attire les animaux sau- vages, et surtout les différentes espèces de cerfs, et qui, par cette raison , ont été désignés par le nom aiiglois de Lick. Le plus célèbre de ces dépôts, celui qu’ont visite Longueil, Croglian et tant d autres, celui qui a fait donner au mastodonte le nom ^animal de l’Ohio, porte lui-même celui àe big-bone-strick ^ ou great-bone-lick. 11 est, dans l’Etat de Kentuckey, â la gauche et au sud-est de Y Ohio, à quatre milles du fleuve, trente-six milles aa-dessus de l embouchure de la rivière de Kentuckej {i), presque vis-a-vis (1) Volnej , Tableau du climat et du sol des Etats-Unis d’Améniiue, I , p. loo. 2i6 grand celle de la rivière dite la Grande Miamis. C’est un lieu enfoncé entre des collines, occupé par un marais qu’entretient un filet d’eau salée, et dont le fond est d’une vase noire et puante. Les os se trouvent dans la vase et dans les bords du marais, au plus à quatre pieds de profondeur , suivant le rapport que nous en a fait feu le general Collaud qui avoit ete sur les lieux, et qui, eu fouillant pendant trois jours seulement, avoit recueilli vingt-quatre morceaux. Leur abondance y est étonnante. Déjà Croghan croyoit y avoir vu des restes de plus de trente individus; mais on en a recueilli depuis un bien plus grand nombre. Ils y sont accompagnés d’os de plusieurs autres espèces. M. Turner assure que , des deux côtés du petit ruisseau , se trouvent en quelque sorte des lits entièrement composés d’os de buffles, de cerfs et d’autres petits animaux ; il dit avoir remarqué que ces os sont presque tous fracturés, et il va jusqu’à supposer qu’ils ont été accumulés à cet endroit par les mastodontes qui faisoient leur proie de ces moindres animaux (i). C’est ce lieu que M. Jefferson fit explorer en 1806, ainsi que nous l’avons dit au chapitre des éléphans, et d’où furent tirés les morceaux dont ce grand et savant magistrat a fait présent à notre Muséum. Une partie de ces morceaux est encore enduite de la vase dans laquelle ils étoient enfoncés. Elle est noirâtre et mêlée d’un sable fin. On y distingue quelques débris ligneux. Quand on la traite par l’acide nitrique, elle répand une odeur fétide qui annonce un principe animal. M. Chevreul , qui a bien voulu à ma prière en faire l’examen , y a trouvé sur cent parties environ soixante-quinze parties d’argile, seize de sable et cinq de sulfate de chaux. L’argile retenoit carbonate de chaux et du sulfure de fer; il y avoit aussi quelque peu d oxide de fer. Selon M. Chevreul cette vase ressemble beaucoup à certaines terres tourbeuses de Picardie quel’on emploie àl amélioration des terres. (i) George Turner, Memoir on the extraneous fossils denominated Mammouth bones , Pliilad. 1799. Ce Méraoii'e a été lu à la Société américaine, en juin 1797. MASTODONTE. Cependant il y a <1®® os de mastodonte , non-seulement en d’autres endroits des rives de Y Ohio , mais dans toutes les parties tem- pérées de l’Amérique septentrionale, en quelque direction cju’on la parcoure. On lit dans le Journal de Physique et de Médecine de Phila- delphie, publié par feu le docteur Smith- Barton , lere. partie, p. i54 et suiv. , une relation détaillée de cinq squelettes presque entiers, trouvés en 1762 par des sauvages shawanais , beaucoup plus haut, à trois railles de la rive gauche de l’Ohio; comme à l’ordi- naire, dans un lieu sale et humide, mais à peu près uni jusqu’à une très-grande distance : une mâchelière et un fragment de défense en avoient été portés au fort Pitt. M. le baron de Bock d’Ansbach, dans un Mémoire adressé il y a quelques années à ITnstitut, donne la description d’une dent trouvée sur la rive droite de l’Ohio, entre les deux rivières de Miamis, par M. Craig, major d’artillerie au service des Etats-TJnis. Elle a passé du cabinet de M. Schrniedel, dans celui de M. Ebel à Hanovre ; et c’est la même dont parle Merk (3e. lettre, p. 28, noje). Le même officier avoit rapporté en 1786, des bords de l’Ohio, un tibia, une partie de défense, et une portion de mâchoire avec une molaire, qui ont été dessinéspar le colonel de Brahni, et publiés dans le Cohanhian magazine de Philadelphie, I, p. 103-107, Selon le docteur Mitchill, on en a trouvé, en juillet 1817, dans l’Etat YYIndiana, près de la rivière blanche qui se jette dans XOua- hache, l’un des affluens de la rive droite de XOhio, une mâchoire supérieure large de vingt pouces et demi, longue de vingt-cinq, et dont une mâchelière avoit sept pouces trois cjuarts de long (i). Le général Collaud assuroit en avoir vu près de la rivière des Grands Osages qui se jette dans le Missouri, peu au-dessus de son confluent avec le Mississ/pi. Ils y sont dans des fondrières semblables à celles de Great-bone-lick, (i) Cuvier, Tlieory of tlie Earth , éd. de New-Yorck, 1818, p. 363. T. I. 28 3j8 grand Feu M. Smith 3arton, professeur à Tuniversité de Pensylvanie, et l’un des hommes qui ont le mieux mérité du Nouveau-Monde, en y propageant les connoissances utiles, m’adressa dans le temps une confirmation de ce témoignage. Il m’écrivoit « qu’un voyageur intelligent a vu dans un endroit » particulier, près de la rwière des Indiens Osages , des milliei's » d’ossemens de cet animal , et quily a recueilli, entre autres, )) dix-sept défenses , dont quelques-unes avoient six pieds de long » et un pied de diamètre : mais la plupart de ces os étoient dans » un grand état de décomposition (i). « M. Barton a même eu la complaisance de m’en envoyer une molaire que j’ai placée au cabinet du roi. M. Jefferson, dans ses Obsen’ations sur la Virginie (trad. fr., p. loi), rapporte qu’un M. Stanley, emmené par les sauvages à l’ouest du Missouri, en vit de grands dépôts sur les bords d’une rivière qui couloit elle-même vers l’ouest. Ainsi on pourroit espérer d’en découvrir jusque vers la mer pacifique. On en a trouvé davantage en se rapprochant de la mer atlantique, parce que les pays de ce côté sont plus habités, et que leur sol est plus souvent fouillé. Suivant M. Jefferson, on en a déterré sur la branche de la Ten- nésie , nommée Nord-Holston , derrière les Allegannys de la Caroline, par 36 degrés de latitude nord,’ aussi dans des marais salés. La Tennésie est, comme on sait, un des affluens de la droite de l’Ohio. C’est aussi dans le bassin de l’Ohio, et à son côté droit, dans le comté de TVithe en Virginie , et près du comté de Green-Bryand où se sont trouves les os du mégathérium, que s est faite la de- couverte de l’un des dépôts les plus extraordinaires de notre mas- todonte. M Barton en avoic reçu la relation datée de FVilliamsburg en Virginie, le 6 octobre l8o5, de M. l’évèque Madisson, principal p) Extrait d’une lettre de M. Smith Barton, de Philadelphie, en 1806. MASTODONTE. 2jg du college de GuillM-ime et Marie en Virginie, et Tun des hommes les plus éclairés des Etats-Unis. ]>I. Pichon, mon collègue au conseil d’état, qui étoit alors consul général de France aux Etats-Unis, avoit bien voulu me donner aussi une notice de cette découverte. A cinq pieds et demi sous terre , sur un banc de pierre calcaire , reposoient assez d’os pour cju’on ait espéré d’en pouvoir reconstruire le squelette. Une des dents pesoit dix-sept livres. Mais ce qui rend cette découverte unique parmi les autres, c’est qu’on recueillit au milieu des os une masse à demi-broyée de petites branches , de gramens , de feuilles , parmi lesquelles on crut re- connoître surtout une espèce de roseau encore aujourd’hui commune en Virginie , et que le tout parut enveloppé dans une sorte de sac , que l’on l’egai'da comme l’estomac de l’animal ; en sorte cj[u’on ne douta point que ce ne fussent les matières mêmes que cet individu avoit dévorées. Le fond de toute cette contrée est une pierre calcaire pleine d’impression de coquillages ; les cavernes y donnent beaucoup de nitre, de sulfate de soude et de magnésie. On y a trouvé depuis peu du sulfate de baryte, et il y a différentes sources minérales (i). Il ne manque pas non plus de ces os en deçà des trois grandes chaînes des Allegannis , des North-Mowitains et des Montagnes- Bleiies. Nous avons parlé en détail ci-dessus des deux squelettes rassem- blés par M. Peale en i8oi , près de X Hudson et du FValkill dans XŸA2X àe New-Yorck. Cette contrée paroît être particulièrement abondante en mastodontes. Déjà Silt^anus Miller et le docteur James G. GraJiani en ont parlé dans le IV®. volume du Medical repositoiy. En 1817, au mois de mai, le docteur Mitchill en vit déterre plusieurs os, à Chester, près de Goshen, dans le comté di Orange, dans une petite prairie; ils étoient entourés de fibres végé- tales semblables à de la paille et recouverts de quatre pieds de tourbe. (i) Extrait d’une lettre de M. Smith Barton, datée de Philadelphie le i4 octobi'e i8o5. 28" GRAND 220 Les os étoient mal conservés ; il y en avoit des pieds, de 1 épine 5 on yvoyoit une omoplate, une nnàchoire supérieure et une iule- rieure plus cVà moitié conservée ^ il y avoit aussi des molaires et des dél’enses, dont rune étoit longue de près de neuf pieds (i). . M. Mitcliill donne aussi une molaire à six pointes, déterrée dans le comté de Rockland, du même Etat, près de la ville de Hempstead, à trente-quatre milles de la capitale (2). M. Autenrieth m’écrivoit qu’il y en a dans plusieurs des parties an- térieures de la Pensjlvanie ,• M. MitchiU parle nommément d’un dépôt près çle Becyhrd, dans ce même État. Feu M. Smith Barton m’a écrit dans le temps Cju’on en avoit trouvé dans l’Etat de NefP- Jersey , à cjuinze Aq P hiladelptiie. Il en fut déterré des portions considérables en 1811 , aux bords de la rivière diYorclc, à six milles à l’est de PFilliamshoiirg , en Virginie, Ou y voyoit les os innommés , un fémur , deux vertèbres du dos, deux côtes presque entières, deux défenses assez bien con- servées, sept mâchelières, dont quatre adhérentes encore à leurs alvéoles et paroissaiit de la mâchoire inférieure. Ces os étoient dans un sol marécageux et pénétré des racines de cyprès qui autrefois dévoient avoir crvi. sur ce sol. M. Mitchill rapporte ces faits d’après une lettre de M. l’évêque Madisson que nous avons déjà eu occa- sion de citer (3). M. Tumei' en indique de FFdmington et de Newhern , dans la Caroline du Nord (4)* Je vois par une lettre du gouverneur Drayton ^ écrite de Charles-' Town à sir John Sinclair, dont milord comte de Bûchait a bien voulu me communiquer un extrait, ainsi que par l’ouvrage de cet auteur sur la Caroline du Sud, cju’il y en a aussi, de même que (1) Mitchill Cuvier, Essay on the Theory of the Earth , édit, de New-Yorck, 1818, p. 3^6 et suiv. , et pl. YH et YlH* (2) Ibid. , pl. YI , fig. I et 4- (3) Mitchill, loc. cit., p. 39g; eiMedic. repositorj, t. XY, p. 388. (4) Mémoire cité plus haut, p. 216, note. MASTODONTE. 231 des os àl éléphant ou vrai mammouth , dans les parties méri- dionales de cette pi’ovince. Le savant naturaliste M. Bosc^ mon confrère à l’Académie des Sciences, a été témoin d’une découverte de cinq mâchelières en par- tie décomposées, faite en creusant le canal de Caroline^ à quinze milles de Charles-Town , dans du sable pur, à trois pieds de pro- fondeur. M. Turner parle aussi du même fait. Du temps où M. Jefferson écrivoit, on n’en avoit pas trouvé au-dessous de 36o; mais Charles-Town est au 33^. C’est jusqu’il présent le point le plus méridional où l’on en ait trouvé en deçà des montagnes ; mais en Louisiane on en a décou- vert en trois ou quatre endroits dans les alluvions du Mississipi , à l’ouest de ce fleuve, dans la contrée des Apelouses, qui est par les 3io(i). J’ai vu moi-même et fait dessiner deux énormes mâ- clielières de ce canton qui avoîent été achetées à la Nouvelle-Or- léans par M. Martel, consul de France à la Louisiane. Quant au nord, M. Smith Barton m’écrivoit que l’on n’en avoit point déterré plus haut que vers le 4^®. degré du côté du lac Ené. Je n’en ai vu encore aucun morceau de l’Amérique méridionale : toutes les dents apportées du Pérou par Dornhey et M. de Hum- boldt, ainsi que de Tierra firme par ce dernier, sont d’une autre espèce , cjuoique du même genre , ainsi que nous le verrons bientôt. Je soupçonne bien que celles du Brésil et de Lima, mention- nées par VEilliam Hunter {Transactions philosophiques , LVIII, p. 4o ) 5 dans le même cas. Ainsi, autant qu’on le sait jusqu’à présent, les os de ce grand animal, très-communs dans l’Amérique septentrionale, sont rares partout ailleurs, si même il en existe ailleurs; mais partout où on les trouve , ils ne sont qu’à peu de profondeur, et cependant en gé- néral ils ne sont pas beaucoup décomposés. Ils ne sont pas non plus roulés, et offrent, comme presque tous (i) mil Dunbar, Trans. de la Soc. ainéric. , t. VI, p- 4°: Martin Duralde , ib-, page 55. 222 GRAND les os fossiles, la preuve qu’ils sont restés aux lieux où ou les trouve, à peu près depuis l’époque de la mort de l’animal. Ceux de la rivière des Grands Osages, dont j’ai parlé ci-dessus, avoient quelque chose de particulier dans leur position : c’est qu’ils étoient presque tous dans une situation verticale , comme si les ani- maux s’étoient simplement enfoncés dans la vase. Les substances ferrugineuses dont ils sont teints ou pénétrés sont la principale preuve de leur long séjour dans l’intérieur de la terre. Des indices d’un séjour ou d’un passage de la mer sur eux paroissent être plus rares que dans les os d’éléphans. Je n’ai point vu de restes de coquilles 0|i de zoophytes sur les os de grands mastodontes que j’ai examinés, et je ne trouve dans aucune relation qu’il y en ait eu dans les lits d’où ils ont été tirés \ circonstance d’autant plus singulière, qu’on devroit être tenté de considérer ces marais salans où l’on en trouve le plus, comme les restes d’un liquide plus étendu qui auroit détruit ces animaux. M. Barton pense que ces eaux salées .ont contribué à la belle conservation de cette sorte de fossiles. Il a même recueilli dans la lettre qu’il a bien voulu m écrire à ce sujet, deux témoignages qui paroissent prouver qu on en a de temps en temps déterré des parties molles encore reconnoissables j ce qui, à cause de la chaleur du climat, est beaucoup plus étonnant que pour les mammouths ou vrais eléphans fossiles et les rhmocéros de \2l Sibérie. Les sauvages qui eu virent cinq squelettes en 1762 , rapportèrent c|uune des têtes avoit encore (c un long nez, sous lequel étoit la )) bouche. )) M. Barton pense que ce long nez n’étoit autre chose que la trompe. Kalm , en parlant d un grand squelette qu’il croyoit d’élephant, selon les idees de son temps , et qui fut découvert par les sauvages dans un marais du pays des Illinois , dit que la {{ fojme du bec )) étoit encore reconnoissable , quoique à moitié décomposée. » 11 y a grande apparence , à ce cjue croit M. Barton , qu’il s’agit encore ici au moins de la racine de la trompe. Ces deux faits rendroient assez vraisemblable l’opinion que les V MASTODONTE. 228 parties de plantes triturées, trouvées auprès du squelette du comté de Wythe, étoient en effet les matières qui remplissoient l’estomac de l’individu dont ce squelette prpvenoit. On montroitjil y a quelques années, à Paris, une pièce qui, si elle étoit suffisamment authentique, confirmeroit toutes les autres et feroit presque douter que l’espèce fût éteinte. C’est une semelle avec ses cinq ongles. Le propriétaire assuroit la tenir d’un Mexicain, qui lui avoit dit l’avoir achetée k des sauvages de l’ouest du Missouri, lesquels l’avoient trouvée dans une caverne avec une dent. Mais cette semelle étoit si fraîche 5 elle paroissoit si manifestement avoir été enlevée au pied avec un instrument tranchant 5 enfin elle étoit si parfaitement semblable à celle d’un éléphant, que je n’ai pu m’empêcher de soupçonner quelque fraude, au moins dans le récit du Mexicain. Ou imagine aisément qu’il n’a pas manqué d’hypothèses sur l’origine de ces os, ou sur les causes de la destruction des animaux qui les ont prod uits. Les sauvages Shapanais croient qu’il existoit avec ces animaux des hommes d’une taille proportionnée à la leur, et que le grand être fou- droya les uns et les autres (i). Ceux de irglnie disent qu’une troupe de ces terribles quadru- pèdes, détruisant les daims, les buffles et les autres animaux créés pour l’usage des Indiens, le grand homme d’en haut avoit pris son tonnerre et les avoit foudroyés tous, excepté le plus gros mâle, qui présentant sa tête aux foudres, les secouoit k mesure qu’ils tom- boient, mais qui ayant été k la fin blessé j)ar le côté, se mit k fuir vers les grands lacs, où il se tient jusqu’à ce jour (2). De pareils contes prouvent suffisamment que ces Indiens n’ont aucune connoissance de l’existence actuelle de l’espèce dans les pays qu’ils parcourent. Lamanoji^ après beaucoup d’autres, supposoit quec’étoit quelque (1) fiarton, Journal cité, p. 157. (2) JeJJerson, Notes sur la Yirg. , trad. fr. , p. gg. GRAND 224 cétacé incouuu \ mais c’est qu’il n’en avoit vu que les dents , et qu’il ne savoit point que la forme de ses pieds réfute cette conjecture. Un certain M. de la Coudrenière ayant trouvé dans une relation du Groenland, que les sauvages de ce pays prétendent avoir un animal noir et velu, de la forme d un ours, et de six brasses de haut, en dérivoit non-seulement le mastodonte^ mais encore X éléphant fossile ou mammouth, qu’il coiifoiidoit avec lui(i). C’est probablement aussi cette confusion des deux espèces qui aura fait penser à M. Jefferson que le centre de la zone glaciale est le lieu où le mammouth arripe à toute sa force , comme les pays situés sous V équateur sont les lieux de la terre les plus propres à nourrir V éléphant (2). Laissant là ces idées hypothétiques, nous passerons à l’examen des os du mastodonte , et comme à notre ordinaire nous le commencerons par les dents. lo. Les mâchelières. Nous avons à en déterminer d’abord la forme ,\q% différences , les successions et le nombre. La forme est ce qui a le plus frappé en elles. Leur couronne est en général plus ou moins approchante de la figure rectangulaire. Elle n’a que deux substances : la substance intérieure dite osseuse ou plus exactement ivoire , et l’émail. Celui-ci est très-épais ; il ii’y a point de cette troisième substance si remarquable dans l’éléphant et que 1 on a nommée cément ou cortical. Cette couronne est divisée par des sillons ou espèces de vallées treS“OUvertes en un certain nombre de collines transversales et chaque colline est divisée elle-même par une échancrure en deux grosses pointes obtuses et irrégulièrement conformées en pyramides quadran- gulaires un peu arrondies. (1) Journal de Physique , t. XIX, p. 363. (2) Jefferson, ubi sup., p. io6. MASTODONTE. 225 Cette couronne, tant quelle n a pas été usée, est donc hérissée de grosses pointes disposées par paires. ^ ^ ^ Il y a déjà bien loin de là aux dents des carnivores, c[ui n offrent qu’un tranchant principal et longitudinal, divisé en dentelures comme celui d’une scie. A.U fond même , il n’y a qu une différence de proportion entre ces collines transverses divisées en deux pointes , et les petits murs transverses à tranchant divisé en plusieurs tubercules des dents de l’éléphant. Ceux-ci forment seulement des collines plus nombreuses, plus élevées, phis minces, séparées par des vallons plus étroits , plus profonds ; mais une différence tout-à-fait essentielle, c’est que dans l’éléphant ces vallons sont entièrement combles par le cor- tical , tandis que dans le mastodonte ils ne sont remplis par rien ; il arrive de là que la couronne de 1 elephcnit devient plate de ti es- bonne heure par la détrition, et demeure néanmoins toujours sil- lonnée transversalement, tandis que celle à\\ mastodonte est long- temps mamelonnée ; que la détrition ny produit daboid que des troncatures en foimie de losanges à ses collines ^ et que , lorsqu elle est devenue plate par la détrition entière des collines, sa surface est aussi toute unie, ou même uniformément concave (i ). Le mastodonte devoit donc faire de ses dents le même usage (^ue le cochon et \ hippopotame ^ qui ont les memes caractères que lui a leurs dents. Il devoit surtout s’attacher aux végétaux tendres, aux racines , aux plantes aquatiques ; mais il ne faisoit point sa nourriture d’une proie vivante. C’est ce régime végétal qui usoit ses dents, et qui a fait que 1 on en trouve , comme nous venons de le dire , dont les pointes sont émoussées ; d’autres où elles sont usées jusqu’à la base des pyra- (i) M. Tilesius paroît n’avoir pas compris toute l’importance de ces différences , e^tlm ^ fluence qu’elles dévoient avoir sur le genre de vie des deux animaux, * ® rouve étrange que je m’en servisse pour faire du mastodonte un genie pa g oioit apparemment aussi que dans plusieurs familles on ne peut établir de bons genres que sur la structure des molaires. Voyez Mém. de VAcad. de Pétersb- , V, i8t5, p. 475 et 476. T. I. ^9 / J 226 GRAND mides; d’autres, enfin, où toutes ces bases sont réunies en une seule surface de substance osseuse entourée d’émail. Comme les pointes sont en pyramides à peu près quadrangnlaires, la coupe de chacune d elles, a un certain degré de profondeur, re- présente un losange. Les dents à demi usées offrent donc sur leur couronne des rangées transversales , de deux losanges chacune. Les racines de ces dents ne se forment, comme toutes les autres, qu’aprèsla couronne. On ne les trouve complètes C[ue dans des dents déjà au moins un peu usées. L’émail étant très-épais, le collet de la dent est très-renflé. On distingue les racines de ce mastodonte à des lignes transverses enfoncées, signes très-marqués des accroissemens successifs. I^es différences des dents dn mastodonte^ entre elles, consistent surtout dans le nombre des pointes, et dans le rapport de la longueur à la largeur. J’en connois de trois sortes'; De presque carrées, a trois paires de pointes. De l’ectangulaires, à quatre paires de pointes; D’autres, encore plus longues, un peu rétrécies en arrière, à cinq paires de pointes, et un talon impair. Les premières sont généralement celles qu’on trouve le plus usées. J’en connois beaucoup cjui le sont à moitié, et quelques-unes c[ui le sont jusqu’au collet. Les dernières, au contraire, sont très-rarement usées, et ont presque toujours au moins leurs dernières pointes entières. Cette circonstance indiqueroit déjà leur position. Les dents à six pointes sont anterieures et paroissent les premières ; celles à huit et à dix viennent après elles, et sont situées derrière. L’observation directe confirme cette induction. Dans les mâchoires inférieures adultes, on trouve une mâchelière à dix pointes en arrière, et une a six en avant. C’est ce que l’on peut voir dans l’échantillon donné à notre Mu- séum par M. Jefferson, et représenté pl. III, fig. i et 2. L’arrière- MASTODONTE. 227 molaire à dix pointes y est très -peu usée 5 ses premières pointes seulement sont entamées; la molaire à six pointes , placée en avant, a au contraiie toutes ses pointes plus ou moins émoussées. La mâchoire rapportée par M. Legris-Belle-Isle , et représentée pl. IV, fig. I et 2 , est d’un individu plus âgé ; toutes les pointes de l’arrière-molaire y sont usées; mais aussi la molaire à six pointes y est tombée , et son alvéole commence déjà à se remplir. Nous constatons en même temps, par ces deux pièces, que les • molaires à huit pointes ne sont pas de la mâchoire inférieure; autre- ment elles seroient placées entre les deux dont nous venons de parler, ce qui n’est pas. De là nous devions conclure quelles appartiennent à la mâchoire opposée. C est en effet ce que nous prouve un fragment de cette mâchoire, aussi envoyé par M. Jejferson, et que nous donnons pl. II, fig. 4- On y voit en place une molaire à huit pointes telles que celles que nous avons décrites détachées. Il est certain d’ailleurs, par les fragmens de M. Michaelis ^ pl. II, fig. 2 , 3 et 5 , et par le crâne du squelette de M. Peale , qu’en avant de la dent, h huit pointes de la mâchoire supérieure, il y en a une à six pointes a peu près pareille à celle de la mâchoire inférieure. La disposition des mâchelières de l’adulte est donc qu’il en a quatre h chaque mâchoire, savoir : deux à six pointes et deux à huit pointes en haut ; deux à six pointes et deux à dix pointes en bas. Les arrière-molaires, soit à huit, soit à dix pointes, ont en outre un petit talon plus ou moins irrégulier, et qui a induit en erreur quelques dessinateurs, au point de le représenter comme si c’étoit une paire de pointes de plus. D’autres dessinateurs, au contraire, ont quek|uefois rendu la dernière paire de véritables pointes, lors- qu’elle étoit un peu plus petite qu’à l’ordinaire , comme si ce n’étoit c[u un léger talon (i). Ces inexactitudes de certaines figures m’avoient (i) Ainsi dans la gravure de la mâchoire inférieure du Muséum britannique ( T-rans. phi. fX. LYin, P- 34 ) , la cinquième paire de pointes n’est jjas assez marquée. En revanche talon l’est trop , dans la dent de la mâchoire supérieure du squelette de Peale., donné par Sonn, si toutefois ce n’est pas une dent postiche que l’on a rattachée au crâne. m8 gband fait croire, lors de ma première édition, qn’il pouvoit y avoir des mâchelières à huit pointes en bas , entre celles à six et celles à dix ; mais l’observation m’a détrompé. D’après cette différence des arrière-molaires supérieures et infé- rieures, on voit quelles ont entre elles, dans le mastodonte, des rapports semblables à ceux que Ion observe dans 1 hippopotame, où la dernière molaire d’en bas est aussi un peu plus compliquée, et a une pointe de plus que la derniere d en haut. Mais, outre ces huit molaires qui restent dans l’adulte, il y en a d’autres placées au-devant de celles-là dans les jeunes individus , et qui tombent successivement. La jeune mâchoire donnée à notre cabinet par M. Jejfej'son , et représentée ph III, bg* 3 et 4, en est la preuve 5 elle a, tout-à-fait en arrière, un reste de grande cellule qui devoit contenir un germe d’une grande molaire dont nous ignorons le nombre de pointes, attendu quelle est perdue, mais qui étoit probablement cette mo- laire à dix pointes que nous voyons dans les mâchoires adultes. En avant de cette cellule est une dent sortie de l’alvéole, mais qui ne l’étoit pas de la gencive, puisque ses collines sont encore parfaitement intactes; il y en a six paires. En avant encoi’e, est une molaire aussi à six pointes, mais déjà un peu usée ; et tout-à-fait vers le devant de la mâchoire , on voit des restes d’alvéole qui annoncent qu’il étoit déjà tombé une dent. Celle-ci étoit-elle aussi à six pointes, ou n’en avoit-elle que quatre? C’est ce qu’il ne sera possible de décider que lorsqu on aura trouve des mâchoires encore plus jeunes que celle dont nous venons de parler. Ce qui est toujours constant, d’après cette jeune mâchoire, c’est que le grand mastodonte avoit successivement au moins quatre mo- laires à chaque côté de sa mâchoire inférieure ; et comme il n’y a pas de raison de croire qu’il ne s’en soit trouvé autant à la supérieure, on doit penser qu’il en avoit au moins seize en tout. Mais, comme dans ï éléphant^ ces dents ne sont jamais toutes ensemble dans la bouche. MASTODONTE. 229 Leur succession se fait, comme dans \ éléphant, d’avant en arrière. Quand celle de derrière commence à percer la gencive, celle de devant est usée et prête à tomber. Elles se remplacent ainsi 1 une après l’autre. Il ne paroît pas qu’il puisse y en avoir plus de deux à la fois de chaque côté en plein exercice 5 à la fin même il n y en a plus qu’une , comme dans X éléphant. Dans la mâchoire inférieure de la pl. IV, fig. I et 2, où la dent à dix pointes est déjà un peu usée on ne voit plus en avant qu’un reste d’alvéole à demi rempli. Mais on voit encore une dent à six pointes et une à huit, dans le crâne de la pl- II 5 une dent à six pointes et une à dix, dans la mâchoire inférieure de la pl. III, fig- i et 2. Ainsi , le nombre des machelieres qui peuvent agir en- semble est de huit dans la jeunesse, et de quatre seulement à la fin de la vie. Ce résultat diminue déjà beaucoup les idées que s’étoient faites de la taille du mastodonte, ceux qui lui supposoient un nombre de dents mâchelières approchant du nôtre, et c{ui les croyoient toutes égales aux plus grandes. Buffon , par exemple, dit : c( La forme )) carrée de ces énormes dents mâchelières prouve qu elles étoient » en nombre dans la mâchoire de V animal, et quand on n y en )) supposeroit que six ou même quatre de chaque coté, on peut )) juge?' de V énormité d’une tête qui aiiroit au moins seize dents )) mâchelièxes pesant chacune dix ou onze lucres. » (^Epoques de la nature. Note justif. 9.) C’est d’après cette idée qu’il supposoit cet animal d une grandeur beaucoup supérieure à celle des plus grands éléphans; tandis que nous verrons qu’il n’y a point encore de preuve qu’il ait atteint î2 pieds de hauteur, et que, selon Buffon lui-même, les éléphans des Indes en ont c[uelquefois jusqu’à i5 ou 16. Entrons maintenant dans un plus grand détail à l’égard de ces dents et de leurs variations. Notre pl. I en représente , à demi-grandeur , quatre «- e i erentes sortes et en difiérens états. Commençons par celles à six pointes. ^ GRAND 23o Fig. 5 en est une à six pointes à demi-usée : elle est copiée d’après un dessin qu’a bien voulu m’envoyer M. Blumenhach. Nous en avons, depuis long-temps, au Muséum trois pareilles, anciennement rapportées par Fabn. Ce sont elles que Daubefiton nat.^ XII, no. iio6, 1107, 1108), et Buffbn (^Epoques de la nature , pl. V) ont prises pour des dents d hippopotames gigan- tesques ,• mais elles sont faciles à distinguer des dents ^hippopo- tames, par ces losanges , dont notre figure donne une idée fort juste, et qui dilfèrent beaucoup des trèjles de \ hippopotame ; d’ailleurs Y hippopotame n’a jamais que cjuatre trèfles et non pas six. Cette figure a six losanges resuite d’une détrition moyennej quand la détrition 11’ est pas aussi avancée, il n’y a que de légères tronca- tures, et lorsque la dent n’étoit pas encore sortie de la gencive, la couronne piesente seulement trois collines crenelees, un peu en- foncées dans leur milieu. Nous possédons maintenant, par la générosité de M. Jefferson , deux de ces germes nullement entamés, dont un tient encore à la mâchoire. Voyez pl. III, fig. 3 et 4- Celui qui est détaché a 0,1 de long, et o,o65 de large. Au contraire, quand la détrition va plus loin, comme dans la dent de Pallas, act. petrop., i777j He. partie, planche IX, fig. 4, les losanges s’unissent deux à deux en bandes transversales. Enfin la détrition arrive jusqu’à réunir ces bandes elles-mêmes ensemble , et en forme alors un seul disque irrégulier de matière osseuse, comme à la dent de notre pl. ly ^ fig. 4^ qui a été rapportée par M. Begris de BeUisLe. Elle est longue de 0,1 1 , et large de 0,08. Les dents à six pointes, ou a six losanges, varient eu longueur de 0,095 a 0,12 , et ce ne sont pas toujours les plus longues cjui sont les plus larges, en sorte cju il y en a de plus ou moins carrées. Une différence qui ir’est pas moins essentielle, c’est que les col- lines transversales sont plus obliques dans celles C£ui sont à propor- tion plus étroites, et plus à angle droit dans celles qui sont plus carrées. Les échantillons que nous avons vus en place à des mâchoires MASTODONTE. ^Sl Inférieures étant tous de l’espece pins oblique, nous avons lieu de croire que ce sont les dents supérieures qui sont plus carrées et ont les collines plus transverses. Cela est d’autant plus probable que la même différence de direction des collines a lieu pour les arrière- molaires. Les deux dents anciennement rapportées par Longueü, et dont l’une est représentée par Bujfon , suppl., tom. V, pl. V, étoient de cette sorte carrée et bien transverse. L’une d’elles a 0,12 de long sur 0,09 de large, l’autre 0,11 sur o,o85. Les dents à six pointes obliques diffèrent elles-mêmes en gran- deur et en largeur relative. La jeune mâchoire, lig. 3 et 4? ph HI, nous apprend que les plus petites, cjui sont aussi les plus étroites, sont placées avant les autres. En effet, la dent postérieure y a 0,095 sur 0,066, et l’antérieure 0,08 sur o,o55. Passons maintenant aux dents à dix pointes, et rétrécies en arrière c’est-à-dire, aux arrière-molaires inférieures. Elles varient par les degrés de détrition , presque autant que celles à six pointes. Leur grandeur est vraiment faite pour surprendre. Celle du ca- binet à’]£hel, cj^u’a décrite le baron de Bock, et qui est à demi-usée, est longue de 0,237. Nous en avons une, au cabinet du roi, donnée par M. le duc de plaisance , encore intacte dans ses pointes, et longue de o,23o sur 0,1 1 de large. Nous la représentons pl. I, fig. 2. Une autre , donnée par M. Dicfrène et également intacte, a 0,225 de long sur 0,1 de large. Celle de nos fig. i et 3, rpii est déjà en partie usée, a été dans les cabinets de Jouhert et de M. de Drée. Elle est longue de 0,2, large de 0,095, haute avec ses racines de 0,18, et du poids de 8 liv. 12 onces. Celle de la mâchoire adulte, donnée par M. Jefferson,Y>^- ïff» fig. I et 2 , est à peine entamée. Sa longueur est de 0,182 , sa largeur de 0,095. J’en ai vu une , rapportée de la Nouvelle-Orléans, dans un état de détrition intermédiaire, et longue de 0,182, et une autre du même 232 GRAND pays, encore intacte, longue de o,i8. Toutes celles— la avoient un talon encore assez marqué. Il y en a où le talon est réduit à un léger tubercule , ou même presque à i-ien. Telle en est une que m’avoit donnée feu le docteur 'Barton, et que j’ai déposée au cabinet du roi. Elle est remarquable par sa blancheur, et un peu usée seulement de ses trois paires de pointes antérieures. Sa longueur est de o,i8, sa largeur de 0,102, Il y a même de ces dents, rétrécies en arrière, et d’ailleurs entiè- rement semblables aux précédentes , où les deux dernières pointes se confondent presque en une seule, eu sorte qu’on peut dire qu’ elles n’ont que huit pointes et un fort talon. Je ne crois pas, cependant, qu’on doive leur assigner une place particulière dans les mâchoires, encore moins les atti’ibuer à une autre espèce. Les unes sont à peu près aussi grandes que les plus ordinaires. Telle est celle de la fig. 4 de notre pl. I, qui m’a été communiquée par feu M. Tojinelier. Elle est longue de 0,17, large de 0,08. Ses pointes commencent à s’entamer. Nous en avons deux pareilles de M. J ^erson , dont 1 une a une teinte bronzée. Leur longueur est de 0,18, et de 0,17 5 elles sont larges de OjOqS. D’autres sont un peu plus petites, mais pas assez différentes pour qu’on puisse les regarder comme venant d’une autre espèce. De ce nombre est celle qui fut donnée à Bitffon par l’abbé Chappe , et représentée, hist. nat. , suppl., tom. V , pl. III» fig» i et 2. Sa longueur n’est c[ue de o,i65, sa largeur de 0,090. Les arrière-molaires supérieures , dont le caractère est détermine par celles que nous représentons encore adhérentes à l’os maxillaire , pl. II, fig. 2, 4 tne paroissent différer des inférieures, outre le nombre de leurs pointes, parce qu’elles sont un peu moins longues à proportion , moins rétrécies en arrière , et parce que leurs collines , comme celles des supérieures à six pointes , sont plus constamment à angle droit. L’échantillon que nous venons de citer est long de o, 1 5, et large de o,ogS. Le talon de ces arrière-molaires supérieures se réduit quelquefois presque à rien. MASTODONTE. 233 C’est à cette sorte , presque sans talon , qu’on doit rapporter la dent que J'^ergeimes avoit donnée à Buffbn^ et qui est représentée, hist. nat. , suppl. , tom. V, pl. I et IL Elle tient aussi à quelque reste d’alvéole. Sa longueur est de 0,195, sa largeur de 0,12. 20, La mâchoire inférieure. Est la partie qu’on a connue le plus tôt après les dents molaires. La moitié, représentée Trans. phil., LVIII, en donnoit une idée suffisante. On y voyoit déjà, 10. que cet animal, comme l’éléphant et le morse, ri’avoit en bas ni incisives ni canines; 20. que sa mâchoire inférieure se termine en avant , encore comme dans l’éléphant et le morse, en pointe creusée d’une espèce de canal; 3o. que l’angle postérieur, quoique obtus, y est prononcé, et non pas arrondi cir- culairement comme il l’est dans l’éléphant. Le condyle, partie la plus caractéristique de la mâchoire infé- rieure , y étoit mutilé ; mais on peut en prendre une idée dans la fig. 6 de notre pl. III, que je dois à l’obligeance de M. Rembj'andt Peale. La mâchoire du mastodonte y est vue par devant , et peut être com- parée à celle de l’éléphant de la fig. 7. On y voit que le condyle diffère peu de celui de l’éléphant; ce qui se joint aux formes des dents , pour montrer que l’animal n’est point carnivore. Toute la partie montante est moins haute à proportion ; et l’apophyse coro- noïde s élève au niveau du condyle , tandis qu’elle est beaucoup plus basse dans l’élephant. La partie longitudinale est moins élevée à proportion de sa longueur , mais tout aussi bombée , surtout en arrière. La mâchoire inférieure du squelette de M. Peale est longue de 2 10 angl. ou 0,86, et pèse 63 livres. Notre moitié mutilée (pl. IV) a, de sa pointe jusqu’à c|uelque distance derrière la molaire (de a eu ô, fig. i et 2), 0,54, ce qui fait juger qu’entière elle anroit été un peu plus grande. La hauteur de sa partie dentaire T. L 3o a34 GRAND est de 0,173, et son épaisseui’ de 0,11 4* Elle pèse vingt -six livres trois onces. Celle d’un éléphant de 8' n’a que o,65 de long. Mais pour bien connoître la partie antérieure de cette mâchoire , il faut consulter notre fig. 5 , pl. III, cjui est copiée de M. Mitchill. On y voit que la pointe en est plus rétrécie et plus prolongée en avant qu’elle ne paroit dans nos autres échantillons, lesquels sont mutilés dans cette partie fragile 5 ce caractère peut aisément faire distinguer une mâchoire de mastodonte, même quand les dents n’y sont plus , de celles de 1 éléphant fossile. 3°. Le crâne. On en a connu d’abord, par les descriptions .de Michaelis et de Camper, le propre fragment représenté dans notre pl. II, fig. i, a et 5, avec lequel correspond le morceau de la figure 3, qui a dû. tenir au premier, de manière que a, fig. 3, touchoit a' b', fig. 2; et que la dent A , fig. 3 , se trouvoit être la congénère de la dent A', fig. 2. Ainsi B est l’apophyse malaire de l’os maxillaire ; CC, les apophyses ptérygoïdes des os palatins; D, le bord postérieur du palais 5 E, E, la suture qui séparé les os palatins des maxillaires, etc. Nous avons vu que M.icliaèlis et Camper av oient considéré ce morceau dans un sens inverse; qu’ils prenoient l’extrémité postérieure pour l’antérieure, et les os palatins pour les intermaxillaires. 11 y avoit cependant dès lors des raisons suffisantes à alléguer contre leur opinion. jo. Les raâchelières antérieures auroient été plus grandes que les postérieures, au contraire de tous les herbivores, et même de la mâ- choire inférieure de cet animal-ci. 2°. Elles auroient été moins usées, chose non moins contraire à l’analogie et même au raisonnement. 3o. 11 n’y auroit point eu de trou incisif, etc. Voilà une partie de ce que j’alléguai à M. Adrien Camper, et ce qui le détermina à faire un nouvel examen de ce morceau ; examen MASTODONTE. a35 d’où il résulta de nouvelles lumières qui achevèrent de convaincre mon savant ami. lo. En nettoyant le morceau de l’argile durcie qui le recouvroit encore, il mit au j our les sutures palatines qui av oient échappé à son père. 2». Il découvrit les trous spliéno-palatins F, F, fig. i , et la di- ^vision de leur canal dans les trous G, H, etc. , fig. 2, pour la conduite du nerf au palais, etc. Il étoit impossible que de pareils Indices fussent trompeurs ; aussi la découverte d’un crâne avec son museau, faite par M. Peale , vint- elle bientôt confirmer ce que nous avions reconnu. Mais ce premier morceau nous indiquoitdéjà àlui seul les caractères suivans pour le mastodonte. lo. Ses màchelières divergent en avant , tandis c[ue celles des éléphajis ordinaires convergent plus OU moins, et que celles de 1 élé- phant J^ossile ou vrai mammoutJz des Russes sont presque paral- lèles. 11 n’y a que le cochon et \ hippopotame qui se rapprochent un peu du mastodojite à cet égard. 2». Son palais osseux s’étend fort au-delà de la dernière dent : \q phacochœre ou sanglier diÉthiopie seul en approche à cet égard parmi les herbivores. 30. Les apophyses ptérygoïdes de ses os palatins ont une grosseur sans exemple parmi les cjuadrupèdes. 40. L’échancrure au-devant de cette apophyse a quelque rapport avec celle de Y hippopotame , qui est pourtant beaucoup plus étroite, etc. Le crâne plus complet de M. Peale nous donne encore quelques autres caractères. M. Rembrandt Peale nous dit qu’on ne voit point de trace d’orbite à la partie antérieure de l’arcade 5 ce qui doit avoir placé 1 œil beaucoup plus haut que dans Y éléphant. 6®. Les os maxillaires, ainsi qu’on peut le voir par P • i fig. I , ont beaucoup moins d’élévation verticale cjue dans 1 éléphant, et ressemblent davantage aux animaux ordinaires. 30=^ 236 GRAND 7". Par la même raison, l’arcade zygomatique est moins élevée, surtout en arrière ; ce qui correspond d’ailleurs avec la forme de la mâchoire inférieure. La position de l’oreille dépend de celle de l’arcade. 8®. Cette proportion influe beaucoup sur la position des condyles occipitaux , si élevés dans X éléphant au-dessus du niveau du palais, et presque à ce niveau dans le mastodonte, 90. Mais pour ce qui regarde les grandes cellules cjui donnent tant d’épaisseur au crâne de X éléphant, en écartant ses deux lames, et qui sont toutes des prolongemens des différens sinus du nez, le mastodonte paroît les avoir absolument semblables. C’est ce que montrent toutes les figures de notre pl. IL Il est impossible de savoir précisément à quelle hauteur s’élevoit le sommet de la tête , puisque cette partie manque au crâne de M. Peale. Mah sa pesanteur, celle des mâchelières, et plus encore celle des défenses, ne permettent pas de douter que l’occiput ne fût très-élevé po ur donner des attachessulSsantes aux muscles releveursj par conséquent le mastodonte devoit encore a cet egard ressembler beaucoup à X éléphant. M. Peale n’a pas donné la longueur du crâne de son squelette ; mais, à en juger par les figures, elle doit être à peu près de i,i36. La portion qui est au cabinet de M. Camper (pl. II) a i8"angl. ou 0,455, depuis le devant de la dent à six pointes, jusqu’au bord postérieur des apophyses ptérygoïdes. En calculant sa longueur to- tale d’après la proportion indic[uée par les figures de M. Peale, elle seroit de 0,9 1 . T je mastodonte de M. Peale , supposé haut de dix pieds , cette portion de tète auroit donc appartenu à un individu de huit. Un éléphant àe huit pieds n’a que 0,8 du bord alvéolaire aux condyles occipitaux. Ainsi la à.\x mastodo7ite est un peu plus longue, à proportion de la hauteur du corps, que celle de X éléphant, 4®. Les déjenses. Le devant de la mâchoire inférieure , dépourvu de dents et rétréci. MASTODONTE. 287 incliquoit bien qu’il devoit y avoir à la supérieure quelques dents sortant de la bouche, comme à X éléphant ou au morse. Les défenses qui se trouvent assez fréquemment avec les mâchelières de mastodonte le conflrmoient : ce fut d’abord l’opinion de Camper, avant qu il eût donné dans l’erreur que nous vénons de réfuter. A la rigueur, cependant, il étoit possible que les défenses vinssent d’un autre animal que les dents hérissées de pointes, et Daubenton l’avoit conjecturé ainsi. Les raisons pour soutenir cette opinion auroient augmenté, lorsqu’on reconnut pour certain qu il se trouve dans les mêmes lieux de véri- tables molaires d’éléphans. C’est donc M. Peale qui a le premier véritablement prouvé que le mastodonte avoit des défenses, en découvrant un crâne encore pourvu de leurs alvéoles, et qui conservoit ses molaires. Elles sont implantées dans l’os incisif, comme celles des éléphans. Elles sont composées , comme ces dernières , d’un ivoire dont le grain présente des losanges curvilignes : il doit être à peu près im- possible de distinguer une tranche d’ivoire d’eZe^/z«7Z^, d’une d’ivoire de mastodonte. C’est là du moins ce que j’observe sur une défense de cette der- nière espèce que j’ai sous les yeux, et qui a été apportée à notre Muséum, de 1 ouest des Allegannys , avec la portion de mâchoire inférieure déjà plusieurs fois citée. A la vérité M. Peale s’exprime autrement sur celles de son sque- lette. « Une section transversale de la défense de Y éléphant , est toujours ovale' celle du mastodonte est parfaitement \Jù>oire des premières est uniforme , les secondes offrent deux » substances distinctes', l’interne a le tissu de l’ivoire, mais sa con- » sistance est beaucoup moindre j l’externe n’a point ce tissu, est » beaucoup pins dure que l’ivoire, et forme une enveloppe épaisse sur toute la défense. » {^Hist. disq. on the ynajnniouth ,p. 5o. ) iMais ces distinclions ne sont point exactes, car, I®. Les défenses ôi éléphant sont souvent plus ou moins rondes, 238 GRAND et an contraire celle de mastodonte que j’ai sous les yeux est el- liptique. 20. Celles ^éléphant ont une enveloppe d’une matière dont le tissu n’est pas celui de l’ivoire, dont les fibres sont convergentes vers le centre, et qui, quoique moins dure que X émail ordinaire, en est cependant une espèce. C( La baude de la circonférence (dit Daubenton) est quelquefois )) composée de fibres droites transversales c[ui aboutiroient au )) centre si elles étoient prolongées. » {^Hist. nat., t. XI, in-4°. ) C’est d’ailleurs une observation que tout le monde peut faire sur les défenses lorsque leur surface n’a pas été usée. Notre défense de mastodonte ressemble en cela à celles de Xélé- phant. 3o. C’est peut-être une cause accidentelle cjui a ramolli l’intérieur des défenses trouvées par M. Peale, en les décomposant plus ou moins, quoique les os trouvés en même temps ne fussent presque point altérés. M. Morichmi, professeur de cliimie ù Rome, a dé- couvert, il y a quelques années, cjue l’ivoire fossile est sujet à être décomposé, en changeant, par une cause encore inconnue, son phos- phate de chaux en fluate de chaux. Notre défense de mastodonte intacte n’a point d’acide fluorique, ainsi que s’en sont assurés MM. V auquelin Laugier , qui ont bien voulu l’analyser. Peut-être celles de M. Peale en ont-elles. La courbure de ces défenses varie autant que dans les éléphans. Celle du dessin de M. Michaehs est presque droite. La nôtre (pl. IV, fig. 3) estlégèrement arquée. Une très-grande, trouvée avec la tête du squelette de Philadelphie, est presque courbée en demi-cercle. Comme elle avoit été mutilee , on n’a pu en placer au squelette même qu’une copie en bois. Elle a lo' 7"angl.ou 3,17 de longueur en suivant la cir- conférence (i)- Celle qui nous a été envoyée par M. Jefferson , a de longueur 2,35 oupltis de sept pieds, 010,194 de diamètre vers la base. Les alvéoles du squelette de M. Peale ont huit pouces anglois. (1) Remb. Peale, Hist. disq. , p. 6l , MASTODONTE. 289 ou 0,202 de profondeur ; la pointe des défenses qui s’y implantent n’est pas tout- à -fait dans le même plan que la base, et forme un commencement de tire-bourre. Il paroît que leur direction, à la sortie de l’alvéole , est un peu plus oblique en avant que dans l’éléphant. On les avoit d’abord placées, comme dans 1 éléphant, la pointe en haut : dans cet état elles avoient G" ou 0,1 5 de distance entre leurs bases, et 8' 9" ou 2,65 entre leurs pointes (i). M. Rembrandt Peale s’est déterminé depuis à les mettre dans une position renvei’sée, c’est-à-dire la convexité en avant, et la pointe revenant en bas et en ariiere. 11 donne Ini-mème les motifs suivans de ce changement (2). 1°. L’abaissement du condyle occipital, et la forte courbure des défenses, élevoient la pointe de celles-ci a une trop grande hauteur au-dessus du sol, et de la tète même de l’animal. Il n’auroit pu les abaisser assez pour s’en servir à quoi que ce fût. 20. Les défenses trouvées à T un des endroits mentionnés ci-des- sus sont usées à leur extrémité ; de manière qu’il faudroit, en sup- posant que cette extrémité ait été en haut , imaginer aussi que 1 a- nimal la frottoit sans utilité contre des rochers escarpés et verticaux. Il est plus naturel de croire qu’il l’a usée en cherchant des coquillages ou en fouillant les bords des rivières et des lacs. Ces raisons ne paroîtront peut-être pas péremptoires a tout le monde. \] éléphant fossile , ou vrai mammouth des Russes, avoit sou- vent des défenses tout aussi fortement courbées que le mastodonte ^ et cependant elles avoient leur pointe en haut. On ne conçoit guèresplus à quoi elles auroient pu servir dans la position que hh Peale leur assigne, que dans celle que l’analogie leur indique. (1) Extrait d’une lettre de Philadelphie, 23 mars 1802 , dont M- Everard Home a Lien Voulu m’adresser copie. (2) Hist. disq., p- Sa. r 24o grand Le 7/iorse {trichecus rosjnarus^ a, il est vrai, des défenses diri- gées vei’S le bas; mais c’est nu animal à membres raccourcis, destiné principalement à nager dans l’eau : et, dans cet élément, des défenses semblables peuvent servir; mais le , dont les membres sont si élevés , vivoit à terre sans aucun doute. Il a très-bien pu user le devant ou la convexité de ses défenses en les frottant contre des arbres, contre des rocliers ou de toute autre manière. Enfin le habiroussa , dont les défenses se dressent verticalement vers le haut , et recourbent leur pointe spiralement en arrière et en dessous, a bien moins encore l’air de pouvoir s’en servir que le mastodonte n’a dù faire des siennes ; cependant il s’en sert , et les use précisément par leur côté convexe , comme le inastodonte. Ainsi, jusqu’à ce que l’on ait trouvé un crâne de mastodonte avec ses défenses encore implantées, rien n’autorise , selon nous, à les placer autrement que dans les éléphans. 5». Si le mastodonte aidait une trompe, Le mastodonte avoit donc une tête volumineuse ; les dents mâ- chelières épaisses et compactes en augmentoient le poids ; des dé- fenses longues et pesantes l’augmentoient aussi, et portoient en outre le centre de gravité encore plus loin du point d’appui: ce sont les causes qui ont exigé que le cou de l’éléphant fût court ; celui du mastodonte devoit donc l’être aussi : comme ses jambes sont très-élevées, ainsi que nous l’allons voir, il n’auroit pu atteindre à terre avec sa bouche, s il n’avoit pas eu une tromiie; ses défenses l’en auroient d’aillenrs empêché, quand même les autres circons- tances ne l’auroient pas fait. S’il eût vécu dans leau, comme les phoques , les morses et cétacés, ces raisons n’auroient pas été démonstratives ; mais il n y vivoit pas , car ses pieds ne sont pas faits pour nager. Ils sont beaucoup trop longs et les doigts en sont trop peu développés. MASTODONTE. Il est donc indubitable que le mastodonte avoit une trompe , et qu’il ressembloit aux éléphans en ce point comme en tant d’autres. 6o. hes os du t?'onc. 11 n’est guères possible aujourd’hui de vérifier par le fait la con- clusion du raisonnement précédent, puisque les parties molles ont dû disparoître dans presque tous les cas j mais on peut constater du moins la partie des prémisses qui concerne le cou. Les vertèbres en sont effectivement minces, et forment un cou qui est bien loin de permettre aux lèvres de descendre jusqu’au niveau des pieds de devant. On en peut juger par notre lig. du squelette, pi. V. La première vertèbre, que je n’ai connue que par une des figures de M. Mi- chaëlis^ m’a paru ressembler beaucoup à celle de \ éléphant. M. Peale dit que les apophyses épineuses des trois dernières ver- tèbres du cou sont moins longues que dans 1 éléphant. La seconde, la troisième et la quatrième dorsales ont de très- longues apophyses. Elles décroissent ensuite rapidement jusqu’à la douzième, après laquelle elles deviennent très-courtes (i). \J élé- phant les a plus uniformes ; ce qui suppose plus de force dans ses muscles de l’épine et dans son ligament cervical. Il y a sept vertèbres cervicales, dix-neuf dorsales et .trois lom- . baires. V éléphant a une vertèbre dorsale et une paire de côtes de plus; mais peut-être celles du mastodonte s’étoient-elles perdues. Les côtes sont autrement faites que dans X éléphant : minces près du cartilage, épaisses et fortes vers le dos. Cette différence est sur- tout très-remarquable dans la premièx-e. Les six premières paires sont très-fortes en comparaison des autres , qui deviennent aussi fort courtes à proportion ; ce qui , joint à la dépression du bassin, indique que le ventre étoit moins volumineux que dans l’éléphant (2). (1) Hist. disq. , p. 54. (2) Jùid. , p. 56. T. I. 3i GRAND 242 1^0. Les grands os de V extrémité antérieure. lO, \] omoplate avoir été plus étroite encore que celle de X éléphant d’Afrique, et avoir eu cependant l’apophyse récurrente placée aussi haut que dans l’éléphant des Indes, comme on peut s’en assurer en comparant celle du squelette de notre pl. V avec les fig. 6 et 7 de notre pl. VIII sur les éléphans. Du reste , cette omo- plate a tous les caractères de celles des éléphans, et en particulier cette apophyse récurrente qui n’appartient qu’à ce genre et à quel- ques rongeurs. Celle du squelette de M. Peale a 3' i" angl. ou 0,985 de longueur. Un fragment considérable, aujourd’hui au cabinet de M. Camper, montre que l’épine est caverneuse intérieurement. La facette articulaire est longue de 0,22, large de 0,14. La lon- gueur totale de ce qui reste de l’os est de 0,75. Lacromion y manque ; mais M. Peale le représente très-long et très-pointu (i). 30. Lhumérus. M. Peale remarque en général que les os longs de l’extrémité antérieure sont beaucoup plus épais à proportion que ceux de l’extrémité postérieure, et que la différence des uns et des autres à cet égard est plus sensible que dans l éléphant. En effet, l’humérus du squelette, pl. V, et deux autres du cabinet de M. Camper, dont nous donnons un, pl. VI, fig. 8 et 9, ont surtout leur crête inférieure remontée beaucoup ])lus haut que dans l’éléphant , quoique leur forme générale soit à peu près la même. Le plus grand est long de 0,84 j sa largeur en bas est de o,235. Sa crête monte à 0,42 , c’est-à-dire à moitié de sa longueur 5 tandis que celle de l’éléphant ne va qu’aux deux cinquièmes. L’humérus du squelette de M. Peale a 2' 10" augl. ou 0,86. 30. \I açant-bras. M. Peale se borne h dire que la largeur ex- trême des deux os fait que la direction oblique du radius au-devant (l) Hist. disq., f. VIL MASTODONTE. ^43 du cubitus y est plus sensible que dans aucun autre animal. J’en avois conclu, dès ma première édition, que leur disposition est à peu près la même que dans l’éléphant. M. Jefferson nous ayant envoyé depuis un radius bien entier, je l’ai fait représenter, pl. VI, fig. 3, 6 et 7, et je l’ai comparé avec attention avec celui de réléi)hant. Sa forme générale est à peu près la même j sa facette supérieure est moins rétrécie au dehors ; ses arêtes sont plus prononcées; il est plus fortement anguleux; sa partie inférieure commence plus tôt à grossir, et est plus grosse à pro- portion vers le bas. Ce radius de M. Jefferson est long de 0,670 ; la largeur de sa tête supérieure est de 0,1 3o ; celle de Finférieure, prise à la facette arti- culaire, de 0,1 3a J et un peu au-dessus, à l’endroit le plus gros, de 0,160. Le radius du squelette de M. Peale a 2' 5" Q!" angl. OU 0,743 de longueur. C’est, avec l’humérus, un peu plus que le rapport de 6 à 7. Dans XéléphaîitcQ rapport est comme 6 à 8. Ainsi l’avant-bras du mastodonte est plus long, et son bras plus court à proportion que ne le sont ceux de X éléphant. Le rapport de l’humérus à l’omoplate est encore plus différent. Dans X éléphant , il est comme 8 à 6 et demi ; c’est-à-dire c[ue l’hu- mérus est plus long de plus d’un cinquième. Dans le mastodonte , au contraire , il est comme un peu plus de 8 à 9 : ainsi l’humérus y est plus court de près d’un neuvième. On ne peut élever de doute sur l’exactitude de ces rapports , parce que les os des extrémités ayant été trouvés ensemble par M. Peale , il est à peu près certain qu’ils venoient tous du même individu. 8*^. hes grands os de V extrémité postérieure. i». Le bassin est beaucoup plus déprimé que dans 1 éléphant, à proportion de sa largeur : son ouverture est aussi beaucoup plus étroite; c’est ce que dit M. Peale, et ce qui se verra aussi en com- 3i’^ 244 GRAND parant le bassin en profil du squelette, pl. avec celui de notre pl. I d’éléphans, et l’esquisse de ce même bassin , vue de face, pl. VI, fig. 10, avec la fig. 3 de notre pl. YII sur les éléphans. Cette forme de bassin devoit rendre l’abdomen plus petit et par conséquent les intestins moins volumineux que dans J’éléphant j ce qui s’accorde avec la structure des dents pour faire regarder le mastodonte comme moins exclusivement herbivore. M. Peale dit que la largeur du bassin de son squelette est de 5' 8" anglois; mais je crains qu’il n’y ait à cet endroit une faute d’impres- sion, ou qu’il n’ait entendu le contour. 2®. fémur est la partie qui a été décrite la première. Dauhenton fit graver celui de notre Muséum dans les Mémoires de l’Académie pour 1762. Sa masse énorme frappe véritablement au premier coup d’oeil, surtout sa largeur, qui le distingue beaucoup de celui de l’éléphant, même fossile. Il est aussi plus aplati d’avant en arrière à sa partie inférieure, parce que le canal qui répond à la rotule y est plus court. Il est long de 1,088 , large en haut, entre la tête et le grand tro- chanter, de 0,44) en bas, de 0,29; au milieu, de 0,18. Son diamètre antéro-postérieur est en haut de 0,1 5; au milieu, de o,io4, et en bas, de 0,21. Le diamètre de sa tête est de 0,18. Le fémur du squelette de M. Peale est long de 3' 7" angl. ou i,o85. C’est à peu près comme le nôtre. 3o. Le tibia. Celui du squelette de M. Peale est long de 2' angl. ou 0,607 ) tftii lui donne avec son fémur un rapport comme de 6 à i o. M. Peale pense que ce rapport est moindre que dans l’éléphant ; mais je n’ai pas trouvé la chose ainsi : nos deux squelettes des Indes ont les fémurs de 0,92 , et les tibia de o,56. Ce qui donne également le rapport de 6 a 10 a peu près. Néanmoins si, comme il est pro- bable , l’abdomen du mastodonte est moins gros que celui de l’éléphant, son genou devoit paroître plus dégagé du ventre. Nous donnons, pl. VI, fig. i , 2, 3 et 4 , le tibia envoyé à notre Muséum par M. Jefferson. Comparé avec celui de l’éléphant, il est beaucoup plus gros à MASTODONTE. 2^5 proportion de sa longueur. La crête antérieure supérieure, est beaucoup plus pleine et plus obtuse ; elle n’est pas creusée d’une fosse aussi profonde, vis-à-vis l’intervalle des deux facettes arti- culaires fémorales. Celles-ci sont plus inégales , c’est-à-dire , que l’externe est plus étroite à proportion, d’arrière en avant. La face postérieure dans le haut est plus creuse ; la malléole interne est plus saillante vers le bas ; la poulie du tendon du péronier est plus creusée. Ce tibia est long, y compris la malléole interne, de o,5g5. Sa tête supérieure est large de 0,288, et l’inférieure de o,i8r. Feu M. Adrien Camper avoit dans son cabinet un tibia long de 0,71 5 large en haut de o,a5, en bas de 0,21 5 ce qui annonce un animal plus grand, mais de proportions à peu près semblables. Je ne puis rien dire sur le péroné. 90. La taille en général. En additionnant ensemble les longueurs de l’humérus et du radius, et celles du fémur et du tibia, on trouve pour la hauteur de l’extré- mité de devant i ,60 , et pour celle de derrière i ,69. L’éléphant de 8 pieds a ces mêmes hauteurs, ou plutôt ces mêmes sommes, de 1,40 et de 1,48. Ainsi le rapport des extrémités entre elles est à peu près le même dans les deux espèces , quoique celui de leurs parties ne le soit pas. Cette hauteur des extrémités, considérée seule, donneroit 9 pieds, ou près de 3 mètres , de hauteur totale pour le mastodonte ,• mais comme l’omoplate de celui-ci est de près d’un tiers plus longue , on peut accorder quelque chose de plus à sa taille. M. Peale a donné à son squelette ii pieds ’anglois, ou 10' i" au garrot. Nous croyons qu’il 1 a un peu trop élevé en plaçant les omoplates trop bas , et en ne ployant pas assez les articulations. C’est aussi l’opinion du célèbre anatomiste M. Ei>erard Home , qui a vu lui-même ce squelette. Au reste, celui-ci eût-il réellement dix pieds, il seroit toujours au plus ^46 GRAND de la taille des éléphans les plus communs aujourd’hui daus les Indes, et resteroit fort éloigné de ces dimensions gigantesc[ue qu’on se plaît ordinairement à attribuer au mastodonte^ et comme les grands os que possèdent , soit le Muséum britannique , soit le nôtre , soit celui de M. Camper, ne surpassent pas beaucoup en volume ceux que M. Peale a rassembles en sc[uelette, ou ne peut pas dire que ces derniers sont venus de quelque individu de taille médiocre. En calculant d’après les plus grandes dents que l’on ait eues iso- lément, calcul souvent sujet à de l’exagération, on trouveroit tout au plus qu’elles appartenoient à des individus de onze pieds trois ou cjuatre pouces; et le tibia, cité ci-dessus, du cabinet de M. Cam- per, en indiqueroit un de onze pieds huit pouces. Ainsi , comme nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, il n’y a point encore de morceau cjui prouve que le mastodonte ait atteint, encore moins surpassé, douze pieds de roi, de hauteur au garrot. Le squelette de M. Peale a i5' anglois ou 4,ô5 depuis le menton jusqu’au croupion, comme il s’exprime. Je pense qu’il a voulu dire depuis le bout du museau jusqu’au bord postérieur de l’ischion. \] éléphant n’a pas cette dimension beaucoup plus considérable que sa hauteur. Un éléphant de dix pieds de haut ne seroit pas tout-à-fait long de onze, ou de 3,57. Ainsi le mastodojite étok beaucoup plus allongé à proportion de sa hauteur que Y éléphant. C’est ce dont on peut prendre une idée fort juste, en comparant notre pl. V avec notre pl. I sur les éléphans. 10°. Les pieds. Selon M. P eale {Hist. disq. , p. ^7 ) , les os des pieds de derrière sont remarquablement plus petits que ceux des pieds de devant ; mais la même chose a lieu dans l’éléphant. Dans ceux de devant, les deuxièmes phalanges se terminent , selon le même auteur , par des rainures qui semblent indiquer c[ue les troisièmes , ou les onguéales, avoient plus de mouvement que dans l’éléphant , et ressembloient davantage à celles de l’hippopotame. MASTODONTE. Les présens de M. Jefferson nous ont mis à même d’établir des comparaisons plus detaillees. Ces os ressemblent en général à ceux de l’éléphant, comme on devoit s’y attendre dans deux animaux aussi voisins. Nous n’avons pas eu le scaphoïde du carpe, ni le trapèze, ni le trapézoïde , ni le pisiforme. Le séniiliinaire {p\. VU? fig. 2) est beaucoup plus écrasé que dans l’éléphant, c’est-à-dire beaucoup plus large et moins haut. Il est aussi moins long d’avant en arrière ; du reste ses contours et ses facettes sont à peu près les mêmes. Cette dépression existe aussi dans le cunéiforme, mais à un moindre degré. Uunciforme (fig. 3) est dans la proportion du sémilunaire, c’est- à-dire plus long et moins haut que celui de l’éléphant. Nous n’avons eu cet os qu’un peu mutilé, en sorte que nous ne pouvons comparer les figures de ses facettes. Quant au grand os (fig. 4) d faut qu’il ait tenu moins d’espace en travers à proportion, car ses dimensions proportionnelles sont à peu près les mêmes que dans l’éléphant. Les os du métacarpe que nous avons eus sont tous plus courts et plus gros à proportion que ceux de l’éléphant. Cette forme trapue est surtout marquée dans celui de l’index (pl. VII, fig. 6), qui sans être plus long que celui d’un éléphant de huit pieds, est du double plus large; en outre sa facette articulaire trapézoïdienne est convexe et plus large que dans l’éléphant ; la trapézienne plus longue , et celle qui répond au métacarpien du médius, moins verticale. Le mélacarj)ien de \ annulaire (pl. VU, fig. 7), à longueur égale, est d’un tiers seulement plus large que dans l’éléphant. La facette par laquelle il correspond à funciforme est divisée en deux plans par une arête plus saillante. Nous avons pu d’autant mieux saisir cette différence qu’à côté de ce métncarj)ieu d’annulaire de mastodonte, nous en avions un d é- lephant fossile , trouvé au même lieu et presque entièrementsemblable à celui de 1 éléphant des Indes. \ù astragale, envoyé par M. Jefferson (pl. VII, fig. 8), est plus GRAND 248 éci'QSG c|ue celui de î elepliQiit j sa facette tibiale est plus rectangu- laire ^ un peu moins large à proportion ; sa partie qui avance vers le scaphoïde est beaucoup plus courte. Sous tous ces rapports il ressemble tellement à 1 astragale de l’éléphant fossile de Toscane ( pl, T , des éléphans, lig. 2 , F ) , que nous douterions presque que ce fût celui d’un mastodonte, si un calcanéum envoyé en même temps et qui paroît se bien rapporter avec cet astragale u’ofFroit des diffé- rences un peu plus marquées, et en même temps analogues. Ce calcanéu7n{Y>\.YU, fig. 9) est plus gros et plus court; sa partie descendante vers le cuboïde est beaucoup plus courte ; sa fa- cette péronéale remonte beaucoup plus haut le long de sa facette astragalienne interne. Celle-ci se rapproche de l’externe et la touche vers le haut. La facette scaphoïdienne, placée sous le bord antérieur de l’astragalienne interne, est plus étroite et presque ronde. Le scaphoïde du tarse (fig. 10) est plus mince à proportion de sa largeur ; comme tous les autres os il est plus écrasé. Nous n’avons eu ni le cuboïde , ni les cunéiformes du tarse en assez bon état pour oser les décrire. Les os du métatarse sont encore plus gros et plus courts à pro- portion de ceux de l’éléphant, que les os du métacarpe. Le deuxième (pl. VII, fig. ii) , outre sa grosseur, se distingue encore de celui de l’éléphant, en ce que sa facette pour le premier os , touche tout du long à celle qui répond au premier cunéiforme. Le troisième os (pl. VII, fig. 12 ) est moins gros à proportion de sa longueur ; ses facettes diffèrent peu de celles de l’éléphant, seu- lement les deux latérales sont plus grandes , surtout celle qui répond au quatrième. Le quatrième os (pl. VII, fig. i3) par la même raison a sa facette latérale plus grande ; en outre il y a une arête prononcée entre les deux parties de sa facette cuboïdienne. H j)aroît qu’il touche très-peu au cinquième. L La même grosseur relative a lieu pour les phalanges. MASTODONTE. ^49 Il O. Résumé général, l)e toute cette description il résulte : Que le grand mastodonte , oViVanimaldeVOldo, étoit Tort sem- blable à l’éléphant par les défenses et toute l’ostéologie, les mâ- chelières exceptées ; qu’il avoit très-probablement une trompe ; c[ue sa hauteur ne surpassoit point celle de l’éléphant , mais qu’il étoit un peu plus allongé et avoit des membres un peu plus épais avec un ventre plus mince j que , malgré toutes ces ressemblances , la structure particulière de ses molaires suffit pour en faire un genre différent de celui de l’éléphant 5 qu’il se nourrissoit à peu près comme l’iiippopotame et le sanglier, choisissant de préférence les racines et autres parties charnues des végétaux \ que cette sorte de nourriture devoit l’attirer vers les terrains mous et marécageux ; que néanmoins il n’ étoit pas fait pour nager et vivre souvent dans les eaux comme l’hippopotame , mais que c’ étoit un véritable animal terrestre ; que ses ossemens sont beaucoup plus communs dans l’Amérique septentrionale que partout ailleurs 5 que peut - être même ils sont exclusivement propres à ce pays 5 qu’ils sont mieux conservés, plus frais, qu’aucun des autres os fossiles connus ; et que néanmoins il n’y a pas la moindre preuve, le moindre témoignage authentique, propre à faire croire qu’il y en ait encore, ni en Amé- rique, ni ailleurs, aucun individu vivant; car les différentes annonces que nous avons lues de temps en temps dans les journaux touchant des mastodontes vivans que l’on auroit aperçus dans les bols ou dans les landes de ce vaste continent, ne se sont jamais confirmées et ne peuvent passer c|ue pour des fables, T. I. 32 MASTODONTE deuxième section. Sur un Mastodonte moindre que celui de l’Ohio , et que JE NOMME Mastodonte a dents étroites. Nous avons vu, dans la section précédente, que la première gra- vure d’une grande molaire de VOhio est celle que Guettard publia en 17^2 ; mais ces dents et l’animal dont elles provenoient n’ac- quirent nnevéïâtable célébrité en Europe qu’entre 1760 et 1770, par les Mémoires de Collinson et de TVilliatn Hunier. Long-temps auparavant il existoit des notices de quelques-unes de celles dont je vais parler ; mais les naturalistes y avoient fait peu d’attention, faute d’objets de comparaison ; et lorsque les dents de Y Ohio vinrent à être connues, on confondit les autres avec elles, de manière qu’il m’a été réservé de montrer les différences spécifiques de celles dont on avoit fait mention avant moi, et d’en faire connoître pour la première fois plusieurs qui étoient ignorées. Dès i656 , on eu trouve une figure très-reconnoissable dans le Museo de Moscardi, p. 122. Elle y est annoncée comme une dent de géant. Une seconde fut publiée par Grew en 1681 (^Mus. Soc. reg. , pl. 19) fig- i le titre de Dent pétrifiée d’un animal de mer. Camper cite cette figure ( Noo. Act. petrop. , II, aSg) comme si elle étoit de l’espèce de VOhio. En 1715, Réaumur , décrivant les mines de turquoises de Si~ morre, et faisant voir que ces turquoises n’étolent que des os et des dents de différentes espèces, pétrifiés et Imprégnés de quelque oxide métallic|ue, fit gi'aver un fragment d’une dent semblable à celle de Grew , croyant aussi quelle pouvoit venir de quelque ani- mal mai'ln. ( Mérn. de I Ac. des Sc. 1 7 1 5 , p. 1 74* ) En 1755, Dargenville en représenta une entière qu’il jugeoit également d’un poisson inconnu (Oryctologie, pl. XVlU) fig. 8). A DENTS ÉTROITES. aSi Kjiorren donna une autre, dans ses Monuraens, sup. pl. VIII, c; et JValch , dans son Commentaire sur ces planches, se borna à renvoyer à Dargemille. Ni l’un ni l’autre de ces auteurs n indiqua l’origine de son morceau. On avoit fait venir dans l’intervalle quelques échantillons des dents de Simorre pour le cabinet du roi. Daubenton les décrivit , mais sans figures nat., X.II, n°. 1109, iiio et iiii) et y joignit (n°. 1112 ) le morceau représenté par Réaumur, sous le titre de dents pétrifiées ayant des rapports apec celles de V hippopotame^ tandis qu’il noinmoit celles de VOhio à six pointes, les seules qu’il connût alors de cette grande dents fossdes d’hippopotame. 11 distinguoit donc dès lors les unes des autres , jusqu à un certain point j mais bientôt on les confondit entièrement. Joseph Baldassari décrivit et représenta en 1767 , dans les Mé- moires de V Jlcadémie de Siejzne , tome III, p. a43, deux portions considérables de mâchoire inférieure, trouvées au Monte Follonico, près de Monte Pulciano , et en jugea les dents absolument sem- blables à celle de Guettard, qui étoit de la grande espece. Une de ces dents, très-grande, fut trouvée à Trévoux en 1784 , par M. de Lollière, dans un monticule de sable, et indiquée en par M. de Morpeau , dans le tome VI de 1 Academie de Dijon , p. 102 , comme si elle eût été de l’espèce de 1 Ohio. Camper eu parle aussi sous ce nom (^Nop, Act. petiop. , II) , et Merch en fait autant (///'®. lettre p. 28, note). Cette même année, 1785, Ildephonse Kennedy décrivit trois por- tions de ces dents , et en donna des figures dans les noupeaux Mé- moires philosophiques de l’Académie de Rapière t. IV, p. !• H les prend également pour les mêmes que celles de l’Ohio. Elles avoient été trouvées le 6 avril 1762, près de Reichenberg, en Basse-Rapière, par des paysans qui tiroient du sable d’une colline pour raccom- moder la grande route , à trente pieds au-dessous du sommet ; au- teur joint une portion antérieure de mâchoire de rhiuocéios eterree en même temps. En 1786, après tous les travaux de Daubenton, de Camper et ^ 32’^ 252 BIASTODONTE de tant d’autres, Guettard , qui lui-même avoit publié une dent de rOhiü trente- quatre ans auparavant, venant adonner une dent de notre animal trouvée à Montabusard, près d’Orléans, doutoit encore s’il l’alloit l’attribuer a un hippopotame ou à quelque cétacé. On peut donc dire que les naturalistes n’avoient pas donné à ces dents toute l’attention qu’ elles méritoient, et j’eus lieu d’être fort surpris lorsque je m’aperçus par ma correspondance , qu elles étoient assez communes en differens lieux de ï Europe et de Y Amé- rique. En effet, outre celles de Toscane , de Simonne , de Bavière et de Trévoux, qui avoient été précédemment décrites, j’en ai vu de iSor/près de Dax, dans le cabinetde iewM.de B orda;M., G. A. Deluc, m’eu a communiqué une des environs éè Asti en Piémont j M. Fab- broni m’a envoyé des plâtres de celles du val T Arno C[ui sont au cabinet de Florence ; M. Faujas m’en a rapporté les dessins de trois trouvées l’une à la Rochetta di Tanaro, près à' Asti ^ la seconde au pied des Alpes cénédoises ^ la troisième auprès de Padoiie. Toutes celles que Dombej et M. de Humboldt ont rapportées du Pérou, et celles que ce dernier a trouvées au Camp-des-Géans , près de Santa-Fé de Bogota, en Tierra-F irme , sont encore sem- blables. Depuis ma première édition, il m’en a été présenté une du dé- partement de l’Isère. M. Chouteau m’en a envoyé des Ifagmens éiAvaray , près de Beaugencj , trouvés avec des morceaux de pa- leotheriums, de ruminans et de trionyx. M. Biot m’en a apporté une fort grande , encore adhérente à une portion de sa mâchoire ; elle venoit de Santa-Fé de Bogota, et probablement aussi du camp des geans. J en ai vu à Florence les moules de deux très-beaux et très-grands germes à six paires de pointes, dont les originaux , trou- vés à Palaïa, entre Sanminiato et Livourne, sont dans le cabinet de feu M. Baldovinetti, prévôt du chapitre de Livourne. Le cabinet de l’Académie de Turin; celui de l’Institut de Bologne; celui de l’université de Pise ; celui du college romain , m’en ont olïert des morceaux plus ou moins considérables. M. Georges -5’a/2//, professeur A DENTS ÉTROITES. ^53 à Pise, m’en a donné des dents trouvées dans le Siennois , et que j’ai déposées au cabinet du roi. J’en ai aussi rapporté de Home qui ont été trouvées près Monte- Ver de. Tout récemment M. Sœmmerring m’annonce dans une lettre du 12 avril i8ig, qu’on en a découvert à Darmstadt , à ^Izey, non loin de JVorms et près du lac de Zurich , en Suisse , et qu’on lui en a envoyé de ces divers endroits des moules ou des frag- mens. Le même savant, dans l’appendix de son mémoire lu à l’Académie de Bavière, sur les dents de Rennedy , nous apprend C[u’il se trouve une mâchelière de cet animal dans le cabinet de l’université ^Erlans^ O L’étiquette porte qu’elle avoit été déterrée en i645, près de Kj^embs , non loin du Danube, et qu’elle devoit avoir appartenu à un géant de seize coudées de haut. Il n’est donc pas douteux que ce ne soit là un reste de ce prétendu géant trouvé en i645 près de Rrembs , et dont il est parlé dans divers auteurs. Feu l’abbé dans une lettre délia Tojre, archevêque de Turin , insérée dans les Mémoires de l’Institut italien , sur la dent de la Rochetta di Tanaro , annonce en avoir vu une dent à Vienne, chez le baron Joseph de Bnidem^ provenant des terres de ce gentilhomme en Hongrie , et dans le cabinet impérial , une demi-inàchoire Inférieure venant de Moravie. André Stiitz parle de dents de même espèce cjue celles de cette mâchoire, trouvées dans la Basse-Autriche, au midi de Vienne, près de Brün, ^ Entzei'sdorf oi de Modling (i). M. l’abbe Borson a décrit et représenté dans le XXIV®’. volume des Mémoires de 1 Académie de Turin (p. 167, etpl. I et II) deux portions de mâchoire , contenant chacune une dent , et trouvées auprès à" Asti, il y a plus de soixante ans, ainsi que deux germes trouves à Castel-Nuopo-Calcea , dans la même province. J en ai encore eu plusieurs, soit en dessin, soit en nature, dont on na pu m indiquer l’origine, mais qui, jointes aux précédentes et à (i) Orjctograjjhie de la Basse-Autriche^ Vienne 1807, p- 74* MASTODONTE 2 54 celle dont on avoît déjà parlé avant moi, achèvent de prouver que les animaux qui les ont fournies doivent avoir laissé une assez grande quantité de leui’S dépouilles. Toutes ces dents sont hérissées, comme celles du grand masto- donte, de pointes coniques plus ou moins nombreuses qui s’usent par la mastication; et comme nous verrons par la suite cjue les formes de quelques os trouvés avec ces dents ressemblent aussi à ceux du grand mastodonte , et qu’il y a lieu de croire cju’elles étoient accompagnées de défenses, on peut en conclure, avec assez de pro- babilité , que les animaux dont elles proviennent étoient également du genre des mastodontes. Mais ces dents se distinguent aussi de toutes celles du grand mas- todonte de VOhio par quelques caractères spécifiques. Le principal et le plus général est que les cônes de leur couronne sont sillonnées plus ou moins profondément , et tantôt terminés par plusieurs pointes, tantôt accompagnés d’autres cônes plus petits sur leurs côtés ou dans leurs intervalles : d’où il résulte que la mastication produit d’abord sur cette couronne plusieurs petits cercles , et ensuite des trèfles ou figures à trois lobes, mais jamais de losanges. Ce sont ces trèfles qui ont fait prendre c[uelquefois ces dents pour des dents d’hippopotame. Nous avons vu ci-dessus que Dauhenton leur trouvoit quelques rapports ; et à l’article de l’hippopotame , nous rapporterons des jugemens semblables de Pierre Camper et de M. Fauja^ '■ mais il est aisé de prévenir le renouvellement de cette erreur. Indépendamment de la grandeur, les dents de l’hippo- potame n’ont jamais que quatre trèfles, et celles dont nous parlons en ont ordinairement six ou dix. Il n’v a que les antérieures , sur lesquelles on ponrroit hesiter; mais nous verrons à leur article qu’on les distingue aussi aisément. Il est plus difficile d’assigner les caractères spécifiques de ces di- verses dents entre elles; car elles ne se ressemblent pas entièrement. 11 y a d’abord les différences de position dans la mâchoire, cjue l’on peut juger par le nombre des pointes ; il y a ensuite celles de l’âge, qui se déterminent par le degré de l*t détrition. A DENTS ÉTROITES. 255 Examinons et comparons -les successivement d’après ces rap- ports. Je commence par une dent de Simorre, pl. I, fig. 4- C’est celle que àécvil Daubenton , Hist. nat. , XII, no. 1109. Longue de 0,116, large de 0,06, elle est déjà à moitié usée. De ses six paires de pointes, les deux antérieures sont confondues en un disque à cpatre lobes, <5; une des mitoyennes, c, est déjà en trèfle , laissant encore un petit disque rond isolé; l’autre, d, est el- lipticjue , bilobée ; les dernières , e ,J', n’offrent encore cjue quatre disques, dont un seulement commence à se lober. On voit qu’un peu ' plus usée, cette dent auroit eu trois disques à quatre lobes. En arrière , est un talon de deux pointes mousses sillonnées, dont l’une, g, est plus haute. Cette couronne est moins usée, et par conséquent plus haute, du côté des disques non lobés, a,, d, e, que nous verrons bientôt être le côté externe. Deux grosses racines, rompues l’une et l’autre, se di- rigent en arrière ; la postérieure , i , est de beaucoup la plus grosse : enfin il y a en avant, en Æ,un aplatissement qui fait juger que cette dent étoit précédée par une autre dans la mâchoire. .l’ai trouvé la même dent encore implantée dans le palais, dans le cabinet de M. de Borda à Dax. Elle a les mêmes éminences, avec les rnêmesfigures et les mêmes proportions, pl. III , fig. 2 ; seulement elle est un peu plus petite et moins usée, les deux disques antérieurs n’étant pas encore confondus. Elle y est effectivement précédée d’une dent à deux paires de pointes, «, Z>, et l’on voit en arrière, c, qu’elle devoit être suivie d’une autre encore. J’ai trouvé une troisième fois la même dent pai^mi celles que Dom- hej a rapportées du Pérou (pl. I, fig. 7) , implantée dans une portion de palais, et parfaitement semblable à celle de Simorre par les con- tours et les proportions , mais un peu plus usée. Les deux disques du milieu sont déjà confondus en un disque quadrilobé, et les deux postérieurs sont tout près de l’être. Il n’y a plus de petite dent en avant ; son alvéole a déjà disparu, et le corps de la dent subsistante 256 MASTODONTE commençoit même à s’entamer vers a. En arrière est encore, vers un reste de l’alvéole de la dent qui suivoit celle-ci. La dent du Pérou est précisément longue comme celle de Simorre, quoiqu’il en mancjue un peu en avant, et n’a que o,oo5 de plus dans sa plus grande largeur. Malgré l’éloignement des lieux , il m est donc impossible de ne pas reconrioître ces deux dents comme de la même espèce. Ces pièces constatent donc déjà, outre la forme de cette dent, qu’il y en avoit deux autres à la mâchoire supérieure de l’animal , une en avant qui n’ avoit que quatre pointes, et une en arrière. Elles constatent de plus que ces dents se poussoient d’arrière eji avant comme dans l’élépliant et le mastodonte, et que les antérieures disparoissoient à une certaine époque. Je crois encore qu’on peut en conclure que la dent antérieure étoit susceptible de remplacement de haut en bas, comme dans Y hippopotame dont les dents de remplacement ne laissent pas de tomber aussi. Ma raison est que cette petite dent de Dax n’est pas encore usée , et qu’il faut cp’elle soit venue après la grande , qui l’est. Le morceau de Dax nous fait aussi reconnoître une dent de Si- morre de notre Muséum (pl. I, fig. 2), à demi-usée, et présentant une figure à quatre lobes en avant, et deux disques ronds en ar- rière. Une dent pareille (pl. III, fig. i4)j mais non usée, et n’offrant que ses quatre cônes , est dans le cabinet de M. Hammer qui en ignore l’origine ; seulement elle a un petit talon qui pourroit faire croire que c’est celle de la mâchoire opposée, par conséquent l’in- férieure 5 car celle de Dax, qui est la supérieure, n’a point de talon, non plus que celle de Simoi're. Peut-être aussi est- ce la dent de lait. \Jidentité d’espèce des dents de SimojTe et de celles qu’ avoit apportées Dombey une fois bien constatée , nous pouvons aller plus loin. Parmi les morceaux de Dombey , est un fragment considérable de A DENTS ÉTROITES. ^5'] mâchoire inférieure (pl. III, fig. 4? au quart de sa grandeur). Il se termine en avant par une espèce de bec, comme celui àe\ éléphant ot du mastodonte. Ainsi notre espèce actuelle n avoit, comme ces deux-là, ni incisives ni canines en bas. Ce morceau contient deux dents : la postérieure, longue de OjiyS, large de 0,075, avoit cinq paires de pointes dont les postérieures sont plus courtes ^ les deux premières sont déjà reunies en figures quadrilobées ; les deux suivantes sont prêtes à l’être; les deux der- nières et le talon sont intacts. Telle est donc la molaire postérieure inférieure de notre animal. Ici c’est le côté externe qui est le plus usé : par conséquent c’est l’interne qui est le plus saillant; et cela devoit être ainsi, pour c|ue les dents d’en bas correspondissent à celles d’en haut, où 1 inverse a lieu. Ce sont les pointes externes qui forment des trèfles, et en haut ce sont les internes ; encore suite d'une loi générale dans les herbi- vores : quand les deux côtés d’une dent ne se ressemblent pas, ils sont placés en sens contraire dans les deux mâchoires. Ainsi les rumi- nans ont la convexité des croissans de leurs dents supérieures en dedans, et celles des inférieures en dehors. On voit aisément , par la convexité de cette longue dent en arriéré, qu’il n’y en avoit point derrière elle. Celle qui est en avant est tellement usée et mutilee qu on ne peut distinguer sa figure ; mais j’ai bientôt trouve moyen d y suppléer, Nous avons au Muséum une dent de Simorre à six pointes (JDaub., XII, no. MCX), qui diffère de la première, parce quelle n’a pas de talon. Voyez pl. III, fig. 3. Il étoit naturel de croire que c’étoit celle qui répondoit à cette première dans la mâchoire infé- rieure. Cela étoit d’autant plus naturel à croire, que les dernières dents inférieures de \ hippopotame diffèrent aussi, par l’absence d’un talon , des supérieures qui leur correspondent. La mâchoire inférieure de Baldassari en donne la certitu e . on y voit cette dent à six pointes en place et sans talon. Il ne nous reste donc à connoître que la postérieure supérieure , pour avoir toutes les mâchelières de notre animal. T. I. 33 MASTODONTE 258 Il n’est pas difficile de voir que c’est la dent de Tréi>oiio6, pl. I, fig. 5. Ce n’est qu’un germe encore entièrement intact et sans racines, long de 0,1 85, large de o,o8 ; haut, depuis le collet jusqu’au sommet d’une des pointes, de o,o6. Cinq sillons profonds le divisent en six rangées d’éminences, chacune subdivisée en deux, excepté la der- nière. Les éminences partielles d’un côté ont en avant une partie saillante qui leur auroit nécessairement donné la figure d’un trèfle , si la dent étoit usée à demi. Celles du côté opposé seroient restées elliptiques. Celles-ci sont donc les intérieures. La dernière éminence, ou le talon , est un gros mamelon impair, entouré d’autres plus petits. Il y a donc un talon ou un amas impair d’éminences de plus qu’à la dent postérieure inférieure -, et c’est encore une analogie avec V hip- popotame et un rapport avec la supérieure moyenne. Toutes ces dents, comparées une à une avec leurs correspon- dantes dans le grand mastodonte de YOliio , offrent un caractère très-sensible dont je me servirai pour dénommer cette espèce ; c’est qu’elles sont beaucoup plus étroites à proportion de leur longueur. Une fois ces caractères obtenus, il nous a été aisé de reconnoître les dents ou portions de dents isolées de cette espèce qui se sont of- fertes à nous. Pl. IV, fig" 7 ’ supérieure postérieure, cjui se trouve avec sa congénère dans le cabinet de feu M. Baldoainetti de Livourne. Assez semblable à celle de Trévoux , pl. I, fig. 5, elle a ses collines un peu plus lisses et son talon un peu plus allongé. Elle est longue de 0,248, large dans son milieu (en d) de 0,096. Pl. I, fig. 3, du cabinet de M. de Drée , est la moitié antérieure d une superieuie postérieure dont toutes les pointes ne font que de commencer à s’entamer. Les racines n’y sont pas développées. Pl. III, fig. 8, en est une à peu près semblable, où le talon seu- lement est un peu moins use. Pl. II, fig. 10, du cabinet de M. Haminer, en est une dont la dé- trition est plus avancée et les racines plus développées. Pl. IV, fig, I et 2, est dans le même état. Elle a été trouvée à la A DENTS ÉTROITES. aSg Rochetta di Tanaro , près à’ Asti, et appartient k M. d’ Incisa à Milan. M. Faiijas m’en a donné le dessin ; elle est d’nn blanc de cire. pi. I, fig. 6, du Péj'ou, rapportée par Dombej, en est une dont la détrition est déjà profonde en avant, et, je ne sais par quelle rai- son , pas encore commencée en arrière. PI. II, üg. i3, du valdArno, envoyée par M. Fahhroni, est la partie postérieure d’une , non encore usee. PI. IV, fig. 3 , du cabinet de l’université de Padoue, est la même partie, plus usée. J’en dois encore le dessin à M. Faujas, Elle est teinte en roux vif, et son émail est très-luisant. PI. I , fig. I , de Simorre {Daub. no. MCXI) , est un germe d’infé- rieure postérieure , cassé en avant. PI. II, fig. 8, du val d’Arno, est la partie postérieure d’une infé- rieure de derrière , peu usée. PI. II, fig. 6, du Camp-des-Géans , rapportée par M. de Tlum- boldt, est la même partie, nullement usée; et fig. 4, une partie moins considérable qui commençoit à s’user. PL III, fig. I , àe Simorre , est la première rangée d’une posté- rieure supérieure non encore sortie ni usée. Quelques morceaux se sont trouvés trop mutiles pour etre aussi parfaitement déterminés : tel est le dessin envoyé par M. Fabbroni , d’une dent du val d’Arno, cassée aux deux bouts (pl. II, fig. 9) ; la dent cassée longitudinalement, trouvée aux environs à. Asti par M. G.- A. Deluc (pl. Il, fig. 7); celle du cabinet du comte ^Ario à Padoue, trouvée dans les Alpes cénédoises , et cassée en arrière (pl. IV, fig. 4)5 celle du cabinet de l’université de Pise (pl. IV, fig. 6), cassée en arrière et au bord interne, mais remarquable par des festons plus nombreux que dans les autres. Cependant tous ces morceaux viennent bien de la même espèce que les autres dents , quoitpie l’on ne puisse pas assigner leur place. Une pièce bien intéressante , et qui prouve jusqu à quel point a détrition pouvoit user les dents de cet animal, c’est la portion de mâchoire (pl. III, fig. 5). Elle est déposée au cabinet du roi, et on la croit originaire de France. La grande molaire postérieure y reste u6o MASTODONTE seule, et ne présente plus sur sa couronne qu’un disque uniforme de substance d’ivoire. L’alvéole même de la molaire antérieure a disparu.- Après avoir ainsi rapporté à leur place toutes les mâchelières de cette espèce secondaire de mastodonte , U s’agiroit de reconnoître et de décrire les autres os 5 malheureusement nous en avons fort peu. Nous ne possédons ici du crâne que les deux foibles portions de palais indiquées ci-dessus, et qui étant rompues de toute part ne fournissent aucun caractère. Le palais conservé au Muséum britannique , et représenté par Camper [No^k Act. petr. , II, pl. VIII), appartient à cette espèce, et non pas à la grande de XOhio ^ comme le croyoit ce savant ana- tomiste. Un dessin de grandeur naturelle , que je dois à M. FFiede- mann, montre, dans la molaire postérieure, toutes les formes de nos dents étroites, qui ont été rendues presque méconnoissables dans la gravure. Or nous apprenons par ce morceau que les molaires supérieures du mastodonte à dents étroites divergent en avant comme celles du grand mastodonte de l’Ohio. L’analogie rend probable que l’espèce dont nous parlons aujour- d’hui av oit des défenses comme celle de Y Ohio j et nous avons une probabilité de plus, en ce que Daubenton dit {^Hist. nat.^ XI, no. 1 0 1 1 ) qu il a reconnu de l’ivoire parmi les morceaux envoyés des mines de turquoises de AS’^V;^o/’r’e. Cet ivoire venoit vraisemblablement des memes animaux que les mâchelières qui donnent les turquoises. Nous avons aussi trouve deux lames d’ivoire parmi les fragmens que M. Chouteau nous a envoyés d’Avaray. Mais pour avoir une preuve directe , il faudroit qu’une défense , ou au moins son alvéolé, eut ete trouvée avec une mâchelière adhé- rente j et cela n’est point arrivé. La mâchoire inférieure est bien celle d’un animal à longues dé- fenses. Celle du Pérou, pl. III, fig. est fort semblable, dans ce que nous en avons, à celle de YOhio : seulement elle est moins haute à proportion; son bord inferieur est moins rectiligne, et sa surface externe plus bombée. Les trous mentonniers sont aussi plus avancés. Sa longueur, depuis l’extrémité de la grande mâchelière A DENTS ÉTROITES. a6î jusqu’à l’angle antérieur, est de 0,35. La même dimension est de O 4o dans celle de l’Ohio : c’est précisément la proportion de leurs grosses dents, longues de 0,20 et 0,175. Mais la proportion de la largeur de ces dents est bien différente : o,ii5, et 0,075. La dénomination de mastodonte à dejits étroites est donc bien justifiée. . La hauteur de la mâchoire du Pérou est de 0,1 2 5 celle de 1 Ohio , de 0,18. Leur épaisseur, vis-à-vis le milieu de la grosse dent, 0,1 4 et 0,^1 5. Ainsi la première est moins haute, mais plus bombée à proportion. Comparée à celle de l’éléphant, la mâchoire du mastodonte à dents étroites a le bec antérieur plus long, plus étroit dans son milieu j elle n’est pas tronquée si verticalement j ses trous mentonniers sont l’un derrière l’autre, et non l’un au-dessous de l’autre, comme dans l’éléphant. La mâchoire inférieure de Baldassari ( Mém. de Sienne, t. III, pl. YI et Yll) complette en arrière ce qui manque à celle de Dombej. Elle nous apprend que le mastodonte à dents étroites avoit cette partie plus arrondie que le grand mastodonte , et qu en ce point il ressembloit davantage à l’éléphant* Tous ces caractères se retrouvent dans la prétendue mâchoire d’éléphant du cabinet de Florence, publiée par M. Nesti {^An. mus. FLor. , tora. I, pl. I, fig. i et 2 ) , et m’engagent à la rapporter à l’espèce dont je traite à présent. En conséquence, je me crois au- torisé à conclure que le mastodonte à dents étroites avoit le bec de la mâchoire inférieure dilaté en avant et tronqué, comme on le voit dans cette mâchoire de Florence. Nous n’avons ici pour tout grand os des extrémités qu’un tibia rapporté du Camp-des-Géans par M. de Humboldt , et fort mutilé à tous ses angles,- ce qui rend ses caractères peu déterminés. Il est représenté au quart de sa grandeur, pl. III, fig. 8, 9> Quoiqu’un peu plus épais à proportion que celui de 1 Ohio^x ne paroît pas s’en éloigner beaucoup par les formes. Long de 0,40, large en haut de 0,1 5, on voit aussi qu’il est plus court à proportion des 202 MASTODONTE dents; car celles-ci, ainsi que les mâchoires, ne sont moindres que dun huitième, et le tibia 1 est de plus d’un tiers. Le mastodonte à dents étroites auioit donc été beaucoup plus bas sur jambes ; ainsi sa trompe auroit été plus courte, etc. Mais j’oublie qu’il ne faut pas se laisser aller aux conjectures sur un seul ossement. M. Canali dit bien avoir un tibia trouvé près du Tibre , et qu’il croit de mastodonte , mais il n’en donne pas de figure , ni de des- cription précise (i). J ai vu et dessine a Sienne, dans le cabinet de l’Académie des Fisiocntici, un fragment de bassin trouvé avec la mâchoire décrite Ëaldasscin^ mais il nem a pas fourni des caractères assez marqués pour que j’aie jugé utile de le faire graver. Dans les fragmens de M. Chouteau^ il n’y avoit qu’un os du mé- tacarpe qui fût bien reconnoissable. Il ressemble beaucoup en petit à celui d’un éléphant. Il paroit que les mastodontes à dents étroites sont plus souvent enfouis avec des corps marins, que ne l’est la grande espèce de VOhio. A la vérité, Réaumur ne parle point de coquilles dans sa Des- cription des minières de turquoises de Sifnorre j il dit seulement que les dents et les os sont sur une terre blanchâtre, recouverts et encroûtés d un sable fin, gris, et quelquefois bleuâtre, mêlé de petites pierres, sur lequel est un autre ht de sable semblable à celui de la rivière. Les grosses dents sont accompagnées de dents plus petites, trop mal dessinées sur les planches pour qu’on puisse les déteriuiner exactement. Cependant les unes m’ont paru les dents antérieures à quatre pointes du même animal, et les autres, celles du grand tapir Jbssile. Je ne sais Réaumur , et tous ceux qui ont écrit d’après lui, mettent Simorre en bas Languedoc. Cette petite ville, aujour- d’hui du département du Gers, appartenoit au comté à' Estarrac (i) Dans sa correspondant avec M. Spadoni, page 48. A DENTS ÉTROITES. en Gascogne - elle est sur la rivière de Gimont. On trouve des dents semblables, selon Réaumur , un peu plus bas, à Gimont même, ainsi qu’à Auch sur la rivière de Gers. Je sais qu’on trouve aussi dans ce dernier endroit des dents de ta^ir gigantesque. Il ne reste pas la même incertitude sur le morceau de M. de Borda. Il avoit été trouvé à Sort non loin de Dax, département des Landes, dans une couche vraiment marine , avec des mâchoires d’une espèce de dauphin dont je parlerai ailleurs, des glossopètres , et des mâ- choires que j’ai reconnues pour venir de diodons et de tétrodons , lorsque le propriétaire me les fit voir dans son cabinet. Baldassari ne dit point de quoi la mâchoire qu’il décrit étoit im- médiatement accompagnée , mais seulement quelle. fut découverte par l’éboulement d’un monticiile, et que le pays des environs est plein de corps marins ; qu’il y a même de grosses vertèbres de cétacés au milieu du monte Follonico. La dent de Trévoux avoit été prise par M. LolUère dans l’in- térieur d’un monticule de sable ; on ne dit rien des autres fossiles qui pouv oient s’y trouver. Quant aux os de l’Amérique méridionale, les anciens auteurs espagnols en ont fait beaucoup de récits merveilleux. Ce sont ces os qui ont donné lieu à tout ce qu’on rapporte des géans qui doivent avoir existé autrefois au Pérou, et sur lesquels on peut consulter la Gigantologie espagnole de Tomihia, ou mieux encore le récit de Pedro Creça, copié par Garcüasso , lib. IX, cap. IX. On trouve aussi quelque chose sur ces prétendus os de géans dans divers voyageurs. Legentd dit en avoir vu des restes dans son voyage au Pérou, et même que ses guides lui montrèrent les traces de la foudre qui les avoient détruits (i). On conserve encore à Lima, soit dans le cabinet public, com- mencé en 179a, soit chez divers particuliers, de ces dents guipassent pour être de géans (2). (1) Nouv. Yoy. autour du monde, parM. Legentil, 1728,!, ?4 et (2) Journ. liilér. de Gœttingen, 27 févr. i8o6. 264 MASTODONTE C’est probablement sur une tradition semblable que l’un des lieux où l’on trouve le plus de ces os , près de Santa-Fé de Bogota , est nommé le Camp~des-Géans. M. de Humboldt dit qu’il y en a un amas immense. Ceux qu’il a rapportés sont pénétrés de sel marin. On parle beaucoup plus souvent encore des os de géans du Mexique : mais comme nous n’avons pas vu de dents venues de l’Amérique septentrionale qui appartinssent aux espèces dont nous traitons maintenant, nous pensons que les os du Mexique seront plutôt de la grande espèce de l’Ohio, ou même de l’éléphant fossile ; car nous savons que l’on trouve l’une et l’autre en ce pays-là. ' Ce que les os de l’Amérique méridionale ont de plus particulier dans leur gisement, c’est l’extrême hauteur où ils se trouvent quel- quefois. Le Cantp-des-Géans est à î3oo toises au-dessus du niveau de la mer. Mais il y en a aussi dans les parties basses. Dans une lettre de Joseph de Jussieu, dont je reparlerai bientôt, il est dit qu’à Sainte- Hélène, près de Guajaquil , dans un terrain d’alluvion voisin de la mer, on découvre , en creusant des puits, des ossemens monstrueux qui appartiennent fort probablement à cette espèce. Dombej' n’a point laissé de note sur le lieu des morceaux qu’il a rapportés ; il dit seulement qu’ils étoient pénétrés de parcelles d’ar- gent natif. 11 ne m’a pas été possible d’en retrouver les traces; mais les os étoient incrustés en plusieurs endroits d’un sable ferrugineux endurci; et comme au Pérou les paillettes d’argent se trouvent souvent dans le sable , il est possible qu’il y en ait eu d’ attachées à ces morceaux. Don George Juan (i) dit que l’on trouve des filets d’argent dans les ossemens des Indiens qui ont péri anciennement dans les mines. Peut-être ces deux faits ont-ils quelque liaison. Il est fâcheux que les prétendues turquoises que fournissoient les dents déterrées à Simorre n’aient pas acquis dans le commerce un prix suffisant pour faire continuer les fouilles : nous aurions proba- (i) Voj. au Pérou , Irad. fr. , » b 527. A DENTS ÉTROITES. 2Ô5 blement aujourd’hui un plus grand nombre de parties de l’animal à qui elles appartenoieut ; mais, outre que la plupart n’avoient point de consistance et éclatoient quand on vouloit les chauffer, celles même qni résistoient à l’action du feu y prenoient rarement une couleur bien égale et bien vive. 206 DIVERS troisième section. De quelques Dents appartenantes au genre des Masto- dontes^ ET QUI PAROISSENT INDIQUER des ESPÈCES DIFFÉ- RENTES DES DEUX précédentes. J’ai dû à M. des dents de T Amérique méridionale dont les tubercules sont divisés comme ceux du mastodonte à dents étroites , mais qui ont les mêmes proportions carrées que celles à six pointes de Y Ohio , et pourroient être prises pour elles, sans ces figures de trèfles que l’on ne peut confondre avec les losanges du mastodonte de F Ohio. Il y en a de deux grandeurs. Les plus grandes ont les mêmes dimensions que leurs correspon- dantes de Y Ohio. M. de Hnmboldt en a rapporté une qu’il a trouvée près du volcan au royaume de Quito, à 1200 toises de hauteur. Elle est assez décomposée et encore enduite de cendres volcaniques. Son émail est teint en roussâtre j elle est longue de 0,12 , et large de o,o85. (Voyez pl. II, fig. i.) Le même célèbre voyageur en a trouvé un autre échantillon à la cordillère de Cliiquitos , près Santa-Crux de la Sierra, à i8« de latitude australe, presque au centre de l’Amérique méridionale. C’est un fragment très-mutilé , dont une racine très-grosse est encore longue de plus de 6 pouces. La substance osseuse est teinte en roux et l’émail est noirâtre à sa surface. Je rapporte aussi à cette espèce la dent de la même province de Chiquitos dont M. Alonzo de Barcelone m’a envoyé le dessin (pl. Il, fig- Comme elle n’est pas entière en avant, on ne peut assigner sa place 5 mais je juge à son talon quelle est, ou la moyenne, ou la postérieure d’en haut. Cette contrée, du revers des Cordillères, paroît avoir beaucoup de ces débris. Feu Joseph de Jussieu écrivoit de Lima, à son frère MASTODONTES. Bernard, eu 176I) une lettre que leur illustre neveu a bien voulu me communiquer, que dans la vallée de Tarija, par les a3o de latitude australe, à plus de i3o lieues de la mer, et à 200 lieues du Potosi, on rencontroit en abondance dans la terre, des deux côtés de la rivière , des os et des dents pétrifiés , et que lui-même en possédoit deux molaires d’une grosseur prodigieuse. Il ne dit pas précisément à quelle hauteur ces os se trouvoient j mais il assure qu’ils n’étoient pas accompagnés de coquilles. Les dents carrées plus petites ont un tiers de moins. M. de Hiim- holdt est encoi’e celui qui les a découvertes. Je lui en dois une qu’il a rapportée de la Conception du Chili ^ par les 37» de latitude sud; elle est fort usée, mais bien conservée, teinte en noir, longue de 0,08, et large de 0,06. (Voyez pl. Il ,fig. 5.) L’Europe m’a fourni, en outre, deux dents cjui m’ont parti beau- coup trop petites pour être rapportées à aucune des espèces précé- dentes. La première avoit été envoyée autrefois de Saxe, par le professeur de Gœttingue Hugo, à Bernard de J ussieu, et M. Æitonie-Laurent de Jussieu a bien voulu me la communiquer, ,1e la donne pl. II, fig. 1 1 , à demi-grandeur. Entièrement semblable à celle de la pl. I, fig- 4 5 exactement moindre d’un tiers. Si l’on vouloit la supposer de la même espèce , il faudroit supposer aussi qu’elle étoit placée dans la mâchoire plus en avant, comme il y en a , par exemple, deux à peu près semblables dans la jeune mâchoire de grand mastodonte, pl. III, fig. 4- Mais cet exemple même ne cadreroit pas entièrement ; car ces deux dents y sont à peu près de même grandeur. J’ignore entièrement dans quelle position cette dent s’est trouvée. La seconde vient de Moniabusard, près di Orléans , et m’a ete communiquée par M. Defaj, qui l’avoit découverte dans une car- rière de calcaire d’eau douce, pétrie de limnées et de planoibes, et où se trouvoient aussi beaucoup d’os de palœoth^Hwns de i\ erses grandeurs. J’en donne la figure réduite à moitié, pl. III, fig. 6. C est I l même crtii a été gravée dans les Mémoires de Guettard, tom. VI, ^ 34“^ DIVERS MASTODONTES. 268 X®. Mém, , pl. VII, fig. 4. Ses collines, simplement crénelées, ne sont pas aussi exactement divisées en deux pointes que celles de la précé- dente, ce qui pourroit encore faire soupçonner une autre espèce. Ces collines , non divisées , indiquent un rapport avec les dents des grands tapirs dont nous parlerons dans la suite. Néanmoins je ne pense pas que la dent actuelle provienne de ce genre, dont les col- lines sont plus séparées, et dont les crénelures nombreuses et petites ne peuvent jamais représenter des mamelons. Ainsi , indépendamment du grand mastodonte de l’Ohio , et du mastodonte à dents étvoites ^ espèces aujourd’hui bien connues et parfaitement déterminées , nous trouvons des indices de quatre mas- todontes, qui paroissent former d’autres espèces. Les deux qui vien- nent d’Amérique pourront s’appeler , lorsque leurs caractères seront entièrement confirmés, mastodonte des cordilièj^es et mastodonte humboldien. Je donnerai au premier de ceux d’Europe le nom de petit mastodonte , et au second, dont les collines ne sont pas com- plètement divisées en mamelons , celui de mastodonte tapiroïde. CHAPITRE III. Des ossemens d’Hifpopotame, Je dois reprendre pour l’hippopotame la marche que j’ai suivie pour l’éléphant 5 décrire d abord 1 ostéologîe de l’espèce connue, recher- cher dans quelpays ellehabite, examiners’il n’en existe pas plusieurs, et passer ensuite à sa comparaison avec les os du même genre trouvés dans l’état fossile. Tel sera l’objet du présent chapitre que je diviserai en deux sec- tions, comme celui qui traite des ossemens d’éléphans. HIPPOPOTAME 270 PHEMIÈPvE SECTION. De l’Hip POPOTAME VIVANT. Article premier. Observations faites sur V hippopotame. L’hippopotame a été toujours, et est encore jusqu’à un certain point, celui de tous les grands quadrupèdes dont on a le moins connu l’histoire et l’organisation. Bien que l’on puisse ci’oire avec Bochart(i) que c’est le beîzemoth de Job, ce qui en est dit dans ce livre est trop vague pour le carac- tériser. La description qu Aristote donne de son hippopotame (Hist. anim. , liv. II , chap. 7 ) est si éloignée de l’animal que nous coii- noissons aujourd’hui sous ce nom, qu’on ne sait comment expliquer un tel assemblage d’erreurs. Ce grand naturaliste lui assigne, il est vrai , l’Égypte pour patrie 5 mais il lui attribue aussi la taille de Vâne , la crinière et la voix du cheval, et le pied fourchu du bœuf J i• 654 > *1® <1® Lyon , i65i. (2) Jac. Vitriac., Ilist. orient., cap. LXXXYI, ap. bongars,!, iio3. (3) Abdallatif, Relat. de l’Egypte, trad. par M. de Sacy , p. 43 et sûiv. VIVANT. 275 potames des deux sexes, et publia une bonne description de l’espèce, avec une figure de la femelle (i). Aldroçande , à qui Zerenghi avoit montré cette même femelle, 1 avoit fait dessiner pour son Histoire des animaux ; cependant ce ne fut point cette figure-là qu’il publia, mais une autre qui lui avoit été envoyée, dit-il, de Padoue, et sans doute Prosper Alpin, car c’est la même qui revient dans l’ouvrage de celui-ci , publié seulement en 1735, p. 247. On la voit dans Aldrovande (de quadr. dig. \iv.j lib. I, p. edit. de Bol. i638), et la tête séparément, la gueule ouverte (p. i85). Le savant Fabius Colwnna avoit aussi fait faire de son côté, de 1 animal rapporte par Zerenglii, un dessin beaucoup meilleur, qui parut, avec une bonne description, dans ses Aquat, obs., page 3o, en ^ fil fi 5 et par conséquent avant celui d’ Aldrovande, quoique celui-ci eût été fait plutôt, meme en le supposant de Prosper Alpin * car ce dernier auteur quitta l’Egypte en i583 5 il y avoit passé les trois armées précédentes, et mourut professeur à Padoue, en 1617. Ludolphe en donna des figures préférables aux précédentes en 1687 , dans son Histoire d’Abyssinie (lib. I, cap. X.I, n». I) , mais sans en faire connoître la source. En 1689, Jean de Thépenot, dans son Voyage au Levant (liv. H de la lie. partie, d,j,p 7 1, p. ^87), donne une assez bonne description d un individu qui fut tué de son temps à Girgé pi'ès du Caire , mais ne 1 accompagne point d’une figure. Malgré les lumières que l’on auroit pu tirer de ces notions au- thenticjues , la publication de l’ouvrage de Prosper Alpin , faite comme je viens de le dire en r 735, fut cause que la matière commença à s’embrouiller. 11 intitule son chapitre XII : du Chœropotame et de V Hippo- potame ; il y donne d’abord la figure de deux peaux empaillées , 1 une d un grand animal femelle , et l’autre de son fœtus, qu’il avoit vues dans la maison du pacha du Caire ; ce sont évidemment deux (i) Sa dissertation est donnée par extrait dans Buffbn, t- XII , in-4“. , p. 'xl\ et suiv. 35" 276 HIPPOPOTAME peaux de nos hippopotames d’aujourd’hui, mais dont le crâne et par conséquent les dents, av oient été enlevées avec le reste de la chair et des os. 11 conclut de cette absence des dents que ce ne pouvoit être là l’hippopotame des Grecs, puisque celui-ci doit avoir les dents un peu sorties j et ayant vu, peu de temps après, à Alexandrie, une autre peau avec son crâne et ses dents , il en donne aussi la figure (la même qu’Aldrovande avoit déjà publiée), et il déclare que celle-ci seule provient du véritable hippopotame, comme si elle s’accordoit mieux avec la description donnée par les Grecs. 11 pense, par la même raison, que les figures de la plinthe de la statue du Nil et celles des médailles d’Adrien ne représentent point l’hippopotame, mais ce prétendu animal différent dont il avoit vu la peau sans dents. Cette erreur des anciens que les dents de l’hippopotame sortent de la bouche, étoit difficile à éviter, lorsqu’on n’avoit pas vu l’ani- mal vivant. Ces dents, surtout les canines, sont si grandes qu’on a peine à concevoir qu’ elles puissent tenir sous les lèvres j or , les anciens voyoient déjà beaucoup de ces dents , même lorsqu’ils n’avoient encore aucune idée de la taille de l’animal, et qu’ils le croy oient au plus égal à un ane; elles faisoient un objet de commerce, et on les employoit au lieu d’ivoire dans les ouvrages les plus pré- cieux de l’art. Pausanias parle d’une statue de déesse dont la face étoit faite de ces dents. (Pausan. Arcad. ed. hanau. i6i3,p. 53o), etCosmas, du temps de l’empereur Justin, déclare en avoir rapporté et vendu une du poids de i3 livres; les plus grandes que nous ayons ici n’en pèsent que six. Voila pourquoi, sans doute, les anciens ont pensé que les dents de l’hippopotame sortent de la bouche, comme celles du sanglier. Néanmoins c’est un fait constant que l’hippopotame ne montre nullement ses dents quand sa gueule est fermée ; plusieurs témoins oculaires en font foi , et les têtes qui ont conservé leur peau sans l’avoir retirée par le dessèchement, le prouvent encore mieux : nous en avons une telle au Muséum. VIVANT. 2^7 Les figures antiques en question nous présentent donc des images fidèles de cet animal, et il est inutile de supposer l’existence d’une autre espèce, pour les expliquer. Prosper Alpin la supposa, comme nous l’avons vu, et donna à cette prétendue espèce le nom de porc de rivière , appelé, dit-il, chœropotame par les Grecs. Or, aucun ancien Grec, du moins à moi connu, n’a employé ce mot de chœropotame pour désigner un animal déterminé. La mo- saïque de Palestiïne, qu’au reste Prosper Alpin ne connoissoit pas, montre un quadrupède avec quelques lettres à peine décliifFrables , où l’on a cru lire ^oipovr. Mais comme les anciens avoient un chœro- pithèque ou singe cochon qui étoit très-probablement le mandrill ou quelque cynocéphale , et que la figure en question n est pas absolument éloignée de ressembler à ce dernier , on n en peut rien conclure pour l’existence d’un chœropotame. Cependant ÆTerwflW , dans son tableau des rapports des animaux {J oh. Hermanni, tabula affinitatum animalium, pag. 96) , admet cette existence pour ainsi dire comme si elle etoit démontrée j il va juscp’à dire que Prosper a bien développé la différence du choeropo- tame et de l’iiippopotame , disertis verbis distinguit. C’est ainsi que les plus habiles gens sont entraînés à des erreurs lorscjue celles-ci sont favorables à leurs systèmes généraux. Herman cherchoit à prouver que tous les animaux tiennent les uns aux autres par une infinité de chaînons. 11 trouvoit les genres de l’ordre des pachydermes trop isolés pour justifier son idée ; il dut donc chercher à se faire croire à lui-même qu’il y a encore beaucoup d’espèces inconnues de cette classe ; et tout ce qui pouvoit faire supposer l’existence de quel- qu’une , étoit avidement recueilli par lui. Peut-être dira-t-on cjue l’objet actuel de nos recherches nous donne en quelque sorte un intérêt contraire , et que nous devons être sans cesse tenté d’effacer les traces qui pourroient conduire à des especes vivantes inconnues, afin de rendre le nombre des perdues plus considérable. Nous avonssenti d’abord que nous courrions ce danger, et nous chercherons toujours à l’éviter j en ce moment même nous HIPPOPOTAME -278 sommes loin de nier l’existence d’espèces pareilles à celles dont il est question j nous disons seulement qu’il n’y en a aucune preuve. On ne sait trop comment les deux hippopotames de Zerenghi, et le premier de ceux de Prosper Alpin , s’étoient égarés près de Damiette, et celui de Thévenot, près du Caire, ni d’où venoit le second que Prosper vit à Alexandrie , mais il est certain qu’il n’y a plus aujourd’hui de ces animaux au-dessous des Cataractes, Tous ceux qui ont voyagé en Egypte dans le siècle, sont d’accord à ce sujet, et les savans attachés à notre expédition d’Egypte, qui ont remonté le Nil jusqu’au-delà de Sienne, n’en ont, pas rencontré un seul ; ce n’est que dans l’Abyssinie et dans les pays de l’Afrique , au midi de l’Atlas, et surtout au Sénégal et au Cap, qu’on a pu obser- ver l’hippopotame dans ces-ideruiers temps. C’est du Sénégal que veuoient le fœtus décrit par Daubenton ( Hist. liât., tome XI) et le jeune hippopotame du cabinet de Chan- tilly, déposé aujourd’hui dans celui du Muséum, représenté suppl. , t. III, pl. LXII. C’est du Cap qu’ont été apportés l’hippopotame adulte du cabinet deLeyden, décrit par Allàmand (Hist. nat., ed. d’Holl.,t. XU,p.28), et celui du cabinet du Stadhouder que nous possédons aujour- d hui au Muséum , et cjui fut préparé par Ivlockner, et décrit par lui (Hist. nat., suppl., t. III, p. 3o6 et 3o8). C est au Cap queSparmann aobservé l’hippojiotame, et que Gordon en a fait la description et les figures publiées par Allamand (Hist. nat. , ed. d Holl., suppl. , t. V, pl. I et II) et ensuite par Buffon ( suppl. t.VI,pl. IVetV). Enfin, c’est encore du Cap que M. Delalande vient d’apporter le squelette d hippopotame adulte qui enrichit cette édition. L’espèce devient meme si rare dans ce pays, qu’on en a défendu la chasse, et que M. Delalande, pour se procurer ce squelette, a été obli'ïé d’obtenir une permission spéciale. Quant au Sénégal, ils doivent y etre encore plus rares, car je n’ai pu en obtenir de ce pays-la, maigre les ordres exprès donnés au gou- verneur par M. le ministre de la marine. f VIVANT. 279 Outre le Cap et le Sénégal, on sait par Barbot et par beaucoup d’autres voyageurs qu’il y en a quantité en Guinée et au Congo. Bruce assure qu ils sont très-nombreux dans le Nil d’Abyssinie , et dans le lac Tzana. Levaillant en a vu dans toutes les parties de la Cafrerie qu’il a parcourues; ainsi l’Afrique méridionale en est peuplée presque partout. Mais n’y en a-t-il que dans cette partie du monde? C’est une ancienne opinion. Strabon [\xh. XV, p. 1012, A., ed. Amsterd. 1707 ), sur le témoignage de Néarque et dîÉratosthènes, nie déjà qu’il yen ait dansl’Indus, quoiqu’il avoue q^Onésicrite l’eût affirmé. Paiisanias est d’accord avec eux; et bien que PJiilo- strate et Nonnus aient adopté l’opinion d’Onésicrite, il est de fait qu’aucun voyageur accrédité n’a rapporté qu’on en trouve sur le continent de l’Inde, même au-delà du Gange. Buffon n’a été nulle- ment touché du témoignage de Michel Bqyn , qui en place à la Chine ; c’est donc à peu près sans autorité que Linnæus, dans ses éditions X et XII, suppose qu’il y en a aux embouchures des fleuves de l’Asie; ainsi M. Faujas paroissoit bien autorisé à ne point admettre sur ce continent l’existence de l’hippopotame; mais peut-être n’au- roit-il dû étendre sa négation à l’Asie entière: car M. Marsden, auteur de considération, place l’hippopotame au nombre des animaux de l’île de Sumatra (i). Cependant il reste à savoir si M. Marsden lui-même n’a pas été trompé. Cette question est très-importante pour la zoologie et pour la théorie de la terre. Le témoignage isolé de ce voyageur, ce nom ^hip- popotame , jete dans un catalogue sans autre description, m’avoient inspiré quelque doute , et même ayant reconnu que feu Péi'on , trompé par l’équivocpie du nom de vache marine , que les Hol- landois donnent indifféremment à Y hippopotame et au dovjong, avoit pris des dents de ce dernier pour des dents d’hippopotame, j’avois supposé que l’assertion de M. Marsden pouvoit tenir à quel- que confusion semblable de nomenclature. Depuis lors M. Marsden fl) Hist. de Sumatra, trad. fr., I, p. i8o. S a8o HIPPOPOTAME nous a appris, dans sa troisième édition, qu’il a avancé ce fait, non pas d’après sa propre observation, mais sur un dessin de M. Whah- feldt, officier employé à surveiller la côte, c[ui avoit rencontré cet animal vers l’embouchure d’une des rivières méridionales de file et en avoit envoyé l’esquisse au gouvernement. M. Marsden fait remarcjuer eu outre c[ue la Société de Bataçna, dans son premier volume de 1799, compte l’hippopotame parmi les animaux àeJapa, et lui donne le même nom malais conda-ayer ou küda-ayer qu’il porte aussi à Sumatra (i). Mais cet hippopotame des îles de la Sonde ressemble-t-il en tout à celui d’Afrique ? Ce scroit une chose très-remarquable et peu d’accord avec ce qu’on sait d’ailleurs de la répartition géographique des grandes espèces. Peut-être cet hippopotame de M. FFhaîfeldt et de la Société de Batailla, et le succotyro de Java, représenté par Niewhof{%) , ne sont-ils qu’un seul et même animal , un peu défiguré par l’un de ces auteurs, et mal nommé par l’autre. Quoi qu’il en soit, cette recherche est la plus curieuse que puissent faire les naturalistes cjui se trouveront dans ces conti’ees éloignées. J’avois fort invité M. Diard, mon elève, etM. Duvaucel, mon beau- fils, à s’en occuper; mais bien que ces deux jeujies naturalistes aient parcouru une partie de 1 île de Java et de celle de Sumatra dans difïé- rentes directions, qu ils y aient pris des rhinocéros de deux espèces, dont une nouvelle, cjuils y aient découvert une nouvelle espèce de tapir, ils n’ont pu y apercevoir ni le succotyro, ni l’hippopotame. Je ne me suis occupé dans ce qui précède que des travaux relatifs à l’extérieur de l’hippopotame ; ce qui concerne son anatomie étoit avant moi beaucoup moins complet. Nehemias Grew publia le premier une figure de l’ostéologie de (1) Hislotj of Sumatra , troisième éd. angl. , p. 1 16 et 1 17. (2) La ligure de Niewlwf a été copiée dans les quadrupèdes de Schreber, dans la Zoologie générale de Shaw et ailleurs. Elle représente un animal assez semblable à un hippopotame avec une queue touffue et des défenses qui sortent de dessous les yeux. L’auteur dit que la taille est celle d’un bœuf et qu’on le prend rarement. VIVANT. 281 la tète avec quelques remarques, dans son Muséum regalis socie- imprimé en 1681. Antoine de Jussieu donna, de la même partie, des figures meil- leures et une description plus détaillée dans les Mémoires de 1 Aca- démie pour 1724. 11 y ajouta des détails sur les dents et sur l’ostéo- logie des doigts de devant. Dauhenton donna en 1764, dans le XI®, volume de l’Histoire naturelle une figure et une description encore meilleures de la tête, l’ostéologie des doigts de devant et de derrière , et celle du deuxième ran" du carpe, le tout d’après des adultes; et comme il avoit eu, en 1762, occasion de rechercher l’origine de quelques os fossiles, et particulièrement d’un fémur de 1 animal de lOhio, il enleva le fémur d’un fœtus d’hippopotame qui étoit au cabinet, le décrivit et le fit graver poui' montrer que ce n etoit pas a lui que ressembloit celui de l’animal fossile. Cependant ces trois auteurs négligèrent d’examiner assez attenti- vement et de décrire en détail les dents; Daubenton alla jusqu à trouver à celles des mastodontes de l'Ohio et de Simorre une ana- logie avec celles de l’hippopotame, qu’ elles n’ont certainement point; il hititula même les petites de l’Ohio, dents d’hippopotame. du cab. du roi, dans l’Hist. nat. , tome XII, in-40., p. de 74 à 78.) Pallas ayant reçu de Sibérie des dents semblables a celles de l’Ohio , et voulant vérifier ce que leur ressemblance avec celles de iqjippopotame avoit de réel, demanda a Camper et en obtint une bonne figure de dent màchelière qu’il fit graver dans les Mémoires de Pétersbourg, pour 1777 (part. II, pl. VIII, fig. 3), afin de montrer combien elle différoit de celles de ces grands animaux fos- siles. , Enfin Buffon, dans les notes justificatives de ses époques de la nature, imprimées eu 1777 (supph, t. V, pl. VI), fit encore 1 p senter une molaire d’hippopotame , dans la même vue que Pa as, c est , T 1* A ,.0 de celles de 1 animal à-dire, pour prouver combien ces dents ditfeient ae ^ ^ de l’Ohio, lorsque celles-ci ne sont point usees. ^ est vrai qu au même endroit il regarde d’autres dents de 1 Ohio qui avoient changé HIPPOPOTAME 282 de forme par la trituration, comme étant des dents d’hippopotame; mais c’est là une erreur particulière dont nous parlons ailleurs. Voilà l’exposé complet de tout ce qui étoit parvenu à ma con- connoissance sur l’ostéologie dece grand quadrupède, quandje donnai la première édition de ces recherches ; à la vérité, il y avoit déjà, dans ces documens, des moyens sulîisans de reconnoître plusieurs morceaux fossiles, tels que toutes les espèces de dents, les fragmens de tête, etc. ; et comme il existe de ces morceaux dans les collections, tout autant que de ceux des autres parties du corps dont l’ostéo- logie étoit encore inconnue, on n’auroit pas du mettre en doute l’existence des os fossiles d’hippopotames, comme l’a fait M. Faujas- de-Saint-Fond , dans ses essais de géologie. Quoique je fusse parfaitement assuré de l’espèce des fossiles en question, je sentis cependant que je serois mieux en état de mettre la vérité dans tout son jour, lorsque le squelette entier de l’animal seroit connu ; et après plusieurs efforts pour m’en procurer un d’adulte , voyant cpie la suite de mes recherclies sur les quadru- pèdes fossiles exigeoit que je m occupasse enfin de cet objet, je pris le parti auquel Daubenton avoit eu recours dans une occasion sem- blable. 11 avoit extrait un seul os d un corps de fœtus; je fis préparer le reste du scpielette ; mais comme les parties non encore ossifiées se seroientraccorniespar le dessèchement, et auroientperduleur vraie forme, je fis conserver le tout dans la liqueur. De cette manière j obtins , à peu de chose près , la forme de tous les os , la tête exceptée, et j en composai la figure de squelette que je donnai alors au public. La tête étoit trop grande à proportion , et comme les dents n’y etoient pas toutes sorties de l’alvéole , ni les sinus développés , sa forme etoit très- différente de celle de l’adulte. J’y suppléai en la remplaçant dans ma figure de squelette par une tête dessinée d’a- près l’adulte. Il ne falloit pour cela qu’estimer jusqu’à quel point celle-ci devoit être réduite pour l’adapter à mon petit squelette; ou, ce qui revient au même, combien la longueur de 1 a tête est comprise de fois dans celle du corps entier de l’adulte; les dimen- sions extérieures données par divers auteurs, et les individus em- VIVANT. 283 paillés d’hippopotames, à ma disposition, me donnoient bien cette proportion , mais je ne la tronvoispas égale partout. Par exemple , iselon Zerenglii , le corps entier an' 2". La tete 2 4 ? ou un peu plus d’un cinquième. Selon Columna, i3. — 3. ou un peu moins du quart. La figure de Columna fait la tête au corps comme 2 a 7. Selon Daubenton, pour le fœtus, i'. 3". 7'". 5'. 3 . ou plus du tiers. L’hippopotame de Leyde, selon Allamand, — 9'. 4"- 8"'. — i'. 1 1". ou un peu moins du quart. • L’hippopotame de La Haye selon lilokner , — 1 3. — 2.9. id. La figure du petit hippopotame de Chantilly, fait la tete au corps comme i à 4- Selon G-ordon, le mâle, — ii'. 4". 9"'. — 2'. 8"., presque comme selon Zerenglû. — La femelle — 1 1. — 2. 4- — D’après ces différentes proportions, je crus pouvoir, sans beau- coup m’écarter du vrai, donner à la tête à peu près le cpiait de la longueur totale, la queue non comprise, et ce fut sui ce pied que je dessinai le squelette qui a servi de base aux comparaisons de ma première édition j mais depuis lors j’ai eu le bonheur de me procurer des matériaux plus riches. En 1811, j’ai vu et fait dessiner à Leyde, dans le beau cabinet de feu M. Brugmans , les extrémités complettes d un hippopotame d’àge moyen; et en 1820, mes désirs ont été comblés par 1 arrivée du squelette entier d’uu hippopotame parfaitement adulte , que depuis long-temps je faisois dèmander partout, et c[u’ enfin M. Dela- lande , naturaliste attaché au Muséum , a été chercher à grands frais et avec de grands risques, sur les bords du fleuve dit Berg-rw^^^ ^ quarante lieues de la ville du Cap. C’est d’après ce squelette, unique aujourd’hui en Europ®? que je donne mes nouvelles figures et que je rectifie ma piécé ente es- criptiou. 36 HIPPOPOTAME ti84 Article II- Description ostéologique de V hippopotame. § I. La tête. La tête de l’hippopotame , bien que par le détail de ses sutures et des connexions de ses os elle soit en rapport avec celle du cochon, ne laisse pas que d’offrir dans son ensemble une forme très-extraor- dinaire 5 I O. Par la ligne droite du chamfrein , depuis la crête occipitale jus- qu’au bord du nez a ,h (pl. II, hg- i et 2) ; ^ 20 Par la saillie des voiites orbitaires en deux sens, savoir: au- dessus de cette ligne droite, c (ib.), de manière que les yeux sont très-relevés; et en dehors de la ligne moyenne, de manière que les axes des orbites font avec elle une espèce de croix; 30. Par la forme, d’abord presque cylindrique, du museau C, c ( 1 II fig 2 et 3) qni s’élargit ensuite subitement en quatre grosses boursouflures, une de chaque côté, pour contenir les alvéoles des incisives a {ib.), et une plus extérieure pour celle de la canine b {ib.). Un sillon oblique et profond rt?, sépare ces boursouflures, et contient la suture qui distingue l’os incisif du maxillaire. La racine du museau {ff, pl. II, flg. 2 ) est aplatie et évasée pour couvrir la partie antérieure des orbites. Cet évasement est formé par l’os lacrymal et la base du jugal. Le lacrymal {mjn, ib.) est singulier ; sur la joue il forme une languette oblique, plus large vers le bas; sa partie étroite contourne le bord de l’orbite, où elle a une échancrure et forme en dedans de cette cavité une autre languette qui se continue en passant sur l’ouverture postérieure du canal sous-orbitaire et s’y termine par un sinus renflé à cloisons minces. Le trou lacrymal est cependant creusé assez dans la profondeur de l’orbite. Les fosses temporales sont si enfoncées que le crâne est encore un peu moins large que la portion moyenne du museau ^ voyez en e e^ pl. II, fig. 2 et3). Elles laissent entre elles une crête en ligue droite, et VIVANT. 285 l’angle frontal(^, fig- 2) qui les sépare en avant est très-obtus. Le frontal est concave entre les deux orbites. L’os de la pommette avance beaucoup sur la joue , plus bas même que le lacrymal, an côté duquel il s’articule, et produit une apo- physe aiguë (d, fig. 2) qui s’élève en arrière de 1 orbite, et en termine presque le cercle. 11 reste cependant un petit intervalle entie le sommet de cette apophyse et le bord de l’arcade sourcilière du frontal; on sait que les quadrumanes, les ruminans et les solipèdes ont seuls cet intervalle rempli par l’os. Le frontal , après avoir formé l’arcade sourcilière , continue de former une crête qui se porte obliquement en arrière, distinguant par sa saillie la fosse temporale de l’orbite. Cette crête se continue sur le pariétal et sur le sphénoïde. Les sutures des frontaux et des parié- taux forment une croix dans les jeunes sujets. L’occipital supérieur s’avance en angle obtus entre les pariétaux. 11 n’y a point d’interpariétal. Le pariétal ne s’unit au sphénoïde dans le fond de la fosse tempo- rale, que sur un intervalle de quelques millimètres. Le palatin remonte dans l’orbite et s’y porte en avant par une petite languette jusqu’au lacrymal. Le sphénoïde postérieur y monte à peu près autant, et l’antérieur y occupe une place au-dessus. Tous les deux sont en partie cachés par la crête descendante qui continue sur le pariétal et sur le temporal dans la tempe, celle que le frontal a donnée sur l’orbite. L’arcade zygomatique est droite tant dans le sens longitudi- nal d, e (pl. Il, fig. I ), que dans son plan horizontal jT, g (pl. II , fig. 2 et 3) ; dans celui-ci elle se porte en dehors àmesure qu’elle va en arrière. Sa partie la plus saillante^ est presque vis-à-vis l’articulation de la mâchoire. La suture qui distingue l’apophyse du temporal de l’os jugal , descend obliquement en arrière depuis l’apophyse post-orbitaire de celui-ci, jusque vers l’articulation de la mâchoire (voyez d, e , fig. i , pl. II). Comme la fosse temporale est fort profonde, la distance entre le HIPPOPOTAME 286 crâne et l’arcade e ^ h (pi. II, fig. 2 et3) est un peu plus grande cjue la largeur du crâne e ,e { ib.). Le trou de l’oreille est excessivement petit , placé tout en arrière de l’arète supérieure de l’arcade, et donne naissance à un long méat caché dans l’épaisseur de l’os. Les os du nez sont très-longs et étroits ; ils s’élargissent à leur base par une petite pointe qui se porte en dehors entre le frontal et le lacrymal. Les sutures intermaxillaires remontent obliquement jusqu’au quart de la longueur des os du nez. Le trou sous-orbitaire est placé dans le milieu de la partie rétrécie du museau et assez grand. L’ouverture extérieure des narines est verticale et à peu près ronde ; elle n’est entourée que des os nazaux et incisifs. La face inférieure du crâne (pl. II, fig. 3) est remarquable par ce singulier élargissement du museau en avant , formé surtout par les alvéoles des canines, et parce que les deux séries de molaires sont ou parallèles , ou meme un peu ecartees en avant 5 cette dernière circonstance n’a lieu, que je sache dans aucun autre animal vivant. Le palais est fortement echancre en avant, u, entre les os incisifs j il y a un double trou incisif, p, et la suture qui sépare l’incisif du maxillaire , fait ensuite une forte pointe en arrière , tp , qui prend le quart de la longueur du palais. L’os maxillaire présente un autre grand trou où commence un petit canal qui se termine à un autre trou incisif en y. Il paroît en général que les énormes lèvres de l’hip- popotame exigeoient de gros nerfs pour le passage desquels ces trous sont pratiqués. Les os palatins ax^ancent aussi en pointe aiguë jusqu en z , vis-a-vis 1 intervalle de la quatrième et de la cin- quième molaire. L échancrure postérieure 6' , répond à la fin de la série des dents. Le sphénoïde n’occupe qu’une petite place dans l’aile ptérygoïde, laquelle est absolument simple, et presque entièrement du palatin. L’os ptérygoïdien prolonge la pointe de l’aile en un petit crochet a; l’os tyrapanique /3 /3 est irrégulier, anguleux, peu saillant, et contient une cellule qui communique par un petit trou avec la VIVANT. 287 véritable caisse, laquelle est fort petite; l’apophyse mastoïde est pointue et courte , et appartient à l’occipital. En général , tonte la partie basilaire du crâne est petite à proportion. La facette glénoïde du temporal est peu concave, et se porte obliquement de dehors en dedans , et un peu de haut en bas et en arrière. Il y a dans l’orbite deux trous orbitaires supérieurs , un trou analogue du sphéuo et du pterygo-palatin, un trou optique petit, un trou sphéno-oi’bitaire , qui embrasse aussi le rond, un trou ovale qui s’unit avec les déchirés anterieurs et postérieurs, de manière que dans le squelette les deux tiers de l’os tympanique sont entourés d’un vide. La forme de la mâchoire inférieure est aussi fort remarquable ; ses deux branches , presque parallèles, a, b (lig. 4, pl. H), au lieu de former un rétrécissement à l’endroit de leur réunion, s’y élar- gissent en un espace presque carré , au bord antérieur duquel, c, d-, les incisives sont implantées sur une ligne droite , et dont les angles e saillent obliquement en avant pour porter les canines. Considérée par le côté, la branche de la mâchoire est remarquable par l’angle extrêmement saillant jT(pl. II, fîg. i) en forme de demi- croissant qu’elle fait en dessous, et qui est déterminé par une large échancrure eu demi-cercle, Le bord postérieur de la branche mon- tante est singulièrement épais. Le condyle est en cylindre iiTégulier , et descend de dehors en dedans ; les trous pour la sortie du nerf sont au nombre de deux ou trois, au-dessous de la première molaire, et un peu plus en avant. § IL Les dents. Il n y a point d’animal qui ait besoin plus que l’hippopotame d etre étudié a différens âges, pour bien faire connoître ses dents mo- faires; elles changent de forme, de nombre et de position. Le nombre definitif est de six de chacpie côté, en haut et en bas, vingt-quatre en tout; et comme dans le cheval il y en a en avant 238 hippopotame trois qui se reuouvellent, et les trois postérieures ne se renouvellent ^ Il y a de plus, comme dans le cheval, une dent en avant (?, pl. H? fig. 3) qui tombe sans être remplacée. Il y a donc quatre molaires de lait j trois molaires de remplacement et trois arrière-molaires. Les trois premières molaires de lait et les trois molaires de rempla- cement ont une forme particulière , conique et beaucoup plus simple que celle des arrière-molaires. La quatrième molaire de lait , au contraire , ressemble aux arriere- molaires par sa forme compliquée. Elle est remplacée par une mo- laire simple mais comme k la même époque la dermere arrière-molaire, t, sort de la mâchoire, le nombre des molaires compliquées reste toujours le même, c’est-à-dire, de trois.^ • C’est une règle générale que les molaires de lait participent dans tous les animaux de la forme compliquée des arrière-molaires , plus aue ne le font les molaires de remplacement 5 et la raison en est bien simple, c’est que les molaires de lait doivent en partie remplir les fonctions des arrière-molaires qui n’existent pas toutes encore. Cette forme, que je nomme compliquée, consiste essentiellement dans l’hippopotame en quatre collines coniques, adossées deux a deux, de manière qu’une paire soit devant l’autre, en travers. Ces collines sont creusées chacune à la face par laquelle elles ne se regardentpoint, de deux profonds sillonslongitudinaux,demanière que la couronne de ladent, lorsqu’elle commence à s’user, présente la figure d’un double trèüe pour chaque paire de collines. Lorsque la dé- trition est descendue jusqu’à la hauteur où les collines s unissent, il se forme une ligure quadrilobée pour chaque paire 5 quand les deux ' paires s’unissent, on ne voit plus qu’un grand carré curviligne occu- pant toute la couronne de la dent. Les deux dernières molaires de la mâchoire d’en bas ont de plus que les autres une colline simple en arrière des deux paires de col- lines sillonnées, qui forme sur la couronne, par la détriuon, un ovale placé en arrière des deux paires de trèfles. VIVANT. 289 Les trois premières molaires de lait ont une forme de cône com- primé par les côtés, aigu et presque tranchant. Les trois molaires de remplacement qui succèdent aux trois der- nières de lait, sont en forme de cône, moins comprimé , marqué de deux sillons sur la face externe, de manière c[ue la détrition donne aussi à leur couronne une figure lobée. Les figurés 3 et 4 de la planche II représentent les mâchoires d’un hippopotame h P’’®® adulte. Il ne reste plus ni en haut ni en bas que des vestiges de l’alvéole de la première molaire de lait, si ce n’est en Ç où cette molaire tient encore un peu à la mâchoire supérieure. En /(, i, sont les deux premières rnolaii’es de remplacement infé- rieures; et en Z, m, n, les trois supérieures. La troisième dent d’en bas, Zc, est la troisième de lait non encore tombée, et qui montre ses trèfles comme les arrière-molaires; mais la troisième d’en haut, n, est une dent de remplacement qui n’est presque pas usée, parce qu’elle ne fait que sortir de l’alvéole, tandis que la première arrière-molaire o et p, est fort usée aux deux mâ- choires, et montre ses trèfles déjà fort élargis; on les voit plus étroits dans les deux dernières molaires tant d’en bas, q , r, que d’en haut, s ,t; les inférieures q, r, montrent de plus le petit talon qui distingue les deux dernières molaires d’en bas de celles d’en haut. Telles sont les choses dans l’hippopotame qui est au moment d’avoir changé toutes ses dents. Ce que j’ai dit des autres états de cet animal a été observé sur une suite de sept têtes, toutes de differens a^es, où l’on peut suivre chaque dent depuis son état de germe, avec toutes ses collines encore intactes, et toutes couvertes d’émail, jusqu’à celui de la détrition complète. Nous voilà donc pourvus de moyens de reconnoître les molaires fossiles d’hippopotames, si nous en rencontrons , àcjuelque âge et dans quelque état qu’elles soient tombées. Les incisives et les canines sont encore plus aisées à reconnoître. Les incisives inférieures sont couchées en avant comme dans le '^cochon ; elles sont cylindriques, et s’usent un p®*^ pointe; leur partie radicale ou renfermée dans l’alvéole qui est très-longue, est T. I. 290 HIPPOPOTAME cannelée Jongitudinalement dans son pourtour. Les deux du milieu, P , P (fig. I et 4, pl- Tl) J sont beaucoup plus grosses , et quatre fois plus longues, quant à leur partie externe, que les latérales cT «T. C'est la position des incisives supérieures qui détermine cette dif- férence. Elles sont courbées, presque verticalement en bas, et les externes , a (fig. i et 3) , sont placées beaucoup plus en arrière que les intermédiaires e ^ de manière qu’elles ne permettent point aux laté- rales d’en bas J', de se porter en avant. Les supérieures intermédiaires sont usées sur leur face interne ; les latérales sur leur face externe et un peu postérieure. C’est le con- traire pour les incisives inférieures. Les canines inférieures ti, sont énormes, courbées en arc de cercle, triangulaires sur leur coupe, cannelées à leurs deux faces antérieures et usées sur presque toute la postérieure. Les supérieures S' , sont beaucoup plus courtes, également trian- gulaires, et la detrition produit un plan oblique qui entame leurs deux faces antérieures. La postérieure est creusée d’un sillon profond et longitudinal. Les douze dents antérieures de l’hippopotame sont au reste tou- jours reconnoissables au tissu particulier de leur substance osseuse. Elle est de la plus grande durete, et, si bien polie qu’elle soit, on voit toujours sur sa coupe des stries extrêmement fines et serrées , toutes concentriques au contour de la dent. L’émail en est médio- crement épais. L hippopotame a donc en tout trente-six dents , savoir : huit inci- sives, quatres canines et vingt-quatre molaires; et en comptant les molaires antérieures de lait, qui tombent sans être remplacées, il en a quarante. à III. Les vertèbres. f Il y a sept vertèbres cervicales , quinze dorsales, quatre lombaires, sept sacrées, et cjuatorze coccygiennes; quarante-sept en tout. L atlas (pl. I, fig. 2 et 3) et 1 axis (^^. , fig. 4 et 5) ont des formes assez ordinaires dans les grands animaux. Les apophyses transverses N VIVANT. de l’atlas s’élargissent en arrière en sorte que leur angle antérieur est obtus, le postérieur aigu. La crête supérieui'e de l’axis est longue et prononcée ; elle s’élève davantage en arrière. Ses apophyses transverses sont grêles et se terminent par un petit tubercule. Son apophyse odontoïde entre dans un anneau particulier de l’atlas au-dessous du trou médullaire. Ce qui est bien remarquable, c’est que l’atlas et l’axis, outre les facettes articulahes ordinaires, en ont encore chacun deux autres vers la partie dorsale. Les apophyses trausverses des cervicales suivantes sont bifurquées. Le lobe supérieur est horizontal, oblong et se termine par une face verticale qui va augmentant de grandeur, jusqu’à la septième. Le lobe inférieur est presque vertical , s’élargit beaucoup dans le dos, et va en augmentant jusqu’à la sixième ; mais il II’ existe point du tout dans la septième. On peut voir la quatrième cervicale pl. I, %. 6 et 7. Les apophyses épineuses sont comprimées , pointues et de lon- gueur médiocre, qui augmente cependant jusqu’à la septième. Toutes ces vertèbres ont le corps transversalement ovale, un peu convexe en avant et concave en anâère ; il est plus large que long et sans apophyses en dessous, mais avec une légère crête dans les antérieures. Au total , c’est du cochon que ces vertèbres se rapprochent le plus par la forme et les détails des trous artériels, etc. Les dorsales ont de longues apophyses épineuses comprimées et couchées en arrière, qui augmentent jusqu’à la troisième et vont en- suite en diminuant jusqu’à la neuvième, passé laquelle elles demeurent courtes , coupées carrément et à peu près égales en hauteur , mais devenant toujours plus larges d’avant en arrière. Les dernières épi- neuses du dos et celles des lombes sont plutôt couchées en avant. Les facettes des apophyses articulaires deviennent horizontales, jusqu’à celles qui unissent la dixième à la onzième, qui se relèvent et après lesc[uelles elles sont toutes presque verticales, dans les dorsales, comme dans les lombaires, l’antérieure de chaque vertèbre embras- sant en dessous la postérieure de la vex tèbre précédente. La troisième 37’^ HIPPOPOTAME 292 dorsale est représentée pl. I, fig. 8 et 9. Les apophyses transverses des lombes sont très-grandes, très-larges, un peu dirigées en avant et pointues. La pénultième a son apophyse transverse articulée par une facette avec la dernière. Celle-ci (pl. jq qi j j ^ ^ le corps dé- primé et son apophyse transverse, très-large à sa base , s’articule par de grandes facettes avec celle de la première sacrée. Le sacrum a en dessus une figure allongée, un peu plus étroite en arrière. Sa dernière vertèbre seule se distingue de la précédente par une échancrure j les autres ne se marc[uent que par des trous. Toutes les apophyses épineuses, excepté la première, sont unies en une seule crête peu élevée, à bord élargi et aplati en dessus. Les apophyses transverses, passé l’os des isles, sont aussi unies en une pareille crête. La première, celle qui s’unit principalement à Vos des isles, est beaucoup plus large que les autres. Les premières coccygiennes ont des apophyses transverses médiocres, des épineuses en crêtes peu élevées, mais étendues longitudinalement , et des articulaires antérieures, mais qui n’en ont point de postérieures qui leur répondent 5 passe la quatrième, les epiiieuses disparoissent 5 en dessous elles ont chacune quatre tubercules. Les coccygiennes suivantes sont comprimées avec trois tubercules en dessus , un de chaque côté, et trois en dessous. Les dernières n’en ont que deux en dessus et deux en dessous. a Les corps de toutes les vertèbres, passé les cervicales, sont à peu près planes. Il y a quinze côtes , dont sept vraies et huit fausses ; presque aussi bombées que celles du rhinocéros, elles s’en distinguent, ainsique de celles de 1 éléphant, parce qu’elles sont beaucoup plus larges et plus plates à leur partie voisine des vertèbres qu’àleur partie opposée. La pièce antérieure du sternum est comprimée en soc de charrue et fort avancée en pointe obtuse au-delà de la première côte. Le reste est déprimé : les pièces sont au nombre de sept. § IV. L’ extrémité antérieure. \j omoplate (pl. I, fig. i , A, et pl. II, fig. 6) est facile à distinguer VIVANT. 293 de celles du rhinocéros et de l’éléphant , étant plus large cjue la première et moins cpie la seconde , ayant d’ailleurs de toutes autres formes 5 son bord supérieur est presque égal au posté- 1 rieur ; celui-ci est presque rectiligne ; l’antérieur a une courbure convexe vers le milieu et concave ensuite , se terminant par un tubercule coracoïde très-saillant ; son épine c , fait plus de saillie vers l’articulation humérale que partout ailleurs : au moyen d’une échancrure elle y produit une apophyse ou espèce d’acromion, efi forme de crochet, a, qui avance autant que sa base d, mais est loin d’ arriver au niveau de la face articulaire ; son arête est très- grosse dans le milieu de sa longueur b ; la cavité glénoïde g, h , (pl. II, fig. 5 et 6) est elliptique, arrondie et plus large en arrière, plus pointue en avant. Cette omoplate rappelle un peu celle du cochon pour la forme générale, mais se rapproche davantage de celle dnbœuf, pour ce qui regarde l’épine et la face articulaire, caractères plus essentiels à cause des mouvemens et des attaches des muscles. Vhumérm (pl. I, fig- 1 ? B, etpl. II, fig. 7 , 8, 9 et 10) a sa grande tubérosité a très-élevée, fort saillante en avant et se divisant en deux lobes dont le postérieur a! est plus petit ; l’antérieur se recourbe en avant dès la rainure bicipitale qui est très-profonde et lisse ; la petite b est plus basse ; la tête articulaire c se porte très en arrière et est ovale. La ligne âpre parcourt- obliquement tout l’os; peu sail- lante d’abord , elle se renfle au-dessous du tiers supérieur de l’os par un tubercule , d, e (fig. 7 et 8); le condyle externe g est plus saillant que l’interne jT,- mais sa crête ne saille point au-dessus de lui le long de l’os, comme par exemple dans l’éléphant; la poulie articu- laire h est oblique du dehors en dedans, plus gi’osse au côté interne, ayant une gorge large peu concave et une étroite et encore moins concave vers le dehors. En arrière, entre les deux condyles, ^,fig- est une fosse pour l’olécràne très-profonde, mais ne j)erçaiit pas 1 os. Il n’y a pas non plus au condyle interne de trou pour I artère cubitale. Cet humérus approche singulièrement fie celui du bœuf, qui est seulement plus court à proportion et a les rainures de sa poulie plus HIPPOPOTAME 294 marquées; celui du cochon a aussi quelques rapports, mais est moins large vers le bas. Le radius E (fig. i , ph I) et b (lig. ii , pl. II), est gros et court, un peu aplati d avant en arrière; sa tête supérieure c, d, (fig. 12, ib.) est transversalement oblongue , plus large du côté in- terne, un peu saillante dans son milieu e , ce qui ne lui permet qu’un mouvement de flexion sur l’humérus ; elle se soude promp- tement par son bord postérieur au bord inférieur de la facette sigmoïde du cubitus. Sa face antérieure est irrégulièrement en portion de cylindre ; la face interne est plane. Il se soude par tout le bord extérieur de cette face avec le bord antérieur du cubitus. Sa tête inférieure e,^( fig. ii) offre en dessous deux facettes obliques et concaves g el h , pour les deux premiers os du carpe , et en avant, deux grosses tubérosités. Le bord externe de la deuxième facette se soude avec le bord antérieur ou interne de la facette cubitale. Le cubitus F (pl. I, fig. i) et c, uf (pl. II, fig. 1 1) est comprimé; l’olécrâne c est peu prolongé, et son bord postérieur presque tran- chant; eu arrière il est arrondi, et en dessus un peu tranchant. A fextré- mité, ce bord tranchant se recourbe un peu en dedans en foime de crochet ; la facette sygmoïdalc est étroite en haut. Vers le bas, elle s’élargit et se bifurque comme dans beaucoup d’autres animaux ; mais sa bifurcation externe est entièrement séparée de l’autre par une fosse profonde et forme une facette à part. La facette inférieure du cubitus est petite , concave , et s’unit à une petite portion de facette du radius pour former une troisième poulie oblique pour l’os correspondant du carpe. Les deux os dont nous venons de parler n’en font réellement qu’un dans 1 hippopotame , car ils s’y soudent de très-bonne heure , laissant seulement entre eux du côté externe un sillon assez profond, qui occupe les trois quarts de la longueur du radius et du côté in- terne un simple trou vers le quart supérieur. Le bœuf ressemble assez à 1 hippopotame par l’avant-bras, mais il l’a plus allongé, et les facettes articulaires de la tète inférieure y sont moins obliques. VIVANT. 295 Le carpe de Thippopotame est fait en gros sur le modèle du cochon, mais ses os sont moins élevés, plus déprimés 5 ceux du premier rang ont les faces supérieures plus concaves d’avant en arrière. Le sca- phoïde, Æ, fig. i3, pl. 11, a une tubérosité postérieure plus saillante. 'hQ semi-lunaire , b, ïb., a sa face antérieure montant plus oblique- ment vei's le dehors, et son angle supérieur externe plus pointu. Le cunéiforme, d, est moins comprimé latéralement, he pisiforme , e, est aussi moins comprimé ; il a une grosse saillie ronde à sa face externe, qui le fait paroitre crochu. Au second rang, un petit os pointu, jf, presque semblable à un pisiforme, tient lieu de pouce et de trapèze. Le trapézoïde, n’est pas comprimé latéralement comme an cochon, mais plus large que haut. Sa facette pour le trapèze occupe toute la hauteur de sa face externe. Sa face sujiérieure est un trapèze légèrement convexe. Le grand os, il’a presque pas de face antérieure, tant il est déprimé; et en arrière de sa double facette supérieure , il a un tubercule, ou plutôt un long pédicule crochu, qui n’est pas dans le cochon. L’arête qui sépare les deux facettes supérieures dans 1 uiicforme , i, est moins oblique c[ue dans le cochon ; l’extérieure de ces deux fa- cettes est moins étendue en dehors , et il y a en arrière un pédicule, comme au grand os, qui n’existe pas dans le cochon. Tous ces caractères du carpe de l’hippopotame le distinguent du bœuf non moins que du cochon. Son métacarpe ne peut être comparé qu’à celui du cochon; mais tous ses os sont plus gros et plus courts; les deux extrêmes, h, l, fig. i3, pl. II, sont plus courts mais aussi plus gros que les deux moyens, n‘, le diamètre antéro-postérieur de leurs têtes supé- rieures est plus considérable à proportion, et les poulies articulaires de leurs têtes inférieures sont simples, montrant à peine en arrière un vestige d’arête mitoyenne. Les phalanges ont les caractères d’articulation ordinaires. Les secondes sont moitié plus courtes que les premières, et les troi- sièmes sont les plus petites de toutes , et de forme demi- cir- culaire. 29É> HIPPOPOTAME § V. L extrémité postérieure. Le bassin de l’hippopotame G, fig. i, pl. I, et fig. i4, pl. Il, se distingue facilement de ceux de l’élephant et du rhinocéros, parce qu’il est beaucoup moins large dans la partie des isles, que les grandes ailes iléales se rapprochent davantage d’un plan commun, que les cols des os des isles, les ischions et les pubis sont plus allongés et ces derniers moins saillans, en sorte que le détroit est très- oblique, et le petit bassin fort allongé. C’est encore le boeuf qui en approche le plus sous ces divers rapports; mais dans l’hippopotame le petit bassin et surtout les trous ovalaires sont bien plus allongés. La figure de la partie évasée des os des isles est aussi très-difFérente ; les deux ailes en sont à peu près également exubérantes; l’externe est plus large, plus arrondie que l’autre qui est plus pointue; c’est le contraire dans le bœuf, le chameau. Le bord antérieur qui les unit est en arc de cercle convexe ; dans le bœuf il est en en. Le chameau l’a bien comme l’hippopotame, mais il ne lui ressemble pas d’ailleurs. La tubé- rosité de son ischion, par exemple, est transversale et en ligne droite avec sa correspondante. Dans le bœuf elles font ensemble un angle de 45»° ; dans 1 hippopotame elles deviennent presejue parallèles. Le sacrum a, b, {ih^ est très-large ; la partie externe des os des îles c, d, est très-évasée et presque dans le même plan. Leur partie située en arrière ou plutôt en dessus du. sacrum se relève un peu. Le col de l’os e, e , est large et court, et l’os lui-même est plus large que long; son bord externe est aussi long que l’interne; sa face postérieure est concave; ce qu’on voit de l’antérieure, en n’ôtant pas le sacrum, est plane. Des pubis/jjT, sont peu saillans, de manière que la cavité du bassin est petite. Le diamètre antéro-postérieur g h, est néanmoins plus long d’un tiers que le transverse ik (cette proportion ne peut se juger dans la figure à cause de la perspective). Le plan du détroit antérieur est oblique en arrière. Ija partie postérieure de l’ischion ni, m, est fort élargie. Ley^mr^rKK fpl. I,fig. i, et pl. II, fig. i5, i6et 17) est d’une belle VIVANT. 297 forme droite ; son fust est presque égal du haut en bas; régulièrement cylindrique en avant, avec deux lignes après, une interne et une postérieure peu marquée ; son grand trochanter a, comprimé latéra- lement, ne dépasse pas la hauteur de sa tète b ,* le petit, c, est mé- diocre ; ils se joignent par une côte saillante oblique au-devant de laquelle est une fosse profonde et arrondie. Il n y en a point de troi- sième comme dans'le rhinocéros, le tapir et le cheval. La tête infé- rieure est fort grosse. Le condyle interne ést d’un tiers plus grand que l’autre. Tous deux saillent beaucoup en arrière. La poulie rotu- lienne d est peu profonde , ses bords sont mousses. L’interne s’élève plus que l’externe. Il n’a guères de ressemblance qu’avec les fémurs des grands ru- minans ; mais sa tête supérieure est beaucoup plus détachée , plus sphérique, et l’inférieure plus large , surtout en arrieie. Ces différences aideront à le distinguer du fémur du bœuf ; celui de la giraffe, qui pourroit encore plus aisément faire illusion , parce qu’il est de même grandeur, outre sa tête supérieure plus rappro- chée, a encore ses condyles plus petits et le boul interne ce sa poulie rotulienne beaucoup plus élevé et plus saillant j celui c u cochon lui ressemble davantage par le haut, mais beaucoup moins par le bas, et d’ailleurs ses dimensions ne permettent pas cpion s y méprenne. Le tihia\Aj (pl. I, fig. i,et pl. Hjfig- 18 et 19) est court et gros plus que celui d’aucun animal , surtout aux extrémités ; il est triangulaire partout: seulement son arête antérieure ci, h, qui est tres-saillante dans les deux tiers supérieurs, et échancrée dans le haut, dérive dans le bas, vers la malléole interne la malléole externe est formée, comme dans le cochon et les' ruminans, par un osselet particulier c , qui s’articule avec le péroné, le tibia, l’astragale et une face«e particulière du calcanéum. La tête supérieure a une ligure tres- bizarre, arrondie en demi -cercle du côté interne, profondément échancrée en arrière et du côté externe en avant. Le condyle exteine est presque carré ; l’interne plus grand et triangulaire , 1 arete ante- rieure forme en avant de l’échancjture du côté exteine un gros tu- T. I. I HIPPOPOTAME 298 hercule arrondi. La face astragalienne, e,ûg. 19, est plus large du côté interne où la malléole y forme un angle aigu. C’est du tibia du bœuf qu’il se rapproche le plus, mais celui-ci est plus allonge ; la saillie de 1 arête antérieure n’y descend pas si bas et elle n’est pas si aplatie et si échancrée dans le haut. Celui du cochon est aussi plus allongé, et les échancrures de sa tête supérieure sont moins marc[tiées. hepéro?2é^ d, bg. 18, est très-grêle et fort écarté dutibia partout, hors ses deux extrémités. L’osselet malléolaire se soude promptement à l’extrémité inférieure. C’est aussi sur le modèle du cochon qu’est principalement fait le tarse de I hippopotame. astragale A, fig. 20, pl. II, est plus large à proportion; comme les rnminans et le cochon, il a sa poulie inférieure divisée en deux gorges a, b, séparées par une arête mousse; mais ces deux gorges sont presque égales et peu concaves. L’externe a répond au cuboïde ; l’interne h au scaphoïde. La poulie tibiale, c , est bien prononcée; il y a à la face postérieure une grande facette pour l’articulation avec le calcanéum, et deux autres à la face externe. Cette face en montre de plus une pour l’articulation avec l’extrémité malléolaire du péroué, c (fig. 18), et il y en a une presque pareille à la face interne, pour la malléole interne tibiale. calcanéum H-jfig-^o, B) alesmêmes faces et facettes que celui du cochon, et disposées a peu près de même; mais son corps est plus gros, plus court, moins comprimé. Sa grande face astraga- lienne est plus large ; ces caractères le distinguent aussi de celui dubœuf. Le cuboïde i^ib. , C) correspond par sa forme aux deux os pré- cédons ; sa facette calcanienne est de très-peu plus étroite que l’astragalienne , et sa face antérieure c est un peu en forme d’é- querre. L’inférieure olfre deux facettes pour les deux os externes du métatarse, dont l’externe est très-étroite et au-dessus d’elle à la face externe de l’os , il y eu tine autre. Le scaphoïde D ( ib.') est séparé du cuboïde, comme dans le cha- meau et le cochon ; la tubérosité postérieure ne se relève pas comme VIVANT. 299 dans le dernier. Sa face inférieure offre trois facettes, dont deux pour les deux os cunéiformes E et F qui répondent aux deux os externes du métatarse , et la troisième pour un osselet surnumé- raire c{ui tient lieu à la fois de premier cunéiforme et de pouce. Le cunéiforme du côté interne est trois fois plus petit que 1 autre. Ce que nous avons dit des doigts de devant, convient aussi à ceux de derrière. Les os du métatarse et les phalanges ont avec les os analo- gues du cochon les mêmes différences et les mêmes ressemblances. De cette description il résulte, comme on voit, que l’hippopotame se rapproche à la fois du bœuf et du cochon par la structure de son squelette ; mais qu’en même temps il a dans chacun de ses os des caractères sufîisans pour qu’on ne puisse jamais les confondre avec ceux d’aucun animal. 11 ne me reste qu’à donner les dimensions des diverses parties de mon squelette pour en faire mieux saisir les proportions. Dimensions du squelette d’un hippopotame qui ai^oit eu vie onze pieds de longiieuv, NOMS DES PARTIES. Tête. -1 . J 1 ;.,cmi’au Lord de l’ouverture exte'rieure Depuis le sommet de la crete occipitale jusqu au ooiu des narines , partie supérieure.. Du bord supérieur d’un orbite à l’autre , en arriéré De la partie la plus saillante d’une arcade zygomatique à 1 autie Largeur de la crête occipitale entre les deux arcades Largeur de la tête prise en dessus , vis-à-vis des trous sous-oibitaires Largeur de la tête prise en dessus , de l’avéole d’une canine à 1 autre Même largeur prise en dessous , de la partie la plus extérieure de la tubérosité qui porte les deux incisives d’un côté , à celle du côté oppose | ‘ ” Hauteur de la tête prise vis-à-vis le trou sous-orbitaire, depuis le bord alvéolaire Distance de l’extrémité postérieure de l’apophyse zygomatique de 1 os e pommette jusqu’au bord du trou sous-orbitaire De celte même extrémité à la partie moyenne de la crête occipitale- ■ Diamètre antéro-postérieur des orbites tênie' de la partie de Profondeur de la fosse zygomatique prise depuis la face i l’arcade la plus éloignée du crâne jusqu’à celui-ci 0,584 0,336 o,44o 0,173 o,i53 o,35o 0,243 0,167 0,280 0,290 0,081 o,i33 38" 3oo ' HIPPOPOTAME Ilauteur de la tête prise du Lord supérieur du trou occipital , au milieu de la crête du même nom 0,l35 Largeur de la tete dans le meme endroit, prise d’un angle inférieur de la crête occipitale à l’autre 0,9g2 Hauteur du trou occipital. o,o58 Largeur du même trou 0,070 Longueur du bord alvéolaire des molaires o,3oo Distance de 1 extremite anterieure du bord alvéolaire des molaires , à l’alvéole de la canine 0,117 Du meme endroit à 1 alvéole de l’incisive moyenne 0,128 Du trou occipital à l’épine postérieure de la voûte palatine ... 0,148 Hauteur de l’ouverture des arrières-narines o,o65 Largeur o,o8i Mâchoire inférieure. Largeur de la mâchoire prise du bord alvéolaire externe d’une canine à l’autre. 0,870 Largeur du bord alvéolaire des incisives 0,182 Distance d’un condyle à l’autre, prise de la partie la plus extérieure de chaque 0,407 D 'une apophyse coronoïde à l’autre o,23o Intervalle entre une apophyse coronoïde et le condyle du même côté 0)079 Hauteur des branches de la mâchoire , prise depuis l’angle jusqu’au sommet du condyle 0,340 Longueur de la mâchoire depuis le bord supérieur antérieur de l’alvéole d’une canine , jusqu’à la partie la plus reculée de la branche du même côté 0,57$ Longueur du bord alvéolaire des molaires ^ Distance des angles inférieurs ^ ^20 Epine. Longueur de la partie cervicale, non compris les cartilages intervertébraux.. , . 0,478 Longueur de la partie dorsale , id 1 ,o5o Longueur de la partie lombaire, id 0,370 Longueur du sacrum 0,4 1 2 Longueur de la partie caudale .♦ 0,480 Longueur totale de l’épine et de la tête 3,874 Longueur de l’atlas 0,074 Plus grande largeur 3^g Longueur de l’axis , y compris son apophyse odontoïde o, 1 56 Largeur 0^222 Hauteur de la première apophyse épinale du dos 227 Hauteur de la troisième , qui est la plus longue 0,279 Hauteur de la dernière 0,088 Largeur de la dernière lombaire de 1 extrémité d une apophyse transverse à 0,460 VIVANT. Extrémité antérieure. Longueur de I’omoplate depuis le bord supérieur antérieur de la cavité cot. jusqu’à l’angle supérieur antérieur Depuis le bord post. de cette cavité jusqu’à l’angle sup. post Longueur du bord compris entre les deux angles supérieurs Largeur du col Longueur de l’épine depuis le bord de 1 omoplate jusqu à sa pointe Élévation de l’épine Longueur de la cavité cotyloïde » • • Largeur Élévation de l’apoph- c»*’- au-dessus du bord de la cavité Longueur de I’humérUS , depuis le sommet de la grande tubérosité jusqu’au bas du condyle externe ' Diamètre antéro-postérieur de sa tête supérieure , y compris la tubérosité. ..... Diamètre transverse Diamètre de la tête inférieure d’un condyle à l’autre Largeur transverse de sa poulie articulaire Diamètre antèro-postërieur de la gorge la plus étroite de cette poulie Diamètre antéro-postérieur du segment de sphère qui forme la facette arthrodiale de sa tête supérieure ‘ * Diamètre transverse de l’endroit le plus mince de 1 os * • Distance de cet endroit au sommet de la grande tubérosité Longueur du cubitus * é.*.... Longueur de sa facette sygmoïdale au milieu Longueur de l’olécràne, depuis le bord postérieur de l’articulat Plus grande hauteur de l’olécrâne Longueur de la facette carpienne Longueur du radius Grand diamètre de sa facette humérale Petit. . • • Grand diamètre de sa face carpienne * Petit... Diamètre du milieu de l’os Longueur antéro-postérieure du scaphoïde du carpe Largeur * Hauteur Longueur antéro-postérieure du semilunaire Hauteur eu avant Largeur en ayant et en bas Longueur antéro-postérieure du cunéiforme Hauteur en avant Longueur du pisiforme Épaisseur au milieu 3oi 0,472 0,34» 0,326 0,089 0,400 o,og3 0,084 0,073 0,084 0,454 0,1 88 0,1 35 o,i36 0,097 o,o5i o,o85 0,047 0,283 o,38a o,o5o 0,1 36 0,086 0,042 0.290 0,096 0,054 0,078 0,o52 o,o5o 0,070 0,028 o,o36 0,067 0,069 0,087 0,045 o,o44 0,067 0,028 HIPPOPOTAME 3o2 Longueur antéro-postérieure du trapézoïde o,o4o Largeur 0,02g Hauteur 0,021 Longueur antéro-postérieure du grand os 0,080 Largeur en avant o,o44 Plus grande hauteur o,o33 Longueur de l’antéro-postérieure de runciforme o,o8a Largeur en avant o ogy Plus grande hauteur o,o4o Longueur de l’os du pouce o,o5i Épaisseur 0^028 Longueur des os moyens du métacarpe o, 1 47 Largeur au milieu o,o4o Longueur de l’os métac. de l’index 0,1 18 Longueur de l’os métac. du petit doigt 0,104 Longueur des premières phal^ges o,o55 Longueur des deuxièmes o,o34 Longueur des troisièmes 0,024 Extrémité postérieure. Largeur de la crête antérieure d’un os des isles entre ses deux épines Oj3g7 Distance entre son épine extérieure et le bord antérieur de la cavité cotyl 0,870 Largeur de l’endi'oit le plus étroit du col 0,087 Diamètre delà cavité cotyl 0)079 Distance entre le bord postérieur de la cav. cot. et 1 ext. sup. de la tubérosité del’tSCHION 0,253 Distance entre le bord inferieur de la cav. cotyl. et l’extrémité antérieure de la symphise 0,142 Longueur de la symphise o,25o Longueur du trou ovalaire., - 0,1 54 Largeur 0,086 Distance entre l’extrémité postérieure de la symphise et l’extrémité inférieure de la tubérosité de l’ischion Ojigo Distance entre les épines externes des os des îles 0,770 Distance de 1 extrémité supérieure de la tubérosité de l’ischion à l’inférieure. . . 0,182 Distance des deux extrémités supérieures des tubérosités ischiatiques 0,268 Plus grande largeur de 1 os sacrum à sa face antérieure 0,261 Longueur du femcb , du sommet de sa tête supérieure au bas du condyle interne. o,5o5 Plus grande largeur supérieure, de la plus grande saillie de la tête à celle du grand trochanter 0,180 Diamètre de la tete. . • : 0,078 Plus grande largeur inférieure entre les deux condyles 0,1 55 Distance entre le bord postérieur du condyle interne et l’angle ant. int. de la poulie articulaire * o,i85 VIVANT. 3o3 Distance entre le bord postérieur du cond. ext. et l’angle ant. ext. de la poulie. LolJuLr moyenne de la poulie articul. rotulienne Largeur Diamètre Iransverse de l’endroit le plus mince de l’os Hauteur de la rotule Largeur Epaisseur. 0,143 0,084 0,078 o,o63 0,075 0,100 0,060 Longueur du tibia depuis le milieu de sa tête supérieure jusiiu’au milieu de l’inférieure Diamètre transverse de sa tête supérieure Diamètre antéro-postérieur entre ses deux facettes articulaires Diamètre transv. de la tête inférieure 0,089 Diamètre antéro-jmstérieur moyen o,o58 S.aillie de la malléole interne vers le bas o,o33 Diamètre transv. de l’endroit le plus mince de l’os 0,057 Longueur du péroné Longueur du calcanéum. Longueur de sa saillie postérieure Hauteur de sa plus grande facette astragalienne Largeur Longueur de la plus petite Largeur Longueur de sa facette cuboidienne Largeur Longueur de I’astragale au milieu Largeur en bas Hauteur Largeur de la portion cuboidienne de sa poulie inférieure Largeur delà scaphoïdienne Largeur du cuboïde en avant Longueur Plus grande épaisseur en avant Largeur du scaphoïde Longueur Épaisseur Longueur des deux grands os du métatarse largeur au milieu Longueur des deux petits Largeur au milieu Longueur des deux premières phalanges du milieu Longueur des deux latérales Longueur des deuxièmes phalanges du milieu Longueur des deuxièmes latérales Longueur des dernières ou onguéales • • 0,287 0,117 .... 0,o4o o,o56 ■ • • . . o,o3i 0,025 o,o52 0,027 . . : . . 0,077 0,072 o,o56 . . . . . 0,037 0,042 0,045 0,066 0,087 o,o5o o,o65 0,025 0,i32 o,o37 0,096 o,o3o 0,060 o,o53 o,o33 0,026 0,026 3o4 HIPPOPOTAMES DEUXIÈME SECTION. Des Hippopotames fossiles. On ne connoît jusqu’à présent qu’une seule espèce vivante d’hip- popotame , ainsi que nous venons de le voir dans l’article précédent ; mais j’en ai découvert deux et peut-être quatre fossiles. La première est si semblable à l’espèce viyante, qu’il ne m’a pas d’abord été pos- sible de l’en distinguer 5 une seconde est à peu près de la taille d’un sanglier, mais du reste, ainsi qu’on le verra bientôt, l’on diroit que c’est une copie en miniature de la grande espèce. Quant à la troi- sième, elle seroit presque intermédiaire entre les deux autres. Enfin j’ai des traces d’une quatrième à peu près grande comme un cochon de Siam. La connoissance des moindres espèces est entièrement due à mes recherches 5 et, quant à la grande, si son existence parmi les fossiles avoitdéjà été annoncée, ce n estguères qu àl époque de ma première édition quelle a été mise hors de doute. En effet, feu M. Faujas de Saint-Fond, l’auteur qui avoit écrit immédiatement avant moi sur ces sortes de matière, assuroit encore dans ses Essais de géologie (tome I, p. 364 et suiv, ) qu’il n’avoit rien vu dans les cabinets qu’il avoit visités dans ses voyages, ni dans les auteurs qu’il avoit consultés, d’où l’on put conclure que l’hip- popotame se fut trouvé jusqu’à présent dans l’état fossile avec les élé- phans , les rhinocéros et les autres grands quadrupèdes des pays chauds. En parcourant nous-même les auteurs, nous n’y avons pas trouvé à la vérité cette disette absolue de renseignemens : mais nous avons vu du moins que les hommes les plus savans sont très-souvent tombés dans des erreurs graves en voulant appliquer le nom d’hippopotame à des fossiles qui ne le méritoient point du tout. Ainsi nous avons déjà reconnu ci-devant que tout ce que Dau- benton dit de prétendues molaires fossiles d’hippopotame , dans sa Description du cabinet du roi (Hist. nat. , tome XII, in-4®* ? sous 3o5 FOSSILES. les nos. MCVI, MCVII, MCVIII et MCXIII) se rapporte aux mo- laires intermédiaires de notre grand mastodonte de l’Oliio ou mam- mo^^^// desAnglois et des Américains j et ce qu’il dit encore au même endroit de dents pétrifiées qui ont rapport à celles de Vhippopo- tame , sous les nos. MCIX, MGX, MGXI et MGXII, se rapporte aux dents d’une autre espèce confondue avant nous par les natura- listes avec celle de FOliiOj et que nous en avons distinguée sous le nom de mastodonte à dents étroites. Mais il n’en est pas de même des nos. MGII et MCIV, dont le premier est une portion de mâchoire contenant deux molaires , et l’autre une molaire isolée. Ils appartiennent bien réellement à un hippopotame , ainsi que nous le verrons plus bas ^ ils sont de plus bien réellement fossiles , et portent toutes les marques d un long séjour dans l’intérieur de la terre : leur consistance est altérée j leur tissu est teint par des matières ferrugineuses ; l’émail de la première de ces pièces est coloré en noir, comme il arrive très- souvent aux dents fossiles ; on y voit des restes de la couche terreuse dans laquelle ils ont été trouvés ; en un mot, il n’y manque qu’une indication du lieu de leur origine, indication à lac{uelle même nous suppléerons un peu plus bas par des conjectures très-vraisemblables. Pierre Gamper a aussi parlé de dents fossiles d’hippopotame , mais il paroît être tombé dans une erreur semblable à celle de Dau- benton. Voici son article sur ce sujet. Il est tiré des Mémoires de l’Académie de Pétersbourg (Nova acta , II, 1788 , page 208 ). ce In y) Museo britannico ( écrit-il à M. P allas ^ , ad anuissim delineaui )) molarem dentem medium hippopotami gigantei, qui superat )) quater maximum illum molarem ciijusfîguram à me delineatam » descripsisti{\iiiQ‘^^i^ct. acad. peti'op. I II, p. 214)- Et Gamper ne pouvoit entendre ici une dent de l’animal de l’Ohio, parce qu’il parle avec détail de ce même animal une page plus loin, et qu’on voit d’ailleurs qu’il le connoissoit très-bien, puisqu il I avoit expressément distingué de l’hippopotame, dès 177?’ cta , lie. partie, p. 219. Gomme je n’ai pu me procurer aucun renseignement direct sur T. I. ^9 3o6 HIPPOPOTAMES cette dent gigantesque , j’en suis réduit à des conjectures. Les dents du mastodonte à dents étroites , ainsi que nous l’avons dit à son cha- pitre , présentent, à une certaine époque de leurdétrition , des figures de trèfles qui ressemblent en grand a celle des hippopotames 5 et comme Camper n’avoit encore aucune idée des différences qui dis- tinguent cet animal de celui de l’Ohio, il a pu se tromper sur une dent isolée. Quoi qu’il en soit , celle dont il parle en cet endroit ne pourroit venir dans aucun cas de notre hippopotame vulgaire, ni de l’hippopotame fossile ordinaire , puisqu’elle est c[uatre fois plus grande que les leurs. Merck paroît avoir donné dans la même erreur que Pierre Camper. Yoici ses paroles ( lere. lettre, p. 21 , note). « Je possède une dent molaire trouvée dans les environs de Francfor-t , sur le Mebi , exactement ressemblante à celle d’un hippopotame , dessinée dans le tome I des Epoques de la nature, de M. de Buffon, pl. III. )) Or cette planche III représente une dent intermédiaire du mastodonte de l’Ohio, dont les sommets sont un peu usés. M. Deluc (lettre géol., IV , p. 4^4) pai’le d une dent d’hippopo- tame trouvée parmi les produits volcaniques des environs de Franc- fort 5 mais M. Merck nous apprend (Ille. lettre, p. 20, note) quelle étoit de rhinocéros. Nous trouvons, à une époque plus ancienne, quelque chose de moins incertain sur le même sujet : c’est un passage d Antoine de Jussieu, dans les Mémoires de 1 Academie des Sciences pour 1724. Après y avoir décrit et représenté en détail une tête de véritable hip- popotame, il ajoute : « La vue des ossemens de cette tête et de ces pieds m’en a fait )) reconnoitre d abord de semblables pétrifiés, trouvés parmi un )) nombre de pierres figurées c{ui sont dans le territoire de Mont- )) pellier, au lieu C[U otr y appelle la Mosson. » Ces découvertes, dont M. Chb'ac a été témoin, nous embarras- )) soient d arrtant plus , que ne trouvant rri dans le crâne du cheval, ni » clans celui du bœuf, que nous leur comparions, aucune ressem- )) blaiice, nous ne savions a quel animal les attribuer j et ce n’est FOSSILES. 3o7 » que la vue des dépouilles de celui-ci qui nous convainquit que ces )) ossemens pétrifiés avoient été ceux de Thippopotanie. » Quoique Antoine de Jussieu n ait donné ni figure ni description particulière de ces fossiles, la manière dont il en parle, l’endroit où il en parle, après avoir décrit une véritable tete, et ayant pour ainsi dire à la fois les os frais et les fossiles sons les yeux , ne pei’niettent guères de douter que ces derniers n’aient réellement tout-à-fait res- semblé à ceux de l’animal auquel il les attribue ; j’ai même tout lieu de croire que ces morceaux observés par Chirac et par Antoine de Jussieu sont précisément les mêmes que Dauhenton a indic[ués sous les nos. MCII et MCIV, et que je décrirai plus bas. Chirac , alors intendant du Jardin du roi, les ayant eus à Montpellier, les aura apportés à Paris, et déposés au cabinet, où Dauhenton les aura trouvés ensuite sans autre indication. Les dents que Charles Nicolas Lang avoit données quelques années auparavant pour des dents d’hippopotame, dans son Historia lapidum figuratorum , imprimée en 1708, pl. XI, fig. i et 2 , ne sont pas dans le même cas que les précédentes : ce sont de simples dents de cheval. Fig. i est un germe non encore sorti de la trencive, et fig. 2, une vieille dent usée. Les lithologistes se sont très- souvent trompés sur les dents de cheval, quoiqu’elles appartiennent à un animal si commun. Nous le verrons plus en détail dans un autre chapitre. Je trouve encore dans un auteur presque de nos jours un morceau attribué à l’hippopotame, qui me paroît l’être tout aussi faussement que ceux de Lang : c’est celui que cite le catalogue du cabinet de Davila, tome III, p. 221 , art. 296. Voici ses termes : « Une mâchoire dl hippopotame pétrifiée et enclavée dans sa » matrice de pierre à plâtre des environs de Paris. La mâchoire inférieure conserve cinq de ses dents molaires, dont les laciues )) sont engagées en partie dans leurs alvéoles, et en paitie ecou- )) vertes. La mâchoire supérieure est presque entièrement etruite, et )) n’offre plus que l’empreinte des autres dents molaiies opposees à » celles de l’inférieure j celles-ci conservent leur émail verdâtre, et 39’^ 3o8 HIPPOPOTAMES y) sont semblables d’ailleurs aux dents de l’hippopotame dont M. de )) Jussieu a donné la figure dans les Mémoires de l’acad. des » sciences. Cette mâchoire porte un peu plus de 6 pouces de lon- » gueur sur 4 de hauteur. » Je connois assez les fossiles contenus dans nos pierres à plâtre pour pouvoir assurer cju’il n’y a jamais rien qui provienne de l’hip- popotame j d ailieuis cinc| dents de cet animal auroient certainement occupé au moins 8 pouces, et non pas seulement 6 de longueur. Je suis donc bien persuadé que Dwüa, ou plutôt son coopé- rateur Rome-de-l Isle , aura eu sous les yeux quelque fragment de mon grand palœotheriiim : son idée que ces dents ressembloient à celles des figures Antoine de Jussieu , sera venue de ce que ces figures ne sont ni assez grandes ni assez précises. Je présume qu’il en est à peu près de même des os ddiippopo- iame que Lamétherie dit avoir été trouvés à Mary près de Meaux (Jheor. de la terre, V, p. mais dont il ne donne pas de des- cription. Les environs de Meaux sont en grande partie gypseux, et je sais que les os fossiles y sont les mêmes qu’aux environs de Paris. Faujas lui-même avait parlé anciennement de dents d’hippopotame. Voici comment il s’exprimoit dans une lettre à Lamétherie sur les osse- mens trouvés par M. de Fay près d’Orléans, insérée dans le Journal de physique de décembre 1794, p. 445 et suivantes. « Voici quelques details sur ce que j’ai reconnu de mieux ca- » ractérisé dans les restes d’ossemens de la carrière de Montabu- » sard. )) I O. Une^ dent pétrifiée d’hippopotame pesant 8 onces 6 gros )) quinze grains, quoiqu elle ne soit pas entière , car il en manque )) une portion à 1 extrémité de la couronne, etc. En comparant » cette dent à celles des plus grosses têtes d’hippopotame que pos- » sède le Muséum d’histoire namrelle, je n’en ai trouvé aucune à » beaucoup près de la grandeur de celle-ci : ainsi l’animal auquel » cette dent fossile a appartenu devoir être trois fois plus gros au » moins que l’hippopotame empaillé qui est dans les galeries du y> Muséum, et qui vient du cabinet de la Haye. » FOSSILES. 3og J’ai examiné cette meme dent, et je me suis assuré, comme je l’ai dit ci-devant, ^ju’elle étoit d’un mastodonte. Au reste, si quelquefois l’on a donné pour os et dents d’hippopo- tame des morceaux qui n’en venoient pas, il est arrivé aussi que quelques auteurs en ont eu sans le savoir, et les ont attribués à des animaux qui ne les avoient point fournis. De ce nombre est ^Idro- çande, De inetallicis , lib. IV, p. 828 et suiv. Il représente, tab. VI, fig. I , une véritable molaire fossile d’hippopotame; la quatrième ou cinquième d’en haut à demi-usée; et fig. 2, une postérieure d’en bas très-peu usée ; tab. VII en est encore une quatrième d’en haut à demi-usée et un peu cassée en avant : il les donne toutes les trois pour des dents d’éléphant, tandis c|u’une vraie molaire d’éléphant représentée, tab. IX, passe à ses yeux pour venir de quelque grande bête incounue. Aldroçande est excusable, puisqu’il n’avoit point de sr|uelette de ces animaux; mais comme ses figures sont parfaitement recon- noissables et de grandeur naturelle, on auroit pu aisément rectifier l’erreur de ses indications : et cependant c’est précisément lui, tout clair qu’ étoit son témoignage, qu’on a le plus négligé de citer dans les listes de ceux qui avoient mis en avant des os fossiles d’hippo- potame. Aldrovande ne parle point de l’origine de ses fossiles ; mais il est probable cju’ils venoient, comme ceux que je décrirai plus bas, de quelques-unes des vallées d’Italie. Ils sont encore à présent déposés au cabinet de l Institut de Bologne , où j’ai pu constater l’exactitude des figures qu’il en a données. Une dent pétrifiée, toute semblable à celles di Aldropande et provenant par conséquent aussi de l’hippopotame, est représentée dans le Muséum besLerianum (pl. XXXI), sous le simple nom de dens mCLXiUaris lapideus. Aldrovande et Besler ont donc présenté les objets dont nous nous occupons ici, sans pouvoir leur appliquer leur véritable nom. CanipeT , Merck, DarlLct, l.ang, Dauhe?Jton quelques arti- cles, FauJdS et Lamétherie , ont appliqué ce nom à des objets 3io HIPPOPOTAMES auxquels il ne convenoit point. Antoine de Jussieu^ et Dauhenton dans ses nos. MCII etMCIV, sont les seuls qui aient eu le double mérité de nous offrir de vrais objets et de les bien nommer. Après ce résume des travaux de mes prédécesseurs, venons à mes propres observations. Article premier. Du grand hippopotame fossile. I. Des lieux où Von en a trouoé. Les premiers morceaux qui m’aient averti de l’existence des osse- mens d’hippopotame parmi les fossiles furent donc ceux du Muséum, indiqués par Daubenton sous les nos. MCII et MGIV. J’ai représenté le premier, pl. II, fig. i. C’est une portion de la mâchoire inferieure du cote droit, contenant la peiiultieme et l’anté- pénultième molaire. On juge, à 1 état peu avancé de la pénultième , que la dernière de toutes ne devoit pas encore être sortie. L’ anté- pénultième est beaucoup plus usée c[ue l’autre. En avant de ces deux dents est l’alvéole d’une troisième, dont il ne reste que quelques fragmens de racine. Le bord inférieur est cassé sur toute la longueur du morceau. La grande dent a o,o5, et la petite o,o35 de longueur. La largeur de l’une et de l’autre est de o,oa5 à 0,027. Les dents pareilles , mesurées dans un hippopotame ordinaire , ont chacune o,oo5 de plus , c’est-à-dire qu’elles sont à peu près d’un dixième plus longues. L’émail est teint en noirâtre j la substance osseuse, ainsi que l’os maxillaire, en brun foncé. Le second morceau, pl. II, fig. 2, est une pénultième molaire d’en haut, dans un état de dé trition moyenne 5 outre qu’elle est de- venue un peu friable par son séjour dans la terre, elle a été roulée, et toutes ses formes se sont arrondies; les racines sont cassées; son émail est jarmâtre, et n’a point la teinte noire du morceau précédent, FOSSILES. 3ii Oû pourroit, d’après ces circonstances, douter qu’ils vinssent du même endroit, et ce que j’ai soupçonné plus haut de leur origine pourroit n’être vrai que pour l’un des deux seulement. Le troisième morceau fossile de grand hippopotame qui se soit offert à mes recherches est du cabinet de feu Joubert, aujourdhui à M. de Drée. Je l’ai représenté , pl. I, fig- 2. Celui-ci est de la grandeur des individus vivans ordinaires. C’est un fragment de mâ- choire supérieure, contenant deux dents précisément dans l’état de détrition où elles sont le plus facilement reconnoissables par les trè- fles et les autres linéamens de leur couronne ; ce sont la dernière et l’avant-dernière molaire du côté gauche. Ce morceau est évidemmemt fossile et pénétré d’une substance ferrugineuse, mais ne porte non plus aucune indication du lieu de son origine. Cependant, comme M. Joubert étoit trésorier des Etats de Languedoc, et que sa place l’appeloit souvent à Montpellier, il est très-possible que ce soit là qu’il ait acquis ce morceau, et même qu’il l’ait tiré précisément de ce lieu de la Mosson , dont Antoine de Jussieu en avoit déjà eu de semblables. Lors de mon passage à Montpellier en 1802, jem’enquis soigneusement de tous les fossiles qui pouvoient y être dans les cabinets j je visitai même avec soin celui de mon respectable confrère M. Gouan^ et celui de l’Ecole centrale, que dirlgeoit alors feu Draparnaud; mais je n’y aperçus aucun ossement d’hippopotame. Quelque temps après avoir vu ce morceau du cabinet de Joubert, examinant divers fossiles recueillis dans le val d’Arno par M. Miot, dans le temps qu’il étoit ministre de France près le grand duc de Toscane, j’y remarquai un astragale que je ne pus rapporter à son espèce ; M. Miot ayant eu la bonté de me le prêter pour l’examiner à loisir, je vis bientôt qu’il n’appartenoit ni à l’éléphant ni au rhino- céros ; et comme sa grandeur ne permettoit pas de croire qu’d yiut d’un animal plus petit que ces deux-là, je ne doutai plus qui! n ap- partînt à 1 hippopotame. Sa forme confirmoit cette idée. Elle ressemble à peu de chose près à celle de l’astragale du cochon, et le cochon est certainement de 3i2 HIPPOPOTAMES tous les animaux celui qui apjjroche le plus de l’hippopotame par son organisation- Ces deux considérations ne me lais'soient déjà presque aucun doute j mais j’eus le plaisir de trouver une preuve encore plus directe lorsque j’eus lait faire le squelette de fœtus d hippopotame dont j’ai parlé dans la section précédente. L’astragale de ce fœtus ne présenta, la grandeur exceptée, aucune différence avec le fossile, que je pusse apprécier à cette époque où je n’avois pas encore le même os tiré de l’adulte. M’étant ainsi assuré de l’un des lieux où l’on pouvoit trouver des ossemens d’iiippopotame , je m’empressai d’écrire à M. Fabbroni, qui étoit alors directeur du cabinet royal de physique à Florence, savant universellement célèbre par ses qualités aimables autant que par l’étendue de ses connoissances : je ne doutois pas qu’on ne dût trouver parmi les fossiles du cabinet qu’il dirigeoit plusieurs mor- ceaux de la même espèce , et il s’en trouva en effet. M. Fabbroni m’envoya les dessins de trois dents cpi ont évidem- ment appartenu à Thippopotame. J’ai fait graver ces dessins, pl. I, fig. 3 et 5 , et pl. Il , fig. i o. Le premier, pl. I, fig. 3, est 1 antépénultième molaire, soit d’en haut, soit d’en bas, à demi-usée. Le second, celui de la pl. I, fig. 5, est la dernière molaire d’en bas, au moment où elle étoit près de percer la gencive; comme elle n avoit point encore servi à la mastication, les pointes de ses collines se sont consei’vees; son émail n est point entamé, et ce dessin peut servir pour indiquer la forme des germes de molaires d’hippopotame; car il n offie absolument aucune différence, si ce n’est qu’il paroît un peu plus grand, je ne sais si c est la faute du dessinateur, car M. Fab- broni ne m’a point envoyé de mesure. Le troisième dessin, pl. II, fig. lo, représente un fragment de défense ou canine inferieure. C est encore un morceau très-recon- noissable pour avoir appartenu a 1 hippopotame; aucun autre animal n’a des défenses de cette forme; et 1 éléphant, qui les a plus grandes, ne les a ni anguleuses, ni striées: le morse, qui les surpasse aussi, les FOSSILES. 3i3 a bien striées vers la racine, mais non pas anguleuses. Le narval a la sienne droite, comme tordue en spirale par les stries de la surface. Le tissu de la substance osseuse est d’ailleurs très-différent. Dans l’éléphant on y voit des traits brunâtres qui se croisent en losanges curvilignes très-régulières. Dans le morse , il y a des grains bruns comme paîtris dans une substance plus blanche ; dans le narval, tout semble homogène^ dans l’hippopotame enfin, ce sont des stries fines, concentriques au contour de la dent. ^ M. Fabbroni m’écrivoit, tonchant cette défense, qu’elle diffère de celle de l’hippopotatne d’Afrique, en ce que son diamètre a un plus grand rapport avec sa longueur, et parce que sa courbure en spirale est beaucoup plus marquée. Il ajoutoit que ces dents se trouvoient eparses ca et la dans le val d’Arno supéricui-, mais sans mâchoires ni autres ossemens. Cependant l’astragale rapporté par M. Miot, prouvoit dès -lors qu’avec un peu de soin, on auroit pu aussi recueillir les autres parties. En effet, les recherches postérieures furent plus heureuses. A mon premier voyage en Toscane, en 1809 et 1810 , je trouvai, soit au cabinet de Florence, soit dans celui de l’Académie du val d’Arno à Figline , une telle abondance d’ossemens fossiles d hippo- potame, qu’il n’y auroit eu presque aucune difïiculié à en recom- poser le squelette. J’en ai même rapporte et placé au cabinet du loi une quantité considérable, que j’ai achetée sur les lieux des paysans : et comme l’on a continué d’en rassembler depuis, je vois dans 1 ou- vrage de M. Breislack, qu’il y en avoit dès 1816, dans le cabinet du grand-duc, un squelette presque entier, et des parties d au moins onze autres individus (i). En un mot, il est constant que les osse- mens d’hippopotame sont dans le val d’Arno supérieur presque aussi nombreux que ceux d éléphant, et plus que ceux de il céros. Du reste ils se trouvent pêle-mêle avec les uns et les autres dans les mêmes couches, c’est-à-dire dans les colhues sab euses qui (,) Géologie de Breislack, trad. allem. , p. 445. T. I. 4o HIPPOPOTAMES 34 forment les premiers échelons des montagnes qui enceignent cette belle vallée. A mesure que 1 on a mis plus d’intérêt à rechercher les os fossiles, on en a découvert d hippopotames dans un plus grand nombre de lieux. Ainsi j en ai vu deux machelieres bien caractérisées au cabinet de l’imiversité de Pise, provenant du bas val d’Arno. A Bologne, outre les dents d’Aldrovande, j’en ai observé une belle tête inférieure de fémur. A Rome, dans le cabinet du collège romain, il y en a des défenses, trouvées aux environs de cette ville. Eu France, indépendamment des morceaux des environs de Montpellier dont j ai parlé ci-dessus, il s’en est trouvé jusque tout près de Pai'is. J’en ai donné au cabinet du roi une belle défense déterrée dans le sable à la plaine de Grenelle. L abbé de Tersan en possédoit une mâchelière aussi de nos envi- rons , qui paroît avoir été dans un tuf ferrugineux. En Angleterre, M. Trimmer en a recueilli auprès de Brentfort, dans le comté de Middlesex, une défense , deux incisives inférieures. une mâchelière entière et une portion d’une autre 5 et les a repré- sentées dans les Trans. phil de 18 13, pl. IX et X. Elles étoient dans ce grand dépôt où se trouvoient aussi des os d’éléphans, de ihinocéros et de cerfs, et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. ^ On ne peut donc pas douter que des hippopotames n’existent à 1 état fossile dans plusieurs des endroits où il existe des éléphans , des rhinocéros et des mastodontes; mais il est singulier que le seul de ces pays où l’on en ait découvert une abondance proportionnée a celle des autres genres , soit le val d’Arno supérieur. Partout ailleurs on n en a eu que des fragmens peu considérables et en petit nombre. C’est donc d’après ces pièces recueillies dans le val d’Arno que nous allons principalement établir nos comparaisons, et que nous allons montrer que 1 hippopotame fossile et le vivant différent piesque autant que les elephans et les rhinocéros fossiles diffèrent de ceux d’aujourd’hui. FOSSILES. 3i5 IL Comparaison ostéologique du grand hippopotame fossile arec le rivant. Les caractères distinctifs du grand hippopotame fossile ne sont pas tout-à-fait aussi sensibles que ceux des éléphans et des rhinocéros du même temps, et tant que les morceaux que j’en possédais ont été en petit nombre et que je n’ai pas eu de squelette complet de l’hippo- potame vivant à leur comparer, j’ai presque désespéré de pouvoir assio^ner à cette espèce des différences certainesj mais aujourd’hui! in- certitude où j’étois lors de ma première édition est entièrement dissi- pée ; presque tous les os , pris un à un dans les deux espèces, montrent des différences, et la règle géologique relative aux genres étrangers trouve sou application pour celui-ci, comme pour tous les autres. lo. La tête. La tête fossile (pl. IV, % i et 2) vue en dessus, a la crête occipitale plus étroite, les arcades zygomatiques moins ecartees en arrière , la portion du crâne , que ces arcades limitent par les côtés, plus longue à proportion; la jonction de la pommette au museau s’y fah par une ligne oblique et non par une subite échancrure , d’où il résulte aussi que la partie rétrécie du museau est moins longue à proportion. Outre les différences cjui résultent dans le profil , de celles que nous venons d’énoncer , on y reniarque encore que l’occiput s’y relève plus vite , en sorte que la chute de la crête sagittale vers l’intervalle des orbites y est plus rapide , et par conséquent la hauteur verticale de l’occiput y est plus grande. La tête fossile ciue nous représentons, est un des beaux morceaux qui enrichissent le cabinet du grand duc à Florence. Dans la mâchoire inférieure (pl. IV, fig. 3 et 4) je tervalle des deux branches sensiblement plus étroit , et 1 aag e q 1 ■» CH â.Vâ.TlL *f font ensemble par leurs laces internes moins _ l’échancrure vers l’angle postérieur inférieur revientmoins rapidement en avant et le bord inférieur se relève aussi un peu moins en avant, ^ 40* 3i6 HIPPOPOTAMES et forme par conséquent dans cette partie un rebord moins convexe, ce qui lui fait faire avec le bord antérieur au-dessous de la canine un angle prononcé qui n’existe pas dans l’hippopotame vivant. La mâchoire inférieure fossile assez bien conservée, dont nous don- nons la figure, est aussi du cabinet de Florence. Nous en avons déposé une un peu moins complète au cabinet du roi. Ses dimensions sont les suivantes : Distance "Vf//vJ ^^/vv.vC^ , e/rey /[> t y^z^V » i Fr a. i< EijKPtT.iJsrs Vh . Il Tom ’-Vi ' 'Ci I PL • I 1 ^ r \ ^ r-v.- ■js-r fm--' V,- V :3f ■ ■' • -'■ ■ .. i i 1 i ' f a* ■• h I Eljcphæ^s PL . rm . I O Pqç.aoi^ Pa^. 20 P V,. '3!r . . ■■jr^\ — - ' /?7^. f >,•, i-.i ♦ ' V' i' i(:* i 4 J^Z£^JSAJVS. PL . XII- i J \ I f 1 1 i'll|i|^|iiliii>iWiMiiiii 1 1J J <;i n iiinttfflil I ü ^ r ' J^,aq.24'S. Orand WASnWONTK.FL.IV. XaurilLu'd ' I Fry.â. /V MASrûlWJVrS .PL. VJ. ^Ï7\9- . 2 • Fùj.5. ^ W MASTÛDOMTH . FI . r/i. Và'. 1 r 2 J)TVER^ ALrsTODO.VTE^ .PZ.l. jrlFFRt^ Mjstodonte m -- >. « ï • irf/ ~ Vî-^î ■ 3T s>r. ^-•’V-;. •■’i ^S"u lÉ’ '. T’-.'-v^aC*. ■ ^ •:''^G ■ P?-' ' . :'-'J' ,7^’ ï= ‘îi-t 'j> r‘ v''' .’■ î.- *:-M; N-.«- ;; ^ '¥ - 4 X. ■■ P‘- ^ • F-:. ET" t. '^' •■ -V vX^ ' 1,. ^ -« •- • ~ ■ X - : ■:::■ ^3v PIFERS Æ^S TODONTES, . PL . IP. (\>ueP Kccnk l'orrt . -I . /vÿ. J. C ^Y9-^‘ ^(9-7 ■ J'\9P- /• Hippopotame vitæt.pz.i. i ■üû^> /?hj ■/ iffo/. Ô02 Hippopotame ytvaitt .pl.it ; ■ ■ jC, • ■* •'. l. >- ■•‘Tj H,- \* - i. &■'- r i V-. _ JA^ ' ^ om i' à/f/M, Hippopotame ttfawt. pl . n. < ' I ^ y , -.>■■. h r 'ir ■«*»*' i ■Sf- - i 4» < .- ^ 1 \ ? 'f V •g K Hippopotames fossiles . PL I. . c^aetse. i^ivie.r deJ/- . Ihld.I. Ciwter ■ Hippopotames fossiles . PL. H. Je ■ Hippopotames fossiles. PL .ni- / Se. J.o/'ifUjrS dei . . -V. . 1 4 Hippopotame fossile - pl . v. ; I I JJjppOPOTAME POSSILE.pl . TI. O e 1 ( 1 f i I' 'i: P !■ 1 I I i ‘ K ir i; /om Fù/.i. fflPPOFOTAME FOSSILE.PL.ru. fl i r *2^ . »■,- « t » s I* 7 \ ‘ -4 ■ < • \ . 1